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Haute tension

mai 24, 2011

Réalisation : Alexandre Aja
Scénario : Alexandre Aja pis Grégory Levasseur, basé sur une nouvelle de Dean R. Koontz
Pays : France
Sortie : 2003

Alex Aja est reconnu comme un réalisateur d’horreur qui promet. J’ai entendu (pis lu) tout plein de critiques super élogieuses de son premier film, Haute tension. Son remake du film de Wes Craven, The hills have eyes, m’avait agréablement surpris (c’était avant que je m’intéresse sérieusement au cinéma d’horreur). Mirrors était moins bon, malgré la scène dans le bain. Ensuite, Piranha 3D a eu un huge succès, à mon sens, vraiment mérité. Mais, le meilleur, d’après plein de monde, c’est Haute Tension, que j’avais toujours pas vu.

Résumé

C’est l’histoire de Marie pis Alexa, deux amies de longue date, qui s’en vont visiter la famille de Alexa à la campagne pour étudier. Pendant la nuit, un gros monsieur pas clean entre dans la maison pis décâlisse tout le monde. Marie réussit à se cacher pis elle retrouve son amie Alexa attachée sur son lit. Mais le tueur les pogne pis les crisse dans son vieux truck à la Jeepers Creepers, pour les emmener on sait pas où.

Critique

Les films d’Aja sont pas les plus originaux au niveau de la forme : la réalisation est assez convenue pis classique. Une de mes scènes préférées dans Haute tension, c’est au début, quand les deux filles se mettent à chanter dans le char. Ça montre l’amitié entre Marie pis Alex d’une façon convainquante pis crédible. (D’ailleurs, je veux souligner la qualité de la trame sonore.) À part ça, la réalisation est surtout axée vers les personnages : des gros plans du visage de Marie, de Alex attachée pis de la mort horrible de la mère d’Alex. Heureusement, les acteurs sont excellents. Maïwenn joue comme une championne un rôle pas facile vu qu’elle est baîllonnée tout le long. Cécile de France fait une sale job dans un rôle pas facile non plus, surtout dans les moments où elle se cache du tueur en capotant. On peut vraiment lire la peur dans sa face. Sa réaction quand elle trouve Alex est super réaliste. Sans oublier le bout où elle se fait étouffer avec un sac de plastique. À elles seules, elles font le film.
L’autre affaire le fun, c’est qu’on sent vraiment la tension quand le tueur est dans la maison. Le montage, souvent en parallèle, m’a stressé tout le long. Du côté du suspense, c’est réussit.
Pour le gore, j’ai des petites réserves. Oui, la scène d’égorgement pis le meurtre à la scie ronde sont sauvages pis troublants. Mais certaines scènes m’ont semblées un peu ratées : la décapitation à travers les barreaux de l’escalier pis le tapage dans la face du tueur à coup de bâton pimpé avec du fil barbelé. Faut dire que j’avais vu I saw the devil la veille, pis qu’on peut pas trouver un meilleur exemple de destruction de visages avec des objets contondants. Le montage joue pour beaucoup : dans le film de Jee-Woon Kim, les meurtres sont filmés en un seul plan – ou presque, tandis que dans le bout du bâton barbelé, le montage est trop rapide. À part ça, le sang gicle en masse dans Haute tension, pis on aime ça.
J’ai vu des gens qui disaient que le film est bon jusqu’au twist final, qui est pas nécessaire, selon eux. J’avoue qu’à première vue, ça peut avoir l’air un peu gratuit pis d’être juste un twist pour être un twist. Ces gens-là disaient que le film est de l’horreur classique, avec du suspense pis du gore. C’est vrai, mais c’était bizarrement vide, avant le twist, qui vient donner beaucoup de profondeur au film.

Analyse

La finale est trop sick : en menaçant Alex avec une scie ronde, Marie y dit « Tu m’aimes pas, hein ? » Alex se met à crier « Si, je t’aime ! Je t’aime » en pleurant. Marie dépose son arme pis embrasse Alex, qui entre un pied de biche dans le torse de son amie. Tout ce qu’elle voulait, Marie, c’était l’amour de son amie. Si on reprend depuis le début : ça commence par quelqu’un, apparemment blessé pis sous le choc, qui répète : « Je laisserai plus personne se mettre entre nous. » Ensuite ça embarque sur les deux filles dans le char. Alex est une belle fille avec les cheveux noirs pis longs. Marie aussi est belle, mais elle a les cheveux super courts avec deux boucles sur l’oreille gauche. D’entrée de jeu, Marie a le physique du stéréotype de la lesbienne. Elle raconte son rêre à Alex : elle courait dans le bois, blessée pis pourchassée par quelqu’un, pis elle pense que c’est elle-même qui se courait après. C’est crissement significatif, parce qu’elle se sauvait d’êlle-même, de son double qui la menaçait. Alex y dit : « tu pourrais pas faire des rêves normaux, comme tout le monde ? » pis Marie répond : « Je veux pas être comme tout le monde. » Un peu plus tard, les deux filles ont une discussion : « – Alex : Tu peux pas agir toujours comme ça avec les mecs. – Marie : J’agis pas toujours comme ça. » On comprend que Marie est un peu étrange pis qu’elle se comporte de façon bizarre avec les gars. Encore plus tard, dans la cuisine, Alex dit :

« – Tu vas finir vieille fille.
– J’ai pas le feu au cul.
– T’as la trouille. »

À ce moment-là, elle sort pour fumer une tope, pis elle voit son amie Alex prendre une douche. Tout de suite après, Marie rentre dans sa chambre pis commence à se masturber. Y a un montage parallèle : on voit Marie qui se touche, le camion du tueur se rapprocher pis le reste de la famille qui dort. Déjà, on associe Marie avec le tueur, qui sont les seuls à être réveillés. En plus, l’apparition du tueur coincide avec l’orgasme de Marie, qui entend le chien japper. Comme si son désir pour son amie était tellement fort qu’y s’est matérialisé. De la fenêtre de sa chambre (au grenier), Marie assiste au meurtre du père pis à l’entrée du tueur dans la maison. Sa chambre au grenier, ça veut dire quelque chose : si, dans les films d’horreur, le sous-sol représente ce qui est irrationel, ou inconscient, le grenier représente la rationalité, la conscience. Facque Marie, dans le grenier, c’est le Surmoi (qui a toujours réprimé ses pulsions homosexuelles) qui s’étonne de voir surgir le Ça, ses pulsions inconscientes qui explosent tout à coup. Elle est confronté à son homosexualité pour la première fois de façon consciente. Elle s’étonne de ses propres actions, comme quand elle voit la mère se faire égorger en la fixant du regard. D’ailleurs, en mourant, la dernière chose que la mère dit, c’est : « Pourquoi ? » Les actions du Ça sont pas rationelles, c’est l’inconscient qui obéit à aucune logique. Le Surmoi a pas réussit à contenir les pulsions du Ça. Elle a peur pis elle est surprise d’elle-même, pis comme dans son rêve, elle se court après. Plus loin, ça devient clair pendant cette magnifique scène-là : les deux filles sont pognées dans le truck du tueur. La toune qui joue c’est : À toutes les filles, de Didier Barbelivien pis Félix Gray. « À toutes les filles que j’ai aimé, avant. » La caméra nous montre, sur le dash, des photos de filles découpées. La thèse de l’homosexualité devient dure à réfuter. À la fin, quand le tueur essaye d’étouffer Marie, y lui dit : « Qu’est-ce que tu lui veux, à Alex ? Elle t’excite ? Moi aussi, elle m’excite ! » on finit par arriver au bout de la scie ronde pis du baiser sur la bouche. À ce moment-là, Alex poignarde Marie avec une arme blanche, symbole phallique par excellente. C’est la défaite de l’homosexualité. Voilà.

Verdict

Recommandé. C’est fucking bon, surtout le jeu des actrices, la trame sonore pis le suspense. C’est vraiment un excellent film, pis je me range aux côtés de tous les autres : Haute Tension, c’est le meilleur de Alex Aja, pis un des meilleurs films d’horreur français.

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Kill, baby… kill ! (Operazione paura)

mai 11, 2011

Réalisation : Mario Bava
Scénario : Mario Bava, Romano Migliorini pis Roberto Natale
Pays : Italie
Sortie : 1966

J’espérais beaucoup que Kill baby… kill serait meilleur que The girl who knew too much. J’étais content que ce soit pas en noir et blanc, parce que Bava utilise les éclairages de couleur comme un champion – on a juste à regarder The drop of water dans Black Sabbath pour s’en rendre compte.

Résumé

À la fin du XIXe siècle, probablement en Allemagne, le docteur Eswai se rend dans une petite ville pour faire une autopsie, sur la demande d’un inspecteur de police qui se bute au mutisme de la population locale. Personne veut parler du meurtre – si c’est un meurtre. Le docteur empêche les villageois d’enterrer le corps avant l’autopsie, ce qui les fait chier parce qu’y sont supersticieux pis qu’y faut pas déranger les morts, ou dequoi demême. Dans le cœur du cadavre, Eswai découvre une pièce de monnaie. Monica (la chicks qui a été envoyée par l’inspecteur) y raconte une vieille légende locale qui explique pourquoi y a une cenne dans le cadavre. Le docteur se fait attaquer par des villageois mais y est sauvé in extremis par une autre chicks, Ruth, la sorcière qui soigne de façon douloureuse les villageois qui pensent qu’y sont maudits. Le doc se rend à la Villa Graps – la maison de la baronesse Graps, qui a perdu sa fille des années plus tôt pis qui vit en ermite dans son vieux manoir – pour trouver l’inspecteur. C’est là que le doc rencontre Melissa, une petite fille habillée en blanc pis crissement creepy. Entre temps, Monica s’est fait « attaquer » pendant la nuit par un esprit mauvais. Eswai pis Monica essayent de trouver le coupable des meurtres mais y se rendent compte que c’est plus compliqué que ça a en l’air.

Analyse

Kill baby kill, c’est un autre film d’inspiration gothique dans le genre de Black Sunday pis The Wurdalak dans Black Sabbath, sauf que l’esthétique ressemble beaucoup plus à The drop of water. Ici, je tiens à dire que c’est un scénario qu’on a déjà vu mille fois (surtout dans les nouvelles fantastiques du XIXe) : un homme de science, rationnel pis pragmatique, qui se rend dans une petite ville isolée où la superstition règne en maître absolu. Le gars y croit pas mais est forcé de se rendre à l’évidence à la fin du récit. On voit ça dans Dracula, dans La Vénus d’Ille pis dans Sleepy Hollow (le film). On s’entend, c’est un lieu commun. Ce qui donne un scénario pas vraiment original. Si on ajoute à ça la caractérisation ridicule des rôles féminins – la vierge vs la sorcière -, la finale super prévisible pis l’hystérie de Monica, ça donne pas un super bon mélange.
Ce qui sauve le film, c’est la réalisation de Bava. Ses cimetières embrumés pis ses allées mystérieuses auraient l’air épais si c’était pas du jeu avec les éclairages de couleurs qu’on peut voir dans le film au complet. Ça donne quelque chose de weird à l’atmosphère pis ça la rend comme irréelle, onirique (on pense à la scène où Eswai entre pis sort de la même pièce à l’infini pis qui rencontre son double), comme dans The drop of water. La caméra est toujours en mouvement pis y a presque aucun plan fixe. Le bout où la caméra imite le mouvement d’une balançoire est cool même si y a pas très bien vieillit. Le panoramique qui montre les villageois qui fisent Eswai quand y entre dans l’auberge fait bien sentir que le doc est pas le bienvenu. Mais le bout le plus cool c’est dans la Villa Graps, un manoir immense avec plein de poupées qui trainent, des pièces éclairées de rose pis de bleu pis une décoration d’un autre âge qui rend tout ça vraiment inquiétant. On peut voir des luminaires en forme de bras qui sortent des murs, en hommage à La belle et la bête de Cocteau. La séquence quand Monica descend les escaliers en colimaçon, c’est génial.
Autre chose intéressante : la creepyness de Melissa. Le petite fille fait peur, pis c’était pas encore un lieu commun à l’époque – y a eu The innocents en 1961; sinon, je sais pas trop. Je l’haïssais avec son ballon pis sa face qui apparait partout. Mais le moment le plus épeurant c’est quand Monica se réveille avec une crisse de poupée laide sur son lit. C’est aussi pire que le clown dans Poltergeist.

Analyse

Si le scénario de Bava est pas le yable au niveau du récit pis de son originalité, y est quand même plein de profondeur pis de pistes d’analyse : la matérialisation de l’inconscient, le ressurgissement d’un passé traumatique, le classique science/superstition, les rapports entre espace matériel pis espace intérieur, etc. Mais j’ai décidé de me pencher un peu sur les rôles féminins, qui sont super stéréotypés. Sauf que ça a un sens quand on y réfléchit un peu. Les femmes représentent l’hésitation du doc entre rationalisme pis surnaturel. Quand on voit Monica pour la première fois, elle arrive pour assister le doc dans son autopsie. On apprend que, comme lui, elle est étrangère – même si elle est née là – pis qu’elle étudie en médecine. Elle est blonde, vierge pis pure. C’est le rationalisme. À l’opposé, quand on voit Ruth pour la première fois – quand elle sauve le doc qui se fait attaquer par des villageois -, on sait pas trop qui c’est. Elle disparait juste après pis garde une aura de mystère pendant tout le film. C’est une sorcière pis elle connait des trucs pour briser les malédictions, comme se fouetter avec une branche d’arbre ou ben porter un silice pour dormir. Elle a les cheveux noirs, aussi. C’est tout le contraire de Monica. C’est la superstition. Ça montre son hésitation devant certains phénomènes qui peut pas expliquer. Dans certains bouts du film, y croit crissement pas aux fantômes, mais dans d’autres, y choke en crisse, tout comme à certains moments y se trouve avec Ruth, pis d’autres avec Monica. Le docteur rencontre jamais les deux femmes en même temps, sauf à la fin, quand Ruth meurt avec un pic dans le cœur pis en sauvant Monica. La superstition qui se sacrifie pour la science mais qui laisse une marque : Monica apprend qu’elle est la sœur de Melissa pis que sa mère, la baronne Graps, voulait la tuer par jalousie. Oui, les rôles féminins sont super typés, mais c’est au service de l’histoire.

Verdict

Recommandé. Évidemment, c’est pas un film qui fait peur, ni un film à regarder en gang le soir de l’Halloween. C’est un film pour les fans d’horreur pis de cinéma en général. La réalisation est superbe pis ça vaut la peine de voir ça pour les jeux d’éclairage, les décors pis les mouvements de caméra.

Behind the mask : the rise of Leslie Vernon

mai 3, 2011

Réalisation : Scott Glosserman
Scénario : Scott Glosserman pis David J. Stieve
Pays : États-Unis
Sortie : 2006

Ce film-là a eu des maudites bonnes reviews un peu partout sur le web, pis même que Sinistre Blogzine l’a mis dans son top 10 Found Footage en le décrivant comme un mélange entre C’est arrivé près de chez vous pis Scream, deux excellents films. Comme chu un fan du sous-genre, j’ai décidé de l’écouter.

Résumé

Dans un monde où Jason Vorhees, Freddy Kruger pis Michael Myers ont existé pour vrai, trois étudiants font un documentaire sur un tueur en série qui prépare ses meurtres. Le tueur, Leslie Vernon, va terroriser la petite ville de Glen Echo, qui aurait causé sa mort alors qu’y était enfant. Facque, comme nos slashers préférés, Leslie a une légende rattachée à lui, une maison où des ados vont fêter à chaque année le jour de sa mort, un masque, une arme de prédilection, un psychologue qui cherche à l’arrêter pis toute. Y explique à Taylor, la journaliste amateure, comment y compte faire sa job pis pourquoi y la fait. Y nous fait rencontrer un ancien slasher à la retraite, qui explique comment des gars comme Freddy pis Jason on révolutionné la façon de faire des meurtres en série. C’est comme une visite guidée de tout ce qu’on voit pas dans les films de slashers : le tueur choisir son target group, courir en malade quand on le voit pas pour avoir l’air de toujours marcher pis trafiquer les lumières de la maison pour pouvoir faker une panne de courant. Y explique tout ça à l’équipe de tournage qui, le soir du massacre, décide de pas le laisser faire pis qui se retrouve du mauvais côté du masque.

Critique

L’idée de base ressemble énormément à C’est arrivé près de chez vous : un documentaire sur un tueur en série pis l’équipe de tournage qui devient impliquée dans les meurtres. Le film souffre de cette comparaison-là : si, mettons, C’est arrivé près de chez vous c’est la Nintendo Wii, ben Behind the mask, c’est la Kinect de Sony. C’est un genre de rip-off mais avec une bonne idée en plus. Dans ce cas-ci, la bonne idée, c’est de faire du tueur un genre de meurtrier d’outre-tombe – supernatural slasher – comme dans les classiques Halloween pis Vendredi 13 pis A nightmare on Elm street. L’affaire, c’est que le tueur est pas surnaturel pantoute; c’est juste un gars qui fait croire des affaires avec des mises en scènes pis un peu d’anticipation, comme tous les autres, d’ailleurs. Leslie nous emmène dans les coulisses du slashers alors que Scream était resté dans la salle de spectacle. L’auto-dérision, à mon sens, est aussi réussie que dans Scream. C’est super drôle tout le long, avec l’espère d’historique du tuage en série que l’ami de Leslie nous explique, la scène classique du visionnement de vieux journaux en microfilms à la bibliothèque de l’école pis toute.
J’ai particulièrement aimé toute l’histoire de la symbolique qui entoure les slashers : le placard qui est un endroit sacré pis qui représente l’utérus, donc l’innocence; la course à travers un décor menaçant qui représente la naissance; la final girl qui s’équipe d’une arme phallique – hache, bâton de baseball, etc – pour décâlisser le tueur, c’est qu’elle perd son innocence (« She’s empowering herself with cock. », d’après Leslie). C’est super intéressant. Ce qui fait que la première heure du film est crissement divertissante pis que j’ai vraiment été accroché, malgré la ressemblance avec C’est arrivé près de chez vous. Mais au trois quarts du film, ça change : sans trop qu’on sache pourquoi (elle l’a aidé tout le long), Taylor décide d’empêcher les meurtres en allant avertir le target group, qui fête dans l’ancienne maison de Leslie. À ce moment-là, y droppent leurs caméras pis ça devient un film normal, en ocularisation externe. J’ai trouvé ça maladroit.
C’est pas la seule incohérence : quand Taylor apprend que Leslie est pas vraiment le petit gars de la légende, elle est trop pissed pis toute. Mais au fond, ça change quoi ? Rien, y fallait juste mettre un peu de chicane pour la courbe dramatique du film. Autre bizarrerie/défaut : le doc Halloran (en référence au Shining de King ?). On sait pas trop c’est qui, ni y sort d’où, ni pourquoi y sait où Leslie est pis ce qu’y prépare. On sait pas non plus ce qu’y fait dans le film, le doc (à part ploguer Robert Englund) sert strictement à rien. Oui, c’est des jokes de doc Loomis, mais ça reste trop en surface pour que ça devienne intéressant.
Mais le plus gros défaut de Behind the mask, c’est son échec à utiliser la caméra subjective. L’image est tout le temps trop claire, les interactions entres les membres de l’équipe de tournage sont pas crédibles pis la fille qui joue Taylor se force beaucoup trop pour avoir l’air de pas de forcer; ce qui fait qu’on y croit pas tant, à leur histoire de faux/vrai footage. C’est raté de ce côté-là. Par contre, le personnage de Leslie est fucking bon pis y sort des stéréotypes de tueurs en série sociopathes pis silencieux ou super trop intelligents pis volubiles. Leslie est un gars normal, qui fait des jokes pis toute, pis que j’ai trouvé désagréable en quelques occasions. Nathan Baesel nous fait croire à son rôle, même qu’à la fin j’aurais voulu qu’y tue tout le monde, incluant Taylor, qui me tapait un peu sur les nerfs. Mais bon.

Analyse

Le film nous emmène dans la production d’un film d’horreur : on voit comment les tueurs dans les films utilisent des trucages pour faire peur aux personnages – pis aux spectateurs. Mais rendu au tier, le film se transforme en vrai film d’horreur. À ce moment-là, Leslie nous a déjà décrit tout ce qui allait se passer, facque on regarde le monde aller avec un horizon d’attentes, comme on écoute un nouveau film d’horreur qui a pas l’air ben original. On s’attend à certaines choses. Sauf que finalement, c’est pas ce qui est supposé arrivé qui arrive, pis on est surpris – plus ou moins, le twist est prévisible, mais bon. L’important, c’est qu’on s’attend à dequoi qui arrive pas. Ça nous ramène au cinéma de genre : des personnages clichés, une structure dramatique toujours semblables, pis toute. Mais un bon film, c’est un film qui évite les clichés, ou qui les utilise autrement.
Y a aussi un métadiscours sur le genre du slasher : en voyant le film, on se dit « Bon, tout ça c’est framé, ça fait pu peur ». Sauf que finalement, à la fin, c’est parce que tout est framé qu’on a peur : on se dit « Fuck, le gars est beaucoup trop ben préparé pis pas moi. » Comme Scream, le film déconstruit le slashers mais réussit à les rendre épeurant pareil. Le début montre comment ça marche, la fin montre que, effectivement, ça marche.
On dit souvent que les films d’horreurs sont des manifestations des peurs pis des obsessions communes à une société. Donc, c’est comme une façon de passer nos pulsions fucked up, de les laisser sortir un peu pour pas qu’y nous pètent dans la face un jour à force d’être trop réprimées. Robert Pickton, au lieu de réaliser des films d’horreur, a tué un nombre incroyable de putes. C’est pas vraiment ça, mais vous me suivez, right ? Dans Behind the mask, Eugene dit : « Every culture, every civilisation, since the dawn of man, has had it’s monsters. For the good to be pitied against the evil, you have to have evil, don’t you ? » ça veut dire que les tueurs font ça pour rétablir un espève d’équilibre dans la société. Maintenant qu’on a pu peur de rien – Ben Laden vient de mourir, tsé – faut ben que quelqu’un reprennent le flambeau en créant des légendes qui font peur au monde. Dans le film, Leslie a un peu la même fonction que le film d’horreur dans la société. On peu aussi le comparer au « destin » : ses victimes le savent pas, mais y a tout prévu pis tout arranger pour que, peu importe, y finissent par faire ce que lui y veut qu’y fassent. Les victimes pensent tout faire pour s’échapper mais y se pitche dans la gueule du loup. On nait tous avec un « destin », même si j’aime pas le mot. On a des déterminations sociales, familiales, psychologiques, génétiques, whatever, qui font qu’on est portés à faire telle affaire au lieu de telle autre. Sauf qu’on peut sortir de ce « destin »-là : on devient une final girl pis on s’en sort, après avoir, comme elle, décidé de se battre.

Verdict

Recommandé. Faut connaitre un peu les slashers pour apprécier le film. Mais ça vaut la peine en crisse, malgré ses quelques défauts. Ça fait rire pis c’est le fun.

L’autre Arielle – Dernière partie

février 27, 2011

Dans le dernier épisode : Après avoir tué une sirène backside à coups de rame, Jo a vu son ami Tony se faire shotgunner par un monsieur fou qui l’a ensuite obligé à garder un oeuf de sirène dans sa bouche. Jo est séquestré dans un trou dans le sol par le gars, Michel, qui lui promet qu’y va le laisser partir une fois qu’y va s’être racheté.

L’autre Arielle – Dernière partie

Il a plu toute la nuit. J’ai presque pas dormi. Les gouttes sur ma tente faisaient un bruit sec, fort. L’eau qui coulait le long de la toile ruisselait en motifs hypnotisants.
Ce matin, quand il a arrêté de pleuvoir, il y avait presque un pied de boue au fond du trou. Tony avait encore renfoncé; il était tombé sur le côté, la face vers le sol. Je l’ai regardé longtemps, pi je l’ai enterré. Je lui dois bien ça, à Tony. Je l’ai recouvert de boue pour qu’il arrête de pourrir, pour qu’il arrête de geler sous la pluie.
La boue que j’ai mise par-dessus a une couleur bizarre.

Au début je pleurais tous les jours parce que je voulais m’en aller. J’arrêtais pas de penser à m’en aller. Mais là, j’ai comme accepté d’attendre. C’est clair que j’ai hâte de m’en aller, mais maintenant que je sais que ça va arriver, on dirait que je suis moins pressé. J’essaye d’imaginer comment ça va se passer, mais j’abouti à rien. Je vais dire quoi à mes parents? Je peux pas leur dire la vérité, ils me croiraient pas. Ni à la police, d’ailleurs. Je me retrouverais dans un hôpital de fous ou quelque chose du genre. Donc il faudrait que j’invente un mensonge, mais un mensonge assez complexe pour être crédible. Si je mens pi que les policiers l’apprennent, ils vont sûrement penser que j’ai quelque chose à voir avec la disparition de Tony.
Tony. Il va falloir que je trouve une raison pour justifier l’absence de Tony.
J’ai encore le temps d’y penser.

La bière fait du bien, elle me rapproche de la réalité. Parler avec le gars aussi, ça fait oublier un peu ce qui s’est passé pour vrai. A force de le côtoyer, le gars, j’ai comme gagné un peu d’assurance. J’ai moins peur de lui, je pense. Sérieusement, je pense pas qu’il veut me faire du mal. Il a l’air sincère.
– Je… chu désolé… d’avoir faite c’qu’on a faite moé pi Tony.
– …
– …
– Je l’sé. J’te crois. Mais ça la ramènera pas.
– …
– J’m’ennuie d’elle.
– …
– Des fois je r’garde le lac… mais est pas là… j’ai pas été nagé depuis. C’est pas pareil sans elle, ça me tente pu.
– …

À matin, j’ai réussi à me crosser. J’avais déjà essayé une couple de fois, quand je me réveillais après un rêve cochon. Mais le décor me rattrapait, l’odeur, la situation. Je me sentais mal de faire ça devant Tony, même mort. Me crosser avec ma toilette à quelques mètres, pi des têtards mutants devant moi. Ça me turnait off, ça me dégoutait. Mais à matin, j’ai réussi. Je sais pas pourquoi. Je suis venu dans la boue.

J’ai jamais vraiment eu de blonde. Il y a eu des filles que j’ai aimées, je pense. Mais c’est impossible d’être sûr. L’amour, c’est peut-être juste une raison de se dire qu’on est heureux. Histoire de se calmer un peu, d’avoir une raison de vivre.
Les filles que j’ai aimé, ça a toujours été parce que je les trouvais belles. Rien d’autre. Presque un choix, une décision que j’ai prise pi que j’ai respectée. Jusqu’à ce que ça arrête. Une peine d’amour : une mauvaise décision. Jamais rien de plus. Aimer parce que c’est normal, que ça va de soi. Je sais pas trop si j’y crois.
La seule personne que j’aimais plus que les autres, c’était Tony. On s’entendait ben. Pas de malaise, rien. Je pense qu’on se comprenait. Mais là.

J’ai hâte que le gars viennent me parler, hâte qu’il m’amène une bière. Je me sens mal. Je comprends pas pourquoi, mais le gars, je le trouve sympathique. J’ai honte. Le gars a tué mon ami, le gars me tient prisonnier dans un trou derrière chez eux, mais j’ai hâte de lui parler. C’est trop long tout seul au fond de mon trou. J’aimerais ça l’haïr, le gars, même que des fois je réussi. Je pense à tout ça, toute cette histoire-là, de trou, de sirène, de Tony tué, pi je l’haïs. Mais il m’apporte mon déjeuner, mon café, mes clopes, il me jase ça en buvant une bière, pi je peux pas m’empêcher de le trouver sympathique. Pi là c’est moi que je me mets à haïr.

Je pense encore à ce que je ferais en retournant chez nous. C’est con, mais je suis rassuré parce qu’au moins j’aurai pas manqué d’école. Si le gars tient sa promesse, je vais être sorti d’ici avant la rentrée. Ça gâchera pas toute ma vie. Juste mon été. Comme si ma vie dépendait du nombre de sessions que je fais au CÉGEP. Je le sais même pas ce que je vais faire après mon DEC. Ils nous font faire des tests depuis secondaire trois, comme si il fallait le savoir tout de suite. J’vais pas me fier à un test corrigé par une machine pour choisir ma carrière. C’est cave. Je me dis que j’ai encore le temps d’y penser, mais que ça commence à presser. Mais j’ai pas envie d’y réfléchir. Je sais pas combien de temps mes parents vont continuer à payer mes études. Je pense que j’aimerais ça aller en voyage. Genre en Europe. J’aimerais ça mais j’ai personne avec qui y aller. Je sais pas si je serais capable tout seul. Ça prendrait de l’argent, aussi, pi j’en ai pas. Pi là c’est certain que j’ai perdu ma job. Bah. Il me reste un an avant d’arriver là.

Si j’ai bien calculé, ça fait un peu plus qu’un mois que je suis ici. Dans mon trou. C’est con, mais on s’habitue vite à rien faire. Tous les jours, je regarde passer le temps, le soleil monter dans le ciel, pi redescendre. Au début c’était intolérable. Mais là, ça va. Ça s’est fait tout seul, comme ça. Ça sert à rien d’avoir hâte; le temps se rallonge. Il faut juste accepter de rien faire. Je me sens bien. Aucune obligation, rien. Je jase avec Michel.
Je me sens vraiment mal pour lui. C’est moi qui l’ai tuée sa blonde. Je me rends compte qu’il l’aimait vraiment gros. Ça me rend triste. Des fois je me demande si je devrais lui dire que c’était moi pi pas Tony. Mais je le fais pas. Ça servirait à rien. À la limite, je peux comprendre qu’il ait été vraiment fâché pi qu’il ait sauté une coche pendant un instant. En plus, je pense qu’il le sait. Pi il s’est excusé. C’est pas facile de reconnaitre qu’on a tord. Mais lui il a accepté son erreur pi il sait que c’était pas bien. C’est pas tout le monde qui est capable de faire ça.

Il reste juste une couple de jours, pi après je suis libre. Si j’ai bien compté. C’est sûr que je pourrais demander à Michel, mais j’aime mieux pas. Je veux pas qu’il pense que je l’haïs pi que je veux juste retourner chez nous. Je l’aime bien, Michel, mais je m’ennuie pareil de mon lit. De toute façon, un jour de plus ou de moins, ça change pas grand-chose.

J’entends une porte claquer. Michel m’amène ma bière de 4 heures.
– Pi, fait pas trop chaud?
– Ça va, ça va. C’est mieux ça que d’la pluie.
– Drette ça. Faut voir le positif dans vie.
– …
– Tiens, j’t’ai am’né un p’tit queque chose.
Il s’accroupi sur le bord du trou pi me tend un genre de gros livre relié en cuir.
– C’que j’te montre-là, je l’ai jamais montré à personne.
– Je…
– Ouvre-le.
C’est un album photo. Presque trois pouces d‘épais. Sur la première photo, on voit un lac au lever du soleil. En regardant bien, j’ai aperçu une forme bizarre qui sortait de l’eau. On aurait dit des fesses. Je tourne les pages. Juste des photos de lac. Puis, sur une photo, on voit clairement une silhouette sous l’eau : un corps de poisson avec deux jambes. Je lève les yeux vers Michel, mais il fume en regardant au loin. Peu à peu, les photos se font plus claires pi se rapprochent de leur sujet. Des photos de la sirène, des photos de la blonde de Michel. Mais c’est pas juste des photos; c’est leur histoire. Je vois comment il l’a apprivoisée, comment ils se sont connus, comment ils se sont aimés. Ça m’émeut. C’est moi qui ai gâché tout ça.
– Était belle han?
La photo montre la sirène de dos. On voit ses petites fesses rondes sortir de l’eau en avant-plan, avec la tête tournée vers la caméra, mais sous la surface.
– Oué.
Elle avait vraiment des belles jambes. À chaque photo, mon regard cherche à s’introduire entre ses cuisses. La caméra capture dans la nage de la sirène des positions sensuelles, troublantes.
Les dernières pages montrent des photos du lac, vide.

Je stresse. J’ai toujours aucune idée de l’histoire que je vais raconter à ma mère pi à la police. À tout le monde. Il faut que j’invente dequoi, parce que personne va croire à la vérité. Au pire, je peux dire que je suis parti avec Tony dans un roadtrip pi qu’on s’est séparés à un moment donné. Mais le char de Tony est dans la cour du chalet. Ça marche pas. Au fond, la meilleure chose à dire, c’est ce qui s’est passé pour vrai, mais sans la sirène. J’avais les yeux bandés, j’ai rien pu voir. C’est ça.
C’est clair que j’ai hâte de me coucher dans mon lit, mais j’ai vraiment pas envie de parler à plein de monde qui vont être triste pour moi, pauvre gars qui s’est fait séquestré. Ça a pas été si pire. J’ai pas envie d’être le centre d‘attention.
Des fois je me demande pourquoi je veux rentrer chez nous. Les vraies raisons. C’est pas pour mes études; je sais même pas ce que je veux faire. Je m’ennuie pas vraiment de ma famille. Je m’entends bien avec mes parents, mais on a jamais été très proches. J’avais pas de blonde, pas d’engagement nulle part. La meilleure raison, c’est mes amis. Je voudrais les revoir. Mais au fond de moi, je me dis qu’ils ont trouvé quelqu’un d’autre pour me remplacer, pour faire des jokes à ma place. J’haïs ça.

– Grosse journée aujourd’hui!
– Han?
– C’est aujourd’hui que tu t’rachète!
– …
– Inquiète-toé pas, c’est rien de ben terrible.
Le gars déroule une échelle de corde. Rush d’adrénaline. C’est là. Je tremble mais je monte pareil. Il me fait rentrer dans son chalet, me fait m’asseoir devant la télé, pi il me donne une pilule à avaler. Je sais pas c’est quoi cette pilule-là. J’ai pas envie, mais j’ai pas le choix. Il allume la télé, me dit de patienter quelques minutes pi sort dehors. Je regarde autour. Je suis pas attaché, rien. Je pourrais sortir, prendre son pick-up pi partir. Je pourrais le faire. Juste y penser, ça me stresse. Je le ferai pas. J’ai patienté tout ce temps-là, je vais pas tout gâcher en essayant de m’enfuir maintenant. Je vais me racheter, pi je vais pouvoir partir. Après.
Je regarde la télé en attendant. C’est La petite sirène. Je souris. Ça fait longtemps que j’ai vu ce film-là. Longtemps que j’ai pas regardé la télé. Ça fait du bien. Ça fait longtemps que j’ai pas vu de fille, aussi. Je regarde la petite sirène rousse nager dans la mer, avec les hippocampes pi les méduses. Quelle âge elle a, la petite sirène? Mettons, 13 ans? Peut-être 15. Bah, quinze, c’est correct. Avec ses cheveux rouges, elle est cute, pareil… pi sa taille toute mince… les coquillages qui cachent ses seins… pourquoi elle les porte? Enlève-les… son sourire… sa façon de nager… Je bande, solide. J’ai pas été excité demême depuis longtemps. Je me sens tout gonflé.
Le gars revient. Il me dit de le suivre. Je me lève, mal à l’aise. J’essaye de cacher mon érection. Il m’amène dans une petite cabane, pas loin du chalet.
– Tadam!
Au milieu de la pièce, un gros bac transparent. Un aquarium. Dedans, une sirène. Des jambes de femme pi un devant de poisson. Comme celle que j’avais tuée. Mais plus petite. Tout d’un coup, je comprends. Je comprends, mais le pire, c’est que ça me dérange pas tant que ça. Je regarde le gars.
– C’est ta blonde, astheure. Vas-y, fourre-la.
Je suis encore bandé, encore excité. Je regarde les jambes dans l’eau, les jambes nues, les petites fesses toutes rondes… le poil qui pousse tranquillement entre les cuisses… les nageoires, tellement agiles… les écailles, qui changent toujours un peu de couleur…
Je bouge pas, je regarde la sirène, comme un pédophile regarde un petit garçon dans une cour d’école… j’ai tellement envie… mais je le sais que c’est dégueulasse, pas normal… je me déshabille pi j’entre dans le bac. J’ai de l’eau jusqu’au nombril. L’eau est tiède, c’est doux sur mes fesses, ma queue… ça m’excite encore plus. La sirène se met à nager autour de moi… à me frôler avec ses pieds, ses nageoires, ses fesses… J’étends la main pour la caresser moi aussi… elle est vraiment douce tellement douce… ses fesses sont blanches, fermes… à deux mains, je prends la sirène par les hanches pi je l’emmène vers moi. Je la touche un peu, entre les cuisses… mes doigts rentrent pas… elle est vierge… osti que j’ai envie de la baiser… elle est placée en levrette, les fesses remontées. Elle se maintient en place avec ses nageoires. Elle rapproche son cul. Je prends mon pénis pi je le rentre dans son vagin. Ça résiste, j’y vais plus fort… je la tiens solidement par les hanches… pi là mon pénis au complet rentre, jusqu’aux testicules. L’eau rougit autour de nous, ça m’excite encore plus… je commence à me faire aller le bas-ventre… fuck ça fait du bien… pi là à un moment donné… la sirène se fait aller toute seule, avec ses nageoires… elle avance pi recule doucement… j’ai pas besoin de la toucher… les branchies s’ouvrent plus rapidement… sa bouche aussi… elle se met à aller plus vite… je sens que je vais venir bientôt… c’est bon… pi là juste comme j’arrive pour jouir, la sirène baisse sa tête de poisson. Ses nageoires se mettent à flipper. Les orteils se courbent… Je vois son anus se contracter… pi sa vulve se serrer tout d’un coup… pi là je viens… un gros orgasme, direct dans son vagin de vierge. En venant, je lui sers les hanches pi je la presse contre mon ventre, le pénis bien enfoncé. Pi là je lâche tout… je me retourne. Le gars me tend une coupe de champagne avec un gros sourire dans sa face.
– Un toast pour mon gendre !

L’autre Arielle – 3e partie

février 20, 2011

Récapitulons : après avoir tué la sirène, les deux gars se font pogner par un malade qui tue Tony avec un shotgun pi qui ramasse tous les oeufs qui trainent dans le cadavre de la sirène pour les ramener chez lui, avec le survivant attaché dans la boite de son pick-up.

L’autre Arielle – 3e partie

Je me réveille en sursaut, le soleil dans la face. Devant moi, tout en haut du mur de terre, une silhouette. Découpée dans le ciel bleu. Je plisse les yeux dans l’éclat du matin. Puis je me rappelle. À quelques mètres, Tony-cadavre, encore mort. Toujours pas de miracle.
– J’imagine que t’aimerais ça partir d’icitte, han?
– …
– Nonon, j’comprends. Mais pas tu suite. Y faut qu’tu t’rachètes avant. Betôt mais pas tu suite.
– Je… j’m’excuse…
– J’espère ostie! T’aimerais tu ça, moé, que j’tue ta blonde han!? Han!?
– Non…
– Bon. Tiens, un peu d’pain. Du café?
– …
– Tu veux tu du café?
– Ok.
– …
– …
– C’est quoi l’idée, aussi? Han?! Deux mongols qui trouvent une sirène pi y décident d’la tuer? C’est-tu cave ou quoi!? Ostie qu’vous êtes épais! T’as pas l’droit d’faire ça! T’as pas l’droit!
– …
– …
– …
– Bon m’en va en ville, t’as-tu besoin de que’que chose?
– … heu… des clopes?
– Ok. À plus tard.

J’ai faim. Du pain blanc, mou, qui colle dans ma bouche. Un instant, le goût de l’œuf me revient; souvenir échappé, éphémère. Le café trop concentré me fait grimacer. Me racheter, encore. Je sais pas ce que ça veut dire. Ça me stresse. Me racheter.
Une sirène. C’est ça qu’il a dit. J’ai tué une sirène. Sa blonde. C’est quoi cette histoire-là. J’arrive pas à comprendre. Le problème, c’est que c’est vraiment arrivé, pour vrai. La sirène, les têtards morts, Tony-cadavre, tout ça c’est vrai.
J’entends son pick-up s’éloigner. Les chants des oiseaux l’avalent tranquillement. Il faut que je m’en aille. J’inspecte mon trou sous la lumière du jour : comme hier. Rien. Un trou dans la terre, plus ou moins carré, le sol légèrement incliné. Les murs doivent faire au moins trois mètres au point le plus bas pi presque quatre au point le plus haut. Dedans, juste moi, Tony-cadavre pi quelques œufs avortés. J’essaye de grimper, mais la terre est trop dure. Peut-être creuser les murs pour empiler la terre. Non plus. Utiliser Tony-cadavre pour marche-pied?
– Inquiète-toé pas mon Tony, j’te pilerai pas d’ssus.
– …
– Ben dormi?
– …
– Moé ‘tou. Mal au dos, crisse.
– …
– T’as-tu une idée?
– …
– Ostie d’histoire man… ostie…

Je confirme que j’ai aucune chance de m’évader. Officiellement. J’ai passé le matin à essayer de trouver une façon de grimper. Mais je suis encore là. Rien à faire, il faut que j’attende l’autre fou. Que j’attende de me racheter, peu importe ce que ça implique. Au moins il a pas l’air parti pour me torturer. Ni me laisser crever de faim. Trois repas par jour, pas vraiment bons, mais des repas quand même. Des clopes quand j’en ai besoin. Mais il me laisse dans le trou. Le pire dans tout ça, c’est pas savoir jusqu’à quand il faut que j’endure ça. Si je pouvais compter le temps qu’il me reste, ça me donnerait un objectif, quelque chose à quoi je pourrais m’accrocher. J’attends je sais pas quoi. Ma supposée rédemption. Si je reste tranquille pi je fais comme il dit, il va se mettre en confiance, il va relâcher sa surveillance pi je vais pouvoir en profiter. Me pousser. Mais il va falloir que je sois sûr de mon coup, j’ai pas envie qu’y m’attrape. Là il serait fâché. Il a quand même tiré sur Tony. Il l’a tué, Tony. À bout portant. Ostie. Je veux m’en aller.
Je veux m’en aller.

Je sais pas si la police me cherche. S’ils quelqu’un a trouvé le char des parents à Tony au chalet, ou remarqué que le canot est plus là. Le pire, c’est que ça se peut que mes parents aient même pas encore parlé à la police. Ils doivent penser que je suis chez un ami pi que j’ai oublié d’appeler. Mais je pense pas. Je pense qu’ils s’inquiètent.
Même là. On est bien trop loin du chalet pour qu’ils me retrouvent. Ça a prit au moins deux heures avant qu’on arrive ici. On doit être au milieu du bois, dans le trou du cul du monde. Pi quand le gars va en ville acheter des affaires, ça lui prend un bon bout de temps avant de revenir. Ils me trouveront pas. Mon trou, mon bout du monde, mon horizon.

Au moins je suis pas tout seul. Tony est avec moi. Tony-cadavre, Tony-muet, mais Tony quand même. J’ai commencé à lui parler dès le début, sans me poser de question. Comme ça, pour parler. Meubler le silence, éviter de penser. Je le sais très bien qu’il me répondra pas, qu’il est mort, Tony. Mais d’une certaine façon, en lui parlant, c’est une façon de m’excuser. C’est pas Tony qui l’a tué, la sirène, c’est moi. Pi c’est Tony que le gars a tué. Alors je m’excuse en parlant à Tony, en lui tenant compagnie dans le fond du trou, dans la mort. Pour pas le laisser tout seul. Pi je pense que c’est bon pour moi, pour pas que je vire fou. Lui parler, ça rend tout ça moins pire, peut-être. Comme si j’étais pas tout seul dans cette marde-là.

Ma toilette, c’est au milieu de la pente, à côté du mur. Je peux m’accoter, pi le stock va couler loin de moi. Tony-cadavre, lui, a roulé tout au fond. Moi je me suis installé au bout le plus élevé du plancher de terre.
Ça pue, dans mon trou. Pas de douche, un cadavre pi une salle de bain en plein air. Mais je me suis habitué. Je sens plus rien. Juste trois jours avec un cadavre pi c’est déjà rendu normal. Encore, pendant de courts instants de lucidité, je perçois l’odeur nauséabonde, comme un flash. Puis je l’oublie. Là, en ce moment, je le sais que ça pue, mais ça me dérange pas.

L’azur me déprime. Depuis que je suis là, aucun nuage. L’infini se déploie sur ma tête. Je pense à tout ce que je pourrais faire à la place, si j’étais chez nous. Fumer des joints en jouant au freesby, chiller avec San pi tout le monde à la plage, n’importe quoi. N’importe quoi sauf ça, mon trou de quatre mètres carrés. Je me demande ce qu’ils font, les autres. J’aime penser qu’ils boivent de la bière en notre honneur, à moi pi Tony. Ça me rend triste. Je me rends triste tout seul. Il faut pas penser à ça. Monde parallèle, lointain, irréel. Estompé.

Les nuages, noirs et lourds. Pour la première fois depuis que je suis dans mon trou, il va pleuvoir. Ça se sent. L’air est épais, la chaleur collante. Ça me rappelle que j’ai pas pris de douche depuis un bon bout. Je regarde les nuages glisser lentement les uns sur les autres, sans bruit. Enflés, gonflés. Mais toujours rien. Dans mon trou, rien pour me protéger, rien à ma disposition. De la terre, un cadavre, mon linge. Ça fait pas beaucoup. Je sais pas ce que je vais faire quand il va commencer à pleuvoir. J’ai pas vraiment envie de passer la nuit à trembler dans un lit de bouette.
Tout-à-coup, j’ai peur de mourir noyé. L’eau va s’accumuler pi je vais mourir. À moins que l’eau qui monte m’aide à sortir d’ici.
Je fais le saut; quelque chose tombe à côté de moi. Un gros paquet noir.
– Tiens. Pour à soir.
– …
– … Y’annoncent d’la pluie. C’t’une tente. Tu peux pas dire j’pense pas à toé!
– Merci.
– Pi inquiète-toé pas pour l’eau, a va couler vers le fond pi la terre est ben poreuse.
– …
– C’est quoi ton nom?
– Jo.
– Enchanté, Jo. Moé c’est Michel.
– …
– Écoute, tu dois m’haïr pi toute, pi je comprends ça. Mais va pas penser qu’chu un fou, là.
– Nonon…
– Arrête moé ça, t’es trop téteux. J’ai rien contre toé, moé, mais faut tu comprennes une affaire : toé pi ton chum, ben vous avez tué ma blonde, ok, pi je peux pas laisser faire ça. Tu comprends? Tu penses tu que j’me fais du fun à t’garder demême chez nous? Ben non! Mais j’veux te garder à l’œil. Je l’sais qu’tu veux t’en aller. Mais j’veux qu’tu t’rachètes. D’ici un mois et demi, ça devrait marcher.
– Un mois et demi?
– T’es ben capable de patienter encore un peu. J’essaye de pas trop être méchant aik toé, ché pas si t’as r’marqué.
– Ouin… heu… merci…
– …
– Je… j’peux-tu vous d’mander que’que chose?
– Quoi?
– Ben… faudrait j’parle à mes parents, ou ben j’leur envoye un mail, juste pour dire que chu correct tsé, que j’va revenir dans deux mois… tsé j’peux inventer une histoire, je sais pas, un roadtrip, n’importe quoi… j’veux juste leur dire que j’vas ben. Pour pas qu’y s’inquiètent.
– T’es tu malade! On s’en crisse d’eux-aut’! Tchèque moé, j’ai pas besoin de personne pi chu content pareil. Moé chu ben icitte, j’ai pas envie d’aller ailleurs. J’ai tout ce que j’veux. J’avais tout ce que j’veux, avant toé pi l’autre cave v’niez faire les cons par icitte.
– Mais…
– Haa, arrête ostie! Un point c’est toute.
– …
– …

Hier, le gars est venu me réveiller. Il criait d’en-haut du trou qu’il fallait que je sorte. Il pleuvait plus, même si le ciel était toujours couvert, l’air toujours lourd. Juste la terre humide pi les arbres couverts de gouttelettes. Le gars m’a demandé si j’avais bien dormi, je comprenais pas pourquoi il me demandait ça. Ensuite il m’a donné un cigare pi du champagne. Il avait l’air de bonne humeur. Je lui ai demandé ce qu’on fêtait pi il m’a répondu que je verrais plus tard. On a allumé notre cigare pi le gars a commencé à parler. Il m’a posé des questions, demandé ce que je faisais dans la vie, des trucs comme ça. Moi je savais pas quoi répondre, j’avais pas vraiment envie de lui parler, au fou qui avait tué Tony. Il m’a dit qu’il s’excusait d’avoir tué Tony, qu’il avait pété les plombs. Il m’a aussi dit qu’il s’excusait mais qu’il avait besoin de moi. Je lui ai dit que c’était pas grave. J’avais pas le choix. Hypocrisie; légitime défense.
Pi là aujourd’hui, dans l’après-midi, le gars est venu s’installer à côté de mon trou pi il m’a donné une bière. Il a fumé une clope avec moi en me racontant qu’il avait frappé un chevreuil à matin en allant en ville pi que son pare-choc était fini. Ensuite il m’a souhaité bonne fin de journée pi il est reparti. Ça fait du bien, une bonne bière.
Dans le coin, Tony, un œil entrouvert. Enfoncé dans la boue jusqu’à la taille mais toujours en position assise, comme je l’ai mis la première journée.
– Le gars fait dire qu’y s’excuse.
– …
– Ouin.

L’autre Arielle – 2e partie

février 13, 2011

Dans l’épisode précédent : Rappelons-nous que nos deux amis, après un après-midi de pêche occupé à boire de la bière et fumer des joints, ont trouvé sur la rive du lac une étrange créature aux jambes de femme et au torse de poisson, qu’ils décâlissèrent à coup de rame sans hésiter.

L’autre Arielle – 2e partie

Accroupis derrière le feuillage, on tremblait. À quelques mètres, le canot blanc trop visible dans la lumière mourante. Sur le lac, le bateau s’approchait. On bougeait pas, respirait pas, réfléchissait pas. Nos cerveaux embourbés s’enfonçaient. La bière pi le pot s’étaient évaporés quand on avait tiré la chose hors de l’eau.

– Y a tu quelqu’un ?
– …
– Allo?
– …
– Allo?
– On fait quoi?
– On a juste à sortir, pi dire qu’on s’en allait.
– Pi si y s’approche?
– Yaurait pas de raison de s’approcher.
– …
– Voyons ostie…
– Vas-y!
– …
– Allo?… Quessé qu’vous faites su’ mon terrain ?
– Bonjour… heu… désolé on savait pas que c’tait votre terrain… on voulait juste…
– Nonon, c’est pas grave… vous auriez pas vu personne, juste demême?
– Han? Heu… non… non.
– Vous êtes ben sûrs, paske… quessé ça?
– Quoi?
– Quessé vous avez faite?
– Rien… rien!
– Tabarnac!

Le gars a sauté à l’eau, laissant son bateau sur le bord de la rive. Il marchait vers nous, l’air crispé. On disait rien, on essayait juste de pas le regarder. Cerveau enseveli. Il avançait en direction du monstre écrasé sur le sol. En le voyant, il s’est mis à courir.
À genoux dans les entrailles colorées, ses bras pendaient le long de son corps, sa tête se promenait à gauche, à droite. Ses épaules sautillaient. On l’entendait sangloter. Là, je me suis dit qu’il y avait un vrai problème, parce que c’était impossible que quelqu’un pleure à cause de ça. Personne de normal.
Lentement, il s’est levé, s’est retourné vers nous, les yeux gonflés, rougis. Visage dévasté.

– Quessé… ostie quessé vous avez faite? Ostie! Ostie! Vous êtes qui câlisse! Han? Vous faites quoi icitte? Tabarnac!
– On…
– Ta yeule toé crisse! Vos yeules ostie! J’en reviens pas…. Calvaire! Comment ça?
– On l’a trouvée dans…
– Vous l’avez tuée! Ostie que vous êtes caves! À quoi vous avez pensé? Ostie… je suis supposé faire quoi moé, astheure? Han?

Ses cris étaient repris à travers le lac, écho improbable. Nous, toujours immobiles. Il est retourné à son bateau, derrière les roseaux. Pendant une seconde, je me suis dit qu’il partait pi qu’on allait retourner chez nous. Mais il est revenu, une carabine à la main. Moi pi Tony, silencieux, glacés, incrédules. Il pouvait pas s’en servir, de sa carabine, il pouvait pas. Mais la chose qui gisait à quelques mètres de là affirmait le contraire. Logique amputée. Il faudrait parler, s’en sortir en parlant. La seule façon de s’en sortir. Parler. Avec le gars à la carabine, le gars dément, le gars devant nous.

– Monsieur…
– Nonononon, ta yeule.
– Mais…
– Ta yeule ta yeule ta yeule! TA YEULE!
– …
– Pourquoi vous avez faite ça? Han!?
– On pensait que… un cadavre, dans l’eau… on a eu peur…
– Ben oué… on a eu peur… ostie! Qui c’est qui l’a tuée?
– …
– Toé? C’est-tu toé?
– N… non… je…désolé…
– Ben oué.

Le coup a touché Tony dans le ventre. Projeté en arrière, il est retombé sur les galets de la rive. Surpris par le son, je me suis laissé tomber en petite boule à terre. J’y croyais pas.
Le soir grisâtre a fini par avaler complètement la déflagration. Le silence est revenu. Tony, tout plein de sang, étendu sur le dos. Ses jambes bougeaient comme celles du monstre, plus tôt, mouvements incontrôlés, incongrus. Dans ses yeux, je voyais qu’il comprenait pas, Tony, qu’il comprenait pas pourquoi il était couché par terre avec du sang partout pi son ventre dans ses mains. Ses yeux étaient grand ouverts, sa tête tournait, à gauche, à droite, il cherchait une explication, une parcelle de réalité. Le gars s’est approché pi lui a donné deux coups de crosse dans la face. C’était plus Tony, c’était une autre affaire qui trainait sur le bord du lac. Tony mort. Tony-cadavre.

– Hey!
– …
– Toé! Vient icitte. Vient icitte!
– …
– Toé, tu peux t’racheter. Aide-moé. Prends-y les bras. On va l’emmener là-bas.
– …
– Enwèye!

Je me suis levé, pas sûr d’où j’étais pi de ce que je foutais là. J’ai fait comme le gars m’a dit, sans réfléchir, je pouvais pas réfléchir. Plus ou moins clairement, je me disais que j’allais pouvoir rembobiner tout ça quand ça serait fini.
En me penchant pour prendre les bras de Tony-cadavre, je pouvais pas détourner le regard de sa face éclatée. Son œil droit, crevé, se perdait dans le fond de son orbite fracassée. Son nez était écrasé vers le bas, pendait, masse cartilagineuse pi ruisselante, dans la bouche édentée. Tony masqué. Le gars lui a pris les pieds, pi on l’a emmené à côté du monstre. Le gars a sorti un couteau de je sais pas où pi il a agrandi la plaie. Méthodiquement. Une fois Tony-cadavre bien éventré, le gars a commencé à couper. À vider. Un organe à la fois. Sur la rive, l’intérieur de Tony-cadavre se mélangeait à celui de la femme-poisson. Dix, quinze minutes. Debout, j’attendais. Je regardais, les yeux vides. Quand j’y repense, je me trouve trop con. Le gars avait lâché sa carabine, j’aurais pu lui voler, ou juste partir en courant, je sais pas, au moins faire quelque chose. Mais j’ai rien fait. Puis le gars s’est levé, a baissé la tête en regardant à terre. Il s’est accroupi, il a pris un petit globe dans sa main, il l’a tourné dans tous les sens, puis il l’a lancé à l’eau. Il en a pris un autre, il l’a tourné en tous les sens, pi il est allé le déposer doucement dans le ventre de Tony-cadavre.

– Viens m’aider toé!
– …
– C’est pas compliqué. Tu prends ceux qui bougent encore pi t’es mets dans son ventre. Ceux qui bougent pas, t’es laisses là. Enwèye.
– …
– Faut les garder au chaud tsé.
– …
– Tiens, je t’en donne un. Ça va être le tien.
– …
– Prends-le !
– …
– Bon, mets-le dans ta yeule, pi aide moé à apporter ton ami su’l bateau.
– Dans…
– Pour qui reste au chaud calvaire! Vous avez tué sa mère câlisse, tu y dois ben ça!

L’œuf dans ma main, chaud, humide. Un genre de petit têtard déformé gigotant doucement derrière la paroi translucide. Vivant. Un petit animal qui pouvait pas exister mais qui bougeait pour vrai. L’œuf dans ma main venait comme confirmer tout ce qui s’était passé depuis qu’on avait vu les jambes, moi pi Tony. Pi il fallait que je le mette dans ma bouche.
Je me rappelais celui que Tony avait crevé entre ses doigts. Œuf fragile. J’avais peur du goût que ça allait avoir, de la texture, peur qu’il crève dans ma bouche, peur que le gars me tue si l’œuf crevait dans ma bouche. Je voulais surtout pas que le têtard me touche, qu’il agonise en se débattant sur mes joues.
J’ai placé mes mains comme pour boire de l’eau d’un robinet pi j’ai fait rouler l’œuf doucement jusque sur ma langue. Un haut le cœur. J’ai fermé les lèvres. Un autre, un gros. J’ai fermé les yeux, respiré par le nez. Longues respirations, comme au cours de yoga. Ça goûtait acide, dégueulasse. La paroi qui retenait le liquide me semblait molle, ondulait sur ma langue, mon palais, mes joues. Œuf fragile. Je me disais qu’en obéissant, le gars allait me laisser partir. C’était certain. Faire ce qu’il voulait, pi partir. Chez moi, à la maison. Le gars a dit que je pouvais me racheter. Me racheter, ensuite partir. Cette idée-là m’a aidé à supporter le goût de l’œuf, à le garder dans ma bouche.
Après ça, on a emmené Tony-cadavre jusqu’au bateau. Le gars m’a attaché les mains pi il a parti le moteur. Couché à terre, je voyais juste le ciel, les étoiles. La lune. Le bateau allait vite, je le sentais, mais les étoiles restaient au même endroit. Toile profonde. J’avais aucune idée de l’endroit où on allait, comment j’aurais pu le savoir? Je savais même pas où il était le chalet de Tony pi je le sais toujours pas. J’étais perdu. Avec un fou, Tony-cadavre pi un œuf de femme-poisson dans ma bouche. En me concentrant sur ma respiration, je réussissait momentanément à oublier ce que j’avais dans la bouche. Ça durait quelques secondes, pi je revenais à l’œuf.
Deux heures plus tôt, tout allait bien. Moi pi Tony on buvait, on fumait, on se faisait du fun. Mais le pot était loin, vraiment loin. Fracture douloureuse.
Après un long moment, le bateau s’est immobilisé. Le gars m’a détaché pi on a pris Tony-cadavre. On l’a descendu sur un petit quai pi on l’a mis dans la boîte d’un pick-up. Tout ça délicatement, pour pas briser les œufs. Dans ma bouche, l’œuf. Encore là, toujours là. Je le sentais gigoter par moments, déformer sa mince pellicule avec son petit corps hybride. Comme une femme enceinte sent son enfant bouger. C’est à ça que j’ai pensé, je m’en rappelle, parce que ça m’a complètement dégoûté, cette image-là. Moi qui porte un être vivant dans mon corps. Le gars m’a rattaché les mains, encore, pi les pieds. Dans la boîte, avec Tony-cadavre.
Le gars conduisait doucement, lentement, pour pas malmener les œufs. Mais sur le chemin de terre, ça servait à rien. Couché sur le ventre, je devais lever la tête un peu pour pas accoter ma mâchoire sur le plancher de la boîte. Garder la tête dans les airs pour pas heurter ma face pi briser l’œuf. Les muscles de mon cou forçaient, tout mon corps tremblait. Dans ma bouche, l’œuf, œuf fragile. J’endurais la douleur pour pas le briser. Le gars m’avait dit de le garder, que ça allait être le mien. Si je le brisais, le gars serait fâché. Pas le briser. Juste avant que je sois à bout de force, j’ai comme réalisé que l’œuf était moins fragile que je pensais. Avec ma langue, j’ai testé sa texture, sa résistance. C’était mou, mais solide. Je devais faire attention quand même, mais j’ai tenté de déposer la tête. J’avais trop mal, j’étais plus capable. En tremblant, j’ai accoté ma joue sur le plancher, en maintenant l’œuf avec ma langue dans mon autre joue, pour l’amortir un peu. Une onde de chaleur a envahi mon cou, vague douce pi englobante qui s’est propagée dans tout mon corps. Fin de la douleur, respiration plus facile. Amer réconfort.
Le pick-up s’est arrêté longtemps après. Une heure, peut-être. Ou deux, je sais pas. Mais quand on est arrivé, il faisait noir. Complètement noir, une nuit de campagne. D’encre. Le gars est monté dans la boîte.

– Bon, tabarnac. Bravo ostie! Sont tout’ morts!
– …
– Montre-moi voir lui dans ta yeule. Ouvre.
– …
– Haaa, c’est ben beau ça, lui au moins y est vivant. C’est un signe ça! Le destin. Tu vas voir, tu vas l’aimer.
– …
– Bon en attendant, prends ton ami pi emmène-le en arrière.

Les membres libérés, la bouche enfin vide, Tony-cadavre dans mes bras, j’avançais pas vite. Tony avait toujours été plus grand pi plus lourd que moi. Les œufs morts dans son ventre m’écœuraient. Il y en a qui avaient éclatés, d’autres qui bougeaient plus. Une vingtaine de globes translucides avec un petit mutant à l’intérieur, mort.
Je marchais dans la nuit sans voir où j’allais. Le gars m’avait dit d’aller là-bas, là où il pointait. J’ai marché quelques secondes avant de recevoir un violent coup au dans le bas du dos; mon corps s’est cassé en deux pi je suis tombé vers l’avant. Mais j’ai pas touché le sol tout de suite. Je suis tombé pendant une fraction de seconde de trop. Je me suis écrasé au fond d’un trou, sur Tony-cadavre. J’ai senti les œufs crever sous mon poids pi un liquide imbiber mon chandail.
Autour de moi, la nuit, le noir. À genoux sur le sol mou, humide, boueux. Derrière le sombre horizon, encore les étoiles, la lune, au même endroit, immobiles. Une odeur de terre mouillée emplit l’air. La nuit était chaude.

Là, je suis dans un trou, un trou dans le sol. J’ai essayé de sauter; le bord est trop haut. J’ai tâté les parois. Quatre murs, un trou carré. Rien à faire. Attendre.
– Une ‘tite clope mon Tony?
– …

L’autre Arielle – 1re partie

février 6, 2011

J’ai écrit une nouvelle l’année passée pi je sais toujours pas quoi faire avec, elle est trop longue pour la plupart des revues pi d’un genre qui fitte pas tant avec les politiques éditoriales classiques. Facque j’ai décidé de la publier icitte, en 4 parties, une à chaque dimanche du mois de février. Si j’avais à décrire le ton en quelques mots, je dirais fantastico-trash-gore. Ou dequoi dans le genre.

L’autre Arielle

Je comprends pas. Depuis deux heures, je repasse l’après-midi dans ma tête, pour essayer de comprendre ce que je fais ici. J’ai beau essayer, j’arrive pas à agencer les évènements dans une trame logique. Je veux dire : je me rappelle très bien tout ce qui s’est passé – ça vient d’arriver – mais j’y crois toujours pas.

L’air stagnait lourdement, tellement humide qu’il flottait sur le lac. Aucun nuage, juste le ciel bleu qui rosissait à l’horizon. On voyait déjà la lune, toute pâle, au-dessus des arbres. Notre canot bougeait pas, immobile dans l’eau brune. Seul Johnny Cash donnait un peu de vie au décor silencieux. Sa voix grave imprimait des cercles concentriques sur la surface lisse du lac assoupi. Molle, tranquille fin d’après-midi.

– Hey ça veut dire quoi bâbord?
– …
– …
– C’est pas l’éléphant?
– Han?
– Ben oué, l’éléphant… tsé y’avait un suit vert. C’tait le roi des éléphants.
– Non, ostie, j’te parle pas de Babar l’éléphant… À bâbord.
– Heu… bâbord c’est à gauche pi tribord c’est à drette.
– T’es tu sûr?
– Ché pas.

Moi pi Tony, assis dans le canot. On finissait les dernières Bowes. Les autres gisaient dans leur carton mouillé, à côté des cannes à pêche qu’on avait pas touchées de l’après-midi; un prétexte, rien d’autre. On voulait juste relaxer, boire des bières, fumer des battes. Profiter du beau temps, pendant que ça durait. On avait passé l’après-midi à jaser pi écouter de la musique. À se faire du fun pi s’en foutre.

– Hey on s’fume l’autre batte pi on s’pousse?
– Han?
– Le batte?
– Ha! Ben sûr. J’étais dû, moi, là.
– On a pas pogné grand’chose han!
– Bah on s’en crisse, tsé. Fuck les poissons.
– Ouin… anyway j’aime crissement pas tant ça du poisson.
– Bah c‘est bon, tsé, d’temps en temps.
– …
– …
– Hey… tsé d’la poutine… y en a à plein de sorte astheure… y en a tu au poisson?
– Fuck man pourquoi on en ferait au poisson?
– Bah ché pas.
– Oublie ça. Ça goûterait l’calvaire.
– Ouin.
– T’imagines tu à quel point tu puerais d’la yeule après ça?

J’ai pris la dernière poffe, celle qui brûle les doigts, pi j’ai lancé le mégot dans le lac. Le signal du départ. On zigzagait laborieusement, à cause de la bière pi de notre incompétence dans le domaine du canotage. Je sais pas pour Tony, mais moi, j’étais pas mal buzzé. Ma rame s’enfonçait dans l’eau doucement; j’aurais pu pagayer encore longtemps, sans réfléchir. C’était agréable. Le lac avait l’air plus tranquille que jamais. De toute la journée, on avait vu personne. Même pas de vent. Juste l’humidité qui nous étouffait gentiment.

C’est ce moment-là que ça a dérapé. Une rupture dans notre journée parfaite, dans notre vie normale. Un petit moment, une seconde qui a tout changé. Comme l’instant où un oiseau s’écrase contre une fenêtre. C’est le vrai commencement de toute l’histoire.

– Yooo quessé ça?
– Han?
– Là-bas! Tchèque!
– Dequoi crisse!
– Ostie, sur le bord de l’eau, tu vois pas?
– Crisse pointe comme du monde!
– T’es-tu aveugle ostie! Non sérieux, juste là, dins quenouilles… tu vois-tu?
– J’pense. Mais pourquoi tu m’montres ça?
– Ben là câlisse c’est des jambes!
– Han? Dequoi tu parles?
– Des jambes ostie, tu l’sé c’est quoi.
– Man, t’as trop bu ou ché pas…

C’était vraiment des jambes. Toutes blanches. Des jambes qui dépassaient des herbes hautes. Comme si quelqu’un était tombé dans l’eau pi que ses pieds trainaient encore sur la rive. Un corps à moitié submergé. Elles bougeaient pas. On voyait l’eau brune pi des jambes blanches qui sortaient. On s’est rapproché; des jambes de femme. Des belles jambes, avec des petits mollets bien formés pi des pieds avec les ongles peints en rouge. Debouts dans le canot, on était silencieux, tendus.

– Man, c’est quoi câlisse?
– Ben… quèqu’un de mort. La tête dans l’eau pi toute.
– Mort?
– Ben là!
– Heu… on fait quoi? Appeler la police?
– Ben oui toé, appeler la police. Nonon, fuck off, on se pousse. Anyway j’ai pas envie de rester icitte plus longtemps, j’ai des affaires à faire à soir.
– Tu veux qu’on la laisse là?
– Ben oué. Au pire quelqu’un d’autre va tomber là-dessus.
– Pi si personne…
– Ha câlisse a rest’ra là, quessé tu veux ça m’fasse!
– Ben là… c’est pas un crime ou dequoi…
– Quoi?
– Ben… genre pas aider quelqu’un…
– Calvaire, on l’a pas vue, pi c’est toute. Tsé est ben cachée pareil.
– …
– Mais on peut ben aller voir pareil.
– Quoi?
– Aller voir pareil. Juste demême.
– Voir un cadavre?
– Ché pas… personne va nous voir.

On a tiré le canot sur le bord de l’eau. Les jambes immobiles juraient dans le soir qui tombait, tellement blanches qu’elles brillaient presque. On les regardait sans bouger, sans savoir quoi faire. La bière pi le pot ajoutaient à l’effet irréel, engluaient mes réflexions qui se limitaient à remarquer l’incongruité des jambes sur la rive. Dans le flou de l’ivresse, c’était des jambes, rien d’autre. Je constatais juste leur présence, sans comprendre leur signification. Ni un cadavre, ni une femme noyée, juste une paire de jambes sur le bord d’un lac. Comme un élément de décor au mauvais endroit. Pourtant, elles se fondaient dans le paysage. Tranquilles, immobiles, éternelles.
Le temps passait, l’horizon se rapprochait peu à peu.

– On la sort de d’là?
– …
– Pogne son pied.

Peut-être que c’était la bière, peut-être le silence qui planait sur le lac, peut-être l’étrangeté de la situation qui rendait le monde réel trop loin pour y penser; je sais pas pourquoi, mais je me suis dit qu’on allait la sortir de là. Lui prendre les jambes pi la tirer hors de l’eau.

La peau était gluante, couverte d’une couche de substance visqueuse. Glissante, comme la peau savonneuse dans la douche. Froide, aussi, pi toute molle : les doigts laissaient des marques aux endroits que j’avais touchés, sillons qui disparaissaient en quelques secondes. Quand j’y repense, je comprends pas comment j’ai pu faire ça sans être dégoûté. Je frissonne juste à y penser.
Une main sur la cheville, l’autre au-dessus du genou, notre prise était bonne. On a tiré trop fort; le corps est sorti d’un coup pi on est tombé sur le cul.
C’est là que les jambes se sont mises à bouger, que l’adrénaline a kické.

– Va chercher la rame! Enwèye ostie!

Une réaction d’auto-défense, rien d’autre. Les jambes battaient l’air comme si elles voulaient se libérer d’une étreinte menaçante. Blanches, laides. Vivantes. J’ai pris la rame pi je me suis approché. Plus rien existait, plus rien, juste l’affaire qu’on venait de tirer hors de l’eau.
Les jambes blanches continuaient à gigoter sur la rive, comme si elles pédalaient sur un vélo détraqué. Blanches, avec les ongles peints en rouge. Normales jusqu’aux hanches. Mais un peu au-dessus du pubis, la peau s’écaillait. Un peu au dessus du pubis, c’était plus une femme, ni même un humain. La peau luisante pi huileuse réfléchissait les derniers rayons de l’après-midi, je m’en rappelle, ça brillait. Sur les côtés, des fentes palpitantes s’ouvraient pi se refermaient en spasmes désespérés. Les nageoires faisaient un bruit mou en frappant les flancs mouillés. Le corps sautillait sur place, secoué de convulsions asphyxiées.
J’arrivais pas à comprendre ce que je voyais, à rationaliser ce que j’avais sous les yeux. J’ai levé la rame au-dessus de ma tête pi j’ai donné un grand coup de hache sur le corps écailleux. La rame a rebondi sur la peau luisante comme sur un ballon trop gonflé. Le deuxième coup a atteint l’œil, l’œil sans paupière, l’œil qui semblait me voir, qui m’observait. Le globe a éclaté sous le coup, répandant un liquide blanchâtre sur les écailles brunes. Je continuais à frapper dans la plaie, rougissant le bout de ma rame qui projetait du sang chaque fois que je la levais au-dessus de ma tête. Puis la rame a percé les écailles. Le sang a jailli de la peau crevassée. Un liquide d’un brun translucide a coulé de la gueule du poisson. Il continuait à bouger, moi je continuais à frapper.
Je m’acharnais sur le corps sans penser aux jambes qui se débattaient, ni à la chose que je frappais; je devais continuer. Trop bizarre, trop horrible. C’était incontrôlé, mes mouvements, ma réaction; instinct de survie. Mais la menace était pas physique, pas dangereuse pour ma vie. Elle l’était pour ma santé mentale, pour le monde dans lequel je vivais, pour ce que j’acceptais comme étant la réalité, la vérité.
Du sang noir pi épais s’écoulait des branchies; une matière jaunâtre sortait de l’œil crevé à chaque coup que je portais. De la compote de pommes, on aurait dit. La tête horrible avait arrêté de gigoter, les jambes aussi. Je tapais sur le corps mutilé, immobile pi crevé. Puis, le ventre s’est ouvert, j’ai senti la chaleur sur ma peau, comme un souffle : l’odeur était dégoûtante. Molle, piquante. Les tripes ont coulé sur la berge, jusqu’à mes pieds. Des dizaines de petits globes ont roulé dans tous les sens. En reculant, j’ai pilé sur je sais pas quoi pi je me suis retrouvé étendu dans la pâte visqueuse. Dans les entrailles d’un monstre, mes mains glissant dans un liquide gluant. Peau souillée. Peau collante.
Sur la berge, une femme-poisson en bouillie. Les jambes bougeaient plus, le haut du corps croupissait en silence sous la brunante. Pâte à modeler multicolore fondue au soleil. Silence pesant. Sur le sol, une multitude de petites boules grosses comme des balles de ping-pong. Tony en a pris une dans ses mains, il l’a crevée maladroitement entre ses doigts. Un réflexe, comme une brûlure. Le têtard s’est écrasé au sol, le pied de Tony par-dessus.

– Man… je…
– Tabarnac tabarnac… crisse… tabarnac!
– C’est… quoi ça ? C’est quoi? Jo, ostie, c’est quoi?!
– Man je l’sais tu moé, crisse! Mais y est mort…
– …
– Je… je l’ai tu tuée?
– Ça a l’air…
– T’as-tu vu toi itou? Man une… une tête de poisson… comment ça?
– Je l’sais pas dude… pourquoi je l’saurais?
– Mais… c’est quoi?
– C’est, genre… une sirène… backside.
– … Fuck.
– …
– …
– On fait quoi?
– On s’pousse. Live.

Le temps de retrouver les rames, de mettre le canot à l’eau, de calmer un peu notre cœur convulsant. Un bruit. Un moteur. Un bateau. De plus en plus près.

La suite : dimanche prochain, 13 février.

La voix révélatrice – Pastiche de Poe

janvier 19, 2011

Y a quelques mois, j’ai lu les Histoires extraordinaires, pi j’ai remarqué que plusieurs nouvelles se ressemblaient sans les thèmes pi la construction. J’ai essayé de faire un pastiche (en toute humilité), pi voici le résultat.

La voix révélatrice

Il y a quelques jours, un souvenir m’est revenu, un souvenir clair qui ressurgissait pour la première fois depuis mon enfance. Des circonstances extraordinaires me poussent à tout transcrire sur papier, ne serait-ce que pour servir de leçon aux générations futures, ou, mieux, pour m’innocenter. Tant d’étrangeté est difficilement acceptable en ce siècle de rationalisme scientifique, et pourtant, l’évidence est bien là.
Pour bien comprendre mon histoire, vous devez savoir que j’ai grandi à la campagne – la campagne anglaise, avec ses vertes collines et ses moutons paisibles. Mes parents étaient de simples bourgeois, n’ayant que l’argent et les profits en tête. Leur esprit primitif semblait incapable de comprendre ce qui ne pouvait se calculer en billets verts. Pourtant, ils réussirent à cumuler une richesse considérable, amplement suffisante pour vivre dans une confortable opulence.
Il me semble avoir toujours été de nature taciturne, plus enclin à l’étude de traités de philosophie qu’aux jeux brutaux et grossiers de mes frères et sœurs. Je ne sais trop si c’est quelque prédisposition génétique, sommeillant quelque part dans le sang impur des mes parents, ou l’influence des paysages pittoresques qui encerclaient la résidence familiale qui orienta mon esprit dans de telles voies, si peu attrayantes aux yeux d’un enfant normal. Dès que je fus en âge de le faire, je me mis à lire; quelques mois me suffirent pour épuiser la médiocre bibliothèque que mon père avait accumulée avec les années. Privé de mon seul plaisir, je sombrai dans une sorte d’apathie qui dura plusieurs jours. Je passais des heures assis, sans bouger, devant la triste bibliothèque qui ne pouvait plus rien m’apporter.
Heureusement pour moi, le vieux domestique de la famille, malgré une infirmité marquée, conséquence d’un mariage consanguin, me témoignait une grande amitié et m’assistait dans mes longues nuits de veille dans le bureau de mon père. Son âge avancé courbait son dos en un angle inquiétant; son bec de lièvre révélait des dents d’un jaune grinçant. Mais derrière cette apparence horrible se trouvait une âme élevée, un esprit raffiné sachant apprécier les vers les plus subtils et les concepts les plus abstraits. Je lui dois tout : mon éducation littéraire et philosophique, mais aussi mathématique, et même, je peux l’affirmer aujourd’hui, spirituelle : les arts les plus pervers et les plus vils que le savoir de l’homme ait jamais engendrés. En effet, le domestique – il s’appelait Jörn – n’était pas anglais – personne ne savait d’où il venait, ni comment il avait abouti au service de ma famille. Je ne le sais toujours pas; toute cette histoire reste embourbée dans un mystère épais et puant.
Le souvenir que je garde de lui est assez flou, presque métonymique : je ne me souviens que de son œil – son œil éclairé et fou, sans cesse tournant dans tous les sens, comme guettant quelque menace. Sa manière de vous fixer était des plus singulières, et ce regard – mon dieu, ce regard! – restera dans ma mémoire jusqu’à ma mort, et bien au-delà. Aux yeux d’un enfant, même le plus précoce, une figure d’une telle sorte n’offrait point de raison d’être effrayé; pour un adulte toutefois, son aspect était des plus repoussants, et sa seule présence suffisait pour chasser les invités. C’est pourquoi mon père le gardait hors de vue; il lui déléguait les besognes les plus ingrates. Mais le pauvre n’en ressentait aucune amertume, et à la façon dont il baissait la tête en acceptant les ordres de mon père, je voyais bien qu’il savait sa situation sans issue et qu’il l’avait depuis longtemps acceptée ainsi. Toute la journée, il errait à travers le manoir, à désherber ses jardins boueux et à dépoussiérer ses sombres corridors. Il va sans dire qu’aujourd’hui, avec du recul, je ne comprends toujours pas comment j’ai fait, jadis, pour ne pas mourir d’effroi à la seule vue de cet homme au physique monstrueux.
Toutefois, et très bizarrement, sa voix était d’une tendresse, d’une limpidité que je ne pourrais qualifier que de mystique. Chacune de ses paroles était propulsée avec tant de douceur qu’on aurait dit la rosée chuchotant sur les feuilles des arbres. Elle contrastait avec toute sa personne, cette voix, et j’ai compris trop tard que j’étais le seul de la maison à l’avoir jamais entendue – cause de ma perte.
Il me conseillait des livres qu’il sortait de je ne sais trop où, sa collection personnelle probablement; il s’improvisa enseignant et se chargea de mon éducation. De professeur il devint mentor, et au cours de ma quatorzième année, il se proclama mon père spirituel, titre que je lui accordai sans réfléchir. Nos rencontres se déroulaient toujours aux petites heures de la nuit, lorsque la grande maison sommeillait. Ces instants nous projetaient hors du temps, et il me semble que plusieurs nuits avaient le temps de s’écouler avant que le soleil ne se montre à l’horizon. Mais jamais nous ne fûmes découverts. Bien sûr, je voyais bien des suspicions de la part de mon père, probablement dues au changement de ma personne et de mon comportement. De plus en plus, il donnait à Jörn des tâches difficiles à accomplir pour quelqu’un de son âge et témoignait moins de sympathie qu’auparavant à son égard, si jamais sympathie il y eut.
Son attitude envers moi changea aussi; je le sentais plus sévère, plus attentif à mes actions, à la direction de mes regards. Mon père se mit à m’interroger sur mes lectures, à s’intéresser à mes activités solitaires – je me savais surveillé. Mais cela n’eut aucune répercussion sur nos rencontres nocturnes, qui continuèrent comme à l’habitude. C’est alors que Jörn m’initia au pouvoir de l’absinthe et de l’opium. Selon lui, l’adolescence, permet d’atteindre des états de conscience auxquels même les plus grands yogis ne peuvent que rêver.
Un soir d’été particulièrement humide, comme si le ciel allait couler sur nos têtes, l’opium déclencha une vision qui resta toujours mystérieuse : nous étions dans le bureau de mon père; Jörn m’enseignait à laisser errer mon âme hors de mon corps quand j’eus l’impression que l’air s’était enfui de la pièce. Les murs de pierre grise donnaient un aspect lugubre à cette nuit sans étoile. Le grand chandelier diffusait sa pâle lueur dans la pièce lourde de tant de méditation.
Soudain, le corps du vieux domestique prit des proportions gigantesques et ses traits se stabilisèrent comme jamais auparavant sous la lumière chancelante des chandelles. Il devint comme une ombre – une ombre claire et distincte. Sa voix se fit plus liquide, et ses flots me percutèrent comme une cascade dans un bassin stagnant. Ses paroles firent naître en moi les plus grandes terreurs. L’immense silhouette déblatérait sur les possibilités infinies de l’esprit humain, et sans comprendre, j’absorbais le savoir sombre et oublié qu’il vomissait de sa bouche tordue. L’œil de mon maître tournoyait sans répit, brillant dans l’ombre pendant qu’il m’emmenait aux limites de la connaissance et de la mort. Le secret qu’il me révéla ne fut qu’un murmure. Ses paroles se gravèrent dans mon esprit; je les buvais comme on savoure une coupe d’Amontillado.
Tout à coup, des pas résonnèrent dans le couloir. La porte s’ouvrit brusquement. Mon père entra dans la pièce, en furie. Son regard se posa sur moi, puis sur le vieil homme noueux. Son visage montra l’expression de la haine la moins contrôlée. Il courut vers Jörn et le poussa à travers la fenêtre ouverte derrière lui. L’œil du domestique, pour la seule fois, se posa sur moi alors qu’il basculait vers la cour intérieure, plusieurs mètres en contrebas. Son corps fit un bruit sourd en s’écrasant sur le pavé. Puis, sans un mot, mon père me regarda, braquant sa face convulsée dans mes yeux, et quitta la pièce sans un mot.
Le lendemain, à la première heure, je fus jeté dans une diligence et envoyé aux États-Unis. Je ne revis plus jamais mon père.
En Amérique, je vécus une vie de paria, mendiant chaque jour pour un peu de pain dur. Mon existence était partagée entre la mendicité et l’alcool. L’enveloppe de chair qu’était mon corps dépérissait de jour en jour, laissant mon esprit vagabonder et s’envoler dans l’ivresse de cette vie sans cesse oubliée.
Jusqu’à ce que j’entende à nouveau la douce voix de Jörn. D’abord, je la perçus faiblement, comme poussée par un vent lointain. Je poursuivis en titubant l’origine de ce murmure, parcourant la ville dans ses moindres recoins sans trouver l’homme à qui elle appartenait. Puis elle devint plus forte et d’une clarté inouïe. Ainsi, la voix désincarnée de mon professeur maudit envahit mon existence, me poussant aux frontières indécises de la raison. C’est alors qu’un miracle se produit : Éléonora.
Cette femme, qui m’était totalement inconnue, me prit en pitié et se fit un devoir de me remettre sur pieds. Elle m’offrit une chance de refaire ma vie, m’engageant comme domestique dans sa maison de campagne, bien enfoncée dans l’état brumeux du Vermont. Elle me traita avec grande tendresse, comme si j’étais son enfant; elle me nourrissait quand j’en étais incapable et me chantait des berceuses pendant mes crises de délirium tremens. Je revins peu à peu à moi, retrouvant l’être que j’avais été jadis. La première chose que je voulu faire lorsque mes forces revinrent fut de remercier ma bienfaitrice. Je venais tout juste d’ouvrir les lèvres lorsque je fus pris d’une grande terreur : la voix de Jörn, plus limpide que jamais, résonna dans la pièce. Quelques jours ont été nécessaires pour m’habituer au son mielleux qui sortait désormais de ma bouche.
Je gardai jalousement ce secret, redoutant d’être envoyé à l’asile si je faisais part à quiconque de ce phénomène étrange. Le changement radical dans le son de ma voix fit naitre dans mon esprit toutes sortes de questionnements qui me torturèrent pendant des jours et des nuits. Puis, ce matin, j’eus enfin une réponse.
Dans la cour de la grande maison, des enfants jouaient au ballon avec force cris et rires. Je les regardai longtemps avant d’apercevoir un jeune garçon, à l’écart. Assis à l’ombre d’un arbre, il avait le nez plongé dans un gros livre à reliure de cuir.

Le fantastique même : une anthologie québécoise

janvier 10, 2011

Éditeur : L’instant même, sous la direction de Claude Grégoire
Parution : 1997
Nouvelles

Chu tombé sur ce livre-là par hasard en tchèquant la section Fantastique – que tout le monde semble confondre avec fucking Fantasy – à la librairie. C’est une anthologie qui réunit pas mal d’auteurs québécois. Je vous donne la liste : Jean-Paul Beaumier, Bertrand Bergeron, Roland Bourneuf, Hugues Corriveau, Michel Dufour, Danielle Dussault, Jean-Pierre Girard, Christiane Lahaie, Sylvie Massicotte, Claude Mathieu, Pierre Ouellet, Jean Pelchat, Gilles Pellerin pi Claude-Emmanuelle Yance.

« Si le fantastique et la nouvelle font bon ménage, c’est probablement que la brièveté de la nouvelle convient parfaitement à la stratégie par laquelle le récit fantastique piège le personnage. Claude Grégoire observe que depuis une dizaine d’années plusieurs des nouvellistes québécois les plus actifs ont ajouté leur voix dans le sillage de Kafka, certain d’entre eux offrant cependant, en contrepartie au piège, une évasion, un espace où le point de contact de l’irréel et du réel ne semble plus susciter de problème. Il nous présente ici ces auteurs qui vont et viennent aux confins de ce que l’on tient pour la réalité. »

Le recueil s’ouvre sur une courte introduction de Claude Grégoire dans laquelle il retrace les origines du fantastique au québec et explique les différences entre le fantastique canonique (« classique dans son respect de la dialectique conflictuelle du réel et de l’irréel ») et le néo-fantastique (« davantage tributaire du réalisme magique, sans qu’il s’agisse de récits merveilleux »).

Le fantastique est donc pas utilisé ici comme synonyme de « horreur »; c’est, au-delà de l’ambiguité de Todorov, la rencontre de notre réalité avec quelque chose qu’on ne connait pas. Pas de vampires, ni de zombies; on nage en plein mystère pi le fantastique s’incarne dans une étrangeté polymorphe mais commune à toutes les nouvelles. En résumé : ça plaira pas aux fans de Stephen King. C’est subtil, en douceur pi implicite.

Si les nouvelles sont toutes différentes, y a quand même un élément commun : le style. C’est jamais une écriture neutre ou platte. Chaque auteur a un style intéressant qui se rapproche parfois du poème en prose. Certaines nouvelles sont tellement dans l’abstrait pi privées de référent clair que j’ai vraiment pas embarqué. Le style est trop dense pi y a pas – ou presque – de récit. Exemple :

« Je m’étais levé avant l’aube. Il fallait – pour que ça se passe – que le regard précède de quelques heures ce qu’il voit, peut voir. L’obscurité se dissiperait avant le dernier rêve éveillé : illuminant le regard de cette dissipation où il fera place à toutes les illusions du jour. »

C’est ben écrit pi toute, mais ça se lit mal, parce qu’y pas de narration. Pi ce que je voulais lire, en achetant ce livre-là, c’est pas de la poésie. J’ose même dire – Sacrilège ! – que l’image d’un homme à lunettes rondes se crossant le cerveau m’est venue en tête à quelques reprises. Beaucoup de flafla, mais pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mais ça, c’est dans les pires des cas. Sans rancune, ok ?

En général, les nouvelles posent un problème logique dans notre monde matériel. Des genres d’altération de la réalité viennent troubler le personnage qui doit confronter sa vision du monde réel avec ce qu’y a sous les yeux. J’ai ben aimé les textes de Bertrand Bergeron :

« Les voitures et les routes, si on les emprunte régulièrement, on finit par ne plus savoir. Comme le hasard peut-être, en certaines occasions, ce hasard auquel on arrive à ne plus croire, il n’existerait pas ou bien cette route, on en connaitrait chaque courbe, on saurait à quelle vitesse on comment s’adresser à Gérard le patron du motel, plus qu’une centaine de kilomètres à présent, à moins qu’on ne prenne la route du nord, un crochet vers la maison de madame Claude qui dirait comment allez-vous la route ne vous a pas trop fatigué ici il y a du nouveau mais vous avez les traits tirés une de mes filles la petite elle est nouvelle vous ne le regretterez pas mais occupe-toi de monsieur, voyons. »

Le fantastique même appartient à une branche fantastique plus cérébrale, universitaire, institutionnelle que ce qu’on a l’habitude de lire, surtout chez les auteurs américains. C’est intéressant de voir les déclinaisons légitimées du fantastique, qui reste quand même un genre méprisé de la « Grande Littérature ».

Verdict : Recommandé, pour ceux qui veulent savoir à quoi ressemble le fantastique « littéraire » au québec. Le corpus propose des écritures intéressantes pi originales mais méconnues.

Babysitter wanted

janvier 9, 2011

Réalisation : Jonas Barnes, Michael Manasseri
Scénario : Jonas Barnes
Pays : États-Unis
Sortie : 2010 en DVD

Je regardais les Top 10 de tout le monde pour trouver dequoi à écouter quand j’ai vu Babysitter wanted en 8e place sur le blogue du Jaded Viewer. Le film a été présenté dans différents festivals en 2008 mais est sortit en DVD juste en 2010, facque y est éligible.

C’est l’histoire d’une jeune fille – Angie –, ben religieuse, qui quitte sa ville natale pour aller au College ché pas où. Dès les premiers jours de son arrivée, elle a l’impression de se faire suivre, pi elle en parle à la police, qui y dit de les appeler si quelque chose arrive. Angie répond à une annonce pour être babysitter dans une grande maison de campagne. Sauf que quand les parents partent pi qu’elle reste toute seule avec le petit gars, elle entend des bruits bizarres pi le téléphone arrête pas de sonner. On devine la suite.

Je met ça au clair tout de suite : c’est à chier. Très très très mauvais. J’arrive pas à comprendre ce que ça fait dans un Top 10. L’affaire, c’est que le Jaded Viewer dit que Babysitter wanted, c’est ce qu’aurait dû être <a href="The house of the devil« >House of the devil. Je considère ça comme un blasphème pi une insulte au film de Ti West. Au contraire, Babysitter wanted, c’est tout ce que House of the devil a évité avec brio. Sérieusement, ça me met en crisse, cette affaire-là.

Babysitter Wanted, c’est juste une accumulation de clichés de films d’horreur qui dure 90 minutes, dont au moins 60 qui sont de trop. Ça fait longtemps que je m’étais pas forcé demême pour continuer à écouter un film. La fille se fait suivre, sans raison apparente, pi à la fin on se rend compte que ça avait vraiment pas rapport. Évidemment, de son poursuivant, on voit juste ses pieds ou sa silhouette dans la pénombre. Je savais exactement les moments où on était supposé faire le saut pi j’ai pas eu peur pantoute. Y a pas de suspense quand ce qui va se passer est clair comme de l’eau de roche.

Barnes a essayé de donner de la profondeur à son personnage en la montrant comme ben religieuse pi étudiante en histoire de l’art, mais ça rate complètement parce que ça a aucun rapport avec le film pi qu’on en entend pas parler après les 20 premières minutes. Y a un genre de revirement de situation au milieu pi on découvre que le petit gars, c’est le fils du Yable, pi qui se nourrit juste de la chair de belles jeunes filles, raison pour laquelle la famille tue les babysitters. La papa ressemble à Bruce Campbell pi fait son possible pour livrer une performance à la Nicholson dans Shining, qui s’avère être un échec retentissant. La dernière partie semble tomber dans la comédie d’horreur, mais le traitement reste dramatique à fond, ce qui fait que c’est raté.

C’est rare que l’écoute d’un film me met en tabarnaque, mais je peux juste pas tolérer la comparaison avec House of the devil. Quiconque affirme que Babysitter wanted est un meilleur film que House of the devil connait absolument rien au cinéma. Pi là, je parle pas d’une question de goût. Non : c’est un fait. C’est aussi pire que comparer Bergman pi Patrick Huard.

Verdict : Pas recommandé. Un des pires films que j’ai vu.