Le fantastique même : une anthologie québécoise

janvier 10, 2011

Éditeur : L’instant même, sous la direction de Claude Grégoire
Parution : 1997
Nouvelles

Chu tombé sur ce livre-là par hasard en tchèquant la section Fantastique – que tout le monde semble confondre avec fucking Fantasy – à la librairie. C’est une anthologie qui réunit pas mal d’auteurs québécois. Je vous donne la liste : Jean-Paul Beaumier, Bertrand Bergeron, Roland Bourneuf, Hugues Corriveau, Michel Dufour, Danielle Dussault, Jean-Pierre Girard, Christiane Lahaie, Sylvie Massicotte, Claude Mathieu, Pierre Ouellet, Jean Pelchat, Gilles Pellerin pi Claude-Emmanuelle Yance.

« Si le fantastique et la nouvelle font bon ménage, c’est probablement que la brièveté de la nouvelle convient parfaitement à la stratégie par laquelle le récit fantastique piège le personnage. Claude Grégoire observe que depuis une dizaine d’années plusieurs des nouvellistes québécois les plus actifs ont ajouté leur voix dans le sillage de Kafka, certain d’entre eux offrant cependant, en contrepartie au piège, une évasion, un espace où le point de contact de l’irréel et du réel ne semble plus susciter de problème. Il nous présente ici ces auteurs qui vont et viennent aux confins de ce que l’on tient pour la réalité. »

Le recueil s’ouvre sur une courte introduction de Claude Grégoire dans laquelle il retrace les origines du fantastique au québec et explique les différences entre le fantastique canonique (« classique dans son respect de la dialectique conflictuelle du réel et de l’irréel ») et le néo-fantastique (« davantage tributaire du réalisme magique, sans qu’il s’agisse de récits merveilleux »).

Le fantastique est donc pas utilisé ici comme synonyme de « horreur »; c’est, au-delà de l’ambiguité de Todorov, la rencontre de notre réalité avec quelque chose qu’on ne connait pas. Pas de vampires, ni de zombies; on nage en plein mystère pi le fantastique s’incarne dans une étrangeté polymorphe mais commune à toutes les nouvelles. En résumé : ça plaira pas aux fans de Stephen King. C’est subtil, en douceur pi implicite.

Si les nouvelles sont toutes différentes, y a quand même un élément commun : le style. C’est jamais une écriture neutre ou platte. Chaque auteur a un style intéressant qui se rapproche parfois du poème en prose. Certaines nouvelles sont tellement dans l’abstrait pi privées de référent clair que j’ai vraiment pas embarqué. Le style est trop dense pi y a pas – ou presque – de récit. Exemple :

« Je m’étais levé avant l’aube. Il fallait – pour que ça se passe – que le regard précède de quelques heures ce qu’il voit, peut voir. L’obscurité se dissiperait avant le dernier rêve éveillé : illuminant le regard de cette dissipation où il fera place à toutes les illusions du jour. »

C’est ben écrit pi toute, mais ça se lit mal, parce qu’y pas de narration. Pi ce que je voulais lire, en achetant ce livre-là, c’est pas de la poésie. J’ose même dire – Sacrilège ! – que l’image d’un homme à lunettes rondes se crossant le cerveau m’est venue en tête à quelques reprises. Beaucoup de flafla, mais pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mais ça, c’est dans les pires des cas. Sans rancune, ok ?

En général, les nouvelles posent un problème logique dans notre monde matériel. Des genres d’altération de la réalité viennent troubler le personnage qui doit confronter sa vision du monde réel avec ce qu’y a sous les yeux. J’ai ben aimé les textes de Bertrand Bergeron :

« Les voitures et les routes, si on les emprunte régulièrement, on finit par ne plus savoir. Comme le hasard peut-être, en certaines occasions, ce hasard auquel on arrive à ne plus croire, il n’existerait pas ou bien cette route, on en connaitrait chaque courbe, on saurait à quelle vitesse on comment s’adresser à Gérard le patron du motel, plus qu’une centaine de kilomètres à présent, à moins qu’on ne prenne la route du nord, un crochet vers la maison de madame Claude qui dirait comment allez-vous la route ne vous a pas trop fatigué ici il y a du nouveau mais vous avez les traits tirés une de mes filles la petite elle est nouvelle vous ne le regretterez pas mais occupe-toi de monsieur, voyons. »

Le fantastique même appartient à une branche fantastique plus cérébrale, universitaire, institutionnelle que ce qu’on a l’habitude de lire, surtout chez les auteurs américains. C’est intéressant de voir les déclinaisons légitimées du fantastique, qui reste quand même un genre méprisé de la « Grande Littérature ».

Verdict : Recommandé, pour ceux qui veulent savoir à quoi ressemble le fantastique « littéraire » au québec. Le corpus propose des écritures intéressantes pi originales mais méconnues.

Une Réponse to “Le fantastique même : une anthologie québécoise”

  1. Thomas Cock Says:

    Impatient de voir le Black Swan!!


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