Les yeux troubles et autres contes de la lune noire, par Claude Bolduc

Éditeur : Éditions Vent d’ouest
Parution : 1998
Nouvelles
170 pages

Je sais pu trop comment j’ai entendu parler de Claude Bolduc. Mais ça avait l’air d’être un vieux de la vieille dans le fantastique québécois. J’ai tchèqué sur son site (http://claudebolduc.tripod.com/) pi j’ai vu qu’y avait été une couple de fois en Belgique – la patrie du fantastique, ce qui me l’a rendu sympathique. J’ai pris un recueil au hasard :

« Lorsque s’abat la nuit sur l’âme humaine, nul n’est plus tout à fait ce qu’il était ni ce qu’il croyait être. Victime ou bourreau, chacun possède en soi le germe du mal, prêt à jaillir et à se répandre de par le monde.

Quant un petit garçon possède une personnalité plus complexe que lui-même ne le croit, quand le plus pur et dur des machos part en chasse, quand un esprit malade effectue une rencontre singulière, quand c’est la société elle-même qui prend les grands moyens pour assurer sa survie, c’est que le Mal, à travers les gens, foisonne. Mais le sens du mot mal est-il bien universel?

La soif effrenée de savoir, de gloire et de sexe s’abreuve à la fontaine du mal… Le devoir aussi, surtout lorsqu’il s’accomplit aveuglément.

À lire à la chandelle, aux abords d’un cimetière, sous le regard blême de la lune. »

Rouge : Une histoire pas claire de loup-garou dont le protagoniste et narrateur est un petit gars; courte mais efficace. Pi ben écrite. L’utilisation de la parataxe pour imiter la naïveté d’un enfant rappelle le Journal d’un monstre de Richard Matheson, pi peut-être un peu de L’étranger de Camus :

« Les deux monsieurs ont réussi à mener notre radeau jusqu’à la petite île. Maman avait très mal. Maman est morte. Les deux monsieurs sont tristes. Qui va prendre soin de moi ? Il ne faut jamais que je sorte la nuit, disait maman. Mais ici je suis dehors. Et j’ai peur. C’est trop grand autour de moi. Maman est couchée lèa-bas, sur les pierres, parce que les monsieurs pouvaient pas l’enterrer là-dedans. Ils ont mis un manteau sur elle. Et des roches. Les monsieurs ont fait un feu et on s’est couché. »

Les yeux troubles : en cherchant une édition rare d’une nouvelle de Sheridan LeFanu, le narrateur rencontre un gars bizarre qui l’invite chez eux pi qui exerce un genre d’attraction pas normale sur lui. La première personne est utilisée tout le long de la nouvelle, mais certains passages qui sont à la 2e personne (pi en italique) montre les réflexions que le narrateur se fait à lui-même. Bien emmenée pi le fun.

Le déterminateur : L’histoire d’un gars qui patrouille dans un quartier futuriste pi qui contrôle les naissances clandestines pi qui s’occuppe de maintenir la population à un niveau raisonnable. Ça tient plus de la science-fiction que du fantastique pi ça détonne dans le recueil. Chu pas un fan de ce genre-là. J’ai pas aimé.

L’araignée dans le plafond : un auteur en manque d’inspiration entend des bruits bizarres dans le plafond, probablement une métaphore de la folie. La fin est pas claire pi ça m’a prit un boutte à la comprendre (si j’ai ben compris). C’est pas la meilleure.

Dernière ballade au clair de lune : un fan d’anatomie déterre des cadavres pour observer leur décomposition. Mais y fini par déterrer quèqu’un qu’y aurait pas dû. Intéressante pi ben construite.

Dis-moi que tu m’aimes : une femme trippe sur un gars qui y demande de se tuer pour elle. L’histoire est pas malade mais la psychologie de la femme est intéressante. Pas la meilleure.

Julie : ça ressemble pas mal à l’autre avant. Une femme qui a un problème d’amour obsessionnel épie le gars qui habite en face de chez elle. Mais y est moins nice qu’a pensait. Pas la meilleure.

L’heure de bébé : la meilleure. Une des bonnes nouvelles fantastique que j’ai lue dans ma vie. Un gars en manque de sexe se pointe dans un bar pour pogner une fille. Y en trouve une qui a l’air toute gênée. A l’invite chez elle, le drogue pi l’enferme dans le sous-sol. A y parle de Bébé, qui habite avec elle mais qu’on voit jamais. Le gars devient un fucking esclave sexuel dont la seule fonction c’est de nourrir Bébé, un genre de limace suceuse de graine. C’est horrible pi dégueu pi tordu. C’est excellent.

Overall, je dirais que le fantastique de Bolduc est plus européen qu’américain. Dans le sens qu’y est plus subtil pi moins représenté. Çca se voit aussi dans sa façon de finir ses nouvelles; c’est pas clair pi ça force le lecteur à réfléchir pi s’impliquer dans le récit. J’ai surtout aimé la fin de L’heure de bébé, qui donne pas de réponse mais qui accentue l’horreur :

« Un serrement conprima sa poitrine.
Pourvu que ce soit un tremblement de terre.
Mais il n’en croyait rien.
Èa la deuxième secousse, les chaînes tintèrent sur le ciment.
Père se rapprochait.

***

J’espère qu’elle m’a menti. J’espère que Père va me dévorer. »

Les thèmes du sexe pi de l’amour sont omniprésents dans les nouvelles, sauf qu’y sont pervertis. Toujours abordés de façon pathologique; y causent des problèmes aux personnages. C’est le fun de voir ces sujets-lèa abordés de façon originale. Pi le côté psychologique est toujours crissement ben montré pi exploité. Pi y sert à l’histoire.

L’écriture est intéressante. C’est rien de super original pi spécial, mais c’est pas juste des mots mis ensemble pour raconter une histoire. Y a un petit quèque chose de plus qui rend la lecture agréable.

Verdict : recommandé. Ça vaut crissement la peine de le lire. Du bon fantastique.

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4 Réponses to “Les yeux troubles et autres contes de la lune noire, par Claude Bolduc”

  1. Claude b. Says:

    Merci de tes bons mots, ça fait toujours du bien. En espérant que les autres recueils pourront te plaire tout autant!

  2. claude b. Says:

    Le deuxième recueil, «Histoire d’un soir et autres épouvantes», m’a valu quelques prix en 2007. Probablement un peu plus malsain que Les Yeux troubles, un peu plus de sexe pas toujours très propre.

    Le troisième recueil devrait arriver cette semaine en librairie à ce qu’on m’a dit. «Entre les bras des amants réunis suivi de contes de la nuit tombée» contient un court roman qu’on pourrait qualifier de macabre, et quelques nouvelles crépusculaires.


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