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Rubber

mai 26, 2011

Réalisation : Quentin Dupieux
Scénario : Quentin Dupieux
Pays : France
Sortie : 2010 en Europe, 2011 en Amérique du nord

Rubber m’intriguait. C’est quand même l’histoire d’un pneu tueur qui a des pouvoirs télékinésiques. Surtout que ça avait l’air un film d’auteur crissement léché.

Résumé

C’est l’histoire d’une gang de spectateurs qui regardent avec des longues-vues les aventures d’un pneu animé à travers le désert. Le pneu découvre des pouvoirs télékinésiques pis y fait exploser la tête des gens sans raison apparente. La police enquête pis essaye de le pogner, pendant que les spectateurs commentent ce qui se passe. Après avoir vu une pile de pneus en feu, le pneu décide de se venger, ou quelque chose comme ça. Pendant ce temps-là, les spectateurs se font empoisonner; y reste juste un monsieur dans une chaise roulante.

Critique

Rubber, c’est un film d’auteur, dans le sens qui suit pas les conventions habituelles du cinéma hollywoodien ou populaire, avec une trame narrative assez claire, un rythme enlevant pis des personnages archétypaux. C’est lent, c’est n’importe quoi pis c’est beau.
Surtout au début, y a des longs plans qui montrent le pneu rouler dans le désert, sans que rien se passe vraiment. La photo tout en lumière est vraiment belle pis les plans sont magnifiques, super clairs pis définis. La réalisation est vraiment excellente, pis visuellement c’est parfait.
Dès le début, le personnage du policier nous averti que le film est hommage au n’importe quoi – au « No reason ». Faut pas s’attendre à une explication, donc. Pis le pneu est pas le seul élément pas rapport : les chaises du début, les spectateurs empoisonnés pis le tricycle à la fin. Même que les spectateurs comprennent rien. Y parlent du film pour essayer de l’expliquer mais réussissent jamais. Même qu’un spectateur fait remarquer au policier que ce qu’y fait ça a aucun sens. Y a une dissension au sein des spectateurs : ce qui veulent juste regarder le film calmement pis ceux qui veulent le commenter pour le comprendre.
Y a aussi des éléments qui le rattachent à l’horreur : on voit un lapin pis plein de têtes exploser avec des bouts de chair partout. La scène où le gars meurent après avoir bouffé de la bouffe empoisonnée est quand même troublante. Mais le film est drôle en crisse, surtout la scène où le policier pensent que tous les spectateurs sont morts pis qu’y dit à tout le monde d’arrêter de jouer. Mais y se rend compte qu’y en reste un pis qu’y faut continuer de jouer le film pis chercher le pneu. D’ailleurs, l’acteur qui fait le policier est vraiment bon pis comique. Facque l’écoute est le fun même si c’est vraiment lent.

Analyse

Vu que le film se présente lui-même comme vide de toute signification, l’analyser a l’air un peu bizarre. Surtout qu’y a comme trois niveaux dans le film : 1. Le discours pastiché des films d’horreurs où un tueur fait des victimes dans raison apparente 2. L’histoire du pneu pis des policiers 3. Les spectateurs qui commentent l’histoire du pneu. Facque c’est une genre de méta-comédie avec une mise en abyme incorporée. Je vais quand même essayer.
Ça se passe dans le désert, au milieu de nulle part. Y a rien sauf un môtel pis une mini ville. On sait pas où exactement, ça pourrait être aux États-Unis comme en Australie. On est dans le flou par rapport au lieu de l’histoire. On devine l’époque, à peu près contemporaine. Facque c’est nulle part pis partout en même temps. On sait pas non plus pourquoi y a des spectateurs, ni pourquoi y se font empoisonner. Mais on finit par comprendre que la présence des spectateurs oblige les personnages à jouer leurs rôles, un peu comme l’offre et la demande : on joue tant qu’y a du monde pour regarder. À un moment donné, les spectateurs se font donner une dinde pour manger; y se pitchent dessus comme des malades – y ont pas mangé depuis le début du film – pis la scène est filmée comme si c’étaient des zombies qui bouffaient quelqu’un. Affamés de violence, de mort ? Peut-être, si on pense aux fans de films d’horreur qui cherchent à voir les films les plus dégueux pis les meurtres les plus violents. C’est la faute du public si la série Saw s’est rendue à 7 films, pis que Platinum Dunes continue à faire des remakes à chier : le monde va voir ces fims-là. Tant qu’y vont faire du cash, y vont continuer à faire des films comme ça. C’est la faute du seul spectateur vivant si les acteurs doivent continuer à jouer. On est dans la même position que les spectateurs du film : au début, on regarde sans comprendre. Ensuite, on y prend goût même si c’est n’importe quoi parce qu’on est intrigués. C’est parce qu’y nous intrigue que le film réussit son but : faire un hommage au n’importe quoi en rendant ça intéressant.

Verdict

Recommandé, pour les gens qui cherchent autre chose dans le cinéma qu’une série de cascades pis de meurtres en série. C’est un super bon film d’auteur qui porte un regard critique sur le cinéma en général en rendant ça comique pis bizarre.

Haute tension

mai 24, 2011

Réalisation : Alexandre Aja
Scénario : Alexandre Aja pis Grégory Levasseur, basé sur une nouvelle de Dean R. Koontz
Pays : France
Sortie : 2003

Alex Aja est reconnu comme un réalisateur d’horreur qui promet. J’ai entendu (pis lu) tout plein de critiques super élogieuses de son premier film, Haute tension. Son remake du film de Wes Craven, The hills have eyes, m’avait agréablement surpris (c’était avant que je m’intéresse sérieusement au cinéma d’horreur). Mirrors était moins bon, malgré la scène dans le bain. Ensuite, Piranha 3D a eu un huge succès, à mon sens, vraiment mérité. Mais, le meilleur, d’après plein de monde, c’est Haute Tension, que j’avais toujours pas vu.

Résumé

C’est l’histoire de Marie pis Alexa, deux amies de longue date, qui s’en vont visiter la famille de Alexa à la campagne pour étudier. Pendant la nuit, un gros monsieur pas clean entre dans la maison pis décâlisse tout le monde. Marie réussit à se cacher pis elle retrouve son amie Alexa attachée sur son lit. Mais le tueur les pogne pis les crisse dans son vieux truck à la Jeepers Creepers, pour les emmener on sait pas où.

Critique

Les films d’Aja sont pas les plus originaux au niveau de la forme : la réalisation est assez convenue pis classique. Une de mes scènes préférées dans Haute tension, c’est au début, quand les deux filles se mettent à chanter dans le char. Ça montre l’amitié entre Marie pis Alex d’une façon convainquante pis crédible. (D’ailleurs, je veux souligner la qualité de la trame sonore.) À part ça, la réalisation est surtout axée vers les personnages : des gros plans du visage de Marie, de Alex attachée pis de la mort horrible de la mère d’Alex. Heureusement, les acteurs sont excellents. Maïwenn joue comme une championne un rôle pas facile vu qu’elle est baîllonnée tout le long. Cécile de France fait une sale job dans un rôle pas facile non plus, surtout dans les moments où elle se cache du tueur en capotant. On peut vraiment lire la peur dans sa face. Sa réaction quand elle trouve Alex est super réaliste. Sans oublier le bout où elle se fait étouffer avec un sac de plastique. À elles seules, elles font le film.
L’autre affaire le fun, c’est qu’on sent vraiment la tension quand le tueur est dans la maison. Le montage, souvent en parallèle, m’a stressé tout le long. Du côté du suspense, c’est réussit.
Pour le gore, j’ai des petites réserves. Oui, la scène d’égorgement pis le meurtre à la scie ronde sont sauvages pis troublants. Mais certaines scènes m’ont semblées un peu ratées : la décapitation à travers les barreaux de l’escalier pis le tapage dans la face du tueur à coup de bâton pimpé avec du fil barbelé. Faut dire que j’avais vu I saw the devil la veille, pis qu’on peut pas trouver un meilleur exemple de destruction de visages avec des objets contondants. Le montage joue pour beaucoup : dans le film de Jee-Woon Kim, les meurtres sont filmés en un seul plan – ou presque, tandis que dans le bout du bâton barbelé, le montage est trop rapide. À part ça, le sang gicle en masse dans Haute tension, pis on aime ça.
J’ai vu des gens qui disaient que le film est bon jusqu’au twist final, qui est pas nécessaire, selon eux. J’avoue qu’à première vue, ça peut avoir l’air un peu gratuit pis d’être juste un twist pour être un twist. Ces gens-là disaient que le film est de l’horreur classique, avec du suspense pis du gore. C’est vrai, mais c’était bizarrement vide, avant le twist, qui vient donner beaucoup de profondeur au film.

Analyse

La finale est trop sick : en menaçant Alex avec une scie ronde, Marie y dit « Tu m’aimes pas, hein ? » Alex se met à crier « Si, je t’aime ! Je t’aime » en pleurant. Marie dépose son arme pis embrasse Alex, qui entre un pied de biche dans le torse de son amie. Tout ce qu’elle voulait, Marie, c’était l’amour de son amie. Si on reprend depuis le début : ça commence par quelqu’un, apparemment blessé pis sous le choc, qui répète : « Je laisserai plus personne se mettre entre nous. » Ensuite ça embarque sur les deux filles dans le char. Alex est une belle fille avec les cheveux noirs pis longs. Marie aussi est belle, mais elle a les cheveux super courts avec deux boucles sur l’oreille gauche. D’entrée de jeu, Marie a le physique du stéréotype de la lesbienne. Elle raconte son rêre à Alex : elle courait dans le bois, blessée pis pourchassée par quelqu’un, pis elle pense que c’est elle-même qui se courait après. C’est crissement significatif, parce qu’elle se sauvait d’êlle-même, de son double qui la menaçait. Alex y dit : « tu pourrais pas faire des rêves normaux, comme tout le monde ? » pis Marie répond : « Je veux pas être comme tout le monde. » Un peu plus tard, les deux filles ont une discussion : « – Alex : Tu peux pas agir toujours comme ça avec les mecs. – Marie : J’agis pas toujours comme ça. » On comprend que Marie est un peu étrange pis qu’elle se comporte de façon bizarre avec les gars. Encore plus tard, dans la cuisine, Alex dit :

« – Tu vas finir vieille fille.
– J’ai pas le feu au cul.
– T’as la trouille. »

À ce moment-là, elle sort pour fumer une tope, pis elle voit son amie Alex prendre une douche. Tout de suite après, Marie rentre dans sa chambre pis commence à se masturber. Y a un montage parallèle : on voit Marie qui se touche, le camion du tueur se rapprocher pis le reste de la famille qui dort. Déjà, on associe Marie avec le tueur, qui sont les seuls à être réveillés. En plus, l’apparition du tueur coincide avec l’orgasme de Marie, qui entend le chien japper. Comme si son désir pour son amie était tellement fort qu’y s’est matérialisé. De la fenêtre de sa chambre (au grenier), Marie assiste au meurtre du père pis à l’entrée du tueur dans la maison. Sa chambre au grenier, ça veut dire quelque chose : si, dans les films d’horreur, le sous-sol représente ce qui est irrationel, ou inconscient, le grenier représente la rationalité, la conscience. Facque Marie, dans le grenier, c’est le Surmoi (qui a toujours réprimé ses pulsions homosexuelles) qui s’étonne de voir surgir le Ça, ses pulsions inconscientes qui explosent tout à coup. Elle est confronté à son homosexualité pour la première fois de façon consciente. Elle s’étonne de ses propres actions, comme quand elle voit la mère se faire égorger en la fixant du regard. D’ailleurs, en mourant, la dernière chose que la mère dit, c’est : « Pourquoi ? » Les actions du Ça sont pas rationelles, c’est l’inconscient qui obéit à aucune logique. Le Surmoi a pas réussit à contenir les pulsions du Ça. Elle a peur pis elle est surprise d’elle-même, pis comme dans son rêve, elle se court après. Plus loin, ça devient clair pendant cette magnifique scène-là : les deux filles sont pognées dans le truck du tueur. La toune qui joue c’est : À toutes les filles, de Didier Barbelivien pis Félix Gray. « À toutes les filles que j’ai aimé, avant. » La caméra nous montre, sur le dash, des photos de filles découpées. La thèse de l’homosexualité devient dure à réfuter. À la fin, quand le tueur essaye d’étouffer Marie, y lui dit : « Qu’est-ce que tu lui veux, à Alex ? Elle t’excite ? Moi aussi, elle m’excite ! » on finit par arriver au bout de la scie ronde pis du baiser sur la bouche. À ce moment-là, Alex poignarde Marie avec une arme blanche, symbole phallique par excellente. C’est la défaite de l’homosexualité. Voilà.

Verdict

Recommandé. C’est fucking bon, surtout le jeu des actrices, la trame sonore pis le suspense. C’est vraiment un excellent film, pis je me range aux côtés de tous les autres : Haute Tension, c’est le meilleur de Alex Aja, pis un des meilleurs films d’horreur français.

La Meute

mars 28, 2011

Réalisation : Franck Richard
Scénario : Franck Richard
Pays : France pis Belgique
Sortie : 2010 en France, 2011 en Amérique du Nord

J’avais hâte de le voir depuis que je l’ai raté à Fantasia l’année passée. Maintenant qu’y est sorti en DVD, j’ai réussi à le downloader. Les critiques avaient été bonnes, en général, pis un film à moitié belge, ça permet d’espérer des trucs bizarres, comme dans Calvaire ou C’est arrivé près de chez vous.

Résumé

C’est l’histoire de Charlotte, une jeune femme qui fait un road-trip toute seule sans vraiment de destination. Elle pogne un gars sur le pouce, Max. Ensemble, y arrêtent dans un genre de bar crasseux nommé La Spack, tenu par une grosse madame du même nom. Dans le bar, Charlotte pi Max se font menacer pis presque violer par trois motards débiles. La Spack sort un shotgun, ben décidée à maintenir le calme dans son bar. Sauf que, quand Max revient pas des toilettes, Charlotte se met à le chercher. Elle sent que quelque chose de bizarre se trame. Après avoir parlé à un vieux policier, elle entre par effraction dans le bar louche. Mauvaise idée : elle se retrouve enfermée dans une cage par La Spack pis Max, qui s’avère être son fils. Charlotte essaye de s’enfuir pis le policier essaye de la retrouver. Finalement, par un soir de tempête, La Spack accroche Charlotte sur un genre de potence pour la saigner en disant « La terre a besoin de sang ». C’est là que les zombies arrivent.

Critique

Le film commence un peu comme un cool movie à la Tarantino, avec des dialogues ben écrits pis des répliques cinglantes. Charlotte est un peu stéréotypée, genre fille forte qui écoute du métal pis qui a le sens de la répartie, mais le personnage réussit à être pas trop cliché, notamment grâce à son humour noir (la joke du zoophile, du sadique, de l’assassin, du nécrophile, du pyromane pi du masochiste). Pis elle est vraiment badass, comme quand elle boit son café après que le motard ait craché dedans pour l’intimider. Émilie Dequenne réussit à bien rendre la panique de Charlotte quand elle est enfermée.
En général, j’ai ben aimé les dialogues, surtout les répliques des motards, qui me faisaient rire à chaque fois. Exemple : « Chérie j’dois pisser, tu peux m’la tenir ? Mon médecin m’interdit d’porter des objets lourds. » C’est du génie. Ou ben Charlotte qui dit à Max : « J’te préviens, si tu sors ta bite ou quelque chose dans le genre, tu mange un bouquet de phalanges. » Max répond : « T’inquiète, fait trop froid. » Même si c’est pas réaliste, au moins, c’est drôle. Pis le ton est maintenu tout le long du film. Pis aussi « Va falloir éclater des mecs. Ça vous dirait, les tapettes ? »
Le personnage de La Spack est quand même cool, genre vieille campagnarde qui en a vu d’autres. Pi le policier trop wise est cool aussi, un peu à la Colombo, surtout avec son chandail Fuck on first date pis sa joke de faire des bruits de cheval quand y prend son vélo.
L’atmosphère vraiment crasse est réussie pis elle nous fait sentir sale pis toute – ça rappelle beaucoup Calvaire. On se sent encore plus mal vu qu’on sait pas trop où (on a aucune indication de lieu), ni quand ça se passe (aucune indication de temps). En fait, j’ai trouvé que ça avait des allures d’uchronie, surtout avec les personnages des motards qui font pas mal renégats-d’un-monde-post-apocalyptique, pis avec le décor style campagne retardée qui permet pas vraiment de se situer dans le temps. Anyway, tout ça, ça ajoute à notre malaise pis notre incompréhension.
J’ai entendu pas mal de critiques négatives à propos du scénario, mais j’ai pas trouvé particulièrement mauvais. Bon, on peut se demander pourquoi Charlotte essaye autant de retrouver Max, qu’elle vient tout juste de rencontrer, mais tsé. Contrairement à tout le monde, j’ai adoré le changement de ton drastique aux 2/3 du film, quand les zombies arrivent. Je m’attendais crissement pas à ça, pis j’ai été agréablement surpris.
La réalisation est paspire pantoute pis rend ben l’ambiance crade du décor. Les plans sont ben cadrés pis les mouvements de caméras sont intéressants. Par exemple, j’ai aimé l’ellipse quand on voit le policier rentrer chez La Spack : le plan coupe pis enchaîne sur La Spack qui ressort avec le policier dans une brouette. C’est nice comme montage, mais ensuite on nous sert un flashback qui explique comment ça c’est passé. Fucking maladroit.
Le film a des défauts : j’ai trouvé complètement inutile toute l’histoire des mineurs morts sous la terre qui sert à justifier l’existence des zombies. Surtout le bout où Charlotte tombe sur des vieux journaux, c’était crissement pas nécessaire. Ça aurait été mieux sans aucune explication. Aussi, dans la scène de l’attaque sur la petite cabane, les quatres zombies restent constamment au même endroit, comme si c’était fait pour qu’on puisse les voir à travers la fenêtre. Pas bon du tout. Pis on aurait vraiment pu se passer du sang qui dégouline dans l’objectif à la toute fin.
Le gore est quand même paspire, même si y en a pas tant. Les zombies sont assez forts pour démembrer un homme sans forcer. La scène de la torture sur la chaise est pas nice pantoute, même si elle est pas gore. Pis la fin est vraiment bad, dans le sens qu’elle nous fait pas sentir ben. J’avoue que j’ai été surpris que ça finisse aussi mal, pi j’étais triste pour Charlotte. Je l’aimais ben, finalement.

Analyse

« La victime fantastique est donc un être déterritorialisé. » C’est ce qu’écrit André Carpentier dans son article L’espace fantastique comme variété de l’espace vécu. Y me semble que ce mot-là – déterritorialisé – qualifie ben Charlotte. Elle évolue, comme le spectateur, dans un monde qui propose aucun point de repère temporel ou spacial. En plus, elle a pas vraiment de but : au début, elle dit à Max qu’elle roule jusqu’à la fin de ses CDs. Le film s’ouvre sur des longs plans de routes perdues dans le brouillard. D’emblée, on sait qu’on se trouve dans le trou-du-cul-du-monde, un lieu isolé, éloigné de la civilisation pis de ses règles. Cette idée d’égarement est présente chez Charlotte elle-même, qui a pas de passé, pis encore moins de futur. Tout ce qu’on sait d’elle, c’est ce qu’elle aime écouter les problèmes de gens, que ça la dope. On peut peut-être en déduire qu’elle aussi a des problèmes, pis qu’écouter ceux des autres, ça l’aide à relativiser, ou au moins à se sentir moins seule dans sa marde. On découvre que plus ça va, plus Charlotte s’enfonce dans un univers crade pis dirt, qui la menace constamment pis qui ses déshumanise à mesure que le récit avance. Dès le début, y a les motards qui essayent de la violer, ensuite le policier qui l’avertit que c’est dangereux, pour une belle fille comme elle, de prendre des pouceux – ce qui s’avère vrai, ensuite la cage, La Spack a l’air invincible, pis ensuite les zombies. Charlotte passe de fille-forte à fille-captive-bétail à fille-captive-bouffe-pour-les-zombies. Elle aussi se déshumanise, comme si l’univers dans lequel est évolue l’avait contaminée. Tout le long de sa captivité, ses efforts pour communiquer sa détresse son vains; l’humanité est pas rejoignable. Tout le long du film, Charlotte se débat « sous la menace de l’étrange, soumise à la coupure ou au renoncement à tout principe de liberté. C’est pourquoi sa mésaventure, sa détresse paraissent irréversibles. Le maléfice n’est pas qu’au bout de son trajet; il l’accompagne tout au long de sa déambulation. » Le monde se referme peu à peu sur Charlotte pis y devient tellement hostile qu’y finit par la bouffer, au sens propre.
Pour résumé, Charlotte, c’est une espèce de Dante, mais sans personne pour la guider, qui réussit pas à se sortir de l’enfer.

Verdict

Recommandé. Même si c’est pas parfait, c’est un film surprenant pis ben réalisé (la plupart du temps). Les dialogues sont comiques pis malaisants en même temps, les personnages sont le fun pis les zombies sont vraiments laids, dans le bon sens du terme.

La horde

janvier 6, 2011

Réalisation : Yannick Dahan pi Benjamin Rocher
Scénario : Arnaud Bordas, Yannick Dahan, Stéphane Moïssakis, Nicolas Peufaillit pi Benjamin Rocher
Pays : France
Sortie : 2010

Pour être complètement honnête, chu un peu écoeuré des films de zombies. C’est toujours pareil, mais le monde continue à en vouloir, pi les studios à en produire, sans jamais innover – sauf dans le cas de Deadgirl. Anyway, c’est sans attentes que j’ai écouté La horde, qui se trouve dans une couple de top 10 de l’année. Y faut ce qu’y faut, comme on dit :

Facque c’est l’histoire de 4 policiers qui se pointent dans un building presque abandonné pour aller venger la mort d’un collègue en décâlissant une gang de gansters. Finalement les deux gangs sont pognées ensemble pi forcées à coopérer. Y rencontrent au rez-de-chaussé un vétéran de la guerre du Viet-Nam qui s’amuse beaucoup trop à tuer des zombies.

Toute la présentation des personnages, des lieux, du contexte, tout ça, j’ai pas aimé. Je trouvais que les acteurs étaient pas bons, que les dialogues étaient un peu ratés dans le genre stéréotype ganster pi que le montage était franchement mauvais. Cela dit, quand les zombies arrivent, c’est autre chose.

Les combats sont malades. Les personnages ont aucun problème à tuer les zombies à mains nues, pi le réalisme des combats rappelle un peu ceux qu’on peut voir dans Valhalla Rising. C’est très sobre mais vraiment efficace. Y a pas beaucoup de gore, sauf quand le gros black à la fin décrisse la tête d’un zombie sur un poteau de ciment en criant des insultes. C’était ben faite en crisse.

J’ai vraiment trippé aussi sur le gros vétéran qui parle avec un jargon excellent pi qui lâche call sur call dans n’importe quelle situation. J’étais vraiment crampé à chaque fois qu’y ouvrait la bouche. Le personnage apparait comme un sauveur, parce que jusque là, les seuls échanges qu’on avait eu c’était genre « Fuck you c’est chacun pour soi » pi « Yo t’es qui toi ? Retourne voir ta mère ! » pi des shit demêmes.

Les personnages des gangster pi des policiers sont des grosses brutes qui donnent pas dans la nuance. Y ont pas de sentiments, ce qui fait des scènes intéressantes (genre la fille pas de pitié qui hésite pas à tuer son ami mordu), mais qui empêche toute sympathie pour eux. Je m’en câlissais vraiment quand un personnage mourait. Pi on nous donne encore les mêmes thèmes classiques.

J’irais pas jusqu’à dire que La horde est un bon film, mais je dirais pas non plus que c’en est un mauvais. C’est définitivement un film à écouter en groupe, sans trop réfléchir au scénario pi toute.

Verdict : Recommandé à ceux qui veulent voir des français musclés pi moustachus tirer du gun sur des zombies en criant des insultes en verlan. Pas recommandé pour les autres.

Là-Bas, par J.-K. Huysmans

janvier 5, 2011

Parution : 1891
Roman
403 pages

Huysmans apparait comme le chef de file du mouvement décadent en France. La génération fin-de-siècle se reconnait dans son roman À rebours, paru en 1884. Avec Là-Bas, Huysmans explore le monde du satanisme en France à la fin du XIXe siècle.

« À la brune, alors que leurs sens sont phosphorés, comme meurtris par le suc puissant des venaisons, embrasés par de combustibles breuvages semés d’épices, Gilles et ses amis se retirent dans une chambre éloignée du château. C’est là que de petits garçons enfermés dans des caves sont amenés. On les déshabille, on les baîllonne, le Maréchal les palpe et les force, puis il les taillade à coups de dague, se complaît à les démembrer, pièce à pièce. D’autres fois, il leur fend la poitrine, et il boit le souffle des poumons; il leur ouvre aussi le ventre, le flaire, élargit de ses mains la plaie et s’assied dedans. »

Bon, c’est pas demême tout le long, mais c’est drôle pareil. C’est plutôt l’histoire de Durtal, un écrivain qui travaille sur une biographie de Gilles de Rais, communément appellé Barbe-Bleue, un maréchal qui a vraiment existé au XIIe siècle en France, pi qui aurait commis les pires actions au nom du satanisme. Des Hermis, l’ami de Durtal, lui fait savoir que le satanisme est toujours pratiqué à Paris au XIXe. Durtal est intrigué pi s’arrange pour assister à une messe noire.

Tout le roman oscille entre le récit de Durtal à propos de Gilles de Rais, les discussions entre Durtal, Des Hermies pi leurs amis, pi l’intrigue amoureuse entre Durtal pi Madame de Chantelouve. C’est pas vraiment un roman d’horreur, ni un roman fantastique – quoi que Chantelouve serait visitée toutes les nuits pas un incube : Huysmans était un disciple de Zola, facque c’est très près du naturalisme, mais d’un « naturalisme spiritualiste ». Les décadents, rejetant leur époque bourgeoise, préféraient croire en un certain mysticisme qui leur permettait de se projetter hors d’une époque qu’ils reniaient. C’est ce que fait Durtal : il cherche une issue hors de son époque dans le satanisme. Mais il finit par être déçu que le satanisme contemporain lui offre rien d’aussi malade que ce que faisait Gilles de Rais. Le mouvement décadent êst très pessimiste pi synique, ce qui me plait énormément pi qui me fait rire pas mal. L’humour cynique est très présent dans la scène où Durtal fait croire à Chantelouve qu’il a une fille.

« – Elle va avoir six ans; – et il la dépeignit, une blondine très intelligente, vive, mais de santé fragile; elle exigeait de multiples précautions, de constants soins.
– Vous devez avoir des soirs bien douloureux, reprit-elle, d’une vois émue, derrière le rideau.
– Oh oui ! pensez donc, si demain je mourais, que deviendraient ces malheureuses ?
Il s’emballa, finit par croire à l’existence de l’enfant, s’attendrit sur la mère et sur elle; sa voix trembla, des larmes lui virent aux yeux. »

Presque la moitié du roman est constituée de dialogues. Les personnages parlent du satanisme pi Durtal rencontre différentes personnes qui l’informent à ce sujet, ce qui donne des conversations assez comiques, surtout avec l’espère de pudeur de l’époque :

« – Une question, demanda Des Hermies, la femme reçoit-elle la visite de l’incube, pendant qu’elle dort ou pendant qu’elle veille ?
– Il faut établir une distinction. Si cette femme n’est pas maléficiée, si c’est elle qui a voulu s’accoler volontairement à un esprit de vice impur, elle est toujours éveillée lorsque l’acte charnel a lieu. […]
– Et l’acte se passe de la même façon que dans la réalité ? demanda Durtal.
– Oui et non. – Ici, l’immondice des détails m’arrête, dit Gévingey, qui devint un peu rouge ; ce que je puis vous raconter est plus qu’étrange. Sachez-le donc, l’organe de l’être incube se bifurque et, au même moment, pénètre dans les deux vases. D’autres fois, il s’étend et pendant que l’une des branches agit par les voies licites, l’autre atteint en même temps le bas de la face… Vous pouvez vous figurer, messieurs, combien la vie doit être abrégée par ces opérations qui se multiplient dans tous les sens. »

Overall, c’est agréable à lire pour le cynisme pi le chialage des personnages. Certains bouts – les méfaits de Gilles de Rais – sont franchement dégueux, mais c’est en rien un livre d’horreur ou fantastique. C’est une genre d’enquête sur le spiritisme au XIXe siècle en France.

Verdict : Recommandé, surtout si vous aimez ça chialer contre le monde contemporain. C’est comique pi excellent.

Véra, par Villiers de l’Isle-Adam

janvier 5, 2011

Parution : 1874, dans Contes cruels.
Nouvelle

L’une des nouvelles les plus connues de Villiers de l’Isle-Adam, pi une des nouvelles fantastiques les plus citées pi appréciée. Dans le genre, on fait pas mieux.

C’est l’histoire du comte d’Athol, qui vient tout juste de perdre sa femme à cause d’une maladie quelconque. Après sa mort, y décide de s’isoler dans sa maison avec son domestique, Raymond, pi de faire comme si sa femme était pas morte. À un moment donné, on commence à se demander si elle est vraiment morte, Véra.

« Parfois, éprouvant une sorte de vertige, il eut besoin de se dire que la comtesse était positivement défunte. Il se prenait à ce jeu funèbre et oubliait à chaque instant la réalité. Bientôt, il lui fallut plus d’une réflexion pour se convaincre et se ressaisir. Il vit qu’il finirait par s’abandonner tout entier au magnétisme effrayant dont le comte pénétrait peu à peu l’atmosphère autour d’eux. Il avait peur, une peur indécise, douce. »

Véra, c’est du fantastique, pi pas de l’horreur; y a une différence. En fantastique, on veut moins faire peur que brouiller les frontières entre réalité et imagination. C’est exactement ce qu’on a ici. Les personnages, à force de se dire que Véra est pas morte, ben y finissent par l’apercevoir pi se demander sérieusement si elle est vraiment morte. C’est amené très subtilement pi on se pose la question jusqu’à la toute fin, qui nous laisse pas le choix : Véra était là. Le récit est ben construit; à la lumière d’une deuxième lecture, on voit la fin est suggérée tout plein de fois dans la nouvelle. Facque ça fait pas peur, pi c’est pas ça le but non plus. C’est pas du Stephen King, mettons.

La nouvelle est très courte et écrite dans un style parfait, très proche du poème en prose. Villiers nous livre des phrases magnifiques pi d’une pureté qui se rapproche un peu de l’esthétique du Parnasse pi de Mallarmé :

« La nuit dernière, sa bien-aimée s’était évanouie en des joies profondes, s’était perdue en de si exquises étreintes, que son cœur, brisé de délices, avait défailli; ses lèvres, s’étaient brusquement mouillées d’une pourpre mortelle. À peine avait-elle eu le temps de donner à son époux un baiser d’adieu, en souriant, sans une parole : puis ses longs cils, comme des voiles de deuil, s’étaient abaissés sur la belle nuit de ses yeux. »

L’écriture de Villiers donne à tout le récit un espèce de ton irréel, comme si on flottait tranquillement dans un rêve beau pi triste.

Verdict : Recommandée. Une nouvelle magnifique pi excellente, pi une des meilleurs histoires de fantôme jamais écrite.

La morte amoureuse, par Théophile Gautier

décembre 2, 2010

Parution : 1836
Longue nouvelle
Cinquantaine de pages

Cette histoire de vampire-là a été écrite plus de 50 ans avant le Dracula de Stoker. À tort, Gautier est souvent considéré comme un des « petits » romantiques. C’est oublier que les Fleurs du mal de Baudelaire y sont dédicacées. C’est quand même ça. La morte amoureuse, c’est probablement sa novuelle fantastique la plus connue, avec La cafetière.

« Un matin, j’étais assis auprès de son lit, et je déjeunais sur une petite table pour ne pas la quitter d’une minute. En coupant un fruit, je me fis par hasard au doigt une entaille assez profonde. Le sang parti aussitôt en filets pourpres, et quelques goûttes rejaillirent sur Clarimonde. Ses yeux s’éclairèrent, sa physionomie prit une expression de joie féroce et sauvage que je ne lui avait jamais vue. Elle sauta à bas du lit avec une agilité animale, une agilité de singe ou de chat, et se précipita sur ma blessure qu’elle se mit à sucer avec un air d’indicible volupté. Elle avalait le sang par petites gorgées, lentement et précieusement, comme un gourmet qui savoure un vin de Xérès ou de Syracuse; elle clignait les yeux à demi, et la pupille de ses prunelles vertes était devenue oblongue au lieu de ronde. De temps à autre elle s’interrompait pour me baiser la main, puis elle recommençait à presser de ses lèvres les lèvres de la plaie pour en faire sortir encore quelques gouttes rouges. Quand elle vit que le sang ne venait plus, elle se releva l’œil humide et brillant, plus rose qu’une aurore de mai, la figure pleine, la main tiède et moite, enfin plus belle que jamais et dans un état de parfaite santé. »

C’est l’histoire du prêtre Romuald, qui nous raconte comment, quand y était jeune, sa vie a été fuckée par l’amour qu’y porait à une vampiresse du nom de Clarimonde. Ayant toute sa vie vécu dans l’enceinte d’un monastère (ça rappelle Ambrosio dans Le moine, de Lewis), y avait jamais vu de femme. Mais, parce qu’y a toujours un mais, le jour de son ordination, y voit Clarimonde pi a un coup de foudre. Mais y peut pas dire non pi y jure devant Dieu pi toute. L’évêque de la place a ben remarqué qu’y filait pas facque y l’envoit loin de Clarimonde, dans un village de campagne. Là, Romuald s’emmerde jusqu’à ce qu’une nuit, un cavalier viennent le chercher pour aller donner l’extrême-onction à sa maîtresse sur son lit de mort. Finalement, sa maîtresse, c’est Clarimonde. Romuald la trouve tellement belle dans sa mort qu’y y donne un baiser, ce qui la ranime. Elle y dit qu’elle est morte mais qu’elle va venir le visiter la nuit. Quelques jours après, y se poussent à Venise pour mener une vie de riches aristocrates. Tout le long, Romuald est pas sûr si c’est sa vie de prêtre qui est réelle, ou ben sa vie de gentilhomme. Jusqu’à ce que Clarimonde se jette sur un bobo qu’y s’était fait au doigt avec son couteau. J’arrête ici.
Ce qui est cool, c’est que jusqu’à la toute fin, on sait pas trop, comme le personnage, si c’est un rêve son histoire de vampire, ou ben si c’est vrai. C’est pas mal ça le thème principal, la confusion entre réalité pi illusion. Sinon, ça fait pas ben ben peur. Clarimonde aime Romuald, pi lui y est prêt à donner son sang à sa blonde si ça peut y éviter de mourir. C’est une saine relation de vampirisme. À part quand Dieu commence à s’en mêler. Anyway. Ça se rapproche plus de la définition du fantastique énoncée par Todorov que de celle de Lovecraft, mettons. Gautier joue sur l’ambiguité plutôt que sur le suspence.
Le style est classique, avec des longues phrases impeccables. C’est un peu froid, plus que Mérimée, j’ai trouvé, mais ça coule super bien :

« À dater de cette nuit, ma nature s’en est en quelque corte dédoublée, et il y eu en moi deux hommes dont l’on ne connaissait pas l’autre. Tantôt je me croyais un prêtre qui rêvait chaque soir qu’il était gentilhomme, tantôt un gentilhomme qui rêvait qu’il était prêtre. Je ne pouvais plus distinguer le songe de la veille, et je ne savais pas où commençait la réalité et où finissait l’illusion. Le jeune seigneur fat et libertin se raillait du prêtre, le prêtre détestait les dissolutions du jeune seigneur. Deux spirales enchvêtrées l’une dans l’autre et confondues sans se toucher jamais représentent très bien cette vie bicéphale qui fut la mienne. »

Verdict : recommandé, mais pas pour tout le monde. Veut veut pas, ça date quand même de plus de 150 ans pi les gens pas habitués à lire des textes de cette époque-là vont trouver ça platte. Sinon, pour quelqu’un qui s’intéresse un peu à la littérature fantastique, ou la littérature en général, c’est super bon.

La Vénus d’Ille, par Prosper Mérimée

novembre 29, 2010

Parution : 1837
30 pages

C’est, d’après l’auteur, son chef-d’œuvre. C’est aussi considéré par plusieurs comme une des meilleures nouvelles fantastiques jamais écrite. Pi avec Rhinocéros de Ionesco, c’est probablement le texte le plus lu au Cégep.

« Ici, au contraire, j’observais avec surprise l’intention marquée de l’artiste de rendre la malice arrivant jusqu’à la méchanceté. Tous les traits étaient contractés légèrement : les yeux un peu obliques, la bouche relevée des coins, les narines quelque peu gonflées. Dédain, ironie, cruauté, se lisaient sur ce visage d’une incroyable beauté cependant. En vérité, plus on regardait cette admirable statue, et plus on éprouvait le sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté pût s’allier à l’absence de toute sensibilité.
– Si le modèle a jamais existé, dis-ja à M. de Peyrehorade, et je doute que le ciel ait jamais produit une telle femme, que je plains ses amants ! Elle a dû se complaire à les faire mourir de désespoir. Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n’ai jamais vu rien de si beau. »

C’est l’histoire d’un archéologue – le narrateur – qui arrive à Ille, une petite ville à la frontière entre la France pi l’Espagne, pour aller explorer les ruines romaines des environs. Son hôte, M. Peyrehorade, est un amateur d’antiquités. Son fils Alphonse va se marier le lendemain de l’arrivée du narrateur. M. Peyrehorade est tout énervé parce qu’y a trouvé une statue fucking belle d’une Vénus. Sauf que sa femme pi les domestiques sont persuadés que la statue porte malheur. Le jour de son mariage, Alphonse, avant de jouer une game de jeu de paume, passe la bague de mariée au doigt de la statue. Sauf qu’y l’oublie là. Le soir, y trouve le doigt recourbé pi y peut pas retirer la bague. Le lendemain, on retrouve Alphonse mort dans son lit avec la poitrine écrasée.

Ça ressemble beaucoup à Lokis, une autre nouvelle de Mérimée : dans les deux cas, le narrateur participe pas à l’évènement mais en est témoin; l’action se déroule dans une région exotique pi se termine par un mariage; le fantastique apparait juste à la toute fin, ce qui nous fait reconsidérer la nouvelle au complet.
La structure est parfaite. Les indices que l’auteur glisse dans le texte sont fucking clairs quand on fait une deuxième lecture, mais presque impossibles à remarquer à la première. On remarque plein de petits commentaires qui préfigurent la fin pi qui nous donne une piste d’interprétation. En plus de ça, y a plein de parallélismes pi d’oppositions qui viennent donner une cohérence interne vraiment malade à la nouvelle.
Y a du monde qui ont reproché à Mérimée son style froid pi classique. Personnellement, j’ai pas trouvé ça mauvais. C’est sûr que c’est pas mal ironique, pi presque cynique, mais c’est justement ça qui est bon. Tout le long, jme reconnaissais dans le narrateur. Lui pi l’antiquaire sont pas d’accord sur la signification d’une gravue latine sur le statue :

« Je ne pus m’empêcher de sourire, tant l’explication me parut tirée par les cheveux.
– C’est une terrible langue que la latin avec sa concision, observai-je pour éviter de contredire formellement mon antiquaire, et je reculai de quelques pas afin de mieux contempler à statue. »

Ou ben, à table chez son hôte, le narrateur prend la parole devant tout le monde :

« – Prenez garde ! on dit que le vin…
Je ne sais quelle sottise je lui dis pour me mettre à l’unisson des convives. »

« Je ne sais pourquoi, un mariage m’attriste toujours. Celui-là, en outre, me dégoûtait un peu. »

« En revenant à Ille, et ne sachant pas trop que dire à Mme de Peyrehorade, à qui je croyais convenable d’adresser quelquefois la parole : …! »

Facque le narrateur est pas sympathique, à moins qu’soit d’accord ou qu’on s’identifie à lui, ce qui est mon cas. Y parait que Mérimée était difficile d’approche à cause de son humour ironique. On se serait ben entendus. Pour le monde trop nice, ben eux, y le trouvent pas sympathique, le narrateur, pi c’est leur problème.

D’après certaines théoriciens, Mérimée, dans La Vénus d’Ille, nous entraine tranquillement dans le fantastique, tellement qu’à la fin, y nous semble logique que c’est la statue qui a fait le crime. C’est crissement vrai. Mais y en a d’autres qui pensent que l’explication surnaturelle vaut aussi bien qu’une explication rationnelle, selon laquelle ce serait l’adversaire humilié au jau de paume plus tôt qui aurait fait le coup. Personnellement, je trouve que c’est évidemment la première explication, mais.

Overall, cette nouvelle-là se lit bien. Le style est fluide pi pas compliqué, l’action est ben emmenée pi y a aucune détail superflux.

Verdict : je recommande La Vénus d’Ille à tout le monde. Ça a plus de 150 ans mais ça a pas vieilli pantoute. J’en profite pour passer mon Big up à Prosper.

Amer

mars 20, 2010

Réalisation et scénario : Hélène Cattet et Bruno Forzani
Sortie : 2010

Amer, c’est une petite production franco-belge qui s’inspire de l’univers du giallo italien des années 70. L’affiche nous le montre très bien. Elle est trop malade d’ailleurs.

Amer, c’est l’histoire de Ana. C’est tout. Le film est séparé en trois parties : Ana jeune, Ana ado, Ana adulte. Dans la première, Ana vole un médaillon à la vieille grand-mère dont le cadavre est conservé dans le sous-sol. Quand elle l’ouvre, elle se rend compte qu’elle est observée. Elle s’enfuie pi tombe sur ses parents en train de baiser. Elle se réfugie dans sa chambre, où elle se fait attaquer par une forme drapée d’un suaire noir. Ensuite on switche à Ana ado : elle marche avec sa mère pour aller au village par une belle journée d’été. En courant après le ballon de soccer d’un petit gars, elle arrive devant une gang de motards à l’air louche. Dans la dernière partie, Ana adulte revient dans la maison du début, qui semble avoir été abandonnée. Elle se rend compte qu’elle est traquée par un méchant monsieur aux gants de cuir noirs.
Vite demême, ça pas l’air d’être ben ben logique cette histoire-là. Ça l’est pas. Mais c’est pas ça l’important. L’important c’est le traitement que les réalisateurs en ont fait.
Première chose : y a pas de dialogue, sauf dans les premières minutes. Mettons que Ana parle à la fréquence de Mr. Bean. Anyway. Mais même si y a pas de dialogue, on réussi à comprendre les personnages grâce aux gros plans pi au montage. Le gars qui a monté ce film-là est sick, sérieux. C’est toujours des petits plans vraiment courts un à la suite de l’autre. Tellement que je dirais que le montage remplace le dialogue. Anyway.
Le générique est vraiment beau, pi la musique est parfaite. Dès les premières images, l’atmosphère du film est créée. C’est sombre, mystérieux pi bizarre. L’espèce de madame enveloppée de noir fait peur, surtout quand on voit juste son œil par le trou de serrure de la chambre d’Ana enfant. On comprend pas tout, mais j’ai trouvé que ça ajoutait à l’atmosphère. La scène de baise des parents est vraiment cool : elle est filmée dans des éclairages de couleurs qui alternent entre jaune, rouge, bleu pi vert. C’est beau à voir. L’atmosphère du film donne l’impression que n’importe quoi peu arriver n’importe quand. On est toujours sur nos gardes.
Ya du gore paspire aussi. Mais il est pas montré directement, il est plus suggéré. Mais ça rend toute ça encore pire. La scène où Ana se fait caresser le corps par une lame de rasoir est presque insoutenable, même si au final on a rien vu. Mais on voit quand même un homme se faire trancher les lèvres pi poignarder la pomme d’adam, ce qui est pas nice pantoute.
Même si tout le côté visuel est vraiment beau pi que la réalisation est excellente, y a pas de dialogues pi pas vraiment d’histoire à suivre. Les scènes sont longues pi l’ensemble du film est vraiment lent. Ce qui fait que le visionnement, même s’il en vaut la peine, est un peu platte. Si vous chercher un bon film divertissant, allez pas voir Amer. Mais si vous voulez savoir pourquoi le cinéma est nommé le 7e art, allez le voir.
Je vous donne le vertict tout de suite avant de me lancer dans une tentative d’interprétation du film.

Verdict : ça vaut la peine de le voir, parce que c’est un film qui se démarque des productions habituelles. C’est vraiment beau, mais c’est loin d’être un bon divertissement. Donc, à voir si vous voulez faire une expérience cinématographique.

Après avoir ben réfléchi, j’ai l’impression que le fil conducteur du film se situe dans les thématiques : le regard pi la tension sexuelle, ou peut-être le sexe tout court.
Ana enfant est observée par le trou de la serrure de sa chambre. Elle croise le regard de sa mère quand elle surprend ses parents au lit. La vieille femme morte ouvre les yeux quand Ana enfant lui prend son médaillon. Dans la deuxième partie, quand Ana est ado, le regard semble se fusionner avec la tension sexuelle, le désir sexuel. L’alternance des gros plan entre les yeux du petit gars pi la poitrine d’Ana montre un désir et fait monter la tension entre les deux personnages. Ce même principe est repris quand Ana ado marche devant les motards. Les plans montrent tour à tour les yeux des motards, ceux d’Ana, sa jupe qui est secouée par le vent, les gants de cuir qui craquent, les gestes pudiques de Ana qui se couvre avec son chapeau pi toute la scène au complet. On sent vraiment un désir, une tension qui passe par le regard. Arrivée à la fin de la rue, Ana retrouve sa mère, qui la gifle, comme si le seul fait d’avoir été observé constitue un acte répréhensible. Quand Ana adulte est dans le taxi, le chauffeur tourne le rétroviseur pour la suivre pi pas la perdre des yeux. Ana s’imagine que sa robe se déchire pi que le chauffeur voit sa poitrine. Autre chose : Ana voit jamais le visage de la femme en noir du début, ni celui de l’ombre qui lui court après à la fin.
Cette thématique du regard et du désir est projettée sur le spectateur : on voit jamais le visage du tueur, mais juste ses mains. On entrevoit les culottes de Ana ado, on les devine, mais on les voit pas. Ana ado pi Ana adulte respirent la sexualité : leur robe d’été qui se soulève sous le vent, leur démarche, leur regard. Mais on voit jamais Ana nue. Le sexe plane sur tout le film mais reste hors d’atteinte. Les réalisateurs jouent avec notre désir d’en voir plus, nous faisant vivre la tension qu’on voit dans le film. Facque là je viens de parler de la thématique du regard mais sans savoir à quoi ça mène tout ça. J’ai l’impression que ça signifie quelque chose mais j’ai pas encore trouvé.
Autre questionnement : le dernier plan du film nous montre qu’Ana s’est probablement suicidée. Ce qui transforme le tueur anonyme en une allégorie de je sais pas trop quoi. Les pulsions sexuelles? Ou ben peut-être que ça veut rien dire pantoute. Quelqu’un à une idée?

Martyrs

janvier 22, 2010

Réalisation : Pascal Laugier
Scénario : Pascal Laugier
Sortie : 2008

La France est pas reconnue pour sa tradition fantastique, mettons. Mais depuis quelques années, l’Empire sarkozien a produit quelques films supposément bons, pi Alexandre Aja est devenu un des mastershits de l’horreur contemporaine. Mais comme j’ai toujours pensé que cette vague française était dans le même style que The Hostel, genre de la torture pi pas d’histoire, j’y ai jamais vraiment porté attention. Mais à force d’entendre des bon commentaires, je me suis finalement tapé Martyrs.

Le film commence drette comme la bande annonce. Dès la première image, on sait ce qui nous attend : des affaires terribles.
Effectivement.
Résumé, sans trop de détails pour pas gâcher le film : Lucie, qui a été enfermée par on sait pas qui quand elle était jeune, s’est fait amie avec Anna après s’être échappée. Quinze ans plus tard, Lucie croit avoir retrouvé ses ravisseurs. S’ensuit alors du gore dégoutant pi de la violence psychologique extrême.
Il parait que quand est venu le temps de décider de l’âge recquis pour voir le film, le vote a été serré. J’ai aucune idée pourquoi, parce que c’est clairement 18 ans et plus. Finalement, il a été coté 16+ avec avertissement.
Les deux actrices principales sont excellentes dans des rôles qui sont pas faciles pantoute. Mylène Jampanoï joue très bien la fille complètement fuckée par sa séquestration dans sa jeunesse. J’ai vraiment cru à son personnage pi sa folie. Son traumatisme est rendu à merveille et je me suis senti vraiment comme si je vivais la même chose qu’elle. Ce qui est pas vraiment nice, en passant. Quand un film a de l’effet sur les spectateurs, ça veut dire que c’est bon. Ça l’était.
Morjana Alaoui joue Anna, la fille qui a toujours été là pour supporter son amie mais que là y a des osties de limites. Dans son cas, ça va de mal en pis, pi même de pire en pis. Elle aussi est fucking bonne.
Les dialogues sont pas le yable, mais y en a pas beaucoup, pi anyway c’est pas ça l’important. Ça veut pas dire qu’y a pas de scénario.
Le film fait peur au début, avec la crisse de femme laide qui attaque Lucie. Je l’aimais pas, elle, elle me faisait choker. Ensuite, ça passe au gore. Genre des lacérations au rasoir, du shotgun dans des torses, un crâne détruit au maillet. Ensuite, ça devient plus hard psychologiquement : quand Anna descent dans la cave, jusqu’à ce que le monde louche en trenchcoats noirs arrivent, le malaise lâche pas. Là, je me suis dit Ha non crisse j’ai pas envie de voir ça. Pi je l’ai vu. Ben oui. Ce film-là est bad en esti, sérieux.
J’ai vraiment aimé la scène où Anna appelle sa mère. Pi le zoom dans l’œil d’Anna à la toute fin est bizarre mais vraiment sick, avec du recul. Pi la toute dernière scène est surprenante pi laisse le film planer dans notre tête pendant le générique, même si la conclusion est un peu niaiseuse. J’ai été surpris tout le long du film, ce qui est bon signe. C’est vraiment différent de ce que je m’imaginais avant de le voir. Rien est prévisible dans Martyrs.

Verdict : à voir, avec précautions. Mais ça en vaut la peine.

PS : le film a été tourné au Québec, parce qu’y parait que la lumière est ben bonne dans notre coin.