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Les meilleurs contes fantastiques québécois du XIXe siècle, par Aurélien Boivin

juin 11, 2011

Parution : 2001
Éditions Fides
Anthologie
358 pages

J’ai lu ça pour un travail de bacc. Je connaissais pas tant les contes fantastiques du XIXe, à part genre Rose Latulippe, La bête à grand-queue pis La chasse-galerie. J’étais curieux, parce que le XIXe, c’est riche en crisse pour la littérature fantastique : Mérimée, Maupassant, Poe, Hoffmann pis toute. Malgré tout, j’avais un peu peur, parce que notre XIXe siècle, c’est La terre paternelle, Jean Rivard le défricheur pis le gros terroir sale.

« Loups-garous, feux follets, diablotins et fantômes ont longtemps nourri l’imaginaire québécois. Cet univers a été habité par une multitude d’autres êtres surnaturels, tant maléfiques que bénéfiques, parmi lesquels on retrouve des hères, des bêtes à grand-queue, des revenant et des lutins. »

La liste des auteurs : Philippe Aubert de Gaspé fils, Alphonse Poitras, Louis-Auguste Olivier, Guillaume Lévesque, Charles Laberge, Paul Stevens, Philippe Aubert de Gaspé papa, Joseph-Charles Taché, Narcisse-Henri-Édouard Faucher de Saint-Maurice, J.-Ferdinand Morissette, Honoré Beaugrand, Wenceslas-Eugène Dick, Charles-Marie Ducharme, Louis Fréchette, Pamphily Lemay pis Louvigny de Montigny.

Critique

À moins d’être un catholique convaincu ou un étudiant en lettres, je sais pas trop qui pourrait apprécier ces contes-là. Personnellement, j’ai lu le recueil par curiosité : je voulais savoir un peu c’était quoi nos légendes pis notre folklore. Par intérêt documentaire, on va dire. Facque j’ai découvert des affaires le fun, comme qu’un loup-garou c’est, la plupart du temps, un gros chien noir avec des yeux qui flambent. Ça ou ben que tout le monde qui a l’air pas comme les autres, ben c’est probablement des sorciers. Ou ben que si on sacre trop, si on boit trop, si on fourre trop, ben le yable va venir nous pogner. Je niaise, mais j’ai appris plein d’affaires à propos des vieilles superstitions. L’affaire, c’est que presque tous les contes sont crissement moralisateurs. En gros, c’est la même structure que les films de slashers : transgression-punition. Dans L’étranger d’Aubert de Gaspé fils, Rose Latulippe danse le jour du mercredi des cendres avec un inconnu, tout ça devant son chum. Ben l’inconnu, c’est le yable, pis Rose vire folle. Dans Le loup-garou, Joachim se met chaud pis rate la messe de minuit; y devient un loup-garou. Dans Le fantôme de l’avare de Beaugrand, l’avare refuse d’ouvrir la porte à un voyageur un jour de tempête; y est obligé de revenir tous les jours de l’an pour offrir l’hospitalité à quelqu’un avant de pouvoir obtenir le repos éternel. Quand c’est pas des punitions, c’est Anyway, tous les contes sont imbibés de morale catholique beaucoup trop évidente. Ça a beau être l’esprit de l’époque, ça finit par gosser pareil, de voir à quel point le monde était brainwashé dans le temps.
Mais l’affaire la plus cool, c’est la langue orale de certains personnages. On dirait que back in the days, on était moins mal à l’aise avec la langue québécoise. À peu près la moitié des contes utilise le parler populaire, ce qui rend la lecture crissement le fun. Le meilleur de tous, c’est Fréchette, avec son personnage conteur, Jos Violon :

« Le Coq, qu’avait jamais, lui, travelé autrement qu’en berlot ou en petite cabarouette dans les chemins de campagne, avait pas tout à fait la twist dans le poignet pour l’aviron ; mais on voyait qu’y faisait de son mieux pour se dégourdir.
Avec ça qu’y devait avoir de quoi pour se dégourdir le canayen en effette, parce que, de temps en temps, je le voyais qui se passait la main dans sa chemise, et qui se baissait la tête, sous vot’respec’, comme pour sucer quèque chose.
Je croyais d’abord qu’y prenait une chique ; mais y a des limites pour chiquer. On a beau venir de la Beauce, un homme peut toujours pas virer trois ou quatre torquettes en sirop dans son après-midi.
Enfin, je m’aperçus qu’au lieu de prendre une chique, c’était autre chose qu’y prenait.
– L’enfant de potence ! que je dis, il va être mort-ivre avant d’arriver à Batiscan. Mais, bougez pas ! c’est pas pour rien dire de trop, mais j’cré ben que si le vlimeux avait besoin de s’exercer le bras, c’était toujours pas pour apprendre à lever le coude. »

Moi, Jos Violon, je le trouve crissement excellent. Rien que pour l’oralité, ça vaut la peine de lire les contes de Fréchette.
Ce qui est cool aussi avec le recueil, c’est l’intro par Aurélien Boivin. C’est un spécialiste du conte fantastique, facque c’est crissement le fun pour ceux que ça intéresse.

Verdict

Recommandé, pour ceux qui veulent découvrir le folklore québécois. Ou pour ceux qui savent pas encore que Honoré Beaugrand, c’est pas juste une station de métro.

Entre les bras des amants réunis, suivi de Contes de la nuit tombée, par Claude Bolduc

février 26, 2011

Éditeur : Vents d’ouest
Parution : 2010
Novela, Nouvelles
190 pages

J’avais ben aimé l’autre recueil de Bolduc, Les yeux troubles, facque j’avais hâte de lire celui-là, son dernier. La novela Entre les bras des amants réunis avait déjà été publiée dans L’Année de la science-fiction et du fantastique québécois 2000, en 2005. J’ai le recueil dans ma bilbiothèque depuis un boutte pi j’attendais le bon moment pour le lire. C’est faite :

« Une maison, c’est la sécurité. C’est aussi un signe de réussite, c’est même l’ultime refuge de qui cherche à s’isoler. Lorsque Jacques voit se présenter la chance de quitter son logement miteux et d’emménager dans une petites maison, SA maison, grande est sa confiance de laisser derrière lui la grisaille d’une vie ancienne.
Certes, la maison n’a rien d’un palace mais, déjà, il s’y sent bien. Bientôt s’estompent les mauvais souvenirs, remplacés par un bien-être qu’il ne se souvient pas d’avoir connu. Ici, tout est parfait. Curieux, tout de même, que les copains du vendredi semblent toujours s’inquiéter de l’état de Jacques. Il est si bien ici, avec son secret à lui, découvert au fond de la cave… Puisse la maison veiller sur lui longtemps encore, comme elle l’a si bien fait pour d’autres avant lui. »

Entre les bras des amants réunis

Facque c’est l’histoire de Jacques, en dépression depuis un an, qui s’achète une maison grâce à l’aide de son frère. Y sort enfin de son appart crade qui le rendait fou pi déprimé. Pour lui, c’est un recommencement, une chance de reprendre sa vie en main. Y décide d’arrêter de prendre les pilules que son docteur y avait prescrites – pas vraiment une bonne idée, en général. Anyway; ses amis Denis pi Jean-François viennent l’aider à déménager pi jouer leur classique game de Risk hebdomadaire en buvant de la bière belge. Le lendemain, Jacques découvre que la salle de bain est pas isolée par en-dessous, facque y décide de rénover la patente. En creusant dans la cave, y trouve une peau humaine.

« Cela n’avait aucun sens, c’était la chose lea plus impensable qu’il avait vue de toute sa vie, mais il semblait bien que ce fût un corps. Avisant un bout de planche par terre, il s’en empara et s’approcha de l’objet. Un corps. Une enveloppe de peau avec rien dedans. […] La forme sombre étendue près de lui, cette croûte sans âge et parchminée, vidée de tout par on ne sait quel procédé, avait été quelqu’un. »

J’ai été vraiment content de retrouver ce que j’amais aimé dans Les yeux troubles, c’est-à-dire les perversions sexuelles weird pi malaisantes. On devine assez facilement ce qui va se passer avec la peau, qui, d’ailleurs, est celle d’une femme. Hé oui, Jacques en tombe amoureux. Sauf que j’ai l’impression que ça arrive un peu trop vite, genre qu’on a pas le temps de bien comprendre comment Jacques sombre à ce point-là dans la folie. Autre affaire : j’ai pas trop aimé les moments où Jacques s’adresse à sa Belle; c’est trop explicite ou je sais pas. Je comprend que c’est une façon d’entrer dans la psychologie de Jacques, mais c’est un peu maladroit : « Tu vois, à toi, j’arrive à le dire et à l’expliquer, mais je n’y arrive avec personne d’autre. » On a quand même le droit, à la fin, à une vision grotesque pi délicieusement dégueuse :

« Jacques apparu subitement, tournoyant au rythme de la musique qui parvenait d’en haut, nu comme un ver, les yeux fermés, serrant tout contre son corps quelque chose de noir et luisant dont les excroissances flasques virevoltaient comme des guenilles autour de lui. Le sexe dressé de Jacques s’enfonçait dans la substance gluante, et sa dance frénétique répandait une odeur de décomposition dans la cave pendant que des lambeaux se détachaient de cette chose. »

Dans le genre tordu, on trouve pas mieux. Autre chose qui m’a plu : la dynamique entre Jacques pi ses amis. Même si des fois les dialogues sont pas excellents, en général, Bolduc a réussit à bien rendre la familiarité pi les interactions entre des vieux amis.
Mais j’ai eu un peu de misère avec certains aspects de l’écriture, tout particulièrement l’usage, selon moi abusif, des points d’interrogation pi d’exclamation. Mais bon, ça empêche pas d’apprécier quand même l’intrigue pi les personnages.
Quant à la fin, chu pas trop sûr. Elle a l’air bizarre, facque je pense qu’y faut plus chercher du côté symbolique pour l’expliquer.

Dès le début, on a un personnage malade qui prend des pilules pi qui décide d’arrêter. Ça ouvre déjà la porte à des dérapages qu niveau des perceptions de Jacques. Dans sa nouvelle maison, y fait son possible pour pas retomber dans son apathie d’avant. Sauf qui délaisse toute quand y trouve la peau, qui renvoit évidemment à son impression d’être un corps vide pi sans substance. Comme si y se reconnaissait dans cette peau-là, enterrée pi oubliée par tout le monde depuis trop longtemps. Le fait qu’y trouve la peau dans la cave est évocateur : la cave, c’est le passé, la plongée dans l’inconscient, dans les zones sombres de sa propre psychée – on a juste à se rappeller du roman gothique : dans la cave, on trouve des secrets qui sont cachés depuis longtemps. Tout le roman alterne entre Jacques qui devient de plus en plus fou pi sociopathe pi ses rencontres avec ses amis, qui sont là pour objectiver un peu le point de vue qu’on a de Jacques, parce que la narration en focalisation interne nous plonge dans sa tête à lui, faisant paraitre normal ce qu’y l’est pas pantoute – genre tripper sur une peau d’humain. Jacques fréquente de moins en moins le monde extérieur, même ses amis. Tout ce qu’y veut c’est être chez eux, donc dans sa tête, dans son délire. Son seul contact avec le monde extérieur, c’est la vieille madame, qui vient tuer ses amis quand y découvrent son sérieux problème mental. Comme si la vieille madame était une genre de garante de sa folie qui détruit la seule chance de Jacques de s’en sortir : ses amis. En les tuant, métaphoriquement ou pas, la madame vient enfoncer définitivement Jacques dans ses affabulations. Pi, à la fin, quand la madame dit à Jacques que la maison l’attendait pi qu’elle l’a adopté, pi que ses amis reviennent après la mort pour vivre avec lui, là, on doute pu que tout ça se passe dans sa tête. Au final, dire que la maison l’a adopté, c’est dire que Jacques a trouvé le lieu dans lequel il est bien; le problème, c’est que ça fait de lui un fou, un mésadapté social qui s’enferme dans ses délires. Certaines personnages sont juste pas faites pour vivre en société.

Les ténèbres

Nouvelle d’une page qui a le ton d’une convocation de démon. Quand même nice. Ça peut aussi servir d’entrée en matière pour le reste des nouvelles.

Le masque

L’histoire d’un gars qui passe ses nuits avec une gang de weirdos qui se livrent à des orgies pi des partys de toutes sortes. Le gars est obsédé par un certain Suchi, un gars qui semble porter un masque – on est pas sûr – pi qui suscite la confiance pi l’affection chez tout le monde. Sauf qu’on a jamais revu ceux avec qui y devient intime.
Écrite dans un style vague pi située dans une atmosphère bizarre, cette nouvelle-là constitue un traitement intéressant du theme de l’identité pi de l’altérité.

La traversée

Un gars remarque que presque tous les passants qui marchent dans la rue portent sur leur dos, sans s’en rendre compte, un genre de monstre.
Ça ressemble étrangement à un des Petits poèmes en prose de Baudelaire, tout particulièrement à Chacun sa chimère, avec une dernière phrase intéressante.

Le lendemain de veille

L’histoire tragique d’une vampire à qui on a prélevé les yeux à la morgue pour le don d’organe.
L’idée est bonne pi comique; le traitement est sérieux pi, en général, assez efficace.

L’œil de la lune

Envolée lyrique sur le mode de la complainte amoureuse qui finit abruptement.
C’est pas mal écrit, mais ça manque un peu d’intérêt, surtout la finale, qui semble un peu factice.

Il ne faut pas que je dorme

Les confidences d’un gars qui semble avoir la lourde responsabilité de guider les morts, qui, sans lui, ne saurait pas où aller.
C’est pas clair pi ça fait penser à The sixth sense, mais c’est ben écrit pi inquiétant.

L’horloge du grand Birimi

Un petit gars qui explore la cave d’un vieux monsieur. Y trouve une horloge grand-père supposément magique. Y entre dedans, pi y se rend compte que c’était vrai.
Une des moins bonnes du recueil. Trop convenue pi écrite sans grand enthousiasme, on dirait. Ça donne l’impression d’être là pour boucher un trou.

Dans la poubelle

L’histoire bizarre d’un gars qui se fait persécuter par sa poubelle, ou par quelque chose qui vit dedans.
Malgré le concept apparement grotesque pi risible, la nouvelle réussit à être angoissante. Une évocation étrange de la dépendance à l’alcool ou autre drogue ?

Un conte de whisky : hommage à Jean Ray

Un marin se rend dans un bar après un long séjour en mer. Le barman y sert un whisky au pouvoir étonnant.
Même si j’ai lu un peu de Jean Ray, je me sens pas assez connaisseur pour juger de la qualité du pastiche. Les thèmes me semblent corrects, mais pour l’écriture, je peux pas me prononcer.

Verdict

Recommandé. La novela est intéressante malgré ses défauts pi les nouvelles sont, pour la plupart, juste assez pas claires pour être intéressantes, chose que j’apprécie chez Bolduc.

Brins d’éternité #28

février 12, 2011

Éditeurs : Ariane Gélinas, Carmélie Jacob pi Guillaume Voisine
Hiver 2011
108 pages

Comme le no.27, pi probablement tous les numéros déjà parus pi à paraître, la couverture est pas belle. Les illustrations à l’intérieur non plus, d’ailleurs. Mais bon. J’ai été triste de constater que y a beaucoup de SF dans ce numéro-là, pi pas beaucoup de fantastique. En fait, y a trois nouvelles fantastique. Le reste, les textes pi les articles, parlent tous de SF. Je vais me concentrer sur le fantastique.

L’âme sœur, par Martin Lessard

C’est l’histoire d’un humoriste pas connu de Québec qui apprend que son frère, avec qui y a pas parlé depuis quelques années, est mêlé à une affaire de meurtre dans un musée. La conservatrice du musée vient le voir pour y demander où y est, son frère, pi pour y parler d’une statuette qui « ensorcelle les hommes et décuple leur violence, leur sadisme. » Elle-même fait partie d’une fraternité qui veut protéger les hommes de cette statue-là. Le narrateur finit par trouver la statuette dans l’appart d’une fille avec qui son frère a couché, pi tuée aussi, d’ailleurs. Sauf que, quand y rentre chez eux, y trouve sa blonde pi la conservatrice du musée, qui sont pas si fines que ça.
Le début de la nouvelle m’a pas déplu. J’aimais le ton cynique du narrateur :

« C’était une petite scène d’humoristes pareille à des dizaines d’autres à travers la province […]. Je me contentais d’appliquer la « méthode ». […] Chaque semaine, vous lisez La Presse puis vous y apprenez par cœur quelques bons mots inspirés de Foglia et autres trucs bourgeois. […] Si le public est universitaire, vous avez même quelques boutades sur l’environnement. Le banal répertoire à tendance progressiste : juste ce qu’il faut d’engagé ! »

Sauf qu’après, ça se gâte. On se rend compte asser vite qu’on est dans un récit lovecraftien, avec une statuette puissante pi extraterrestre qui fait des affaires pas nices. L’auteur revoit toute l’histoire du XXe siècle en introduisant la statuette dans tous les conflits des 100 dernières années.
Le récit est entrecoupé de séquences en italiques qui racontent genre l’arrivée sur terre de la statuette, mais c’est crissement maladroit : « L’entité demeurait aux aguets. Certains petits mammifères démontraient une faculté à saisir des concepts simples, mais encore rien qui aurait suffit à supporter son pouvoir. Le temps n’avait aucune importance, elle ne désirait pas faire la même erreur. » Y faut jamais utiliser le mot Entité. Jamais.

Pi le dénouement est pas surprenant pi niaiseux : la grosse conspiration des méchantes féministes ou ché pas trop. Ça commence à me taper sur les nerfs, l’espèce de figure de l’homme tyranisé par sa blonde, comme si les gars avaient peur de l’émancipation de la femme des dernières décennies. C’est là dans L’âme sœur, c’est dans Les Invincibles, c’est dans Hangover. Pi là, c’est une confrérie de femmes qui veulent contrôler le monde. Come on.

Seidhr, par Marie-Claude Bourjon

C’est l’histoire d’une fille, Maya, qui se transforme en panthère, en loup-garou, ou dequoi demême. À la fin, elle découvre qu’elle a tué son amie.

C’est un récit fantastique classique : on a pas de preuves évidentes de la transformation, sauf à la fin, quand on apprend que la fille est morte d’une morsure au cou. Maya se rappelle pas d’avoir fait ça mais elle sait que c’est elle. Rien de ben nouveau.
C’est pas mal écrit : « Un parfum de lys l’enivre tandis qu’elle glisse une robe légère sur sa peau pâlie par la longue saison. Elle retient le rêve de la nuit avant qu’il s’échappe dans la fièvre du jour. » Mais c’est aussi un peu maladroit, surtout les bouts où Maya est transformée pi qu’elle chasse.
La chasse sauvage comme métaphore du lesbianisme ? Peut-être, compte tenu du fait que Maya a tué son amie pendant l’amour. Dans ce cas-là, sa transformation serait la manifestation physique de pulsions qu’elle refoule. D’où le feeling de liberté. Mais le désir refoulé est ressortit trop fort, causant le mort de son amie. On peut dire ça.
C’est pas mal toute.

Mécanique de ta disparition, par Thomas Geha

C’est l’histoire d’un gars qui nous raconte que sa blonde a disparue dans une rue bizarre pas loin de chez eux. Y la cherche pi s’ennuie d’elle. Y rencontre une fille qui a vu sa blonde disparaitre, aspirée dans un brouillard de démons pi d’animaux difformes. Des années plus tard, devenu un riche homme d’affaires, le gars achtète la rue au complet pour la rénover, en espérant retrouver sa blonde comme ça. En gros, c’est ça.

J’ai eu certains problèmes avec l’écriture. Juste les premières phrases : « Rennes est une belle ville. Une belle ville, oui, mais uniquement lorsqu’elle n’enlève pas les personnes que vous aimez. » Ou ben : « Tu es quelqu’un de toujours ponctuel. » Bref, de fois les phrases sont un peu maladroites.
Ensuite, la narration au Tu, ché pas pourquoi, mais j’ai pas aimé ça. Ça faisait trop romantique, genre complainte à une dame imaginaire, ou dequoi demême. Pi disparaitre dans un brouillard de bibittes bizarres, ça fait penser à La nuit des mutants. Y me semble que ça fitte pas avec le texte. Anyway.

La seule chose que je trouve là-dedans, c’est un gars qui vit une séparation amoureuse pi qui passe par-dessus. Au début y repasse toujours dans la ruelle, ensuite y passe à autre chose, pi enfin y revient dans la rue pi y la retape. Y a fait son deuil.

Verdict : Pas un grand numéro.

Le fantastique même : une anthologie québécoise

janvier 10, 2011

Éditeur : L’instant même, sous la direction de Claude Grégoire
Parution : 1997
Nouvelles

Chu tombé sur ce livre-là par hasard en tchèquant la section Fantastique – que tout le monde semble confondre avec fucking Fantasy – à la librairie. C’est une anthologie qui réunit pas mal d’auteurs québécois. Je vous donne la liste : Jean-Paul Beaumier, Bertrand Bergeron, Roland Bourneuf, Hugues Corriveau, Michel Dufour, Danielle Dussault, Jean-Pierre Girard, Christiane Lahaie, Sylvie Massicotte, Claude Mathieu, Pierre Ouellet, Jean Pelchat, Gilles Pellerin pi Claude-Emmanuelle Yance.

« Si le fantastique et la nouvelle font bon ménage, c’est probablement que la brièveté de la nouvelle convient parfaitement à la stratégie par laquelle le récit fantastique piège le personnage. Claude Grégoire observe que depuis une dizaine d’années plusieurs des nouvellistes québécois les plus actifs ont ajouté leur voix dans le sillage de Kafka, certain d’entre eux offrant cependant, en contrepartie au piège, une évasion, un espace où le point de contact de l’irréel et du réel ne semble plus susciter de problème. Il nous présente ici ces auteurs qui vont et viennent aux confins de ce que l’on tient pour la réalité. »

Le recueil s’ouvre sur une courte introduction de Claude Grégoire dans laquelle il retrace les origines du fantastique au québec et explique les différences entre le fantastique canonique (« classique dans son respect de la dialectique conflictuelle du réel et de l’irréel ») et le néo-fantastique (« davantage tributaire du réalisme magique, sans qu’il s’agisse de récits merveilleux »).

Le fantastique est donc pas utilisé ici comme synonyme de « horreur »; c’est, au-delà de l’ambiguité de Todorov, la rencontre de notre réalité avec quelque chose qu’on ne connait pas. Pas de vampires, ni de zombies; on nage en plein mystère pi le fantastique s’incarne dans une étrangeté polymorphe mais commune à toutes les nouvelles. En résumé : ça plaira pas aux fans de Stephen King. C’est subtil, en douceur pi implicite.

Si les nouvelles sont toutes différentes, y a quand même un élément commun : le style. C’est jamais une écriture neutre ou platte. Chaque auteur a un style intéressant qui se rapproche parfois du poème en prose. Certaines nouvelles sont tellement dans l’abstrait pi privées de référent clair que j’ai vraiment pas embarqué. Le style est trop dense pi y a pas – ou presque – de récit. Exemple :

« Je m’étais levé avant l’aube. Il fallait – pour que ça se passe – que le regard précède de quelques heures ce qu’il voit, peut voir. L’obscurité se dissiperait avant le dernier rêve éveillé : illuminant le regard de cette dissipation où il fera place à toutes les illusions du jour. »

C’est ben écrit pi toute, mais ça se lit mal, parce qu’y pas de narration. Pi ce que je voulais lire, en achetant ce livre-là, c’est pas de la poésie. J’ose même dire – Sacrilège ! – que l’image d’un homme à lunettes rondes se crossant le cerveau m’est venue en tête à quelques reprises. Beaucoup de flafla, mais pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mais ça, c’est dans les pires des cas. Sans rancune, ok ?

En général, les nouvelles posent un problème logique dans notre monde matériel. Des genres d’altération de la réalité viennent troubler le personnage qui doit confronter sa vision du monde réel avec ce qu’y a sous les yeux. J’ai ben aimé les textes de Bertrand Bergeron :

« Les voitures et les routes, si on les emprunte régulièrement, on finit par ne plus savoir. Comme le hasard peut-être, en certaines occasions, ce hasard auquel on arrive à ne plus croire, il n’existerait pas ou bien cette route, on en connaitrait chaque courbe, on saurait à quelle vitesse on comment s’adresser à Gérard le patron du motel, plus qu’une centaine de kilomètres à présent, à moins qu’on ne prenne la route du nord, un crochet vers la maison de madame Claude qui dirait comment allez-vous la route ne vous a pas trop fatigué ici il y a du nouveau mais vous avez les traits tirés une de mes filles la petite elle est nouvelle vous ne le regretterez pas mais occupe-toi de monsieur, voyons. »

Le fantastique même appartient à une branche fantastique plus cérébrale, universitaire, institutionnelle que ce qu’on a l’habitude de lire, surtout chez les auteurs américains. C’est intéressant de voir les déclinaisons légitimées du fantastique, qui reste quand même un genre méprisé de la « Grande Littérature ».

Verdict : Recommandé, pour ceux qui veulent savoir à quoi ressemble le fantastique « littéraire » au québec. Le corpus propose des écritures intéressantes pi originales mais méconnues.

Les yeux troubles et autres contes de la lune noire, par Claude Bolduc

septembre 11, 2010

Éditeur : Éditions Vent d’ouest
Parution : 1998
Nouvelles
170 pages

Je sais pu trop comment j’ai entendu parler de Claude Bolduc. Mais ça avait l’air d’être un vieux de la vieille dans le fantastique québécois. J’ai tchèqué sur son site (http://claudebolduc.tripod.com/) pi j’ai vu qu’y avait été une couple de fois en Belgique – la patrie du fantastique, ce qui me l’a rendu sympathique. J’ai pris un recueil au hasard :

« Lorsque s’abat la nuit sur l’âme humaine, nul n’est plus tout à fait ce qu’il était ni ce qu’il croyait être. Victime ou bourreau, chacun possède en soi le germe du mal, prêt à jaillir et à se répandre de par le monde.

Quant un petit garçon possède une personnalité plus complexe que lui-même ne le croit, quand le plus pur et dur des machos part en chasse, quand un esprit malade effectue une rencontre singulière, quand c’est la société elle-même qui prend les grands moyens pour assurer sa survie, c’est que le Mal, à travers les gens, foisonne. Mais le sens du mot mal est-il bien universel?

La soif effrenée de savoir, de gloire et de sexe s’abreuve à la fontaine du mal… Le devoir aussi, surtout lorsqu’il s’accomplit aveuglément.

À lire à la chandelle, aux abords d’un cimetière, sous le regard blême de la lune. »

Rouge : Une histoire pas claire de loup-garou dont le protagoniste et narrateur est un petit gars; courte mais efficace. Pi ben écrite. L’utilisation de la parataxe pour imiter la naïveté d’un enfant rappelle le Journal d’un monstre de Richard Matheson, pi peut-être un peu de L’étranger de Camus :

« Les deux monsieurs ont réussi à mener notre radeau jusqu’à la petite île. Maman avait très mal. Maman est morte. Les deux monsieurs sont tristes. Qui va prendre soin de moi ? Il ne faut jamais que je sorte la nuit, disait maman. Mais ici je suis dehors. Et j’ai peur. C’est trop grand autour de moi. Maman est couchée lèa-bas, sur les pierres, parce que les monsieurs pouvaient pas l’enterrer là-dedans. Ils ont mis un manteau sur elle. Et des roches. Les monsieurs ont fait un feu et on s’est couché. »

Les yeux troubles : en cherchant une édition rare d’une nouvelle de Sheridan LeFanu, le narrateur rencontre un gars bizarre qui l’invite chez eux pi qui exerce un genre d’attraction pas normale sur lui. La première personne est utilisée tout le long de la nouvelle, mais certains passages qui sont à la 2e personne (pi en italique) montre les réflexions que le narrateur se fait à lui-même. Bien emmenée pi le fun.

Le déterminateur : L’histoire d’un gars qui patrouille dans un quartier futuriste pi qui contrôle les naissances clandestines pi qui s’occuppe de maintenir la population à un niveau raisonnable. Ça tient plus de la science-fiction que du fantastique pi ça détonne dans le recueil. Chu pas un fan de ce genre-là. J’ai pas aimé.

L’araignée dans le plafond : un auteur en manque d’inspiration entend des bruits bizarres dans le plafond, probablement une métaphore de la folie. La fin est pas claire pi ça m’a prit un boutte à la comprendre (si j’ai ben compris). C’est pas la meilleure.

Dernière ballade au clair de lune : un fan d’anatomie déterre des cadavres pour observer leur décomposition. Mais y fini par déterrer quèqu’un qu’y aurait pas dû. Intéressante pi ben construite.

Dis-moi que tu m’aimes : une femme trippe sur un gars qui y demande de se tuer pour elle. L’histoire est pas malade mais la psychologie de la femme est intéressante. Pas la meilleure.

Julie : ça ressemble pas mal à l’autre avant. Une femme qui a un problème d’amour obsessionnel épie le gars qui habite en face de chez elle. Mais y est moins nice qu’a pensait. Pas la meilleure.

L’heure de bébé : la meilleure. Une des bonnes nouvelles fantastique que j’ai lue dans ma vie. Un gars en manque de sexe se pointe dans un bar pour pogner une fille. Y en trouve une qui a l’air toute gênée. A l’invite chez elle, le drogue pi l’enferme dans le sous-sol. A y parle de Bébé, qui habite avec elle mais qu’on voit jamais. Le gars devient un fucking esclave sexuel dont la seule fonction c’est de nourrir Bébé, un genre de limace suceuse de graine. C’est horrible pi dégueu pi tordu. C’est excellent.

Overall, je dirais que le fantastique de Bolduc est plus européen qu’américain. Dans le sens qu’y est plus subtil pi moins représenté. Çca se voit aussi dans sa façon de finir ses nouvelles; c’est pas clair pi ça force le lecteur à réfléchir pi s’impliquer dans le récit. J’ai surtout aimé la fin de L’heure de bébé, qui donne pas de réponse mais qui accentue l’horreur :

« Un serrement conprima sa poitrine.
Pourvu que ce soit un tremblement de terre.
Mais il n’en croyait rien.
Èa la deuxième secousse, les chaînes tintèrent sur le ciment.
Père se rapprochait.

***

J’espère qu’elle m’a menti. J’espère que Père va me dévorer. »

Les thèmes du sexe pi de l’amour sont omniprésents dans les nouvelles, sauf qu’y sont pervertis. Toujours abordés de façon pathologique; y causent des problèmes aux personnages. C’est le fun de voir ces sujets-lèa abordés de façon originale. Pi le côté psychologique est toujours crissement ben montré pi exploité. Pi y sert à l’histoire.

L’écriture est intéressante. C’est rien de super original pi spécial, mais c’est pas juste des mots mis ensemble pour raconter une histoire. Y a un petit quèque chose de plus qui rend la lecture agréable.

Verdict : recommandé. Ça vaut crissement la peine de le lire. Du bon fantastique.

Légendes du vieux manoir, par Daniel Sernine

septembre 5, 2010

Éditeur : Presses Sélect Ltée
Parution : 1979
149 pages

Je cherchais du fantastique québécois, facque chu allé voir sur le blogue de Frédérick Raymond, où y a une belle liste de titres pi d’auteurs. C’est là que j’ai trouvé Daniel Sernine. Facque chu allé le chercher à bibliothèque. Pi je l’ai lu.

On dirait qu’en 1979, les 4e de couverture ça existait pas, facque j’ai pas de résumé pour vous. Anyway, c’est un recueil de nouvelles. Je va y aller nouvelle par nouvelle pi ensuite en général. Pour que ça soit ben structuré pi toute.

Le sorcier d’Aïtétivché : ça se passe en Nouvelle-France en 1647. Une gang de colons qui défrichent depuis une couple d’années un lot pour leur seigneur le soupçonnent d’être un sorcier pi d’avoir enlevé leurs enfants. C’est là que Jean-Lou le coureur des bois se pointe, pour accomplir une mission confiée par son grand-papa sorcier lui itou. Faut qu’y aille tuer le méchant seigneur avant qu’y invoque Manitaba, l’esprit du mal. Ça fini dans un sale carnage.
J’ai pas trippé sur l’idée d’un gars qui a une quête pi une destinée à accomplir, surtout pas qu’y faut qu’y tue le mal avec une épée au nom bizarre. Ça versait un peu trop dans la fantasy à mon goût. Mais c’est pas trop téteux pi quan même assez bad.

Les ruines de Tirnewidd : le narrateur raconte comment son père a trouvé les ruines pi le dernier descendant d’une gang d’irlandais qui s’étaient installés en Amérique au 9e siècle. C’est pas très crédible comme idée, mais bon. Y a aussi une histoire de malédiction vu que le papa a profané l’ancienne cité gaélique.
C’est pas ma préférée. Ça frôle le fantastique à la fin mais c’est pas le yable.

Nocturne : ça commence comme un récit un peu surréaliste pi peut-être kafkaïen (ben oui). Après quelques pages, le narrateur se réveille pi c’était un rêve. Mais la nouvelle fini pas là. Le narrateur apprend que son ancien élève de piano (genre d’enfant prodige à la André Mathieu) est mort. Y va rendre visite à la famille pi y se rend compte que le génie mort prend possession du corps de son frère pour composer des tounes malades. Y a une scéance de spiritisme pi le narrateur fini par se pousser en courant.
J’ai aimé celle-là. Rien de compliqué ni de trop big (genre l’invocation d’un démon). C’est modeste, sobre, pi efficace, en plus d’être ben écrit. J’ai surtout aimé le rêve pi l’histoire qui continue après le réveil.

L’exhumation : trois criminels vont déterrer un cadavre dans un cimetière pour effacer les preuves de leur crime. Finalement ça se passe pas comme prévu.
Cella-là m’a laissé un peu frette. Y manquait un petit quèque chose.

Belpheron : dans une taverne, un vieux marin raconte au narrateur l’histoire du naufrage du navire l’Atlante (prédestiné, avec un nom demême). Après qu’un gars bizarre se soit embarqué, les marins entendent des voix dans sa chambre. Y se rendent compte que le gars essaye probablement d’invoquer un démon pi juste avant qu’y se poussent dans les canots y a une huge tempête qui nique tout le monde sauf le vieux marin-narrateur.
Rien de ben spécial dans cette histoire-là, mais je l’ai ben aimée. C’est peut-être parce que ça se passe sur un bateau pi que l’atmosphère est ben construite. Le passage du naufrage est réussi. Les dernières lignes aussi :

« Ne t’en fait pas. Si un jour tu écris cette histoire, tes lecteurs, eux, comprendront bien ce qui a englouti l’Atlante… »

La bouteille : un gars devient de plus en plus obsédé par une bouteille qui contient une substance étrange pi lumineuse. Y se met aussi par avoir des visions qui finissent par toutes se réaliser. Pi ça vire mal.
Ça fait penser à du Poe. C’est un peu prévisible mais quan même agréable.

Le réveil d’Abaldurth : plus ou moins la même chose que la première nouvelle. Deux gars membres d’une confrérie anti-démoniaques s’infiltrent dans un manoir pour interrompre un rituel d’invocation du démon Abaldurth. Y réussissent.
Trop action, pas assez fantastique.

Tu seras le septième : un prêtre qui s’intéresse aux sciences occultes trouve un médaillon sur une scène de meurtre. Y le prend pi devient obsédé pi parano. Y fini par comprendre que le médaillon est genre possédé par un démon qui le pousse à faire des meurtres. Le vieux prêtre réussi à réunir assez de volonter pour tuer le démon en se sacrifiant.
Malgré le manque d’originalité, ça se lit ben pi c’est agréable.

Bon. J’ai l’air de chialer pas mal sur toutes les nouvelles mais chu loin d’avoir haït ça.
Sernine écrit ben. Son style est classique : clair pi précis. Pas trop de figures de style, juste l’essentiel. Ses phrases sont ben construites pi toute :

« S’il y avait eu quelqu’un à cette heure de la nuit, sous la pluie, dans le petit parc en face de la résidence des Cilisquins et de la cathédrale, ce noctambule aurait sans doute remarqué quelque chose d’inusité dans la tourelle carrée se dressant à l’angle ouest de la façade du monastère. À une fenêtre qui avait été éclairée toute la nuit par la lueur des chandelles, il aurait soudain vu flamboyer une lumière bleutée qui, virant rapidement au blanc et gagnant de l’intensité, illumina brièvement la chambre au sommet de la tour. En passant par le vert, l’éclairage baissa aussi vite qu’il avait crû, et l’ombre regagna aussitôt les murs éclairés un instant. »

J’ai ben aimé aussi son gore; y a pas de retenue. Dans les rituels, y a des animaux sacrifiés en masse, pi même des enfants. Le monde meurt à tour de bras pi toute ça c’est ben décrit. Particulièrement ici :

« Sentant que s’était éveillée la puissance maléfique du démon, Jussiave frappa un coup terrible en diagonale, et Arhapal, l’épée antique, flamboya en tranchant l’abdomen de la sorcière, où s’agitait le fœtus possédé. Le corps presque sectionné en deux, Atropa s’effondra dans un flot de sang et de liquie amniotique, qui inonda le tapis. Il y eut un grand vent dans le salon, comme le souffle d’une explosion, et sous la bourrasque les fenêtres éclatèrent vers l’extérieur, tandis que hurlaient Isangma et Davard. »

C’est cool aussi que ses histoires se passent à toutes les époques de l’histoire du Québec. Ce qui unit les nouvelles ensemble c’est des lieux fictifs qui reviennent dans chaque histoire : les villes fictives de Neubourg pi de Granverger. Comme la Arkham de Lovecraft ou le Innstown de Reynolds. Ça permet d’introduire un climat d’étrangeté qui imprègne les lieux des récits. Comme si à cette place-là, tout est possible.

Ce que j’ai moins aimé, c’est qu’y a pas beaucoup de place à l’interprétation. Les nouvelles sont pas ambigues : les méchants veulent invoquer un démon, y réussissent pas, pi that’s it. On se pose pas de question à la fin.

Verdict : recommandé pour se divertir un peu avec une lecture facile pi agréable. C’est rien d’incroyable mais c’est ben écrit. Je va lire Les contes de l’ombre, un jour.

Patentes

août 16, 2010

Je viens de m’abonner à Brins d’éternité. J’ai ben hâte de voir ça. Je m’abonnerai à Asile quand j’aurai du cash. Bon.
J’ai quelques nouvelles en chantier que j’aimerais ben envoyer à une revue dans un avenir proche. La plus trash (pi ma préférée) est trop longue pour Brins d’éternité (400 mots de trop), ce qui me fait chier. Faudrait que je coupe mais j’ai l’impression que je peux pas faire plus court. Les trois autres sont plus courtes pi jouent plus sur l’atmosphère que le dégueu. Je redonne des nouvelles là-dessus, pi des extraits éventuellement.
C’est toute.

Le livre des fantômes, suivi de Saint-Judas-de-la-nuit, par Jean Ray

juillet 1, 2010

Parution : 1947

Mon deuxième test avec Jean Ray a été plus positif que celui avec Owen. C’est un classique, Jean Ray, pi il m’a donné le goût d’en lire d’autres, de ses livres. Le livre des fantômes, c’est un recueil de 12 nouvelles qui parlent de fantômes. Le titre est assez clair.
Comme toujours, y en a des poches pi des bonnes. J’ai ben aimé celle du pygmé fantôme coupé en deux, celle de la maison hantée par un juge pas fin, celle des deux gars qui visitent un monde parallèle en goûtant à une liqueur juive, pi celle des condamnés à mort qui se vengent sur les bourreaux. Mais ce que j’ai aimé le plus, c’est le ton de Ray pi sa façon de raconter ses histoires.
Le recueil commence avec une mini préface de l’auteur qui affirme que les fantômes existent pour vrai :

« […] À croire que les histoires de fantômes, qu’on imagine avoir inventées d’un bout à l’autre, peuvent enclore une réalité, et ceux qui les écrivent, être en quelque sorte des chargés de mission d’un monde caché qui essaye de se révéler à nous, nous obligeant à réfléchir, alors que nous préférerions sourire, hausser les épaules et vouloir, par lâcheté humaine, ne voir dans l’Inconnu qu’une amusette à ne pas lire la nuit. »

Ray s’est bâti une espèce de posture : il se présente comme un genre de prophète à la Victor Hugo qui fait le lien entre le monde des humains pi celui de l’au-delà. En plus de dire que les gens qui croient pas aux fantômes sont des épais.
Facque, presque tout le long du recueil (les nouvelles plus classiques sont toutes à la première personne), il suit cette ligne-là. Le premier texte est censé être autobiographique pi raconter ses quelques rencontres avec un certain fantôme. Le titre c’est Mon fantôme à moi (l’homme au foulard rouge). Ça commence demême :

« Non seulement ceci n’est pas un conte, mais c’est un document. Si des souvenirs n’y vibraient pas, si, à travers mers, champs et villes, je n’y faisais pas de merveilleux retours vers mon enfance et ma jeunesse, je le voudrais net et sec comme une rapport ou une règle de trois. »

Sans rien expliquer, sans rien mettre en intrigue, il fait juste raconter les 4 fois où il a vu l’homme au foulard rouge dans sa vie. Sans conclusion, aussi. On voit vraiment son désir de nous faire croire que c’est vrai.
C’est plus ou moins le même principe dans la nouvelle Rues, sous titrée Document. Un narrateur au Je, qu’on suppose être l’auteur, nous dit qu’il croient que certaines rues sont hantées. Pour s’expliquer, il raconte une couple d’histoires qu’il a entendues à propos de rues hantées :

« Mon défunt ami Freyman, au sortir de l’Université, habita pendant quelques années la petite ville de N… dans la partie flamande de la Belgique.
Au café, unique distraction de ce coin de province, il fit la connaissance d’un certain M. B…, homme d’excellente culture et de bonne compagnie. »

Ray présente cette nouvelle-là comme une chronique, un constat d’une réalité qui échappe à la plupart des gens.
Mais en même temps, il refuse de donner des références claires dans le temps pi l’espace : il nomme pas la ville, ni le nom du gars que son ami rencontre. Il veut faire croire à ses histoires, mais aussi brouiller les pistes. On peut voir ça dans la multiplication de récit métadiégétiques, même dans des courtes nouvelles : les personnages citent des manuscrit, des témoignages, des lettres. Les points de vue se multiplient, pi ça fait diminuer la crédibilité de l’histoire en plus de créer un doute chez le lecteur. On sait pas qui on doit croire. C’est un peu paradoxal.
Overall, le contenue des nouvelles est assez classique : mais leur forme, la façon dont elles sont racontées, est vraiment intéressante. Cette fragmentation-là de l’histoire apparaît encore plus dans Saint-Judas-de-la-nuit, une petite novella publiée à la suite du Livre des fantômes.
En gros, c’est l’histoire du grimoire Stein, le nécronomicon de Ray. Comme dans Malpertuis, les focalisations changent tout le temps. On suit différents personnages, à des époques pi des endroits différents, qui ont tous eu un lien de près ou de loin avec le grimoire. En plus de ça, on a des extraits de tout plein de documents pi des histoires gigognes racontées par les personnages. Ce qui fait de Saint-Judas un gros medley vraiment difficile à suivre : pour être franc, j’ai pas compris grand-chose. Faudrait que je le relise avec un peu plus d’attention. Mais pour l’instant, ça me tente pas.

Verdict : ça vaut la peine de lire le Livre des fantômes. C’est pas un chef-d’œuvre; c’est juste un recueil qui se lit bien, pi qui est intéressant par sa forme.

La cave aux crapauds, par Thomas Owen

juin 10, 2010

Parution : 1945

J’ai décidé de donner une autre chance à Thomas Owen, parce que tout le monde devrait avoir droit à une deuxième chance, pi aussi parce que je suis tombé sur son recueil La cave aux crapauds. C’est le genre de titre qui m’attire.

« Son pouvoir occulte s’accrut rapidement par l’exercice. Il sut l’employer savamment, le doser. Ne plus tuer seulement avec la force brutale de l’éclair, mais rendre aveugle, briser les reins, faire éclater les ventres blafards. Il put même agir à distance, de derrière un écran, un bandeau sur les yeux ou une cagoule sur la tête.
Quand il pénétrait dans l’immonde cave, un frisson animal agitait tous ses pensionnaires affolés. »

Ça, c’est un extrait de la nouvelle La cave aux crapauds. J’ai été déçu. Je m’attendais à dequoi comme des crapauds maléfiques ou je sais pas. Mais l’histoire, c’est ça : un prêtre se rend comte qu’il est capale de foudroyer des crapauds du regard. Il y prend plaisir, pi fait un élevage dans sa cave. Il masterise la technique, pi se dit qu’il devrait essayer sur dequoi de plus gros, mettons un enfant. Pi juste comme il se dirige vers un enfant, il voit un petit crapaud sur la route. Il essaye de le tuer mais il s’évanoui en croisant son regard. Il se réveille en bonne santé, sauf qu’il louche. Ça fini demême.
Les autres nouvelles sont pas mieux.
Une princesse qui a pas de main pi qui séduit des hommes pour couper les leurs.
Une belle cousine qui devient vieille pendant un orage.
L’âme d’un monsieur qui vient de mourir qui s’arrange pour que son héritage soit donné à sa nièce pi son chum à condition qu’ils se marient.
Y en a une que j’ai aimé, quand même. Pendant une grosse tempête, un gars qui joue e la flûte demande de s’abriter chez 3 gars méfiants. Le problème, c’est que le gars, y a des mains de cadavre presque décomposé. En fait, ce que j’ai aimé dans cette nouvelle-là, c’est la description des mains.

« Alors seulement nous vîmes avec horreur les mains du Châtelain. Des mains d’une maigreur affreuse, pareilles à des pattes d’oiseau, griffues, les doigts recourbés comme des serres, hérissées d’innombrables verrues formant à toutes les articulations des proéminences semblables à celles que l’on voit aux jointures des armures. Les ongles étaient prolongés en griffes de corne épaisse.
Quelle inimaginable mainceur aussi! On aurait dit que des couches successives de peau et de chair avaient été enlevées par tranches au point que toute épaisseur, même celle des os, avait disparu. Présentées de profil, de telles mains n’avaient plus rien d’humain. »

Je sais pas pour vous, mais moi, je me fais une image assez dégueuse de ces mains-là. Si Owen a une qualité, c’est dans ses descriptions. Souvent, les nouvelles commencent avec un longue description qui introduit le décor, les personnages pi l’atmosphère. Mais en général, c’est décevant. La nouvelle commence, le potentiel est bon, pi la fin arrive. C’est tout. Ça donne aucune émotion, ça fait pas peur, rien.
Facque je reste avec la même idée qu’après avoir lu Cérémonial nocturne : Owen, c’est pas le yable. J’en lirai pu. Au moins, ça m’a même pas coûté un euro.

Verdict : ça vaut pas la peine.

La femme de Putiphar, par Gaston Compère

mai 29, 2010

Publication : 1975

Gaston Compère a remporté le prix Jean Ray en 1975 pour La femme de Putiphar, prix qui récompense la meilleure œuvre fantastique en Belgique. C’est pas super prestigieux, mais c’est pas grave. À part ça, il a aussi écrit de la poésie, des nouvelles, des romans, pi des pièces de théâtre. 4e de couverture :

Il y a diable et diable. Les grands, les gros, les gras, les féroces, les lubriques, les bêtes, les méchants. Puis, les autres – tous les autres dont les formes et les allures défient l’imagination. Ils sont des milliers et utilisent les tours les plus extraordinaires pour jouer aux vivants et aux morts. Peut-on y échapper? Avec une verve et un humour qui font merveille, Gaston Compère donne ici un recueil de contes fantastiques où éclatent toutes les couleurs de l’Enfer.

Je dois dire qu’en lisant ça, ça m’a pas ben ben donné envie de lire le livre. Mon fantastique, je l’aime sérieux. Mais j’avais envie de connaître le fantastique belge. Je me considère comme un explorateur, plus ou moins. En tout cas, je l’ai lu pareil.

En gros, ça parle de démons. Y en a dans toutes les nouvelles. Des possessions bizarres, des invocations qui virent mal pi toute. Mais le traitement est pas toujours bon. J’ai aimé : l’adaptation du conte de Barbe-Bleue qui se passe en 1975, avec les esprits des femmes tuées qui foutent la marde à la fin; l’histoire d’un démon qui séduit une jeune vierge pi qui la viole dans un cimetierre; l’histoire d’une femme qui se fait avorter mais qui est pognée avec un genre de démon-fœtus qui se cache on sait très bien où pi qui tue les hommes qui couchent avec elle :

Elle toussait si fort qu’elle se pliait en deux, et je n’apercevais pas sans trouble, par moment, un éclair de mollet blanc entre les pans agités de son peignoir. Soudain je me sentis devenir froid : sous un de ces pans, celui de droite pour être exact, je vis apparaitre une tête. Une tête minuscule, affreuse, d’un noir brillant. Je me souviens de mon haut-le-corps : des reins je heurtai un coin du buffet, au point de me faire un hématome, dont je souffris toute la semaine.

J’ai crissement pas aimé la nouvelle qui donne le titre au receuil : une gang de démons décident de faire de la planète un huge bordel. Pour ça, ils possèdent une pute obèse qui devient une vedette internationale grâce à la musique pop. Le ton de cette nouvelle-là était juste désagréable :

Sans doute, Putiphar n’est-il pas le Malin; il n’empêche qu’il a décroché, avec distinction, un doctorat d’Université à Infernapolis; si mes renseignements sont exacts, le sujet de sa thèse est le suivant : De mulierium crassarum luxuria. Le Malin s’était sans doute souvenu de cette thèse plus qu’honnête, à moins que son ordinateur particulier n’eût rappelé Putiphar à sa mémoire, Putiphar et par conséquent ceux que j’appellerais du nom de démonicules. Putiphar se mis tout de suite à la besogne.

Je sais pas pour vous, mais une université en enfer, moi, ça me fait pas rire. C’est juste sec.

12 nouvelles, donc. La moitié que j’ai aimé, l’autre qui m’a gossé. Ce qui saute aux yeux quand on lit ce recueil-là, c’est le style. Un style humoristique pi autoréflexif, avec le narrateur qui parle de ce qu’il est en train d’écrire. En plus de ça, des jeux de mots, des jokes pi des inventions de mots. Au début, j’aimais ça, ça me faisait rire. Mais à un moment donné, j’étais juste tanné des jokes vraiment pas si bonnes :

Qu’écrire? Je ne puis me pronconcer pour Marie-Ange. Peut-être d’instinct savait-elle ce qu’il fallait faire. Peut-être n’était-ce qu’une petite peste hypocrite, qui sait? Bon chien chasse de race. Émilie était un vieux chameau. Agréable d’écrire ceci. Marie-Ange, jeune chamelle : amusant. Et peut-être… mais non, je ne puis pas encore me résoudre à croire à… à… mais non, je délire. Vésanique je suis, voilà. Un point. À la ligne.

C’est un bon exemple de ce qui m’énerve dans son style. Des fois c’est drôle pi toute, mais la plupart du temps, c’est juste l’auteur qui trouve ça l’fun. On dirait qu’il a écrit tout ce qui lui passait par la tête sans se demander si c’était bon ou pas.
Ça me gossait déjà, pi là j’ai remarqué qu’il était mysogine. Ses personnages sont soit des putes ou des vierges qui se font violer. Ou des intellectuelles, chose que l’auteur semble vraiment trouver amusant. Dans sa tête, toutes les femmes qui lisent des livres sont féministes pi vraiment désagréables. C’est peut-être juste moi, mais ça ressemble vraiment à ça. Autre affaire : je pensais pas que le mot nègre s’utilisait encore en 1975. J’ai appris quelque chose.

Mais y a pas juste du pas bon dans La femme de Putiphar. La nouvelle L’armoire de sacristie m’a vraiment plu. C’est un collectionneur d’armoires de sacristie qui se rend dans l’Église d’un prêtre alcolo pi bizarre pour lui faire une offre. Mais là le prêtre pi son neveu deviennent des genres de monstres à mi-chemin entre un cochon pi un humain pi peut-être autre chose. Il se pousse juste à temps. Mais ça fini pas là : il appelle son domestique pour aller buster l’armoire pendant la nuit. C’est là que ça devient drôle : le domestique est comme trop dévoué pi tout le temps trop officiel.

Monsieur va se salir les chaussures s’il entre dans ce fumier.

Une fois dans l’armoire, ils se font attaquer par le petit gars pas clean :

Un bras d’enfant était engagé dans l’ouverture quand Auguste poussa la porte, sur laquelle je me jettai moi-même. Des cris éclatèrent. Et han! Et han! La main était affreuse, décharnée, armée d’ongles tranchants, – une affreuse petite main de vieillard. Et han! L’épaule d’Auguste frappait la porte comme un bélier. Et han! L’os craqua. Et han! Han! Han! La main tomba. Elle bondit follement dans la sacristie, monstrueuse grenouille. Elle brûlait. Nous la regardions comme hypnotisés, dans la crainte qu’elle ne nous attaquât. Il n’en fut rien. Elle tomba dehors, où nous la vîmes s’éteindre brusquement.
La lampe chercha en vain la main éteinte : elle ne découvrit qu’un pied de porc aux ongles roussis.

Finalement ils ramasse le pied de porc pi se poussent avec l’armoire, dans laquelle ils trouvent les squelette d’un vieux prêtre pi d’un enfant avec une main manquante.

Overall, je dirais que le recueil est vraiment inégal. Le style est bon des fois, des fois vraiment poche. Des fois l’humour fitte bien dans l’histoire, des fois c’est juste déplacé. Y a des bonnes nouvelles, pi d’autres pourrites. Peut-être que ça serait une bonne idée de lire une nouvelle à la fois pour avoir le temps de digérer pi de pas s’écoeurer trop vite.
J’aime ça lire des auteurs avec un style spécial, mais des fois c’est pas bon. Au moins, ça change un peu de l’habitude.
Je pense que j’aime pas le mélange humour pi fantastique, autant au cinéma qu’en littérature. Je suis jamais satisfait quand je lis ou vois ça. Je sais pas pourquoi.

Verdict : je le recommande pas. Même si certaines nouvelles valent la peine, les autres m’ont vraiment fait chier. Désolé Gaston.