Archive for the 'Horreur/Fantastique belge' Category

La Meute

mars 28, 2011

Réalisation : Franck Richard
Scénario : Franck Richard
Pays : France pis Belgique
Sortie : 2010 en France, 2011 en Amérique du Nord

J’avais hâte de le voir depuis que je l’ai raté à Fantasia l’année passée. Maintenant qu’y est sorti en DVD, j’ai réussi à le downloader. Les critiques avaient été bonnes, en général, pis un film à moitié belge, ça permet d’espérer des trucs bizarres, comme dans Calvaire ou C’est arrivé près de chez vous.

Résumé

C’est l’histoire de Charlotte, une jeune femme qui fait un road-trip toute seule sans vraiment de destination. Elle pogne un gars sur le pouce, Max. Ensemble, y arrêtent dans un genre de bar crasseux nommé La Spack, tenu par une grosse madame du même nom. Dans le bar, Charlotte pi Max se font menacer pis presque violer par trois motards débiles. La Spack sort un shotgun, ben décidée à maintenir le calme dans son bar. Sauf que, quand Max revient pas des toilettes, Charlotte se met à le chercher. Elle sent que quelque chose de bizarre se trame. Après avoir parlé à un vieux policier, elle entre par effraction dans le bar louche. Mauvaise idée : elle se retrouve enfermée dans une cage par La Spack pis Max, qui s’avère être son fils. Charlotte essaye de s’enfuir pis le policier essaye de la retrouver. Finalement, par un soir de tempête, La Spack accroche Charlotte sur un genre de potence pour la saigner en disant « La terre a besoin de sang ». C’est là que les zombies arrivent.

Critique

Le film commence un peu comme un cool movie à la Tarantino, avec des dialogues ben écrits pis des répliques cinglantes. Charlotte est un peu stéréotypée, genre fille forte qui écoute du métal pis qui a le sens de la répartie, mais le personnage réussit à être pas trop cliché, notamment grâce à son humour noir (la joke du zoophile, du sadique, de l’assassin, du nécrophile, du pyromane pi du masochiste). Pis elle est vraiment badass, comme quand elle boit son café après que le motard ait craché dedans pour l’intimider. Émilie Dequenne réussit à bien rendre la panique de Charlotte quand elle est enfermée.
En général, j’ai ben aimé les dialogues, surtout les répliques des motards, qui me faisaient rire à chaque fois. Exemple : « Chérie j’dois pisser, tu peux m’la tenir ? Mon médecin m’interdit d’porter des objets lourds. » C’est du génie. Ou ben Charlotte qui dit à Max : « J’te préviens, si tu sors ta bite ou quelque chose dans le genre, tu mange un bouquet de phalanges. » Max répond : « T’inquiète, fait trop froid. » Même si c’est pas réaliste, au moins, c’est drôle. Pis le ton est maintenu tout le long du film. Pis aussi « Va falloir éclater des mecs. Ça vous dirait, les tapettes ? »
Le personnage de La Spack est quand même cool, genre vieille campagnarde qui en a vu d’autres. Pi le policier trop wise est cool aussi, un peu à la Colombo, surtout avec son chandail Fuck on first date pis sa joke de faire des bruits de cheval quand y prend son vélo.
L’atmosphère vraiment crasse est réussie pis elle nous fait sentir sale pis toute – ça rappelle beaucoup Calvaire. On se sent encore plus mal vu qu’on sait pas trop où (on a aucune indication de lieu), ni quand ça se passe (aucune indication de temps). En fait, j’ai trouvé que ça avait des allures d’uchronie, surtout avec les personnages des motards qui font pas mal renégats-d’un-monde-post-apocalyptique, pis avec le décor style campagne retardée qui permet pas vraiment de se situer dans le temps. Anyway, tout ça, ça ajoute à notre malaise pis notre incompréhension.
J’ai entendu pas mal de critiques négatives à propos du scénario, mais j’ai pas trouvé particulièrement mauvais. Bon, on peut se demander pourquoi Charlotte essaye autant de retrouver Max, qu’elle vient tout juste de rencontrer, mais tsé. Contrairement à tout le monde, j’ai adoré le changement de ton drastique aux 2/3 du film, quand les zombies arrivent. Je m’attendais crissement pas à ça, pis j’ai été agréablement surpris.
La réalisation est paspire pantoute pis rend ben l’ambiance crade du décor. Les plans sont ben cadrés pis les mouvements de caméras sont intéressants. Par exemple, j’ai aimé l’ellipse quand on voit le policier rentrer chez La Spack : le plan coupe pis enchaîne sur La Spack qui ressort avec le policier dans une brouette. C’est nice comme montage, mais ensuite on nous sert un flashback qui explique comment ça c’est passé. Fucking maladroit.
Le film a des défauts : j’ai trouvé complètement inutile toute l’histoire des mineurs morts sous la terre qui sert à justifier l’existence des zombies. Surtout le bout où Charlotte tombe sur des vieux journaux, c’était crissement pas nécessaire. Ça aurait été mieux sans aucune explication. Aussi, dans la scène de l’attaque sur la petite cabane, les quatres zombies restent constamment au même endroit, comme si c’était fait pour qu’on puisse les voir à travers la fenêtre. Pas bon du tout. Pis on aurait vraiment pu se passer du sang qui dégouline dans l’objectif à la toute fin.
Le gore est quand même paspire, même si y en a pas tant. Les zombies sont assez forts pour démembrer un homme sans forcer. La scène de la torture sur la chaise est pas nice pantoute, même si elle est pas gore. Pis la fin est vraiment bad, dans le sens qu’elle nous fait pas sentir ben. J’avoue que j’ai été surpris que ça finisse aussi mal, pi j’étais triste pour Charlotte. Je l’aimais ben, finalement.

Analyse

« La victime fantastique est donc un être déterritorialisé. » C’est ce qu’écrit André Carpentier dans son article L’espace fantastique comme variété de l’espace vécu. Y me semble que ce mot-là – déterritorialisé – qualifie ben Charlotte. Elle évolue, comme le spectateur, dans un monde qui propose aucun point de repère temporel ou spacial. En plus, elle a pas vraiment de but : au début, elle dit à Max qu’elle roule jusqu’à la fin de ses CDs. Le film s’ouvre sur des longs plans de routes perdues dans le brouillard. D’emblée, on sait qu’on se trouve dans le trou-du-cul-du-monde, un lieu isolé, éloigné de la civilisation pis de ses règles. Cette idée d’égarement est présente chez Charlotte elle-même, qui a pas de passé, pis encore moins de futur. Tout ce qu’on sait d’elle, c’est ce qu’elle aime écouter les problèmes de gens, que ça la dope. On peut peut-être en déduire qu’elle aussi a des problèmes, pis qu’écouter ceux des autres, ça l’aide à relativiser, ou au moins à se sentir moins seule dans sa marde. On découvre que plus ça va, plus Charlotte s’enfonce dans un univers crade pis dirt, qui la menace constamment pis qui ses déshumanise à mesure que le récit avance. Dès le début, y a les motards qui essayent de la violer, ensuite le policier qui l’avertit que c’est dangereux, pour une belle fille comme elle, de prendre des pouceux – ce qui s’avère vrai, ensuite la cage, La Spack a l’air invincible, pis ensuite les zombies. Charlotte passe de fille-forte à fille-captive-bétail à fille-captive-bouffe-pour-les-zombies. Elle aussi se déshumanise, comme si l’univers dans lequel est évolue l’avait contaminée. Tout le long de sa captivité, ses efforts pour communiquer sa détresse son vains; l’humanité est pas rejoignable. Tout le long du film, Charlotte se débat « sous la menace de l’étrange, soumise à la coupure ou au renoncement à tout principe de liberté. C’est pourquoi sa mésaventure, sa détresse paraissent irréversibles. Le maléfice n’est pas qu’au bout de son trajet; il l’accompagne tout au long de sa déambulation. » Le monde se referme peu à peu sur Charlotte pis y devient tellement hostile qu’y finit par la bouffer, au sens propre.
Pour résumé, Charlotte, c’est une espèce de Dante, mais sans personne pour la guider, qui réussit pas à se sortir de l’enfer.

Verdict

Recommandé. Même si c’est pas parfait, c’est un film surprenant pis ben réalisé (la plupart du temps). Les dialogues sont comiques pis malaisants en même temps, les personnages sont le fun pis les zombies sont vraiments laids, dans le bon sens du terme.

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Celui qui pourrissait, par Jean-Pierre Bours

juillet 16, 2010

Parution : 1977

Encore les années 70. Sérieux, comment ne pas acheter un livre qui s’appelle demême? C’est ça que j’ai fait. Jean-Pierre Bours a gagné le prix Jean Ray (pour la meilleure œuvre fantastique belge de l’année) en 1977 pour ce recueil-là. L’ami Bours est avocat de profession, pi il trippe sur Dostoïevski pi Faulkner, si ça peut intéresser quelqu’un.

« Que le fantastique soit aussi une disposition d’esprit, un regard privilégié porté sur les hommes et les choses, ce recueil de neuf contes nous le montre avec éclat. Il y a ici certes des déchirures brutales, d’horribles moments, des lueurs d’épouvante, des curieux dédoublements et d’incroyables méprises, mais aussi une quête passionnée de l’identité, une interrogation lancinante sur la difficulté d’être et de vivre – sur les foudroyantes incertitudes de la vie et de la mort. Avec Jean-Pierre Bours, le fantastique est bien ainsi la voix d’un désarroi panique. Davantage : le chant désespéré d’une blessure. »

Cette 4e de couverture-là m’a tentée; je me suis fait fourrer. Un peu, pas trop, mais quand même. J’ai passé à travers du recueil sans vraiment rien feeler. C’est pas mal écrit, c’est pas inintéressant, mais y manque dequoi. C’était une lecture platte. Je vais quand même parler de quelques nouvelles pas si pires.
Celui qui pourrissait : l’histoire d’un gars qui empile les maladies de peau sur la sienne pi qui vire fou. Même qu’il fini par tuer du monde. Pi, à la fin, gros punch : le gars, c’est Jack l’éventreur. Personnellement, je me serais passé de cette finale-là, un peu poche pi pas vraiment utile. Mais les descriptions de ses maladies sont vraiment dégueuses :

« Après trois jours vint la période d‘éruption. Son visage, ses mains, son tronc se couvrirent de papules coniques, dures – rouge sang –, de la grosseur d’une tête d’épingle. Elles contenaient un liquide clair, séreux, qui après huit jours se troubla et devint purulent. Les pustules, cernées d’une aréole inflammatoire, couvrirent le corps, jusque sur la langue et la face interne du larynx. »

Procédure contradictoire : un condamné à mort qui réussi à transférer sa conscience dans le corps du juge qui l’a condamné.
Entre Charybde et Scylla : une histoire de prémonition qui se réalise sans qu’on puisse rien y faire, genre c’est impossible de changer le destin. La structure est intéressante. C’est une des nouvelles que j’ai préférée.
Aujourd’hui l’abîme : la meilleure nouvelle. Le titre est vraiment nice. C’est l’histoire d’un fils de famille foul puritaine qui tombe amoureux d’une pute pi addict au sexe. Le gars fini par devenir transparent pi à errer comme un spectre.

Comme j’ai déjà dit, Bours fait rien de mal avec son recueil, mais il manque un petit quelque chose.
J’ai eu aussi un peu de misère à trouver une ligne directice. Tout ce que j’ai remarqué, c’est que la médcine pi l’anatomie ont une grande place dans les récits, le sexe itou, pi qu’y a quelques personnages avocats ou juges. C’est toute.
Mais : un concept que j’ai ben aimé revient dans deux des nouvelles. C’est l’idée que c’est pas grave d’exagérer une histoire; ça la rend meilleure. Le narrateur dit ça à son interlocuteur :

« Savez-vous que vous me mettez à rude épreuve en m’intimant de m’en tenir aux faits? C’est que j’ai besoin de fabuler un peu pour trousser une histoire, et quelle importance, mon dieu, si des détails en sont imaginés? L’art y gagne tant et la vérité y perd si peu… »

Venant d’un narrateur qui prétend raconter une histoire vraie, ça fucke un peu la vraisemblance. Mais je suis d’accord avec ça : c’est exactement le travail de l’écrivain de sculpter la réalité pour lui donner un certain intérêt. Dequoi demême. Anyway, le message est le même que dans Big Fish, pi moi, je l’ai aimé Big Fish. Même que c’est le meilleur de Tim Burton. Mais c’est pas ça l’important. L’important c’est que j’ai pu grand-chose à dire à propos de Celui qui pourrissait.

Verdict : rien de mauvais dans ce recueil-là, mais rien de ben malade non plus. Je le recommande pas, pi je vais l’oublier assez vite.

Left bank (Linkeroever)

juillet 11, 2010

Réalisation : Pieter Van Hees
Scénario : Christophe Dirickx, Dimitri Karakatsanis pi Pieter Van Hees
Production : Frank Van Passel, Kato Maes pi Bert Hamelinck
Pays : Belgique
Sortie : 2008

Film belge, mais belge flamand. Pi contrairement à ce que mon club vidéo avait écrit sur le cover, le flamand, c’est pas de l’allemand. J’aurai appris ça au moins de mon séjour en Belgique. Je dis tout de suite que c’est pas un film d’horreur. C’est plus ce qu’on pourrait appeler un thriller fantastique. La bande-annonce est assez réussie.

C’est l’histoire d’une fille qui s’installe chez son nouveau chum vraiment-nice-mais-qui-finalement-l’est-pas-tant-que-ça. En tout cas, son building est dans un quartier pas trop clean de la ville de Anvers (Linkeroever, Left bank en anglais), là où plein de monde est mort au moyen-âge ou une shit équivalent au cimetière indien nord-américain. La fille fait de la course à pied mais elle est obligée d’arrêter à cause d’un manque de je sais pas quoi dans son sang. Forcée à rester chez son chum par sa maladie, elle découvre peu-à-peu que le monde du building sont crissement bizarres. Pi aussi que la fille qui vivait dans l’appart avant, ben elle est disparue. Facque elle enquête, pi plus elle découvre des affaires, plus elle se méfie de tout le monde.
Left bank, c’est un mélange de The ring (l’enquête sur la fille qui habitait là avant pi le puit dans le sous-sol) pi de Rosemary’s baby (le complot de tout le monde dans l’immeuble) avec une fin pseudo-métaphysico-philosophique à la Martyrs. Dequoi demême. Sauf que la fin est pas si malade. Ma première réaction ça a été de me dire Nice shit. Mais en y repensant, la fin explique presque rien. Une couple d’éléments du film qui font monter le suspense sont juste pas expliqués par la fin. Je suis pas fâché parce que j’ai pas tout compris, mais plus parce que ces affaires-là, au final, ça aura servi à rien à part étoffer le scénario. Mais c’est pas si grave.
L’histoire est pas vraiment originale, sauf la twist qu’ils ont trouvé à la fin. Mais j’ai trouvé que c’est vraiment ben réalisé. Les plans, le montage, l’atmosphère, toute ça c’est vraiment réussi. Pi les acteurs sont crédibles, pour une fois. J’ai ben aimé la non-pudeur du film : y a une scène de sexe de mettons 5 minutes, tournée en un seul plan, pendant laquelle on voit rien de plus que dans Bleu nuit mais où on voit les acteurs se chevaucher pi toute. C’est cru mais c’est beau. On est loin de la fausse pudeur américaine.
Même si on en entend pas parler à la fin, j’ai aimé aussi le genou blessé de la fille, qui bleuit, qui suite pi qui devient de plus en plus poilu. Osti que c’est dégueulasse.

Verdict : louer le pas si vous voulez un film d’horreur. Mais c’est un bon thriller fantastique, pas très original mais ben réalisé pi toute.

Le livre des fantômes, suivi de Saint-Judas-de-la-nuit, par Jean Ray

juillet 1, 2010

Parution : 1947

Mon deuxième test avec Jean Ray a été plus positif que celui avec Owen. C’est un classique, Jean Ray, pi il m’a donné le goût d’en lire d’autres, de ses livres. Le livre des fantômes, c’est un recueil de 12 nouvelles qui parlent de fantômes. Le titre est assez clair.
Comme toujours, y en a des poches pi des bonnes. J’ai ben aimé celle du pygmé fantôme coupé en deux, celle de la maison hantée par un juge pas fin, celle des deux gars qui visitent un monde parallèle en goûtant à une liqueur juive, pi celle des condamnés à mort qui se vengent sur les bourreaux. Mais ce que j’ai aimé le plus, c’est le ton de Ray pi sa façon de raconter ses histoires.
Le recueil commence avec une mini préface de l’auteur qui affirme que les fantômes existent pour vrai :

« […] À croire que les histoires de fantômes, qu’on imagine avoir inventées d’un bout à l’autre, peuvent enclore une réalité, et ceux qui les écrivent, être en quelque sorte des chargés de mission d’un monde caché qui essaye de se révéler à nous, nous obligeant à réfléchir, alors que nous préférerions sourire, hausser les épaules et vouloir, par lâcheté humaine, ne voir dans l’Inconnu qu’une amusette à ne pas lire la nuit. »

Ray s’est bâti une espèce de posture : il se présente comme un genre de prophète à la Victor Hugo qui fait le lien entre le monde des humains pi celui de l’au-delà. En plus de dire que les gens qui croient pas aux fantômes sont des épais.
Facque, presque tout le long du recueil (les nouvelles plus classiques sont toutes à la première personne), il suit cette ligne-là. Le premier texte est censé être autobiographique pi raconter ses quelques rencontres avec un certain fantôme. Le titre c’est Mon fantôme à moi (l’homme au foulard rouge). Ça commence demême :

« Non seulement ceci n’est pas un conte, mais c’est un document. Si des souvenirs n’y vibraient pas, si, à travers mers, champs et villes, je n’y faisais pas de merveilleux retours vers mon enfance et ma jeunesse, je le voudrais net et sec comme une rapport ou une règle de trois. »

Sans rien expliquer, sans rien mettre en intrigue, il fait juste raconter les 4 fois où il a vu l’homme au foulard rouge dans sa vie. Sans conclusion, aussi. On voit vraiment son désir de nous faire croire que c’est vrai.
C’est plus ou moins le même principe dans la nouvelle Rues, sous titrée Document. Un narrateur au Je, qu’on suppose être l’auteur, nous dit qu’il croient que certaines rues sont hantées. Pour s’expliquer, il raconte une couple d’histoires qu’il a entendues à propos de rues hantées :

« Mon défunt ami Freyman, au sortir de l’Université, habita pendant quelques années la petite ville de N… dans la partie flamande de la Belgique.
Au café, unique distraction de ce coin de province, il fit la connaissance d’un certain M. B…, homme d’excellente culture et de bonne compagnie. »

Ray présente cette nouvelle-là comme une chronique, un constat d’une réalité qui échappe à la plupart des gens.
Mais en même temps, il refuse de donner des références claires dans le temps pi l’espace : il nomme pas la ville, ni le nom du gars que son ami rencontre. Il veut faire croire à ses histoires, mais aussi brouiller les pistes. On peut voir ça dans la multiplication de récit métadiégétiques, même dans des courtes nouvelles : les personnages citent des manuscrit, des témoignages, des lettres. Les points de vue se multiplient, pi ça fait diminuer la crédibilité de l’histoire en plus de créer un doute chez le lecteur. On sait pas qui on doit croire. C’est un peu paradoxal.
Overall, le contenue des nouvelles est assez classique : mais leur forme, la façon dont elles sont racontées, est vraiment intéressante. Cette fragmentation-là de l’histoire apparaît encore plus dans Saint-Judas-de-la-nuit, une petite novella publiée à la suite du Livre des fantômes.
En gros, c’est l’histoire du grimoire Stein, le nécronomicon de Ray. Comme dans Malpertuis, les focalisations changent tout le temps. On suit différents personnages, à des époques pi des endroits différents, qui ont tous eu un lien de près ou de loin avec le grimoire. En plus de ça, on a des extraits de tout plein de documents pi des histoires gigognes racontées par les personnages. Ce qui fait de Saint-Judas un gros medley vraiment difficile à suivre : pour être franc, j’ai pas compris grand-chose. Faudrait que je le relise avec un peu plus d’attention. Mais pour l’instant, ça me tente pas.

Verdict : ça vaut la peine de lire le Livre des fantômes. C’est pas un chef-d’œuvre; c’est juste un recueil qui se lit bien, pi qui est intéressant par sa forme.

La cave aux crapauds, par Thomas Owen

juin 10, 2010

Parution : 1945

J’ai décidé de donner une autre chance à Thomas Owen, parce que tout le monde devrait avoir droit à une deuxième chance, pi aussi parce que je suis tombé sur son recueil La cave aux crapauds. C’est le genre de titre qui m’attire.

« Son pouvoir occulte s’accrut rapidement par l’exercice. Il sut l’employer savamment, le doser. Ne plus tuer seulement avec la force brutale de l’éclair, mais rendre aveugle, briser les reins, faire éclater les ventres blafards. Il put même agir à distance, de derrière un écran, un bandeau sur les yeux ou une cagoule sur la tête.
Quand il pénétrait dans l’immonde cave, un frisson animal agitait tous ses pensionnaires affolés. »

Ça, c’est un extrait de la nouvelle La cave aux crapauds. J’ai été déçu. Je m’attendais à dequoi comme des crapauds maléfiques ou je sais pas. Mais l’histoire, c’est ça : un prêtre se rend comte qu’il est capale de foudroyer des crapauds du regard. Il y prend plaisir, pi fait un élevage dans sa cave. Il masterise la technique, pi se dit qu’il devrait essayer sur dequoi de plus gros, mettons un enfant. Pi juste comme il se dirige vers un enfant, il voit un petit crapaud sur la route. Il essaye de le tuer mais il s’évanoui en croisant son regard. Il se réveille en bonne santé, sauf qu’il louche. Ça fini demême.
Les autres nouvelles sont pas mieux.
Une princesse qui a pas de main pi qui séduit des hommes pour couper les leurs.
Une belle cousine qui devient vieille pendant un orage.
L’âme d’un monsieur qui vient de mourir qui s’arrange pour que son héritage soit donné à sa nièce pi son chum à condition qu’ils se marient.
Y en a une que j’ai aimé, quand même. Pendant une grosse tempête, un gars qui joue e la flûte demande de s’abriter chez 3 gars méfiants. Le problème, c’est que le gars, y a des mains de cadavre presque décomposé. En fait, ce que j’ai aimé dans cette nouvelle-là, c’est la description des mains.

« Alors seulement nous vîmes avec horreur les mains du Châtelain. Des mains d’une maigreur affreuse, pareilles à des pattes d’oiseau, griffues, les doigts recourbés comme des serres, hérissées d’innombrables verrues formant à toutes les articulations des proéminences semblables à celles que l’on voit aux jointures des armures. Les ongles étaient prolongés en griffes de corne épaisse.
Quelle inimaginable mainceur aussi! On aurait dit que des couches successives de peau et de chair avaient été enlevées par tranches au point que toute épaisseur, même celle des os, avait disparu. Présentées de profil, de telles mains n’avaient plus rien d’humain. »

Je sais pas pour vous, mais moi, je me fais une image assez dégueuse de ces mains-là. Si Owen a une qualité, c’est dans ses descriptions. Souvent, les nouvelles commencent avec un longue description qui introduit le décor, les personnages pi l’atmosphère. Mais en général, c’est décevant. La nouvelle commence, le potentiel est bon, pi la fin arrive. C’est tout. Ça donne aucune émotion, ça fait pas peur, rien.
Facque je reste avec la même idée qu’après avoir lu Cérémonial nocturne : Owen, c’est pas le yable. J’en lirai pu. Au moins, ça m’a même pas coûté un euro.

Verdict : ça vaut pas la peine.

La femme de Putiphar, par Gaston Compère

mai 29, 2010

Publication : 1975

Gaston Compère a remporté le prix Jean Ray en 1975 pour La femme de Putiphar, prix qui récompense la meilleure œuvre fantastique en Belgique. C’est pas super prestigieux, mais c’est pas grave. À part ça, il a aussi écrit de la poésie, des nouvelles, des romans, pi des pièces de théâtre. 4e de couverture :

Il y a diable et diable. Les grands, les gros, les gras, les féroces, les lubriques, les bêtes, les méchants. Puis, les autres – tous les autres dont les formes et les allures défient l’imagination. Ils sont des milliers et utilisent les tours les plus extraordinaires pour jouer aux vivants et aux morts. Peut-on y échapper? Avec une verve et un humour qui font merveille, Gaston Compère donne ici un recueil de contes fantastiques où éclatent toutes les couleurs de l’Enfer.

Je dois dire qu’en lisant ça, ça m’a pas ben ben donné envie de lire le livre. Mon fantastique, je l’aime sérieux. Mais j’avais envie de connaître le fantastique belge. Je me considère comme un explorateur, plus ou moins. En tout cas, je l’ai lu pareil.

En gros, ça parle de démons. Y en a dans toutes les nouvelles. Des possessions bizarres, des invocations qui virent mal pi toute. Mais le traitement est pas toujours bon. J’ai aimé : l’adaptation du conte de Barbe-Bleue qui se passe en 1975, avec les esprits des femmes tuées qui foutent la marde à la fin; l’histoire d’un démon qui séduit une jeune vierge pi qui la viole dans un cimetierre; l’histoire d’une femme qui se fait avorter mais qui est pognée avec un genre de démon-fœtus qui se cache on sait très bien où pi qui tue les hommes qui couchent avec elle :

Elle toussait si fort qu’elle se pliait en deux, et je n’apercevais pas sans trouble, par moment, un éclair de mollet blanc entre les pans agités de son peignoir. Soudain je me sentis devenir froid : sous un de ces pans, celui de droite pour être exact, je vis apparaitre une tête. Une tête minuscule, affreuse, d’un noir brillant. Je me souviens de mon haut-le-corps : des reins je heurtai un coin du buffet, au point de me faire un hématome, dont je souffris toute la semaine.

J’ai crissement pas aimé la nouvelle qui donne le titre au receuil : une gang de démons décident de faire de la planète un huge bordel. Pour ça, ils possèdent une pute obèse qui devient une vedette internationale grâce à la musique pop. Le ton de cette nouvelle-là était juste désagréable :

Sans doute, Putiphar n’est-il pas le Malin; il n’empêche qu’il a décroché, avec distinction, un doctorat d’Université à Infernapolis; si mes renseignements sont exacts, le sujet de sa thèse est le suivant : De mulierium crassarum luxuria. Le Malin s’était sans doute souvenu de cette thèse plus qu’honnête, à moins que son ordinateur particulier n’eût rappelé Putiphar à sa mémoire, Putiphar et par conséquent ceux que j’appellerais du nom de démonicules. Putiphar se mis tout de suite à la besogne.

Je sais pas pour vous, mais une université en enfer, moi, ça me fait pas rire. C’est juste sec.

12 nouvelles, donc. La moitié que j’ai aimé, l’autre qui m’a gossé. Ce qui saute aux yeux quand on lit ce recueil-là, c’est le style. Un style humoristique pi autoréflexif, avec le narrateur qui parle de ce qu’il est en train d’écrire. En plus de ça, des jeux de mots, des jokes pi des inventions de mots. Au début, j’aimais ça, ça me faisait rire. Mais à un moment donné, j’étais juste tanné des jokes vraiment pas si bonnes :

Qu’écrire? Je ne puis me pronconcer pour Marie-Ange. Peut-être d’instinct savait-elle ce qu’il fallait faire. Peut-être n’était-ce qu’une petite peste hypocrite, qui sait? Bon chien chasse de race. Émilie était un vieux chameau. Agréable d’écrire ceci. Marie-Ange, jeune chamelle : amusant. Et peut-être… mais non, je ne puis pas encore me résoudre à croire à… à… mais non, je délire. Vésanique je suis, voilà. Un point. À la ligne.

C’est un bon exemple de ce qui m’énerve dans son style. Des fois c’est drôle pi toute, mais la plupart du temps, c’est juste l’auteur qui trouve ça l’fun. On dirait qu’il a écrit tout ce qui lui passait par la tête sans se demander si c’était bon ou pas.
Ça me gossait déjà, pi là j’ai remarqué qu’il était mysogine. Ses personnages sont soit des putes ou des vierges qui se font violer. Ou des intellectuelles, chose que l’auteur semble vraiment trouver amusant. Dans sa tête, toutes les femmes qui lisent des livres sont féministes pi vraiment désagréables. C’est peut-être juste moi, mais ça ressemble vraiment à ça. Autre affaire : je pensais pas que le mot nègre s’utilisait encore en 1975. J’ai appris quelque chose.

Mais y a pas juste du pas bon dans La femme de Putiphar. La nouvelle L’armoire de sacristie m’a vraiment plu. C’est un collectionneur d’armoires de sacristie qui se rend dans l’Église d’un prêtre alcolo pi bizarre pour lui faire une offre. Mais là le prêtre pi son neveu deviennent des genres de monstres à mi-chemin entre un cochon pi un humain pi peut-être autre chose. Il se pousse juste à temps. Mais ça fini pas là : il appelle son domestique pour aller buster l’armoire pendant la nuit. C’est là que ça devient drôle : le domestique est comme trop dévoué pi tout le temps trop officiel.

Monsieur va se salir les chaussures s’il entre dans ce fumier.

Une fois dans l’armoire, ils se font attaquer par le petit gars pas clean :

Un bras d’enfant était engagé dans l’ouverture quand Auguste poussa la porte, sur laquelle je me jettai moi-même. Des cris éclatèrent. Et han! Et han! La main était affreuse, décharnée, armée d’ongles tranchants, – une affreuse petite main de vieillard. Et han! L’épaule d’Auguste frappait la porte comme un bélier. Et han! L’os craqua. Et han! Han! Han! La main tomba. Elle bondit follement dans la sacristie, monstrueuse grenouille. Elle brûlait. Nous la regardions comme hypnotisés, dans la crainte qu’elle ne nous attaquât. Il n’en fut rien. Elle tomba dehors, où nous la vîmes s’éteindre brusquement.
La lampe chercha en vain la main éteinte : elle ne découvrit qu’un pied de porc aux ongles roussis.

Finalement ils ramasse le pied de porc pi se poussent avec l’armoire, dans laquelle ils trouvent les squelette d’un vieux prêtre pi d’un enfant avec une main manquante.

Overall, je dirais que le recueil est vraiment inégal. Le style est bon des fois, des fois vraiment poche. Des fois l’humour fitte bien dans l’histoire, des fois c’est juste déplacé. Y a des bonnes nouvelles, pi d’autres pourrites. Peut-être que ça serait une bonne idée de lire une nouvelle à la fois pour avoir le temps de digérer pi de pas s’écoeurer trop vite.
J’aime ça lire des auteurs avec un style spécial, mais des fois c’est pas bon. Au moins, ça change un peu de l’habitude.
Je pense que j’aime pas le mélange humour pi fantastique, autant au cinéma qu’en littérature. Je suis jamais satisfait quand je lis ou vois ça. Je sais pas pourquoi.

Verdict : je le recommande pas. Même si certaines nouvelles valent la peine, les autres m’ont vraiment fait chier. Désolé Gaston.

C’est arrivé près de chez vous

mai 26, 2010

Réalisation : Rémy Belvaux
Scénario : Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde pi Vincent Tavier
Production : Les artistes anonymes (Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde)
Pays : Belgique
Sortie : 1992

Bon, c’est pas exactement un film fantastique, ni un film d’horreur, même si le personnage principal c’est un tueur en série. Le motif principal c’est pas la peur, ni le dégueux. Mais j’en parle ici parce que premièrement, c’est fucking bon, pi deuxièmement, que ce film-là, réalisé en 1992, exploite des techniques qui sont crissement populaires aujourd’hui dans le cinéma d’horreur : le faux-documentaire pi la caméra subjective.

Facque c’est une équipe de tournage qui suit un gars qui tue du monde pour leur prendre leur argent. Il explique ses techniques, ses façons de faire pi toute. Même qu’à la fin, l’équipe de tournage s’implique dans tout ça. Le film a pas de trame narrative précise; on voit la vie du gars, il tue du monde, c’est tout.

Les trois acteurs principaux, c’est les producteurs/scénaristes. Les personnages secondaires, c’est du monde de leur entourage. C’est en noir et blanc parce que ça coûte moins cher. Mais ça veut pas dire que c’est low-budget pi poche; Night of the living dead a été tourné en noir et blanc pour la même raison.
Poelvoorde joue le tueur : il est fucking bon. Vraiment. Il nous fait croire en son personnage, chose qui est assez rare dans les films qui utilisent les principes du faux-documentaire ou de la caméra subjective. Jamais on a l’impression qu’il récite un texte; il fini pas toutes ses phrases, change de sujet, hésite, comme n’importe qui dans la réalité. Pi en plus il réussi à rendre son personnage vraiment bizarre. Des fois on le trouve sympathique, des fois on a pitié, des fois on a peur, d’autres fois on l’haït. Même si il tue du monde, le gars reste logique pi cohérent. Il fait un house-jacking dans un quartier résidentiel, tue toute la famille pi trouve pas d’argent. Là il dit que c’est poche de les avoir tués pour rien. Le problème, c’est que le gars est pas le mal incarné, même pas un malade mental : il est juste amoral. Il tue du monde en parlant à la caméra, en expliquant ce qu’il fait. Pour lui, c’est normal.
En plus, tout le long, il dit des osties de niaiseries à la caméra, fait des jokes complètement dégoutantes, des calls racistes pi toute. On hésite entre rire du gars parce qu’il est attardé pi être dégoûté par ce qu’il raconte. Mais tout ça c’est de l’humour noir, toujours en arrière-plan. C’est choquant, pi vraiment bad. Il y a des scènes vraiment pas cleans : il se fait passer pour un journaliste pour entrer chez une vieille pi lui faire faire une crise cardiaque; il étouffe un enfant avec un oreiller en disant que c’est le deuxième enfant qu’il tue; lui pi l’équipe au complet violent une femme devant son mari avant de les tuer tous les deux.
La caméra subjective est vraiment ben utilisée, pi ça a été fait avant que ça devienne une mode. 1992, quand même. Même chose pour le faux-documentaire. The fourth kind, Lake Mungo, Cloverfield, oubliez ça : C’est arrivé près de chez vous, c’est crissement meilleur. Même que je pense que [REC] a un peu copié la scène finale. En tout cas.

Verdict : regardez-le absolument si vous aimez l’humour bizarre pi les trucs choquants. C’est vraiment vraiment bon.

Herbes méchantes, par Franz Hellens

mai 20, 2010

Publication : 1964

Désolé pour la photo poche, j’ai même pas réussi à trouver le cover du livre ni la photo de l’auteur. Même Wikipedia avait rien à me proposer.

Franz hellens est quand même big. C’est lui qui a parti le courant du fantastique réel en Belgique (avec son recueil Les hors-le-vent). Il a été proche des surréalistes pi il a animé des revues littéraires. Il a gagné une couple de prix, aussi.
Petit cours d’histoire littéraire belge : Le fantastique réel, ça montre l’étrange de la vie quotidienne, sans nécessairement avoir recourt à des forces maléfiques ou des monstres. C’est exactement ça, le recueil Herbes méchantes :

«Jusqu’au jour où se produisit la première manifestation du prodige réel qui devait pousser Duval à une sorte de rage meurtrière, cet homme n’avait donné aucun signe de dérangement cérébral. Peut-être n’y eut-il jamais ombre de folie dans le cas de ce veuf solitaire. On taxe trop vite de folie certains actes ou des visions dont la logique étonne quand on s’y attarde de plus près. Une chose est certaine : à partir du jour dont nous allons parler, Duval souffrit de pertes de mémoires, phénomène assez fréquent chez les êtres au bord de l’âge; mais chez lui le cas d’amnésie prit une singulière tournure. »

Ce recueil-là compte quinze nouvelles, qu’on peut séparer en deux catégories. Celles avec un narrateur omniscient, pi celles construites à la Maupassant : narrateur à la première personne qui rencontre quelqu’un qui lui raconte une histoire. J’ai mieux aimé celles de la première catégorie, ce qui est poche, parce que y en a juste 2. Anyway, les autres sont bonnes aussi, la plupart du temps. Bon bon bon.
Hellens raconte comment un auteur se fait voler ses idées par un autre gars; comment un gars découvre qu’il a vécu en Inde dans une vie antérieure; comment le char d’un vieux monsieur est hanté par l’esprit de sa femme morte; des affaires demême.
Les nouvelles sont toutes assez différentes. Le point commun, c’est qu’on sait jamais si c’est vrai ou pas; soit le narrateur explique rien, soit qu’on peut pas vérifier la véracité de l’histoire racontée par le narrateur métadiégétique, celui qui raconte l’histoire dans l’histoire. C’est là qu’il est, le fantastique réel : on est dans la même situation que les personnages. On se demande ce qui s’est passé pi on le sait pas plus qu’eux. On a aucune preuve, mais on voit ben qu’y manque dequoi pour que ça soit normal. Le fantastique d’Hellens se situe pas dans la peur, ou le malaise, ou le dégueux; c’est plutôt dans le questionnement pi l’incompréhension.
Deux nouvelles que j’ai ben aimées :
1. Tempête au colisée : un gars trouve une roche pendant une visite nocturne au Colisée de Rome. Une grosse tempête arrive, il se pousse. Pendant un an, ses nuits sont hantées par un vacarme surnaturel :

« Il faut croire que l’esprit ténébreux voulut se venger de ma malice, car il redoubla, cette nuit-là, de fureur. Il se livra sur moi à des opérations inexprimables. Et, par la suite, ce ne furent plus seulement des bruits qui me mirent à la torture; les inventions diaboliques prirent une forme plus concrète : je vis nettement circuler autour de ma chambre, sauter sur mon lit, en pleine lumière, toutes sortes d’animaux aux proportions hideuses. Ils accomplissaient leurs évolutions en hurlant, et quand je voulais m’approcher d’eux, ils disparaissaient brusquement. »

Il décide de faire une session d’écriture automatique pour communiquer avec les esprits. Finalement, la roche, c’est l’équivalent de la main de singe séchée de Jacobs: elle réalise les souhaits, mais y faut payer le prix fort. Toute s’arrête quand il va remettre la roche au Colisée.

2. Le portrait récalcitrant : un gars ben normal se fait offrir un buste à son image. Le problème, c’est qu’y lui ressemble un peu trop, pi y devient plus ou moins obsédé. Mais le buste est en terre cuite; il aime pas ça pi décide de le peindre en blanc. Ce qu’il fait. Mais, le lendemain, le gars est retrouvé mort dans son lit, tout blême à cause de ses artères bouchées. Le buste, lui, avait retrouvé sa couleur plus vivante. Ce que j’ai le plus aimé là-dedans, c’est l’écriture. Le narrateur est omniscient pi il nous tease un peu en évoquant la fin de la nouvelle :

« Abraham ne savait pas jusqu’où irait la sorcellerie, ni le pouvoir que prennent certains objets quand une fois l’esprit s’est fait complice de la main de l’artisan.
Il l’ignorait si bien, oubliant complètement ce sujet pour se replier dans sa solitude, désormais partagée, amicale, qu’il mit lui-même la main à la chose occulte, sans la moindre conscience que son acte allait provoquer, dans ce que nous nommons la matière inerte, une réaction inattendue; voire un prodige dont il serait en même temps l’animateur et la victime. Il faut du temps parfois pour que ces fantasmes se produisent. Les objets comme les bêtes sont doués d’une étonnante patience. »

Son style a rien de particulier; c’est pas Ducharme, ni Baricco. Mais c’est juste parfait, tout est à sa place pi y a rien qui manque. La langue est crissement bien maitrisée, fluide pi précise. Un peu comme Poe. Autrement dit, le lire, c’est un fucking délice.

Verdict : recommandé pour ceux qui veulent lire dequoi de ben écrit pi qui veulent un fantastique plus modéré que, mettons, Stephen King.

Vinyan

mai 11, 2010

Réalisation : Fabrice Du Welz
Scénario : Fabrice Du Welz, David Greig pi Olivier Blackburn
Production : Michaël Gentile
Pays : France, Royaume-Uni, Belgique
Sortie : 2008

J’ai été surpris quand j’ai vu que mon Vidéotron avait une copie du nouveau film de Du Welz. Apparemment, ce film-là avait plus de budget que Calvaire; Emmanuelle Béart joue dedans. Ça augurait ben, facque je l’ai loué.

Le film se passe dans un Phuket post-tsunami du 26 décembre. Depuis six mois, Paul pi Jeanne vivent à Phuket après avoir perdu leur fils dans la grosse vague de 30 pieds de haut. Sauf que, pendant la présentation d’un film de sensibilisation pour la cause des enfants birmans, Jeanne voit son fils en arrière-plan. Parce que l’espoir, des fois, c’est épais, ben ils font affaires avec des thaïs pas trop cleans pour aller le chercher. Facque le couple décide de payer fucking cher pour traverser la frontière birmano-thaï, chose qui est pas vraiment une bonne idée, sauf si c’est Rambo le capitaine de l’embarcation. Mais plus ça va, plus ils s’enfoncent dans la marde. Paul veut se pousser mais Jeanne veut continuer à chercher. On voit ben qu’elle a pas toute sa tête. Pi là ça dégénère pour finir en délire mystico-allégorique qui reste toujours pas clair pour moi.

Si on se rappelle bien, Calvaire exploitait le malaise pour affecter le spectateur. Ici, Du Welz l’utilise mais d’une autre façon. Tout le long, on voit le couple se mettre de plus en plus dans la marde pi on peut rien faire. Déjà qu’au début, on sait que c’est pas une bonne idée leur patente. Quand le thaï louche présente à Jeanne un enfant birman avec la face peinte en blanc pi qu’y lui dit que c’est son fils, pi qu’elle le croit, osti que j’étais mal à l’aise. Une chance que son chum est là. Sauf qu’à un moment donné, elle vire juste folle. On la voit faire des affaires dans le dos de son chum pour continuer de chercher pi on peut pas s’empêcher de l’haïr, Jeanne. Elle agit vraiment d’une façon contraire au bon sens, c’est ça qui gosse. J’étais exaspéré.
Pi insécure, itou. Parce que tout le monde que le couple rencontre ont l’air pas clean. J’aurais jamais fait affaire avec les gars de Phuket. Quand ils arrivent sur l’île, la populace locale lance des ballons éclairés dans la nuit. C’est une belle scène au niveau esthétique, mais crisse qu’on les trouve fucked-up les habitants. Ils agissent trop pas normalement. Pi c’est comme ça à chaque fois qu’on voit un nouveau personnage : il est toujours plus bizarre que les autres. Je feelais vraiment comme Paul : la marde pogne de plus en plus pi je peux rien faire. Quand un film me donne des émotions, j’aime ça.
L’atmosphère du film est menaçante pi vraiment étouffante. Surtout les scènes où ils sont perdus dans la forêt tropicale. On le sent tellement vulnérables.
Quand la situation de Paul pi Jeanne pourrait pas être plus précaire, le film pogne une twist étrange. Des enfants peints en blancs sortent de la forêt pi leur courent après. Paul meurt dans une caverne pi Jeanne fini toute nue pi entourée par genre 50 enfants qui la touchent tranquillement. Pi c’est la fin. Y me semble que quand j’ai vu le film, j’ai eu l’impression de comprendre ça voulait dire quoi cette fin-là. Mais j’ai oublié.
Le film est ben fait, sans rien de ben spécial du côté esthétique. Les plans sont beaux, mais ben normaux, comme le jeu des acteurs. Le rythme est crissement lent, mais ça fait ben monter la tension, le malaise pi l’insécurité. Ça peut être trop lent pour certains parce que la psychologie prend plus de place que l’action. Mais moi j’ai pas ressenti de longueurs. J’ai ben aimé ça.

Verdict : un bon film, pas aussi bon que Calvaire, mais un bon film. Qui sort des schémas traditionnels de l’horreur.

Calvaire

avril 15, 2010

Réalisation : Fabrice Du Welz
Scénario : Fabrice Du Welz et Romain Protat
Production : Michael Gentile, Eddy Géradon-Luyckx et Vincent Tavier
Sortie : 2005
Pays : Belgique, France, Luxembourg

Tant qu’à parler de fantatique belge, je vais parler aussi de cinéma d’horreur belge. D’un réalisateur en particulier, Fabrice Du Welz. De ses films Calvaire pi Vinyan. On va commencer par Calvaire. Trailer :

Encore un char qui tombe en panne dans un sous-bois creepy à côté d’une famille de fuckés. Mais c’est plus que ça. Pogné dans un hôtel désert avec un proprio sympathique, Marc, version belge de Normand L’Amour, réalise peu à peu que le gars est pas ben. Pi y a raison. Le proprio l’enferme dans une chambre, y rase la tête, y met une robe pi y l’appelle Chérie. Pi ça c’est jamais bon signe. Facque, prisonnier dans un village de belges baiseurs de chèvres, Marc est dans la marde. Disons que c’est ça la ligne directrice du film.
L’atmosphère étrange est installée dès la première scène : j’ai vu le gars chanter sur la scène avec sa cape brillante pi je me suis dit What the fuck? Je me suis posé des questions tout le long du film parce que ce que je voyais était toujours un peu bizarre.
Quand Marc rencontre le gars qui cherche sa chienne Bella au milieu de la nuit pi au milieu du bois, là aussi je me posais des questions. Y a toujours un genre de mystère dans chaque scène.
Ensuite, en se promenant dans le coin de campagne, Marc voit une gang de gars en train de fourrer unu chèvre ou un cochon, je m’en rappelle pu. Ça revient au même, je pense. Pi ça fini par dégénérer. Ma scène préférée c’est quand Marc regarde par la fenêtre pi voit le proprio décâlisser son char à coup de masse. Surtout qu’on l’avait pas vu venir. C’est ben fait parce que le spectateur vit le même déclic que le personnage au même moment : y sait que dequoi de pas clean se prépare.
Même si le film utilise les outils classiques de l’horreur pour toucher le spectateur, la peur pi le suspense, c’en est un qu’on voit moins souvent qui est le plus développé : le malaise. Un malaise qui lâche pas, qui est présent dès la première image : on peut pas s’empêcher d’être mal à l’aise de voir Marc se ridiculiser sur scène. Ensuite ça continue : malaise causé par le retard qui cherche son chien, par le proprio qui est viré psycho, par les paysans qui violent un animal, par le personnage principal habillé en femme pi obligé d’agir comme si y était marié avec le proprio. Toutes ces images-là m’ont faite sentir pas trop ben; un genre de chatouillement qui rend inconfortable. Ce malaise-là est créé par l’aspect bizarre pi incongru des images, des scènes, des personnages, mais aussi par leur imprévisibilité. C’est tellement bizarre qu’on peut pas se préparer, deviner ce qui s’en vient. Facque le spectateur est hors de sa zone de confort, plongé dans l’inconnu. Son malaise, en ce sens-là, c’est un peu de l’insécurité. C’est autour de ça que le film au complet s’articule : le malaise. Pi c’est ça qui fait que malgré son histoire pas tant originale, Calvaire est un film crissement intéressant pi déroutant. La scène juste en dessous icitte, c’est une des plus bizarres que j’ai jamais vu dans un film :

Mise dans le contexte de folie du film, c’est encore plus creepy.

Verdict : je le recommande fortement. C’est un film original pi qui surprend. C’est sûr que c’est lent, facque pour ceux qui veulent se chier dessus allez louer The ring. Calvaire, c’est un film plus subtil, si on peut dire ça, pour ceux qui sont écoeurés des niaiseries habituelles.