Le serrurier, par Mathieu Fortin

Maison d’édition : Coups de tête
Parution : 2010

Pour être franc, j’ai acheté ce livre-là sans m’attendre à rien. Juste par curiosité. J’avais lus les premiers chapitres sur le site de Coups de tête, pi j’avais trouvé ça pas vraiment ben écrit. Mais je lui ai donné une chance pareil.

« Deux couples, deux époques, une seule malédiction : celle du serrurier.
Liés par les clés et les serrures du désir et de l’amour, Vincent et Rachel, aujourd’hui dans le manoir Da Silva de Trois-Rivières, ainsi que Fernando et Emilia, à la forge Caprotti à Firenze en 1696, devront tenter de contrôler leurs pulsions pour que leur quête de sexe et d’amour ne les mènent à leur perte. Qui plus est, il leur faudra, d’une part, contrer la magie de la puissante famille des Médicis et, d’autre part, ne pas se laisser sombrer dans une malédiction qui les dépasse et qu’ils ne comprennent pas. »

Facque, deux histoires parallèles, qui finalement ont un lien. Ok. Plus précisément : y a Vincent qui se fait crisser dehors de chez eux par sa blonde qui est écoeurée de vivre avec un gars qui l’aime pu. Il sait pas où aller, pi il fini par rencontrer Rachel, qui l’invite dans son manoir, où ils font juste baiser tout le long. D’un autre côté, y a le récit à la première personne de Fernando, un apprenti joallier de Florence au 17e siècle. Il aime la fille de son maître, mais elle est obligée de se marier avec Gian Gastone de Médicis. Fernando se rend compte que les Médicis, c’est des magiciens arrivistes qui jettent des sorts à tout le monde. En gros, c’est ça.

Si j’ai pas aimé les premiers chapitres, c’est probablement à cause de la description de Rachel : les cheveux verts pi un tatoo tribal dans le bas du dos. Un fantasme de geek. Pi j’aime pas non plus les descriptions de scènes osées :

« Elle glisse ses bras autour du cou de Vincent et sa langue percée s’infiltre dans sa bouche. Sa bouche s’incurve en un courire pervers; elle doit sentir son érection : elle se penche et descend le pantalon de Vincent, puis se retourne pour lui offrir sa croupe. Il la prend ainsi, debout dans la cuisine baignée par la lumière du matin, et ils jouissent ensemble, sans retenue. »

Deux fois sa bouche, deux fois «de Vincent», plus le mot croupe qui enlève tout érotisme à la scène : ça marche pas.
Après avoir lu le roman, mon impression quand au style est restée la même : c’est maladroit. C’est peut-être l’influence de la littérature jeunesse; des fois, j’ai comme eu l’impression d’être pris pour un imbécile :

« Comment ai-je pu battre Alessandro à ma troisième journée de leçons? J’avais l’impression que mon bras se dirigeait tout seul, que ce n’était pas réellement moi qui me battais.
Depuis que je suis apprenti ici, les phénomènes étranges s’accumulent, et j’ai l’impression que la Médicis et son regard froid, calculateur, en sont la cause.
Je dois parler à Émilia et savoir ce qui lui arrive. »

Bon. Si j’ai eu un problème avec la narration, j’ai ben aimé les dialogues, qui imitent la langue parlée québécoise sans complexe :

« – Menteur! Ça fait un crisse de boutte que tu m’aimes pu. Tu m’touche pu, tu m’r’garde pu… pi tu m’parle quasiment pas.
– J’te parle, des fois.
– T’es vraiment bouché en hostie toé. »

Ça permet de voir la diversité de l’oralité pi la façon de parler de l’auteur : les contractions sont pas les mêmes pour tout le monde, les expressions non plus. Ça donne un peu de vie pi de réalisme au récit.
C’est le bout que j’ai aimé le plus, celui du tout début, quand Vincent se fait crisser dehors. C’est bien raconté, pas trop drama pi crédible. La peinture de la relation amoureuse qui marche pas m’a paru assez réaliste.
Mais les deux autres histoires d’amour du roman, Vincent/Rachel pi Fernando/Émilia, j’ai pas aimé. Le premier couple fait juste baiser tout le temps (chaque chapitre fini demême), pi le deuxième s’aime éperdument à la roman d’aventure du 18e siècle. Ça manque de profondeur pi de subtilité, je trouve.

Fortin réussi à maintenir un certain mystère tout le long du roman. Pas un suspense, mais un mystère, surtout dans l’histoire de Vincent. Dans celle de Fernando, je sais pas, on dirais que tout est trop simple pi prévisible.
Les scènes fantastiques m’ont plu, pi surpris même. Celle où la blessure de Rachel aspire le gars comme un trou noir, celle où ils décâlissent tout le monde dans le parc, celle où de la shit noire sort du corps de Rachel, même si ça fait un peu X-Files :

« Une bosse noire se forme sur la peau, et les filaments noirs, comme de l’encre vivante, tourbillonnent de plus en plus vite. […]
Vincent chute vers l’avant alors que l’encre noire, par petits filaments, pénètre dans son corps par la bouche, les yeux, les narines, et il hurle avant de s’assommer sur le bord du lit. »

J’ai aussi aimé l’idée que la clé qui pousse dans son propre corps, ce qui rend intéressant le sortilège Beauty-and-the-beast-style des Médicis.

Overall, malgré ses défauts, Le serrurier se lit bien. L’écriture est facile pi les chapitres sont courts (chose que j’aime ben), pi j’étais curieux de voir comment ça allait finir.

Verdict : je le recommande pas, sauf pour le monde qui s’intéressent au fantastique québécois. Mais y a assez de côté positifs au Serrurier pour que j’ai envie de lire Le protocole Reston.

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