Herbes méchantes, par Franz Hellens

Publication : 1964

Désolé pour la photo poche, j’ai même pas réussi à trouver le cover du livre ni la photo de l’auteur. Même Wikipedia avait rien à me proposer.

Franz hellens est quand même big. C’est lui qui a parti le courant du fantastique réel en Belgique (avec son recueil Les hors-le-vent). Il a été proche des surréalistes pi il a animé des revues littéraires. Il a gagné une couple de prix, aussi.
Petit cours d’histoire littéraire belge : Le fantastique réel, ça montre l’étrange de la vie quotidienne, sans nécessairement avoir recourt à des forces maléfiques ou des monstres. C’est exactement ça, le recueil Herbes méchantes :

«Jusqu’au jour où se produisit la première manifestation du prodige réel qui devait pousser Duval à une sorte de rage meurtrière, cet homme n’avait donné aucun signe de dérangement cérébral. Peut-être n’y eut-il jamais ombre de folie dans le cas de ce veuf solitaire. On taxe trop vite de folie certains actes ou des visions dont la logique étonne quand on s’y attarde de plus près. Une chose est certaine : à partir du jour dont nous allons parler, Duval souffrit de pertes de mémoires, phénomène assez fréquent chez les êtres au bord de l’âge; mais chez lui le cas d’amnésie prit une singulière tournure. »

Ce recueil-là compte quinze nouvelles, qu’on peut séparer en deux catégories. Celles avec un narrateur omniscient, pi celles construites à la Maupassant : narrateur à la première personne qui rencontre quelqu’un qui lui raconte une histoire. J’ai mieux aimé celles de la première catégorie, ce qui est poche, parce que y en a juste 2. Anyway, les autres sont bonnes aussi, la plupart du temps. Bon bon bon.
Hellens raconte comment un auteur se fait voler ses idées par un autre gars; comment un gars découvre qu’il a vécu en Inde dans une vie antérieure; comment le char d’un vieux monsieur est hanté par l’esprit de sa femme morte; des affaires demême.
Les nouvelles sont toutes assez différentes. Le point commun, c’est qu’on sait jamais si c’est vrai ou pas; soit le narrateur explique rien, soit qu’on peut pas vérifier la véracité de l’histoire racontée par le narrateur métadiégétique, celui qui raconte l’histoire dans l’histoire. C’est là qu’il est, le fantastique réel : on est dans la même situation que les personnages. On se demande ce qui s’est passé pi on le sait pas plus qu’eux. On a aucune preuve, mais on voit ben qu’y manque dequoi pour que ça soit normal. Le fantastique d’Hellens se situe pas dans la peur, ou le malaise, ou le dégueux; c’est plutôt dans le questionnement pi l’incompréhension.
Deux nouvelles que j’ai ben aimées :
1. Tempête au colisée : un gars trouve une roche pendant une visite nocturne au Colisée de Rome. Une grosse tempête arrive, il se pousse. Pendant un an, ses nuits sont hantées par un vacarme surnaturel :

« Il faut croire que l’esprit ténébreux voulut se venger de ma malice, car il redoubla, cette nuit-là, de fureur. Il se livra sur moi à des opérations inexprimables. Et, par la suite, ce ne furent plus seulement des bruits qui me mirent à la torture; les inventions diaboliques prirent une forme plus concrète : je vis nettement circuler autour de ma chambre, sauter sur mon lit, en pleine lumière, toutes sortes d’animaux aux proportions hideuses. Ils accomplissaient leurs évolutions en hurlant, et quand je voulais m’approcher d’eux, ils disparaissaient brusquement. »

Il décide de faire une session d’écriture automatique pour communiquer avec les esprits. Finalement, la roche, c’est l’équivalent de la main de singe séchée de Jacobs: elle réalise les souhaits, mais y faut payer le prix fort. Toute s’arrête quand il va remettre la roche au Colisée.

2. Le portrait récalcitrant : un gars ben normal se fait offrir un buste à son image. Le problème, c’est qu’y lui ressemble un peu trop, pi y devient plus ou moins obsédé. Mais le buste est en terre cuite; il aime pas ça pi décide de le peindre en blanc. Ce qu’il fait. Mais, le lendemain, le gars est retrouvé mort dans son lit, tout blême à cause de ses artères bouchées. Le buste, lui, avait retrouvé sa couleur plus vivante. Ce que j’ai le plus aimé là-dedans, c’est l’écriture. Le narrateur est omniscient pi il nous tease un peu en évoquant la fin de la nouvelle :

« Abraham ne savait pas jusqu’où irait la sorcellerie, ni le pouvoir que prennent certains objets quand une fois l’esprit s’est fait complice de la main de l’artisan.
Il l’ignorait si bien, oubliant complètement ce sujet pour se replier dans sa solitude, désormais partagée, amicale, qu’il mit lui-même la main à la chose occulte, sans la moindre conscience que son acte allait provoquer, dans ce que nous nommons la matière inerte, une réaction inattendue; voire un prodige dont il serait en même temps l’animateur et la victime. Il faut du temps parfois pour que ces fantasmes se produisent. Les objets comme les bêtes sont doués d’une étonnante patience. »

Son style a rien de particulier; c’est pas Ducharme, ni Baricco. Mais c’est juste parfait, tout est à sa place pi y a rien qui manque. La langue est crissement bien maitrisée, fluide pi précise. Un peu comme Poe. Autrement dit, le lire, c’est un fucking délice.

Verdict : recommandé pour ceux qui veulent lire dequoi de ben écrit pi qui veulent un fantastique plus modéré que, mettons, Stephen King.

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