Le rideau cramoisi, par Barbey d’Aurevilly

Parution : 1874
Nouvelle
Une soixantaine de pages

C’est la première nouvelle du recueil Les Diaboliques, un classique de la 2e moitié du XIXe siècle en France. L’auteur, Jules de son prénom, en plus d’être un dandy crissement péteux de broue, a subit un procès pour son ouvrage pi les exemplaires restants ont été détruits ou perquisitionnés. Jusqu’à une réédition en 82. En tout cas.

« Le seul bruit qu’il y avait autour de moi, dans ce profond et complet silence, c’était moi qui le faisais avec mon crayon et mon estompe. Oui, c’était elle que je dessinais, et Dieu sait avec quelle caresse de main et quelle préoccupation enflammée ! Tout à coup, sans aucun bruit de serrure qui m’aurait averti, ma porte s’entrouvrit en flûtant ce son des portes dont les gonds sont secs, et resta moitié entrebâillée, comme si elle avait eu peur du son qu’elle avait jeté ! Je relevai les yeux, croyant avoir mal fermé cette porte qui, d’elle-même, inopinément, s’ouvrait en filant ce son plaintif, capable de faire tressaillir dans la nuit ceux qui veillent et de réveiller ceux qui dorment. »

Facque c’est l’histoire du narrateur qui rencontre une vieille connaissance, le vicomte de Brassard, dans une calèche pour aller je sais pas où. La calèche est forcée d’arrêter dans un petit village, drette devant la maison où Brassard a vécu une histoire terrifiante. Le narrateur y demande de la raconter, pi y le fait. (Rendu là, y a déjà 30 pages de faites.) Donc Brassard, tout jeune, sortant de l’académie militaire, faisait sa garnison dans le village où rien se passait, jusqu’au jour où la fille du couple de bourgeois qui le logeaient se pointe dans l’appartement. Alberte, c’est une fucking chicks, pour paraphraser Brassard :

« Leur fille ! Il était impossible d’être moins la fille de gens comme eux que cette fille-là ! Non pas que les plus belles filles du monde ne peuvent naître de toute espèce de gens. J’en ai connu… et vous aussi, n’est-ce pas ? Physiologiquement, l’être le plus laid peut produire l’être le plus beau. Mais elle ! Entre elle et eux, il y avait l’abîme d’une race. »

Sauf qu’elle s’en crisse, de Brassard. Elle le regarde jamais, comme si y existait pas. Pi, un jour, au souper, elle y prend la main sous la table. Brassard choke, surtout que les parents sont autour de la table. Le lendemain, il y donne un papier sous la table, elle le pogne pi le crisse dans son corsage. Brassard trippe. Mais le lendemain, elle le regarde même pas. Brassard est triste. Mais une nuit, elle vient dans sa chambre, pi elle revient tous les deux jours. Pendant tout ce temps-là, dans leurs ébats amoureux pi toute, jamais elle dit un mot. Pi à un moment donné, juste comme Brassard se donne à fond pour y donner du plaisir, y se rend que qu’Alberte est morte, toute froide pi rigide. Y choke pi va voir son sergent pour y demander quoi faire. Le sergent assure ben trop pi y dit J’m’en charge. Brassard se pousse de la ville pi y revient pu jamais.

« Et après ? – lui dis-je.
– Et bien, voilà, répondit-il, il n’y a pas d’après ! C’est cela qui a bien longtemps tourmenté ma curiosité exaspérée. »

À notre grande tristesse, Brassard connait pas la suite de l’histoire. Mais, juste quand la calèche allait se remettre en route, Brassard pointe la fenêtre au rideau cramoisi pi dit : L’ombre d’Alberte !
Ça finit demême.
La grosse question : en quoi c’est fantastique ?
1. C’est ambigu.
2. Alberte était bizarre en crisse, pi l’accent mis sur son étrangeté cache certainement quelque chose.
3. Elle peut pas être morte juste demême, sans raison.
4. L’ombre dans la fenêtre à la toute fin.
5. Le recueil s’appelle Les Diaboliques, pi Diabolical women en anglais. Quand même.
Mon opinion, c’est que c’était déjà un cadavre avant. C’est ben plus cool demême. Ça expliquerait son absence d’émotion pi sa froideur. Un cadavre, peut-être animé par la yable ou je sais pas. J’aimerais avoir d’autres opinions, si quelqu’un lit encore mon blogue.
À part tout ça, c’est excellent. Le récit de Brassard occupe la moitié de la nouvelle, pi l’autre c’est la description de Brassard faite par le narrateur. Le narrateur qui, d’ailleurs, est plutôt cynique :

« Vous regardiez donc aussi cette fenêtre, Capitaine, et même vous la reconnaissiez ? – lui dis-je de ce ton détaché qui semble ne pas tenir du tout à la réponse et qui est l’hypocrisie de la curiosité. »

On sait tous de quel ton y veut parler, non ? Pi son ironie est encore plus présente quand y coupe l’histoire de Brassard. Tout le long, le narrateur interrompt Brassard, tellement que ça finit par gosser – Barbey avait pensé appeler son recueil Ricochets de conversations. Ça parait. Quand Brassard y dit qu’y’était étonné que Alberte ait eu assez de courage pour traverser la chambre de ses parents à tâtons, dans le noir, pour aller le rejoindre, le narrateur répond :

« Ah – fis-je, – on n’est pas plus brave à la tranchée ! Elle était digne d’être la maîtresse d’un soldat ! »

La belle ironie qui dit à l’autre que son histoire est pas si malade. Ou ben, plus tard :

« Mais ils dormaient comme les Sept Dormants, les parents de cette Alberte ! – fis-je railleusement, en coupant net les réflexions de l’ancien dandy par une plaisanterie, et pour ne pas paraître trop pris par son histoire, qui me prenait, car, avec les dandys, on n’a guère que la plaisanterie pour se faire un peu respecter. »

Toute la nouvelle est imprégnée de cette ironie-là, que je trouve fucking drôle. Pi les interruptions font que la nouvelle s’étire, pi qu’on veut crissement savoir ce qui va se passer avec Alberte.

Verdict : recommandé à ceux qui veulent lire une bonne nouvelle fantastique. Ça se lit pas comme du Stephen King – avec le cerveau déplogué -, c’est évident. Ça demande un peu plus de réflexion pi toute, mais ça vaut vraiment la peine.

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