Brins d’éternité #28

Éditeurs : Ariane Gélinas, Carmélie Jacob pi Guillaume Voisine
Hiver 2011
108 pages

Comme le no.27, pi probablement tous les numéros déjà parus pi à paraître, la couverture est pas belle. Les illustrations à l’intérieur non plus, d’ailleurs. Mais bon. J’ai été triste de constater que y a beaucoup de SF dans ce numéro-là, pi pas beaucoup de fantastique. En fait, y a trois nouvelles fantastique. Le reste, les textes pi les articles, parlent tous de SF. Je vais me concentrer sur le fantastique.

L’âme sœur, par Martin Lessard

C’est l’histoire d’un humoriste pas connu de Québec qui apprend que son frère, avec qui y a pas parlé depuis quelques années, est mêlé à une affaire de meurtre dans un musée. La conservatrice du musée vient le voir pour y demander où y est, son frère, pi pour y parler d’une statuette qui « ensorcelle les hommes et décuple leur violence, leur sadisme. » Elle-même fait partie d’une fraternité qui veut protéger les hommes de cette statue-là. Le narrateur finit par trouver la statuette dans l’appart d’une fille avec qui son frère a couché, pi tuée aussi, d’ailleurs. Sauf que, quand y rentre chez eux, y trouve sa blonde pi la conservatrice du musée, qui sont pas si fines que ça.
Le début de la nouvelle m’a pas déplu. J’aimais le ton cynique du narrateur :

« C’était une petite scène d’humoristes pareille à des dizaines d’autres à travers la province […]. Je me contentais d’appliquer la « méthode ». […] Chaque semaine, vous lisez La Presse puis vous y apprenez par cœur quelques bons mots inspirés de Foglia et autres trucs bourgeois. […] Si le public est universitaire, vous avez même quelques boutades sur l’environnement. Le banal répertoire à tendance progressiste : juste ce qu’il faut d’engagé ! »

Sauf qu’après, ça se gâte. On se rend compte asser vite qu’on est dans un récit lovecraftien, avec une statuette puissante pi extraterrestre qui fait des affaires pas nices. L’auteur revoit toute l’histoire du XXe siècle en introduisant la statuette dans tous les conflits des 100 dernières années.
Le récit est entrecoupé de séquences en italiques qui racontent genre l’arrivée sur terre de la statuette, mais c’est crissement maladroit : « L’entité demeurait aux aguets. Certains petits mammifères démontraient une faculté à saisir des concepts simples, mais encore rien qui aurait suffit à supporter son pouvoir. Le temps n’avait aucune importance, elle ne désirait pas faire la même erreur. » Y faut jamais utiliser le mot Entité. Jamais.

Pi le dénouement est pas surprenant pi niaiseux : la grosse conspiration des méchantes féministes ou ché pas trop. Ça commence à me taper sur les nerfs, l’espèce de figure de l’homme tyranisé par sa blonde, comme si les gars avaient peur de l’émancipation de la femme des dernières décennies. C’est là dans L’âme sœur, c’est dans Les Invincibles, c’est dans Hangover. Pi là, c’est une confrérie de femmes qui veulent contrôler le monde. Come on.

Seidhr, par Marie-Claude Bourjon

C’est l’histoire d’une fille, Maya, qui se transforme en panthère, en loup-garou, ou dequoi demême. À la fin, elle découvre qu’elle a tué son amie.

C’est un récit fantastique classique : on a pas de preuves évidentes de la transformation, sauf à la fin, quand on apprend que la fille est morte d’une morsure au cou. Maya se rappelle pas d’avoir fait ça mais elle sait que c’est elle. Rien de ben nouveau.
C’est pas mal écrit : « Un parfum de lys l’enivre tandis qu’elle glisse une robe légère sur sa peau pâlie par la longue saison. Elle retient le rêve de la nuit avant qu’il s’échappe dans la fièvre du jour. » Mais c’est aussi un peu maladroit, surtout les bouts où Maya est transformée pi qu’elle chasse.
La chasse sauvage comme métaphore du lesbianisme ? Peut-être, compte tenu du fait que Maya a tué son amie pendant l’amour. Dans ce cas-là, sa transformation serait la manifestation physique de pulsions qu’elle refoule. D’où le feeling de liberté. Mais le désir refoulé est ressortit trop fort, causant le mort de son amie. On peut dire ça.
C’est pas mal toute.

Mécanique de ta disparition, par Thomas Geha

C’est l’histoire d’un gars qui nous raconte que sa blonde a disparue dans une rue bizarre pas loin de chez eux. Y la cherche pi s’ennuie d’elle. Y rencontre une fille qui a vu sa blonde disparaitre, aspirée dans un brouillard de démons pi d’animaux difformes. Des années plus tard, devenu un riche homme d’affaires, le gars achtète la rue au complet pour la rénover, en espérant retrouver sa blonde comme ça. En gros, c’est ça.

J’ai eu certains problèmes avec l’écriture. Juste les premières phrases : « Rennes est une belle ville. Une belle ville, oui, mais uniquement lorsqu’elle n’enlève pas les personnes que vous aimez. » Ou ben : « Tu es quelqu’un de toujours ponctuel. » Bref, de fois les phrases sont un peu maladroites.
Ensuite, la narration au Tu, ché pas pourquoi, mais j’ai pas aimé ça. Ça faisait trop romantique, genre complainte à une dame imaginaire, ou dequoi demême. Pi disparaitre dans un brouillard de bibittes bizarres, ça fait penser à La nuit des mutants. Y me semble que ça fitte pas avec le texte. Anyway.

La seule chose que je trouve là-dedans, c’est un gars qui vit une séparation amoureuse pi qui passe par-dessus. Au début y repasse toujours dans la ruelle, ensuite y passe à autre chose, pi enfin y revient dans la rue pi y la retape. La dernière phrase c’est : « Ici, un pays de couleurs et de sourires t’attend. Un pays où la mécanique du monde tente de redevenir neuve et saine. Il lui manque juste un nouveau soleil. Et tout sera parfait. » J’ai pas envie de m’y attarder plus longtemps.

Verdict : Pas un grand numéro.

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