Archive for the 'Horreur/Fantastique français' Category

Rubber

mai 26, 2011

Réalisation : Quentin Dupieux
Scénario : Quentin Dupieux
Pays : France
Sortie : 2010 en Europe, 2011 en Amérique du nord

Rubber m’intriguait. C’est quand même l’histoire d’un pneu tueur qui a des pouvoirs télékinésiques. Surtout que ça avait l’air un film d’auteur crissement léché.

Résumé

C’est l’histoire d’une gang de spectateurs qui regardent avec des longues-vues les aventures d’un pneu animé à travers le désert. Le pneu découvre des pouvoirs télékinésiques pis y fait exploser la tête des gens sans raison apparente. La police enquête pis essaye de le pogner, pendant que les spectateurs commentent ce qui se passe. Après avoir vu une pile de pneus en feu, le pneu décide de se venger, ou quelque chose comme ça. Pendant ce temps-là, les spectateurs se font empoisonner; y reste juste un monsieur dans une chaise roulante.

Critique

Rubber, c’est un film d’auteur, dans le sens qui suit pas les conventions habituelles du cinéma hollywoodien ou populaire, avec une trame narrative assez claire, un rythme enlevant pis des personnages archétypaux. C’est lent, c’est n’importe quoi pis c’est beau.
Surtout au début, y a des longs plans qui montrent le pneu rouler dans le désert, sans que rien se passe vraiment. La photo tout en lumière est vraiment belle pis les plans sont magnifiques, super clairs pis définis. La réalisation est vraiment excellente, pis visuellement c’est parfait.
Dès le début, le personnage du policier nous averti que le film est hommage au n’importe quoi – au « No reason ». Faut pas s’attendre à une explication, donc. Pis le pneu est pas le seul élément pas rapport : les chaises du début, les spectateurs empoisonnés pis le tricycle à la fin. Même que les spectateurs comprennent rien. Y parlent du film pour essayer de l’expliquer mais réussissent jamais. Même qu’un spectateur fait remarquer au policier que ce qu’y fait ça a aucun sens. Y a une dissension au sein des spectateurs : ce qui veulent juste regarder le film calmement pis ceux qui veulent le commenter pour le comprendre.
Y a aussi des éléments qui le rattachent à l’horreur : on voit un lapin pis plein de têtes exploser avec des bouts de chair partout. La scène où le gars meurent après avoir bouffé de la bouffe empoisonnée est quand même troublante. Mais le film est drôle en crisse, surtout la scène où le policier pensent que tous les spectateurs sont morts pis qu’y dit à tout le monde d’arrêter de jouer. Mais y se rend compte qu’y en reste un pis qu’y faut continuer de jouer le film pis chercher le pneu. D’ailleurs, l’acteur qui fait le policier est vraiment bon pis comique. Facque l’écoute est le fun même si c’est vraiment lent.

Analyse

Vu que le film se présente lui-même comme vide de toute signification, l’analyser a l’air un peu bizarre. Surtout qu’y a comme trois niveaux dans le film : 1. Le discours pastiché des films d’horreurs où un tueur fait des victimes dans raison apparente 2. L’histoire du pneu pis des policiers 3. Les spectateurs qui commentent l’histoire du pneu. Facque c’est une genre de méta-comédie avec une mise en abyme incorporée. Je vais quand même essayer.
Ça se passe dans le désert, au milieu de nulle part. Y a rien sauf un môtel pis une mini ville. On sait pas où exactement, ça pourrait être aux États-Unis comme en Australie. On est dans le flou par rapport au lieu de l’histoire. On devine l’époque, à peu près contemporaine. Facque c’est nulle part pis partout en même temps. On sait pas non plus pourquoi y a des spectateurs, ni pourquoi y se font empoisonner. Mais on finit par comprendre que la présence des spectateurs oblige les personnages à jouer leurs rôles, un peu comme l’offre et la demande : on joue tant qu’y a du monde pour regarder. À un moment donné, les spectateurs se font donner une dinde pour manger; y se pitchent dessus comme des malades – y ont pas mangé depuis le début du film – pis la scène est filmée comme si c’étaient des zombies qui bouffaient quelqu’un. Affamés de violence, de mort ? Peut-être, si on pense aux fans de films d’horreur qui cherchent à voir les films les plus dégueux pis les meurtres les plus violents. C’est la faute du public si la série Saw s’est rendue à 7 films, pis que Platinum Dunes continue à faire des remakes à chier : le monde va voir ces fims-là. Tant qu’y vont faire du cash, y vont continuer à faire des films comme ça. C’est la faute du seul spectateur vivant si les acteurs doivent continuer à jouer. On est dans la même position que les spectateurs du film : au début, on regarde sans comprendre. Ensuite, on y prend goût même si c’est n’importe quoi parce qu’on est intrigués. C’est parce qu’y nous intrigue que le film réussit son but : faire un hommage au n’importe quoi en rendant ça intéressant.

Verdict

Recommandé, pour les gens qui cherchent autre chose dans le cinéma qu’une série de cascades pis de meurtres en série. C’est un super bon film d’auteur qui porte un regard critique sur le cinéma en général en rendant ça comique pis bizarre.

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Haute tension

mai 24, 2011

Réalisation : Alexandre Aja
Scénario : Alexandre Aja pis Grégory Levasseur, basé sur une nouvelle de Dean R. Koontz
Pays : France
Sortie : 2003

Alex Aja est reconnu comme un réalisateur d’horreur qui promet. J’ai entendu (pis lu) tout plein de critiques super élogieuses de son premier film, Haute tension. Son remake du film de Wes Craven, The hills have eyes, m’avait agréablement surpris (c’était avant que je m’intéresse sérieusement au cinéma d’horreur). Mirrors était moins bon, malgré la scène dans le bain. Ensuite, Piranha 3D a eu un huge succès, à mon sens, vraiment mérité. Mais, le meilleur, d’après plein de monde, c’est Haute Tension, que j’avais toujours pas vu.

Résumé

C’est l’histoire de Marie pis Alexa, deux amies de longue date, qui s’en vont visiter la famille de Alexa à la campagne pour étudier. Pendant la nuit, un gros monsieur pas clean entre dans la maison pis décâlisse tout le monde. Marie réussit à se cacher pis elle retrouve son amie Alexa attachée sur son lit. Mais le tueur les pogne pis les crisse dans son vieux truck à la Jeepers Creepers, pour les emmener on sait pas où.

Critique

Les films d’Aja sont pas les plus originaux au niveau de la forme : la réalisation est assez convenue pis classique. Une de mes scènes préférées dans Haute tension, c’est au début, quand les deux filles se mettent à chanter dans le char. Ça montre l’amitié entre Marie pis Alex d’une façon convainquante pis crédible. (D’ailleurs, je veux souligner la qualité de la trame sonore.) À part ça, la réalisation est surtout axée vers les personnages : des gros plans du visage de Marie, de Alex attachée pis de la mort horrible de la mère d’Alex. Heureusement, les acteurs sont excellents. Maïwenn joue comme une championne un rôle pas facile vu qu’elle est baîllonnée tout le long. Cécile de France fait une sale job dans un rôle pas facile non plus, surtout dans les moments où elle se cache du tueur en capotant. On peut vraiment lire la peur dans sa face. Sa réaction quand elle trouve Alex est super réaliste. Sans oublier le bout où elle se fait étouffer avec un sac de plastique. À elles seules, elles font le film.
L’autre affaire le fun, c’est qu’on sent vraiment la tension quand le tueur est dans la maison. Le montage, souvent en parallèle, m’a stressé tout le long. Du côté du suspense, c’est réussit.
Pour le gore, j’ai des petites réserves. Oui, la scène d’égorgement pis le meurtre à la scie ronde sont sauvages pis troublants. Mais certaines scènes m’ont semblées un peu ratées : la décapitation à travers les barreaux de l’escalier pis le tapage dans la face du tueur à coup de bâton pimpé avec du fil barbelé. Faut dire que j’avais vu I saw the devil la veille, pis qu’on peut pas trouver un meilleur exemple de destruction de visages avec des objets contondants. Le montage joue pour beaucoup : dans le film de Jee-Woon Kim, les meurtres sont filmés en un seul plan – ou presque, tandis que dans le bout du bâton barbelé, le montage est trop rapide. À part ça, le sang gicle en masse dans Haute tension, pis on aime ça.
J’ai vu des gens qui disaient que le film est bon jusqu’au twist final, qui est pas nécessaire, selon eux. J’avoue qu’à première vue, ça peut avoir l’air un peu gratuit pis d’être juste un twist pour être un twist. Ces gens-là disaient que le film est de l’horreur classique, avec du suspense pis du gore. C’est vrai, mais c’était bizarrement vide, avant le twist, qui vient donner beaucoup de profondeur au film.

Analyse

La finale est trop sick : en menaçant Alex avec une scie ronde, Marie y dit « Tu m’aimes pas, hein ? » Alex se met à crier « Si, je t’aime ! Je t’aime » en pleurant. Marie dépose son arme pis embrasse Alex, qui entre un pied de biche dans le torse de son amie. Tout ce qu’elle voulait, Marie, c’était l’amour de son amie. Si on reprend depuis le début : ça commence par quelqu’un, apparemment blessé pis sous le choc, qui répète : « Je laisserai plus personne se mettre entre nous. » Ensuite ça embarque sur les deux filles dans le char. Alex est une belle fille avec les cheveux noirs pis longs. Marie aussi est belle, mais elle a les cheveux super courts avec deux boucles sur l’oreille gauche. D’entrée de jeu, Marie a le physique du stéréotype de la lesbienne. Elle raconte son rêre à Alex : elle courait dans le bois, blessée pis pourchassée par quelqu’un, pis elle pense que c’est elle-même qui se courait après. C’est crissement significatif, parce qu’elle se sauvait d’êlle-même, de son double qui la menaçait. Alex y dit : « tu pourrais pas faire des rêves normaux, comme tout le monde ? » pis Marie répond : « Je veux pas être comme tout le monde. » Un peu plus tard, les deux filles ont une discussion : « – Alex : Tu peux pas agir toujours comme ça avec les mecs. – Marie : J’agis pas toujours comme ça. » On comprend que Marie est un peu étrange pis qu’elle se comporte de façon bizarre avec les gars. Encore plus tard, dans la cuisine, Alex dit :

« – Tu vas finir vieille fille.
– J’ai pas le feu au cul.
– T’as la trouille. »

À ce moment-là, elle sort pour fumer une tope, pis elle voit son amie Alex prendre une douche. Tout de suite après, Marie rentre dans sa chambre pis commence à se masturber. Y a un montage parallèle : on voit Marie qui se touche, le camion du tueur se rapprocher pis le reste de la famille qui dort. Déjà, on associe Marie avec le tueur, qui sont les seuls à être réveillés. En plus, l’apparition du tueur coincide avec l’orgasme de Marie, qui entend le chien japper. Comme si son désir pour son amie était tellement fort qu’y s’est matérialisé. De la fenêtre de sa chambre (au grenier), Marie assiste au meurtre du père pis à l’entrée du tueur dans la maison. Sa chambre au grenier, ça veut dire quelque chose : si, dans les films d’horreur, le sous-sol représente ce qui est irrationel, ou inconscient, le grenier représente la rationalité, la conscience. Facque Marie, dans le grenier, c’est le Surmoi (qui a toujours réprimé ses pulsions homosexuelles) qui s’étonne de voir surgir le Ça, ses pulsions inconscientes qui explosent tout à coup. Elle est confronté à son homosexualité pour la première fois de façon consciente. Elle s’étonne de ses propres actions, comme quand elle voit la mère se faire égorger en la fixant du regard. D’ailleurs, en mourant, la dernière chose que la mère dit, c’est : « Pourquoi ? » Les actions du Ça sont pas rationelles, c’est l’inconscient qui obéit à aucune logique. Le Surmoi a pas réussit à contenir les pulsions du Ça. Elle a peur pis elle est surprise d’elle-même, pis comme dans son rêve, elle se court après. Plus loin, ça devient clair pendant cette magnifique scène-là : les deux filles sont pognées dans le truck du tueur. La toune qui joue c’est : À toutes les filles, de Didier Barbelivien pis Félix Gray. « À toutes les filles que j’ai aimé, avant. » La caméra nous montre, sur le dash, des photos de filles découpées. La thèse de l’homosexualité devient dure à réfuter. À la fin, quand le tueur essaye d’étouffer Marie, y lui dit : « Qu’est-ce que tu lui veux, à Alex ? Elle t’excite ? Moi aussi, elle m’excite ! » on finit par arriver au bout de la scie ronde pis du baiser sur la bouche. À ce moment-là, Alex poignarde Marie avec une arme blanche, symbole phallique par excellente. C’est la défaite de l’homosexualité. Voilà.

Verdict

Recommandé. C’est fucking bon, surtout le jeu des actrices, la trame sonore pis le suspense. C’est vraiment un excellent film, pis je me range aux côtés de tous les autres : Haute Tension, c’est le meilleur de Alex Aja, pis un des meilleurs films d’horreur français.

La Meute

mars 28, 2011

Réalisation : Franck Richard
Scénario : Franck Richard
Pays : France pis Belgique
Sortie : 2010 en France, 2011 en Amérique du Nord

J’avais hâte de le voir depuis que je l’ai raté à Fantasia l’année passée. Maintenant qu’y est sorti en DVD, j’ai réussi à le downloader. Les critiques avaient été bonnes, en général, pis un film à moitié belge, ça permet d’espérer des trucs bizarres, comme dans Calvaire ou C’est arrivé près de chez vous.

Résumé

C’est l’histoire de Charlotte, une jeune femme qui fait un road-trip toute seule sans vraiment de destination. Elle pogne un gars sur le pouce, Max. Ensemble, y arrêtent dans un genre de bar crasseux nommé La Spack, tenu par une grosse madame du même nom. Dans le bar, Charlotte pi Max se font menacer pis presque violer par trois motards débiles. La Spack sort un shotgun, ben décidée à maintenir le calme dans son bar. Sauf que, quand Max revient pas des toilettes, Charlotte se met à le chercher. Elle sent que quelque chose de bizarre se trame. Après avoir parlé à un vieux policier, elle entre par effraction dans le bar louche. Mauvaise idée : elle se retrouve enfermée dans une cage par La Spack pis Max, qui s’avère être son fils. Charlotte essaye de s’enfuir pis le policier essaye de la retrouver. Finalement, par un soir de tempête, La Spack accroche Charlotte sur un genre de potence pour la saigner en disant « La terre a besoin de sang ». C’est là que les zombies arrivent.

Critique

Le film commence un peu comme un cool movie à la Tarantino, avec des dialogues ben écrits pis des répliques cinglantes. Charlotte est un peu stéréotypée, genre fille forte qui écoute du métal pis qui a le sens de la répartie, mais le personnage réussit à être pas trop cliché, notamment grâce à son humour noir (la joke du zoophile, du sadique, de l’assassin, du nécrophile, du pyromane pi du masochiste). Pis elle est vraiment badass, comme quand elle boit son café après que le motard ait craché dedans pour l’intimider. Émilie Dequenne réussit à bien rendre la panique de Charlotte quand elle est enfermée.
En général, j’ai ben aimé les dialogues, surtout les répliques des motards, qui me faisaient rire à chaque fois. Exemple : « Chérie j’dois pisser, tu peux m’la tenir ? Mon médecin m’interdit d’porter des objets lourds. » C’est du génie. Ou ben Charlotte qui dit à Max : « J’te préviens, si tu sors ta bite ou quelque chose dans le genre, tu mange un bouquet de phalanges. » Max répond : « T’inquiète, fait trop froid. » Même si c’est pas réaliste, au moins, c’est drôle. Pis le ton est maintenu tout le long du film. Pis aussi « Va falloir éclater des mecs. Ça vous dirait, les tapettes ? »
Le personnage de La Spack est quand même cool, genre vieille campagnarde qui en a vu d’autres. Pi le policier trop wise est cool aussi, un peu à la Colombo, surtout avec son chandail Fuck on first date pis sa joke de faire des bruits de cheval quand y prend son vélo.
L’atmosphère vraiment crasse est réussie pis elle nous fait sentir sale pis toute – ça rappelle beaucoup Calvaire. On se sent encore plus mal vu qu’on sait pas trop où (on a aucune indication de lieu), ni quand ça se passe (aucune indication de temps). En fait, j’ai trouvé que ça avait des allures d’uchronie, surtout avec les personnages des motards qui font pas mal renégats-d’un-monde-post-apocalyptique, pis avec le décor style campagne retardée qui permet pas vraiment de se situer dans le temps. Anyway, tout ça, ça ajoute à notre malaise pis notre incompréhension.
J’ai entendu pas mal de critiques négatives à propos du scénario, mais j’ai pas trouvé particulièrement mauvais. Bon, on peut se demander pourquoi Charlotte essaye autant de retrouver Max, qu’elle vient tout juste de rencontrer, mais tsé. Contrairement à tout le monde, j’ai adoré le changement de ton drastique aux 2/3 du film, quand les zombies arrivent. Je m’attendais crissement pas à ça, pis j’ai été agréablement surpris.
La réalisation est paspire pantoute pis rend ben l’ambiance crade du décor. Les plans sont ben cadrés pis les mouvements de caméras sont intéressants. Par exemple, j’ai aimé l’ellipse quand on voit le policier rentrer chez La Spack : le plan coupe pis enchaîne sur La Spack qui ressort avec le policier dans une brouette. C’est nice comme montage, mais ensuite on nous sert un flashback qui explique comment ça c’est passé. Fucking maladroit.
Le film a des défauts : j’ai trouvé complètement inutile toute l’histoire des mineurs morts sous la terre qui sert à justifier l’existence des zombies. Surtout le bout où Charlotte tombe sur des vieux journaux, c’était crissement pas nécessaire. Ça aurait été mieux sans aucune explication. Aussi, dans la scène de l’attaque sur la petite cabane, les quatres zombies restent constamment au même endroit, comme si c’était fait pour qu’on puisse les voir à travers la fenêtre. Pas bon du tout. Pis on aurait vraiment pu se passer du sang qui dégouline dans l’objectif à la toute fin.
Le gore est quand même paspire, même si y en a pas tant. Les zombies sont assez forts pour démembrer un homme sans forcer. La scène de la torture sur la chaise est pas nice pantoute, même si elle est pas gore. Pis la fin est vraiment bad, dans le sens qu’elle nous fait pas sentir ben. J’avoue que j’ai été surpris que ça finisse aussi mal, pi j’étais triste pour Charlotte. Je l’aimais ben, finalement.

Analyse

« La victime fantastique est donc un être déterritorialisé. » C’est ce qu’écrit André Carpentier dans son article L’espace fantastique comme variété de l’espace vécu. Y me semble que ce mot-là – déterritorialisé – qualifie ben Charlotte. Elle évolue, comme le spectateur, dans un monde qui propose aucun point de repère temporel ou spacial. En plus, elle a pas vraiment de but : au début, elle dit à Max qu’elle roule jusqu’à la fin de ses CDs. Le film s’ouvre sur des longs plans de routes perdues dans le brouillard. D’emblée, on sait qu’on se trouve dans le trou-du-cul-du-monde, un lieu isolé, éloigné de la civilisation pis de ses règles. Cette idée d’égarement est présente chez Charlotte elle-même, qui a pas de passé, pis encore moins de futur. Tout ce qu’on sait d’elle, c’est ce qu’elle aime écouter les problèmes de gens, que ça la dope. On peut peut-être en déduire qu’elle aussi a des problèmes, pis qu’écouter ceux des autres, ça l’aide à relativiser, ou au moins à se sentir moins seule dans sa marde. On découvre que plus ça va, plus Charlotte s’enfonce dans un univers crade pis dirt, qui la menace constamment pis qui ses déshumanise à mesure que le récit avance. Dès le début, y a les motards qui essayent de la violer, ensuite le policier qui l’avertit que c’est dangereux, pour une belle fille comme elle, de prendre des pouceux – ce qui s’avère vrai, ensuite la cage, La Spack a l’air invincible, pis ensuite les zombies. Charlotte passe de fille-forte à fille-captive-bétail à fille-captive-bouffe-pour-les-zombies. Elle aussi se déshumanise, comme si l’univers dans lequel est évolue l’avait contaminée. Tout le long de sa captivité, ses efforts pour communiquer sa détresse son vains; l’humanité est pas rejoignable. Tout le long du film, Charlotte se débat « sous la menace de l’étrange, soumise à la coupure ou au renoncement à tout principe de liberté. C’est pourquoi sa mésaventure, sa détresse paraissent irréversibles. Le maléfice n’est pas qu’au bout de son trajet; il l’accompagne tout au long de sa déambulation. » Le monde se referme peu à peu sur Charlotte pis y devient tellement hostile qu’y finit par la bouffer, au sens propre.
Pour résumé, Charlotte, c’est une espèce de Dante, mais sans personne pour la guider, qui réussit pas à se sortir de l’enfer.

Verdict

Recommandé. Même si c’est pas parfait, c’est un film surprenant pis ben réalisé (la plupart du temps). Les dialogues sont comiques pis malaisants en même temps, les personnages sont le fun pis les zombies sont vraiments laids, dans le bon sens du terme.

The ninth gate

février 16, 2011

Réalisation : Roman Polanski
Scénario : John Brownjohn, Enrique Urbizu pi Roman Polanski, d’après le roman Le club Dumas de Arturo Perez-Reverte.
Pays : Espagne, France, États-Unis
Sortie : 1999-2000

Ça peut paraitre bizarre, mais c’est un des classiques de ma jeunesse. Quand je pense à Johnny Depp, je pense pas à Jack Sparrow, ni au Madhatter, ni à Ed Wood; je pense à Corso. Je me rappelle, chu allé le voir au cinéma avec mes parents, je devais avoir 12 ans. Y me semble que j’avais aimé ça même si j’avais rien compris. Je l’ai vu quelques autres fois après ça, mais jamais depuis que je m’intéresse plus sérieusement aux films fantastiques/d’horreur.

Résumé

Dean Corso est un dealer de livres anciens, qui hésite pas à fourrer un peu ses clients quand l’occasion se présente. Y est sûr de lui, y a de la répartie pi y c’est un businessman terre-à-terre. Y se fait engager par un collectionneur millionnaire, Boris Balkan, qui possède laplus grosse collection de livres sur le Yable au monde. Ayant récemment mis la main sur le livre The ninth gate of the kingdom of shadows, livre supposément écrit par le Yable lui-même pi dont y reste juste 3 copies dans le monde, y veut que Corso retrouve les deux autres pour vérifier si le sien est authentique. Facque Corso se pousse en Espagne, au Portugal pi en France pour trouver les autres livres. Mais y se rend compte que ça sera pas facile pi que Balkan est pas le seul à être intéressé par ce livre-là. Corso est pogné au milieu de plein de meurtres bizarres pi y a l’impression de se faire suivre. Une chance, y rencontre une fille qui l’aide dans son projet. Y compare les trois copies du livre pi y trouve des petites différences qui le mettent sur la piste d’une affaire qui le dépasse.

Critique

C’est peut-être parce que j’étudie en littérature, mais toute l’intrigue qui tourne autour d’un vieil ouvrage écrit par Satan, moi ça me plait. J’ai l’impression que ce film-là c’est une version moins niaiseuse de Davinci Code : les deux mettent en scène une quest pour la vérité qui comporte des obstacles, mais Corso est ben plus humain que Robert Langdon, pas loin d’être un super-héros. Surtout, l’enquête avance ben moins vite que dans le livre de Dan Brown, ce qui rend ça plus réaliste pi moins épais. J’ai été étonné de voir les mauvaises reviews sur RottenTomatoes pi IMDB; ça parlait, entre autres, d’un manque de rythme que j’ai pas remarqué. C’est plas un thriller avec plein d’action, c’est sûr, mais ça veut pas dire que c’est platte. Le build-up est bon pi progressif, pi y nous fait plonger dans le mystère petit à petit.
J’aime ben le personnage de Corso; c’est pas un genre de héros pur pi parfait qui s’oppose à un méchant pas fin. On tombe pas dans le manichéisme. Corso est pas très moral, ou honnête, mais ça le rend humain, donc attachant. Balkan aussi est intéressant, en collectionneur obsédé pi un peu fou. Les acteurs font ben leur job, aussi, pi les dialogues sont loin d’être téteux. Les personnages secondaires sont cools eux aussi : les frères jumeaux moustachus, le vieil aristocrate dont la noblesse s’effrite pi la madame en chaise roulante.
Ce que j’ai aimé, c’est que le côté surnaturel est pas amené comme il l’est d’habitude; au lieu d’être une genre de secte qui invoque le Yable, c’est un collectionneur zélé qui s’imagine être le seul digne de le faire. C’est moins invraisemblable, y me semble. Même que j’ai eu l’impression que Polanski riait des films de cultes sataniques : la scène où Balkan interromp la messe noire en criant « Mumbo Jumbo ! » pi en envoyant chier tout le monde en disant que la Yable se pointera pas pour une gang de geek déguisés avec des toges noires. Ce qui fait que la fin est cool, sauf la toute dernière image : Corso qui s’avance dans un gros flash de lumière blanche. Ça gâche presque le film.

Analyse

Dans The ninth gate, j’ai vu une genre de quête de l’Ailleurs qui est à rapprocher avec Là-Bas de Huysmans, pi aussi des poèmes de Baudelaire genre Anywhere out of the world ou L’invitation au voyage. Quand je parle d’Ailleurs, je veux dire un but à sa vie, une raison d’être. Je m’explique : le personnage de Balkan, c’est un millionnaire, voire milliardaire, qui se donne à fond pour sa collection, parce qu’y sait pu quoi faire de sa vie : y est déjà riche. Ça veut dire qu’y peut avoir pi faire ce qu’y veut. À défaut d’avoir un but, y s’en invente un, celui de collectionner les livres anciens pi rares qui parlent du diable. Pi quand y trouve son exemplaire de The ninth gate, y veut savoir si cest le vrai, pour pouvoir accomplir son rêve. Devenu obsédé par sa collection de livres sur le Yable, y finit par croire sérieusement que c’est Lucifer qui a écrit son livre, pi que c’est lui le seul qui mérite de recevoir la visite du Yable. Sauf qu’à la fin, quand y fait sa cérémonie, y se rend compte que c’est de la bullshit son affaire, pi que sa collection l’a mené à rien. C’est une genre de prise de conscience de la futilité de son objectif de vie, qu’y doit payer de sa mort. C’est comme Durtal dans Là-Bas : après avoir vu les bas-fond du satanisme parisien, y réalise que ça donne rien, finalement, pi y revient à la case départ.
De l’autre côté, on a Corso qui réussit vraiment à voir le diable, incarné par Emmanuelle Seigner. Est-ce que c’est parce que lui, comparé à Balkan, poursuivait sa quest sans vanité pi juste par curiosité? Parce qu’au lieu de chercher un ailleurs de rechange, y cherche l’Ailleurs? Ça, je le sais pas. C’est peut-être aussi un pacte faustien pour la Connaissance ultime ou ché pas trop. En fait, j’ai pas compris pourquoi Corso s’attire les faveurs du Yable pi pas Balkan. Quelqu’un a une idée ?

Verdict

Recommandé. Un bon thriller fantastique (un peu) au rythme lent mais ben amené, qui évite de tomber dans les clichés du genre.

Rapaces

janvier 29, 2011

Scénario : Jean Dufaux
Dessins : Enrico Marini
Lettrage : Simone Deschler
Sortie : De 1998 à 2003, L’intégrale en 2009
4 tomes

Une bédé française de vampires qui est sortie avant que la folie des vampires s’empare du monde. Je m’attendais pas à grand-chose mais je me disais que ça faisait longtemps que j’avais pas lu une bédé.

« RAPACES, c’est le royaume de la nuit, là où les miroirs ne réfléchissent plus d’images, à l’heure des rencontres improbables… et mortelles.
Rencontre de VICKY LENORE avec son passé, sa famille et le couple maudit qui investit, ébranle la ville entière, Drago et Camilla. Lenore plaira au frère et à la soeur jusqu’à basculer de l’autre côté du miroir…
Rencontre de AZNAR AKEBA avec le maître de la ville, de cette secte étrange qui s’arroge tous les pouvoirs. Aznar investi d’une mission, retrouver les RAPACES afin de les détruire.
Rencontre enfin des RAPACES avec leur passé. L’Espagne au temps de l’inquisition.
A l’heure où des mutations détestables entraînent toute une caste vers les arcanes du pouvoir.
Passé chatoyant, flamboyant, baroque en opposition avec la rigidité, le noir et le rouge de la ville.
Une ville envahie par les RAPACES…
Une ville où les humains n’ont plus le choix : il faut résister ! »

Résumé

Deux policiers, Vicky Galore pi Spiaggi, enquêtent sur une série de mort bizarres : les cadavres sont retrouvés avec une épingle plantée dans un kyste derrière l’oreille droite pi sur le mur, c’est écrit en lettres de sang « Your kingdom is doomed ». Les meurtres se multiplient, tous pareils, pi touchent toute l’élite de la ville de New York. Vicky découvre que son chum, policier lui itou, a un kyste derrière l’oreille pi qu’y est une taupe au service d’une organisation crissement vaste pi toute. Finalement, les kystes derrières l’oreille sont un signe de l’affaiblissement d’une ancienne race de vampires qui, au XVIIe siècle, a décidé d’arrêter de chasser des humains pi s’intégrer à eux pi les asservir sans qu’y s’en rendent compte. Sauf que : Drago pi Camilla, les Rapaces, sont des descendants de Don Molina, le seul vampire qui avait refusé de se fondre aux humains pi qui refusait de renier sa nature de chasseur. Les vampires se font tuer un après l’autre pi y sont en tabarnaque. Facque y vont trouver le fils illégitime de Drago, Akeba, pour y donner l’épée des Molina, seule arme qui peut tuer les Rapaces. À travers tout ça, Vicky pi Spiaggi essayent de renverser le complot. Je m’arrête là, parce que ça pourrait être long.

Critique

Pour être ben honnête, les histoires de vampires qui vivent avec les humains (genre True blood, Twiligh, Daybreakers, etc.), ça commence à me taper ses nerfs en crisse. Ça revient tout le temps au même. Pi les Rapaces ont le look aristo-vampire-sexy-geek, comme toujours. Drago pi Camilla sont habillés en cuir rouge, avec des capes pi toute. Pi Vicky est tout le temps habillée aik des jupes courtes pi des huges décollettés. Pi y a plein de scènes de lesbiennes vampires. Comme ont dit, y a geek sous roche. C’est quoi ces fantasmes-là, qui reviennent dans tout plein de bédés ?
Bon. Dans Rapaces, y a de l’action en masse : des meurtres, du sexe (lesbianisme pi inceste), des revirements de situations, des péripéties pi des reconnaissances aristotéliciennes, pi toute. L’intrigue se noue pi se dénoue à un rythme incroyablement rapide tout en passant par plein de sujets qui sont plus ou moins cohérents d’un tome à l’autre.
Les dialogues sont pas vraiment bons, pi les personnages superficiels pi creux. L’intrigue est très peu originale : l’idée du complot à grande échelle est pas nouvelle. Les dessins sont pas le yable non plus. Des fois, j’avais l’impression de voir des méchants de Disney, surtout Drago, avec son gros menton pi sa shape impossible. On est loin de la qualité d’Enki Bilal, mettons.
Pi c’est pas du fantastique, ni de l’horreur; comme Daybreakers (pi c’est pas la seule ressemblance), c’est de l’action.

Analyse

Au début, je trouvais que ça s’enlignait pour dequoi de crissement conservateur pi réactionnaire, genre « Le changement c’est mauvais; y faut continuer à vivre comme on l’a toujours fait. » Parce que c’est ça : les Rapaces tuent tous les vampires qui ont abandonné le mode de vie traditionnel de prédation. D’un côté, les méchants progressistes, pi de l’autre, les bons soldats de la tradition. Mais à la fin, alors que Vicky est devenue une Rapace, elle se détourne de Drago pi Camilla en disant « J’ai choisi d’être libre. » Ce qui montre que la réflexion individuelle doit l’emporter sur la simple répétition aveugle des choix de vie imposés par la tradition. Autre image évocatrice : encore à la fin, le master vampire se fait tuer par une gang d’enfants révoltés. Le jeunesse a le pouvoir de changer le monde pi prendre son avenir en main. Sujet qui est toujours d’actualité, particulièrement maintenant, avec ce qui se passe en Tunisie, en Égypte pi au Yémen.

Verdict

Pas recommandé. Même si c’est pas long à lire, c’est quand même une perte de temps. Y a rien de nouveau là-dedans pi ça laisse complètement indifférent.

The others

janvier 25, 2011

Réalisation : Alejandro Amenábar
Scénario : Alejandro Amenábar
Pays : États-Unis, Espagne, France, Italie
Sortie : 2001

Chu allé voir The others quand y est sorti au cinéma en 2001 avec ma blonde de l’époque – on était en 6e année. C’était probablement une des premières fois que j’allais au cinéma sans mes parents. Mais j’ai pas un bon souvenir; je me rappellais pu rien du film avant de le revoir, à part que je m’étais dit à la fin « C’est dont ben le même twist que dans The sixth sense ».

Résumé

Pas longtemps après la 2e guerre mondiale, une maman autoritaire dont le mari est porté disparu vit dans une grande maison de campagne avec ses deux enfants. Après le départ inopiné de ses domestiques, elle accueille une couple agé pi une jeune femme muette pour s’occuper de la maison. Les enfants, Anne pi Nicholas, sont atteints d’une maladie qui les rend vulnérable à la lumière du soleil. Facque la maison est constamment plongée dans le noir, tous les rideaux sont tirés pi toutes les portes verrouillées pour prévenir les accidents. Mais y a des bruits bizarres qui commencent à se faire entendre, pi Anne prétend avoir vu un petit gars nommé Victor, qui habiterait dans la maison avec sa famille. Quand Grace (la mère) perçoit elle aussi des phénomène bizarres, elle décide d’aller trouver le prêtre du village. Mais un brouillard opaque l’empêche de s’orienter. Tout à coup, son mari, qu’elle croyait mort, sort du brouillard pi rentre à la maison. Le lendemain matin, il a disparu, comme tous les rideaux de la maison. Grace accuse les domestiques, qui ont décidément l’air louche.

Critique

Dès le début, avec l’histoire de la maladie des enfants, des rideaux tirés pi des portes barrées, une genre d’atmosphère d’enfermement pi de réclusion s’installe. On a l’impression que les coins sombres peuvent cacher n’importe quoi. J’ai ben aimé le build-up dramatique : les évènements étranges arrivent pas trop rapidement, facque on a le temps de bien comprendre le contexte pi l’ambiance.
La classique scène de la petite fille qui joue avec une marionette en fredonnant une toune creepy rappelle un peu le film The innocents. D’ailleurs, y parait que The others est aussi inspiré du Turn of the screw de Henri James – une adaptation assez libre, faut le dire. Mais ça réussit à faire peur, mais pas comme dans The descent ou Paranormal activity; c’est moins une peur qu’une tension qu’on sent constament. Les jeux d’ombre pi de lumière contribuent aussi à rendre l’atmosphère inquiétante, surtout que la plupart du temps, la seule lumière, c’est des chandelles pi des bougies.
Les acteurs font ben leur job; les personnages sont intéressants, surtout celui de Grace, qui est la clé du film. Les dialogues, sans être excellents, tombent pas dans l’évidence pi la facilité.
Pi le twist final est vraiment cool pi ben amené. La scène avec la scéance d’occultisme fonctionne bien avec l’intrigue pi, sans tout révéler, elle nous fait dire « What the fuck ? »

Analyse

Dès le début, on est dans un monde clos. Les enfants sont confinés à l’intérieur de la maison pi ont aucun contact avec l’extérieur. Grace, elle, traite ses enfants avec beaucoup d’autorité pi leur donne une éducation catholique crissement stricte, pi qui laisse pas de place à l’argumentation. La mère détient la vérité, that’s it. Facque les enfants sont comme prisonniers du dogme de leur mère, qui peut être symbolisé par la maison sombre pi vide. Les manifestations surnaturelles sont introduites par les enfants, qui sont les premiers à les remarquer – surtout Anne. Quand elle en parle à sa mère, celle-ci y dit que ça se peut pas. Encore une fois, elle impose sa propre vérité. Anne commence à être assez vieille pour pas être d’accord avec sa mère. Les bruits bizarres pi les apparitions se présentent donc comme la manifestation des réflexions que Grace accepte pas. Y une scène qui est très évocatrice : au souper, Anne demande à sa mère si son papa va aller en enfer pour avoir fait la guerre. Sa mère y répond que non, parce qu’y était dans le côté des « gentils ». Anne répond « Comment on sait c’est qui les gentils pi les méchants ? », ce qui montre une sorte de contestation des principes immuables de la religon. Sa mère se fâche pi y dit d’arrêter de poser des questions. Tout le reste du film, les enfants (pi les fantômes) représentent le doute qui entre peu à peu dans la tête de Grace, qui était ben heureuse dans la sécurité de ses principes préfabriqués. Là, son mari apparait, à travers la brume, un peu comme une réminiscence d’un souvenir refoulé; surtout qu’y parle à Grace de la journée où y est parti à la guerre. Grace y avoue avoir levé la main sur leurs enfants, pi s’en vouloir pour ça. Facque elle est confronté à ses actions passées qu’elle avait essayé d’oublier quand, le lendemain, elle se lève pi que tous les rideaux de la maison ont disparus. Elle peut pu se cacher. On voit aussi qu’au fond, les enfants ont rien à craindre de la lumière pi que c’était juste une façon pour la mère de les contrôler en leur faisant peur. Vers la fin, Anne sort clandestinement de la maison, ce qui est la transgression ultime. Elle découvre que les domestiques sont morts, pi c’est elle plus tard qui va parler aux « Autres ». Les enfants, en refusant l’obéissance aveugle, forcent leur mère à faire face à la réalité, qui est plus complexe qu’une simple lecture à la lettre de la Bible. Grace apprend à la toute fin qu’elle a tué ses enfants pi qu’y sont morts depuis longtemps. Facque, comme dans The outsider de Lovecraft, elle est confronté à sa propre monstruosité, qu’elle tentait de cacher en l’oubliant pi en se réfugiant dans un catholicisme aveugle. Le film, c’est le doute qui s’incruste dans l’esprit de Grace pi qui y révèle une vérité qu’elle voulait pas voir.

Verdict

Recommandé. Un excellent film d’horreur, intelligent pi ben construit, avec un profondeur dans le propos pi un criss de bon twist à la fin.

La horde

janvier 6, 2011

Réalisation : Yannick Dahan pi Benjamin Rocher
Scénario : Arnaud Bordas, Yannick Dahan, Stéphane Moïssakis, Nicolas Peufaillit pi Benjamin Rocher
Pays : France
Sortie : 2010

Pour être complètement honnête, chu un peu écoeuré des films de zombies. C’est toujours pareil, mais le monde continue à en vouloir, pi les studios à en produire, sans jamais innover – sauf dans le cas de Deadgirl. Anyway, c’est sans attentes que j’ai écouté La horde, qui se trouve dans une couple de top 10 de l’année. Y faut ce qu’y faut, comme on dit :

Facque c’est l’histoire de 4 policiers qui se pointent dans un building presque abandonné pour aller venger la mort d’un collègue en décâlissant une gang de gansters. Finalement les deux gangs sont pognées ensemble pi forcées à coopérer. Y rencontrent au rez-de-chaussé un vétéran de la guerre du Viet-Nam qui s’amuse beaucoup trop à tuer des zombies.

Toute la présentation des personnages, des lieux, du contexte, tout ça, j’ai pas aimé. Je trouvais que les acteurs étaient pas bons, que les dialogues étaient un peu ratés dans le genre stéréotype ganster pi que le montage était franchement mauvais. Cela dit, quand les zombies arrivent, c’est autre chose.

Les combats sont malades. Les personnages ont aucun problème à tuer les zombies à mains nues, pi le réalisme des combats rappelle un peu ceux qu’on peut voir dans Valhalla Rising. C’est très sobre mais vraiment efficace. Y a pas beaucoup de gore, sauf quand le gros black à la fin décrisse la tête d’un zombie sur un poteau de ciment en criant des insultes. C’était ben faite en crisse.

J’ai vraiment trippé aussi sur le gros vétéran qui parle avec un jargon excellent pi qui lâche call sur call dans n’importe quelle situation. J’étais vraiment crampé à chaque fois qu’y ouvrait la bouche. Le personnage apparait comme un sauveur, parce que jusque là, les seuls échanges qu’on avait eu c’était genre « Fuck you c’est chacun pour soi » pi « Yo t’es qui toi ? Retourne voir ta mère ! » pi des shit demêmes.

Les personnages des gangster pi des policiers sont des grosses brutes qui donnent pas dans la nuance. Y ont pas de sentiments, ce qui fait des scènes intéressantes (genre la fille pas de pitié qui hésite pas à tuer son ami mordu), mais qui empêche toute sympathie pour eux. Je m’en câlissais vraiment quand un personnage mourait. Pi on nous donne encore les mêmes thèmes classiques.

J’irais pas jusqu’à dire que La horde est un bon film, mais je dirais pas non plus que c’en est un mauvais. C’est définitivement un film à écouter en groupe, sans trop réfléchir au scénario pi toute.

Verdict : Recommandé à ceux qui veulent voir des français musclés pi moustachus tirer du gun sur des zombies en criant des insultes en verlan. Pas recommandé pour les autres.

Là-Bas, par J.-K. Huysmans

janvier 5, 2011

Parution : 1891
Roman
403 pages

Huysmans apparait comme le chef de file du mouvement décadent en France. La génération fin-de-siècle se reconnait dans son roman À rebours, paru en 1884. Avec Là-Bas, Huysmans explore le monde du satanisme en France à la fin du XIXe siècle.

« À la brune, alors que leurs sens sont phosphorés, comme meurtris par le suc puissant des venaisons, embrasés par de combustibles breuvages semés d’épices, Gilles et ses amis se retirent dans une chambre éloignée du château. C’est là que de petits garçons enfermés dans des caves sont amenés. On les déshabille, on les baîllonne, le Maréchal les palpe et les force, puis il les taillade à coups de dague, se complaît à les démembrer, pièce à pièce. D’autres fois, il leur fend la poitrine, et il boit le souffle des poumons; il leur ouvre aussi le ventre, le flaire, élargit de ses mains la plaie et s’assied dedans. »

Bon, c’est pas demême tout le long, mais c’est drôle pareil. C’est plutôt l’histoire de Durtal, un écrivain qui travaille sur une biographie de Gilles de Rais, communément appellé Barbe-Bleue, un maréchal qui a vraiment existé au XIIe siècle en France, pi qui aurait commis les pires actions au nom du satanisme. Des Hermis, l’ami de Durtal, lui fait savoir que le satanisme est toujours pratiqué à Paris au XIXe. Durtal est intrigué pi s’arrange pour assister à une messe noire.

Tout le roman oscille entre le récit de Durtal à propos de Gilles de Rais, les discussions entre Durtal, Des Hermies pi leurs amis, pi l’intrigue amoureuse entre Durtal pi Madame de Chantelouve. C’est pas vraiment un roman d’horreur, ni un roman fantastique – quoi que Chantelouve serait visitée toutes les nuits pas un incube : Huysmans était un disciple de Zola, facque c’est très près du naturalisme, mais d’un « naturalisme spiritualiste ». Les décadents, rejetant leur époque bourgeoise, préféraient croire en un certain mysticisme qui leur permettait de se projetter hors d’une époque qu’ils reniaient. C’est ce que fait Durtal : il cherche une issue hors de son époque dans le satanisme. Mais il finit par être déçu que le satanisme contemporain lui offre rien d’aussi malade que ce que faisait Gilles de Rais. Le mouvement décadent êst très pessimiste pi synique, ce qui me plait énormément pi qui me fait rire pas mal. L’humour cynique est très présent dans la scène où Durtal fait croire à Chantelouve qu’il a une fille.

« – Elle va avoir six ans; – et il la dépeignit, une blondine très intelligente, vive, mais de santé fragile; elle exigeait de multiples précautions, de constants soins.
– Vous devez avoir des soirs bien douloureux, reprit-elle, d’une vois émue, derrière le rideau.
– Oh oui ! pensez donc, si demain je mourais, que deviendraient ces malheureuses ?
Il s’emballa, finit par croire à l’existence de l’enfant, s’attendrit sur la mère et sur elle; sa voix trembla, des larmes lui virent aux yeux. »

Presque la moitié du roman est constituée de dialogues. Les personnages parlent du satanisme pi Durtal rencontre différentes personnes qui l’informent à ce sujet, ce qui donne des conversations assez comiques, surtout avec l’espère de pudeur de l’époque :

« – Une question, demanda Des Hermies, la femme reçoit-elle la visite de l’incube, pendant qu’elle dort ou pendant qu’elle veille ?
– Il faut établir une distinction. Si cette femme n’est pas maléficiée, si c’est elle qui a voulu s’accoler volontairement à un esprit de vice impur, elle est toujours éveillée lorsque l’acte charnel a lieu. […]
– Et l’acte se passe de la même façon que dans la réalité ? demanda Durtal.
– Oui et non. – Ici, l’immondice des détails m’arrête, dit Gévingey, qui devint un peu rouge ; ce que je puis vous raconter est plus qu’étrange. Sachez-le donc, l’organe de l’être incube se bifurque et, au même moment, pénètre dans les deux vases. D’autres fois, il s’étend et pendant que l’une des branches agit par les voies licites, l’autre atteint en même temps le bas de la face… Vous pouvez vous figurer, messieurs, combien la vie doit être abrégée par ces opérations qui se multiplient dans tous les sens. »

Overall, c’est agréable à lire pour le cynisme pi le chialage des personnages. Certains bouts – les méfaits de Gilles de Rais – sont franchement dégueux, mais c’est en rien un livre d’horreur ou fantastique. C’est une genre d’enquête sur le spiritisme au XIXe siècle en France.

Verdict : Recommandé, surtout si vous aimez ça chialer contre le monde contemporain. C’est comique pi excellent.

Véra, par Villiers de l’Isle-Adam

janvier 5, 2011

Parution : 1874, dans Contes cruels.
Nouvelle

L’une des nouvelles les plus connues de Villiers de l’Isle-Adam, pi une des nouvelles fantastiques les plus citées pi appréciée. Dans le genre, on fait pas mieux.

C’est l’histoire du comte d’Athol, qui vient tout juste de perdre sa femme à cause d’une maladie quelconque. Après sa mort, y décide de s’isoler dans sa maison avec son domestique, Raymond, pi de faire comme si sa femme était pas morte. À un moment donné, on commence à se demander si elle est vraiment morte, Véra.

« Parfois, éprouvant une sorte de vertige, il eut besoin de se dire que la comtesse était positivement défunte. Il se prenait à ce jeu funèbre et oubliait à chaque instant la réalité. Bientôt, il lui fallut plus d’une réflexion pour se convaincre et se ressaisir. Il vit qu’il finirait par s’abandonner tout entier au magnétisme effrayant dont le comte pénétrait peu à peu l’atmosphère autour d’eux. Il avait peur, une peur indécise, douce. »

Véra, c’est du fantastique, pi pas de l’horreur; y a une différence. En fantastique, on veut moins faire peur que brouiller les frontières entre réalité et imagination. C’est exactement ce qu’on a ici. Les personnages, à force de se dire que Véra est pas morte, ben y finissent par l’apercevoir pi se demander sérieusement si elle est vraiment morte. C’est amené très subtilement pi on se pose la question jusqu’à la toute fin, qui nous laisse pas le choix : Véra était là. Le récit est ben construit; à la lumière d’une deuxième lecture, on voit la fin est suggérée tout plein de fois dans la nouvelle. Facque ça fait pas peur, pi c’est pas ça le but non plus. C’est pas du Stephen King, mettons.

La nouvelle est très courte et écrite dans un style parfait, très proche du poème en prose. Villiers nous livre des phrases magnifiques pi d’une pureté qui se rapproche un peu de l’esthétique du Parnasse pi de Mallarmé :

« La nuit dernière, sa bien-aimée s’était évanouie en des joies profondes, s’était perdue en de si exquises étreintes, que son cœur, brisé de délices, avait défailli; ses lèvres, s’étaient brusquement mouillées d’une pourpre mortelle. À peine avait-elle eu le temps de donner à son époux un baiser d’adieu, en souriant, sans une parole : puis ses longs cils, comme des voiles de deuil, s’étaient abaissés sur la belle nuit de ses yeux. »

L’écriture de Villiers donne à tout le récit un espèce de ton irréel, comme si on flottait tranquillement dans un rêve beau pi triste.

Verdict : Recommandée. Une nouvelle magnifique pi excellente, pi une des meilleurs histoires de fantôme jamais écrite.

Le rideau cramoisi, par Barbey d’Aurevilly

décembre 18, 2010

Parution : 1874
Nouvelle
Une soixantaine de pages

C’est la première nouvelle du recueil Les Diaboliques, un classique de la 2e moitié du XIXe siècle en France. L’auteur, Jules de son prénom, en plus d’être un dandy crissement péteux de broue, a subit un procès pour son ouvrage pi les exemplaires restants ont été détruits ou perquisitionnés. Jusqu’à une réédition en 82. En tout cas.

« Le seul bruit qu’il y avait autour de moi, dans ce profond et complet silence, c’était moi qui le faisais avec mon crayon et mon estompe. Oui, c’était elle que je dessinais, et Dieu sait avec quelle caresse de main et quelle préoccupation enflammée ! Tout à coup, sans aucun bruit de serrure qui m’aurait averti, ma porte s’entrouvrit en flûtant ce son des portes dont les gonds sont secs, et resta moitié entrebâillée, comme si elle avait eu peur du son qu’elle avait jeté ! Je relevai les yeux, croyant avoir mal fermé cette porte qui, d’elle-même, inopinément, s’ouvrait en filant ce son plaintif, capable de faire tressaillir dans la nuit ceux qui veillent et de réveiller ceux qui dorment. »

Facque c’est l’histoire du narrateur qui rencontre une vieille connaissance, le vicomte de Brassard, dans une calèche pour aller je sais pas où. La calèche est forcée d’arrêter dans un petit village, drette devant la maison où Brassard a vécu une histoire terrifiante. Le narrateur y demande de la raconter, pi y le fait. (Rendu là, y a déjà 30 pages de faites.) Donc Brassard, tout jeune, sortant de l’académie militaire, faisait sa garnison dans le village où rien se passait, jusqu’au jour où la fille du couple de bourgeois qui le logeaient se pointe dans l’appartement. Alberte, c’est une fucking chicks, pour paraphraser Brassard :

« Leur fille ! Il était impossible d’être moins la fille de gens comme eux que cette fille-là ! Non pas que les plus belles filles du monde ne peuvent naître de toute espèce de gens. J’en ai connu… et vous aussi, n’est-ce pas ? Physiologiquement, l’être le plus laid peut produire l’être le plus beau. Mais elle ! Entre elle et eux, il y avait l’abîme d’une race. »

Sauf qu’elle s’en crisse, de Brassard. Elle le regarde jamais, comme si y existait pas. Pi, un jour, au souper, elle y prend la main sous la table. Brassard choke, surtout que les parents sont autour de la table. Le lendemain, il y donne un papier sous la table, elle le pogne pi le crisse dans son corsage. Brassard trippe. Mais le lendemain, elle le regarde même pas. Brassard est triste. Mais une nuit, elle vient dans sa chambre, pi elle revient tous les deux jours. Pendant tout ce temps-là, dans leurs ébats amoureux pi toute, jamais elle dit un mot. Pi à un moment donné, juste comme Brassard se donne à fond pour y donner du plaisir, y se rend que qu’Alberte est morte, toute froide pi rigide. Y choke pi va voir son sergent pour y demander quoi faire. Le sergent assure ben trop pi y dit J’m’en charge. Brassard se pousse de la ville pi y revient pu jamais.

« Et après ? – lui dis-je.
– Et bien, voilà, répondit-il, il n’y a pas d’après ! C’est cela qui a bien longtemps tourmenté ma curiosité exaspérée. »

À notre grande tristesse, Brassard connait pas la suite de l’histoire. Mais, juste quand la calèche allait se remettre en route, Brassard pointe la fenêtre au rideau cramoisi pi dit : L’ombre d’Alberte !
Ça finit demême.
La grosse question : en quoi c’est fantastique ?
1. C’est ambigu.
2. Alberte était bizarre en crisse, pi l’accent mis sur son étrangeté cache certainement quelque chose.
3. Elle peut pas être morte juste demême, sans raison.
4. L’ombre dans la fenêtre à la toute fin.
5. Le recueil s’appelle Les Diaboliques, pi Diabolical women en anglais. Quand même.
Mon opinion, c’est que c’était déjà un cadavre avant. C’est ben plus cool demême. Ça expliquerait son absence d’émotion pi sa froideur. Un cadavre, peut-être animé par la yable ou je sais pas. J’aimerais avoir d’autres opinions, si quelqu’un lit encore mon blogue.
À part tout ça, c’est excellent. Le récit de Brassard occupe la moitié de la nouvelle, pi l’autre c’est la description de Brassard faite par le narrateur. Le narrateur qui, d’ailleurs, est plutôt cynique :

« Vous regardiez donc aussi cette fenêtre, Capitaine, et même vous la reconnaissiez ? – lui dis-je de ce ton détaché qui semble ne pas tenir du tout à la réponse et qui est l’hypocrisie de la curiosité. »

On sait tous de quel ton y veut parler, non ? Pi son ironie est encore plus présente quand y coupe l’histoire de Brassard. Tout le long, le narrateur interrompt Brassard, tellement que ça finit par gosser – Barbey avait pensé appeler son recueil Ricochets de conversations. Ça parait. Quand Brassard y dit qu’y’était étonné que Alberte ait eu assez de courage pour traverser la chambre de ses parents à tâtons, dans le noir, pour aller le rejoindre, le narrateur répond :

« Ah – fis-je, – on n’est pas plus brave à la tranchée ! Elle était digne d’être la maîtresse d’un soldat ! »

La belle ironie qui dit à l’autre que son histoire est pas si malade. Ou ben, plus tard :

« Mais ils dormaient comme les Sept Dormants, les parents de cette Alberte ! – fis-je railleusement, en coupant net les réflexions de l’ancien dandy par une plaisanterie, et pour ne pas paraître trop pris par son histoire, qui me prenait, car, avec les dandys, on n’a guère que la plaisanterie pour se faire un peu respecter. »

Toute la nouvelle est imprégnée de cette ironie-là, que je trouve fucking drôle. Pi les interruptions font que la nouvelle s’étire, pi qu’on veut crissement savoir ce qui va se passer avec Alberte.

Verdict : recommandé à ceux qui veulent lire une bonne nouvelle fantastique. Ça se lit pas comme du Stephen King – avec le cerveau déplogué -, c’est évident. Ça demande un peu plus de réflexion pi toute, mais ça vaut vraiment la peine.