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Bedevilled (Kim Bok-nam salinsageonui jeonmal)

juin 21, 2011

Réalisation : Chul-soo Jang
Scénario : Kwang-young Choi
Pays : Corée du Sud
Sortie : 2011

À entendre les critiques super élogieuses, j’avais hâte de le voir. Surtout que tout le monde parlait d’un bain de sang pendant le dernier tiers du film. Je m’attendais à un autre Mother ou I saw the devil, deux films coréens fucking bons sortis récemment. J’ai pas trouvé de trailer sous-titré :

Résumé

Après avoir assisté sans rien faire à un meurtre en pleine rue, pis que son boss y ait demandé de prendre des vacances (parce qu’elle a été une total bitch), Hae-won retourne sur l’île où elle a passé sa petite enfance, les Moodo Islands. Là, elle reprend contact avec son amie d’enfance, Bok-nam, une des 9 personnes à encore habiter là. Hae-won se rend compte assez vite que des affaires pas cleans se passent sur cette île-là, pis qu’elle est pas tant la bienvenue. Effectivement, les habitants sont un peu bizarres, pis probablement consanguins. On découvre que Bok-nam est crissement exploitée par tout le monde sur l’île, que ce soit pour le travail ou pour le sexe. A pète une coche quand a découvre que son mari violent fourre sa fille, Yeon-hee. Hae-won refuse d’emmener Bok-nam pis sa fille à Séoul. Facque Bok-nam essaye de s’échapper, mais a se fait pogner, pis c’est le gros bordel sale.

Critique

Le film est fucking rough. Pas tant pour la violence de la fin, que pour le traitement réservé aux femmes. Bok-nam se fait battre tout le long pis les grand-mères arrêtent pas de répéter que les femmes sont moins bonnes que les hommes, pis qu’elles sont faites pour avoir une bite dans yeule, pis toute. J’ai écouté Bedevilled avec ma blonde, pis je pense pas que c’était une ben bonne idée. La façon dont c’est filmé rend la violence encore pire : ça ressemble pas mal à I saw the devil par le traitement dépouillé pis distancié des scènes les plus tough. C’est vraiment cru. Le bain de sang de la fin est aussi horrible que les meurtres de I saw the devil, même si celui avec l’hélice de bateau est raté en crisse. Pour le reste, c’est réussi. Ce qui est le fun aussi, c’est qu’on prend une joie malsaine (mais justifiée) à voir Bok-nam décâlisser tout le monde. Parce que le film réussit vraiment à choquer pis à nous mettre en tabarnaque contre l’indifférence de Hae-won pis la violence faite à Bok-nam. Faut être fait solide. Même si c’est pas mal filmé ou réalisé, la qualité esthétique du film est de loin inférieure à ce à quoi le cinéma coréen nous avait habitué.
Tous les acteurs sont bons, surtout celle qui fait Bok-nam. A réussit crissement ben à jouer la fille folle à cause de sa vie passée à être traitée comme un chien. Les frères réussissent à être vraiment creepy pis les madames à être désagréables à un point qui est dur à imaginer. J’ai rien à redire du jeu des acteurs. Mais les personnages sont unidimensionels pis pas profonds pantoutes. On sait pas pourquoi Hae-won est bitch demême, ni pourquoi tout le monde de l’île est retardé demême. Y a aucune subtilité dans le scénario non plus : au début, on nous montre que Hae-won est une bitch pour qu’on l’haïsse (pis ça marche); après, on nous montre que Bok-nam se fait maltraiter pour qu’on soit frustré (ça marche), mais ça reste vraiment superficiel. En plus, c’est trop moralisateur : à la fin, Bok-nam se venge pis a dit à Hae-won qu’elle manque d’empathie. La dernière chose qu’on voit, c’est Hae-won, de retour à la ville, qui se prend en main pis dénonce les méchants du début. La belle morale : faut pas être indifférents à la misère des autres. C’est pas un mauvais message, mais crisse, c’est tellement appuyé (tout le film est fait pour démontrer ça) que c’en est gossant. Au lieu de faire réfléchir, le film nous donne une morale toute faite. Ça, j’ai vraiment pas aimé. Vers la fin, ça devient un peu trop long, aussi.

Verdict

Pas recommandé. Même si le film a des qualités, son côté moralisateur pis didactique m’a tapé sur les nerfs au plus haut point. C’est un peu comme A serbian film : crissement choquant, mais complètement vide.

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The shrine

juin 16, 2011

Réalisation : Jon Knautz
Scénario : Jon Knautz, Trevor Matthews pis Brandon Moore
Pays : Canada
Sortie : Imdb dit 2010, mais chu pas sûr qu’y ait eu une distribution officielle au cinéma ou en dvd

Les reviews parlaient d’ambiance intrigante pis inquiétante, pis de paspire film qui fait peur. J’ai toujours pas vu Jack Brooks : Monster slayer, l’autre film de Knautz malgré les critiques positives, parce que je le truste pas, ce film-là. J’espérais sans m’attendre à grand-chose.

Résumé

C’est l’histoire d’une journaliste ambitieuse – Carmen – qui décide d’enquêter sur des disparitions mystérieuses de touristes en Pologne. Elle amène avec elle son chum – Marcus – pis une stagiaire du bureau – Sara. Après avoir lu le journal du dernier disparu, y se rendent au village suspect, où y sont accueillis avec par des locals pas trop invitants. D’ailleurs, le monde de la place vivent en genre d’autarcie, un peu comme des Amish, pis ont l’air de pratiquer une genre de religion bizarre. Y se font dire de crisser leur camp, mais, évidemment, y le font pas, pis y décident d’aller inspecter un brouillard bizarre qui flotte sans bouger dans la forêt. Là-bas, y trouvent une statue crissement épeurante, des cadavres dans une cave creepy, pis les locals commencent à les attaquer. Y finissent par pogner Carmen pis Sara. Marcus prend les choses en main.

Critique

La première chose que j’ai à dire, c’est qu’on voit venir le twist final à partir du tiers du film. Ça surpend pas vraiment, donc. Comme tout le film, d’ailleurs.
Les personnages sont vraiment plats. Y ont aucune profondeur – malgré la chicane de couple ploguée au début pour donner un peu de texture aux personnages. Pis la stagiaire Sara, elle est juste là pour pouvoir mettre un meurtre de plus dans le film. Les acteurs sont pas vraiment bons, mais je les blame pas, avec un script demême. On y croit pas, pis on se fout pas mal de ce qui peut ben leur arriver.
Malgré tout, on est quand même un peu intrigué par le brouillard weird. La meilleure scène, c’est quand Carmen explore le brouillard pis tombe sur la statue; mais c’est gaché quand elle se met à suinter du sang. Hé oui.
Pis l’espère de culte bizarre, ça non plus on y croit pas. C’est trop cliché, pis les acteurs ont pas l’air à l’aise dans les costumes d’évèques du Moyen-âge. L’arrivée dans le village aussi est clichée : la classique population qui dit rien pis qui a l’air de pas aimer les étrangers, tout ça filmé avec les plans classiques du genre.
Les réactions des personnages ont aucun sens. Quel journaliste paye de sa poche un voyage en Pologne pour enquêter sur une affaire qui revient à la police ? Dans le film, y disent que la police s’en crisse, comme si ça avait plus de sens demême. On va passer outre la détermination stupide de Carmen malgré le fait que les locals veulent crissement pas qu’y restent – c’est normal dans un film d’horreur. Ce qui est weird, c’est la scène où y trouvent le cadavre du gars disparu avec un masque en métal pogné dans face : personne choque de trouver une pile de cercueil pleins, pis même que Carmen essaye d’enlever le masque en tirant dessus. Ça a aucun sens : 1. Des cadavres, c’est dégueux, pis personne voudrait toucher à ça; 2. Une pile de cadavre, dans un trou de la campagne polonaise, alors qu’on enquête sur des disparitions bizarres, c’est supposé faire chocker. Mais pas eux. C’est à peine si y disent « Fuck, on est dans marde. »
Les masques cloutés sont un hommage à Black Sabbath de Mario Bava, mais ça fait un hommage un peu insultant.
Les hallucinations de monstres sont pas trop mal, quoique vraiment pas justifiés : pourquoi Carmen, qui est possédée par un démon, voit des monstres, qui sont en fait des gentils religieux qui protègent le monde contre les démons ? Je le sais pas. Pis les sauts du début, quand le disparu apparait dans la chambre, ont aucun rapport avec le reste du film.
Une affaire gossante : comme le film se passe en Pologne, les locals parlent polonais. Sauf qu’y parlent polonais avec un accent américain. Ça commence à me taper solidement sur les nerfs que les producteurs américains prennent jamais du monde qui parlent pour vrai les langues étrangères; juste dans X-men : first class, y a du faux allemand, du faux espagnol pis du faux français. Come on.

Analyse

En gros, c’est une variante du mythe du paradis perdu : Ève qui brave un interdit pour satisfaire sa curiosité, Adam qui est contre l’idée mais qui le fait pareil, tout ça suivi par une punition terrible. Dans le film, Carmen insiste pour continuer son enquête, Marcus répète que c’est épais pis tout le monde finit par être puni. Comme dans Splice. Mais ça, c’est platte.
J’aime mieux voir tout le film comme la symbolisation d’une rupture amoureuse. Au tout début du film, Marcus reproche à Carmen de consacrer trop de temps à sa job, pis de jamais penser à lui. Elle répond « That is enough. » pis lui « Yeah, it’s enough. I’m out of here. », pis y sort en claquant la porte. Tout le reste du film, c’est Marcus qui sacre son camp. Carmen y dit qu’elle veut aller en Pologne avec lui pour régler leurs problèmes. Lui y suit Carmen – qui a acheté les billets avant d’en parler à son chum – en Pologne, où la marde pogne solide. Évidemment, Marcus y reproche de les avoir mis dans marde, pis y a raison. À un moment donné, Carmen avoue qu’elle a fait une erreur pis que c’est de sa faute. Sauf que Marcus a l’air de s’en crisser. Aussi : le polonais qui leur court après ressemble à Marcus : blond pis costaux. Y a comme un lien entre les deux personnages : le polonais se bat contre Marcus pis plus loin, les deux sont face à face à travers une porte fermée : le plan montre tour à tour leurs faces. Le parallélisme est clair. Les deux personnages représentent le discours intérieur de Marcus : d’un côté, le gars qui veut rester avec sa blonde (donc la sauver); de l’autre, le gars qui est écoeuré pis qui veut crisser son camp (la tuer). C’est encore plus clair à la fin, quand Carmen devient un démon – ça peut pas être plus explicite, surtout que Marcus aide les polonais à y donner le coup fatal. Y se retrouve tout seul, pis son break-up est fini.

Verdict

Pas recommandé. Les acteurs sont pas le yable, la réalisation sloppy, la fin prévisible pis les personnages pas développés. Y a pas grand-chose de bon dans The shrine.

Rubber

mai 26, 2011

Réalisation : Quentin Dupieux
Scénario : Quentin Dupieux
Pays : France
Sortie : 2010 en Europe, 2011 en Amérique du nord

Rubber m’intriguait. C’est quand même l’histoire d’un pneu tueur qui a des pouvoirs télékinésiques. Surtout que ça avait l’air un film d’auteur crissement léché.

Résumé

C’est l’histoire d’une gang de spectateurs qui regardent avec des longues-vues les aventures d’un pneu animé à travers le désert. Le pneu découvre des pouvoirs télékinésiques pis y fait exploser la tête des gens sans raison apparente. La police enquête pis essaye de le pogner, pendant que les spectateurs commentent ce qui se passe. Après avoir vu une pile de pneus en feu, le pneu décide de se venger, ou quelque chose comme ça. Pendant ce temps-là, les spectateurs se font empoisonner; y reste juste un monsieur dans une chaise roulante.

Critique

Rubber, c’est un film d’auteur, dans le sens qui suit pas les conventions habituelles du cinéma hollywoodien ou populaire, avec une trame narrative assez claire, un rythme enlevant pis des personnages archétypaux. C’est lent, c’est n’importe quoi pis c’est beau.
Surtout au début, y a des longs plans qui montrent le pneu rouler dans le désert, sans que rien se passe vraiment. La photo tout en lumière est vraiment belle pis les plans sont magnifiques, super clairs pis définis. La réalisation est vraiment excellente, pis visuellement c’est parfait.
Dès le début, le personnage du policier nous averti que le film est hommage au n’importe quoi – au « No reason ». Faut pas s’attendre à une explication, donc. Pis le pneu est pas le seul élément pas rapport : les chaises du début, les spectateurs empoisonnés pis le tricycle à la fin. Même que les spectateurs comprennent rien. Y parlent du film pour essayer de l’expliquer mais réussissent jamais. Même qu’un spectateur fait remarquer au policier que ce qu’y fait ça a aucun sens. Y a une dissension au sein des spectateurs : ce qui veulent juste regarder le film calmement pis ceux qui veulent le commenter pour le comprendre.
Y a aussi des éléments qui le rattachent à l’horreur : on voit un lapin pis plein de têtes exploser avec des bouts de chair partout. La scène où le gars meurent après avoir bouffé de la bouffe empoisonnée est quand même troublante. Mais le film est drôle en crisse, surtout la scène où le policier pensent que tous les spectateurs sont morts pis qu’y dit à tout le monde d’arrêter de jouer. Mais y se rend compte qu’y en reste un pis qu’y faut continuer de jouer le film pis chercher le pneu. D’ailleurs, l’acteur qui fait le policier est vraiment bon pis comique. Facque l’écoute est le fun même si c’est vraiment lent.

Analyse

Vu que le film se présente lui-même comme vide de toute signification, l’analyser a l’air un peu bizarre. Surtout qu’y a comme trois niveaux dans le film : 1. Le discours pastiché des films d’horreurs où un tueur fait des victimes dans raison apparente 2. L’histoire du pneu pis des policiers 3. Les spectateurs qui commentent l’histoire du pneu. Facque c’est une genre de méta-comédie avec une mise en abyme incorporée. Je vais quand même essayer.
Ça se passe dans le désert, au milieu de nulle part. Y a rien sauf un môtel pis une mini ville. On sait pas où exactement, ça pourrait être aux États-Unis comme en Australie. On est dans le flou par rapport au lieu de l’histoire. On devine l’époque, à peu près contemporaine. Facque c’est nulle part pis partout en même temps. On sait pas non plus pourquoi y a des spectateurs, ni pourquoi y se font empoisonner. Mais on finit par comprendre que la présence des spectateurs oblige les personnages à jouer leurs rôles, un peu comme l’offre et la demande : on joue tant qu’y a du monde pour regarder. À un moment donné, les spectateurs se font donner une dinde pour manger; y se pitchent dessus comme des malades – y ont pas mangé depuis le début du film – pis la scène est filmée comme si c’étaient des zombies qui bouffaient quelqu’un. Affamés de violence, de mort ? Peut-être, si on pense aux fans de films d’horreur qui cherchent à voir les films les plus dégueux pis les meurtres les plus violents. C’est la faute du public si la série Saw s’est rendue à 7 films, pis que Platinum Dunes continue à faire des remakes à chier : le monde va voir ces fims-là. Tant qu’y vont faire du cash, y vont continuer à faire des films comme ça. C’est la faute du seul spectateur vivant si les acteurs doivent continuer à jouer. On est dans la même position que les spectateurs du film : au début, on regarde sans comprendre. Ensuite, on y prend goût même si c’est n’importe quoi parce qu’on est intrigués. C’est parce qu’y nous intrigue que le film réussit son but : faire un hommage au n’importe quoi en rendant ça intéressant.

Verdict

Recommandé, pour les gens qui cherchent autre chose dans le cinéma qu’une série de cascades pis de meurtres en série. C’est un super bon film d’auteur qui porte un regard critique sur le cinéma en général en rendant ça comique pis bizarre.

I saw the devil (Akmareul boatda)

mai 20, 2011

Réalisation : Jee-Woon Kim
Scénario : Hoon-Jung Park
Pays : Corée du Sud
Sortie : 2010 en Corée du Sud, 2011 en Amérique du Nord

La Corée du Sud a produit des fucking bons films pendant les dernières années : Old boy pis le reste de la trilogie, A tale of two sisters, The host, Thirst, pis, dernièrement Mother. Ces films-là ont en commun une recherche esthétique qu’on voit rarement dans des grosses productions; les plans, les cadrages pis la direction photo sont toujours impeccables. Facque j’avais des grosses attentes quand j’ai écouté I saw the devil, surtout que les critiques étaient toutes super enthousiastes.

Résumé

C’est pas compliqué : Soo-hyeon, un agent secret, décide de pogner le meurtrier de sa femme après avoir juré de le faire souffrir 10000 fois plus qu’elle a souffert. Facque y le pogne avant la police, y le décâlisse pis y le relâche, pour recommencer le lendemain. Y joue au chat pis à la souris avec jusqu’à ce que ça se revire contre lui.

Critique

Je sais pas par où commencer. Vite demême, je me suis dis « Fuck man, c’était fucking bon. » Ce qui nous reste dans la tête après le visionnement, c’est, évidemment, les scènes de meurtres terriblement sauvages, brutales pis réalistes, mais tournées avec une qualité hallucinante. La scène dans le taxi, entre autres, est mémorable : Kyung-chul qui poignarde un nombre incalculable de fois les deux passagers avec un couteau de trois pouces de long, le tout filmé en travelling circulaire, de l’intérieur du char. C’est sick parce que c’est beau mais troublant en même temps. On peut aussi penser aux quelques meurtres avec des objets contondants, filmés pour qu’on voit le crâne se fendre pis pisser le sang – particulièrement les coups de petites altères de 15 livres dans la face, ou aux coups de clé à mollette dins gosses, ou au talon d’achille sectionné. C’est vraiment terrible, pis super bien filmé, souvent en plans-séquence, ce qui rend tout ça super réaliste. Parmi les meilleurs scènes de meurtres que j’ai vues. Le reste du film est super ben filmé aussi, surtout le plan panoramique sur la ville qui descent tranquillement pour se fixer sur la fille qui attend le bus. C’est du génie.
Le film réussit aussi à faire peur; certaines scènes sont super tendues, un peu comme dans un slasher.
Évidemment, le scénario rappelle beaucoup Les 7 jours du talion. La réflexion morale est présente aussi dans I saw the devil, mais elle est plus maladroite parce que trop évidente. Les dialogues sont un peu ratés par bouttes. L’autre affaire, c’est qu’à aucun moment j’ai eu pitié du tueur. Y est tellement terrible que je voulais crissement que Soo-Hyeon le pogne ben comme y faut. À aucun moment on sympathise (contrairement à Lars von Trier avec Hitler) avec Kyung-chul. C’est une faiblesse, pour moi.
Si le scénario est un peu vide, c’est compensé par la réalisation impeccable pis l’excellent jeu des acteurs. L’acteur principal reste neutre presque tout le film mais y joue super bien quand c’est le temps, pis c’est pas des scènes faciles à voir : celle de la toute fin, entre autres, est particulièrement réussie. Quant au tueur (Min-Sik Choi, Old boy), y fait sa job comme un champion pis y fait peur en crisse. Son personnage de psychopathe est crédible pis vraiment fucké. Par définition, un psychopathe, c’est quelqu’un qui est incapable de ressentir de l’empathie. On le voit bien dans cette réplique là :

« – Could you please not kill me ?
– Why ? »

Petite affaire gossante : j’ai pas trop aimé l’ami psychopathe de Kyung-Chul. Le tueur qui se met à rire en parlant de meurtres, c’est un peu cliché. Mais bon.
Autre problème : l’esthétique se veut super réaliste, mais le scénario contient tout plein d’invraisemblances, comme la faculté de récupération incroyable de Kyung-Chul, qui est capable de marcher avec un talon d’achille sectionné pis de se réveiller avec un petit mal de tête après s’être fait fesser sur la tête au moins une vingtaine de fois avec un tuyau de métal. Y a aussi Soo-Hyeon qui est trop malade, pis qu’y peut tout faire parce que c’est un agent secret. À la fin, quand y dérape en char, qu’y pogne Kyung-Chul à travers la porte arrachée pis qu’y décrisse à 80 km /h, c’est un peu trop. Mais ça fait que c’est un film crissement le fun à écouter.

Analyse

J’aime le fait que Kyung-Chul soit montré comme un vrai psycho, pis pas juste comme un gars qui a été maltraité quand y était jeune ou n’importe quelle raison pas bonne. Non : y tue parce qu’y comprend pas que ça a pas d’allure. À un moment donné, quand y est à veille de violer une fille, y se demande pourquoi tout le monde le fait autant chier, lui, pis pas les autres. Pour lui, tuer du monde, c’est l’équivalent de jouer au soccer ou faire de la peinture à numéros. Facque ça peut pas être lui, le yable, parce que ses actions ont aucun rapport avec la morale. C’est juste un crisse de fucké : la preuve, c’est que dès qu’y le peut, y tue tout le monde sans réfléchir. Y est au-delà (ou en dessous) de la morale. Ce qui fait que le yable, c’est Soo-Hyeon. Contrairement au tueur, y a la capacité de réfléchir. Si Kyung-Chul est pas responsable de ses actes Soo-Hyeon, lui, fait le choix de se venger. Y succombe à son désir le plus animal. Tout le long du film, y est impassible pis juste focusé sur sa vengeance (comme Claude Legault). C’est cette absence d’émotion qui fait de lui le yable. À la fin, après avoir tué Kyung-Chul, mais après avoir tout perdu (sa blonde, sa belle-famille, son humanité pis probablement sa liberté) y comprend que ça a servi à rien. Y a pas réussi à contenir le diable en lui. Facque, I saw the devil, c’est Soo-Hyeon qui a vu le diable en lui-même.

Verdict

Recommandé. C’est un film super divertissant même si ça manque un peu de contenu pis de profondeur. C’est le fun à regarder pis c’est crissement ben joué pis réalisé. Malgré la violence horrible, le film est beau.

Scream 4

avril 15, 2011

Réalisation : Wes Craven
Scénario : Kevin Williamson
Pays : États-Unis
Sortie : 2011

Inutile de dire que j’avais hâte, moi qui avait jamais vu les Scream avant y a quelques mois. Je m’étais donné le défi de deviner c’est qui le tueur cette fois-là, parce que j’avais lamentablement échoué dans tous les autres. Mais j’ai mis au point quelques règles pour arriver à un bon guess :

1. Dès qu’on nous montre un personnage louche, c’est pas lui le tueur
2. Quand la caméra zoome ou reste fixée sur un détail, c’est juste pour nous fourrer, c’est pas lui le tueur
3. Ça peut être n’importe quel motif, facque faut pas essayer de trop rationaliser
4. Tchèquez pour un personnage pas tant important qui disparait tout à coup, c’est peut-être lui

Mais y a des failles, parce que j’ai pas deviné.

Résumé

Facque c’est l’histoire de Sidney qui revient à Woodsboro après 10 ans d’absence pour faire la promotion de son livre Out of darkness, dans lequel elle raconte comment elle a réussit à coper avec ses expériences traumatisantes pis à recommencer une nouvelle vie. Elle retrouve Dewey pis Gale, qui sont rendus un vieux couple. Sidney va squatter chez sa sœur pis la fille de sa sœur, Jill, qui a reçu, avec ses amies chicks, des coups de téléphone de Ghostface. Quand deux filles de l’école sont retrouvées mortes, la marde pogne en ville. Dewey laisse pas Gale enquêter avec lui, facque elle y va en solo. Pendant ce temps-là, Sid pis Jill essayent de pas se faire tuer. Gale finit par tomber sur une gang de geeks d’horreur qui y donnent des infos nécessaires à son enquête : le tueur, d’après eux, fait un remake du premier Scream. Mais dans un reboot, y a toujours des différences, pis aussi plus de meurtres – encore. Ce soir-là, les geeks organisent un Stab-o-thon pour fêter les 10 ans des premiers meurtes. Gale pense que le tueur va se manifester, facque elle installe des caméras. À part ce ça, y a l’ex de Jill qui l’a trompée pis qui essaye de la reconquérir. Y a aussi une policière amoureuse de Dewey apparement jalouse de Gale. Comme d’habitude, tout le monde est suspect, pis tout le monde meurt.

Critique

La scène d’ouverture est malade. Je pense qu’y a 5 meurtres avant le générique, du bitchage de la série Saw, des jokes de mise en abyme, de l’auto-parodie pis toute. On apprend avec joie que la série Stab est rendue au 7e. Anyway, quand on voit apparaitre Scream 4 à l’écran, on a déjà crissement rit pis été crissement écoeuré. Ça commence ben en crisse.
On retrouve les mêmes personnages, pis on les aime encore, malgré tout. La seule différence, c’est que Gale a l’air d’un transexuel, mais bon. Y a aussi la nouvelle génération de la cousine de Sid. Génération Facebook pis Iphone pis toute, ce qui permet quelques bonnes jokes. On se rend compte assez vite que ça reprend l’intrigue du premier. Je trouve ça crissement intelligent de faire du tueur quelqu’un qui fait son propre remake de Scream. Les meurtres sont dans le même ordre – plus ou moins – pis on reconnait quelques personnages, genre le chum de Jill qui est pareil comme le chum de Sid. Les acteurs font tous une job correcte; personne se plante, personne excelle. Un petit big up pour le personnage du geek à la caméra, juste parce que ça envoie chier le monde qui veulent un peu trop qu’on les regarde. Le plus gros problème du film, c’est le nombre de personnages qui est beaucoup trop élevé : on garde les principaux des premiers films pis on en rajoute autant. Ce qui fait qu’on connait vraiment aucun personnage, facque on s’en crisse un peu qu’y meurent ou pas.
Le tueur est moins attardé que dans les trois premier : là, y saute à l’essentiel. Y continue à écoeurer le monde au téléphone, mais y les tue un peu plus brutalement – brutal dans le sens efficace, parce que c’est un peu moins inventif que les autres. Le boutte du couteau dans le front est quand même cool. Sinon, beaucoup de gorges tranchées, pis de thorax perforés. À bien y penser, c’est de loin le plus violent de la série. Le nombre de meurtre est hallucinant, pour notre plus grand plaisir. Pis on fait des sauts, aussi.
Le métadiscours, astheure. Même si j’ai trippé à entendre les personnages basher Saw pis tous les remakes des dernières années, j’ai eu l’impression que c’était un peu forcé. À la place de rire du torture porn, j’aurais aimé voir un Scream qui met en scène du torture porn, comme le Scream original a fait avec le slasher. Parce que, veut, veut pas, après 3 films, y reste pu grand-chose à dire à propos du slasher. Y me semble que ça aurait été plus intéressant pis plus nouveau, aussi. C’est pareil pour les références 2.0, qui ont l’air d’être là pour être là. C’est emmené un peu maladroitement, j’ai trouvé, mais ça m’a pas empêcher d’en rire. J’ai ben aimé les jokes à propos des mises en abyme, ça montre une belle lucidité de la part du scénariste. Sauf que des fois, on tombe un peu trop dans la comédie, comme quand le policier meurt en disant « Fuck you Bruce Willis ». Mais tout le discours sur les remakes m’a fait rire, surtout le call de Sid à la fin. Même chose pour le méga-narcissisme de la jeune génération qui veut se faire voir sur internet avec des vlogues pis autres affaires bizarres (j’ai jamais compris le monde qui se filment en train de commenter sur Youtube les phénomènes Youtube genre Rebecca Black ou le bébé indonésien qui fume 40 clopes par jour). Quoique c’est pas mal ça que je fais avec mon blogue, mais bon, moi c’est pas pareil. À mon grand étonnement, on va même jusqu’à rire de Sid qui publie un livre crissement téteux sur la reprise en main de sa vie pis sa « sortie de l’ombre ». En général, le cinéma grand public va dans le sens de ces livres-là, genre Eat, pray, love, facque j’ai crissement aimé le fuck you de Williamson à tous ceux qui publient des histoires d’espoir à la con.
J’ai lu que plusieurs personnes trouvent la fin poche. Bah, quant à moi, c’est normal que ça soit pas une vraie bonne fin, parce que c’est pour rire des films qui font pas de bonnes fins. Au contraire, j’ai aimé que ça finisse pas là où on pensait que ça allait finir. Tout ça pour dire que l’accent est pas mis sur le punch. Évidemment, le motif du tueur est pas très crédible parce que trop poussé, mais c’est une prise de position par rapport à un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur, c’est-à-dire la gloire pour rien, genre Antoine Dodson, devenu crissement connus parce qu’y a fait rire de lui sur Youtube.

Analyse

Pour être franc, je pense pas qu’y ait dequoi à trouver derrière ce qui est déjà là, c’est-à-dire la critique claire des remakes, du torture porn pis de la gloire à tout prix, le métadiscours sur la représentation pis l’autodérision à partir des clichés du genre. Je pense que c’est pour ça que Scream 4 est loin d’être aussi bon que le premier, ou même le 2e : à force de trop niaiser sur sa forme, le film perd de sa profondeur herméneutique.

Verdict

Recommandé. C’est une formule qu’on connait déjà, mais c’est quand même le fun à écouter, pour rire pis faire des sauts. Malgré tout, on est content de retrouver le monde de Scream, même si c’est pu aussi original pis inventif. C’est comme remettre des vieilles pantoufles laides.

Insidious

avril 8, 2011

Réalisation : James Wan
Scénario : Leigh Whannell
Pays : États-Unis
Sortie : 2011

Quand j’ai vu le trailer, je m’attendais à un autre Haunting in Cunnecticut, ou dequoi demême. Tout le monde avait l’air ben primés pour le nouveau film de James Wan, dont le premier Saw était excellent, pis son autre film d’après, Dead Silence, un des pires navets jamais écrits, réalisés ou produits. Tout ça pour dire que chu allé voir Insidious sans excitation, à peu près juste pour pouvoir écrire une review.

Résumé

C’est l’histoire d’un jeune couple (Josh pis Renai) qui a trois enfants : un bébé, un plus vieux, pis un autre plus vieux, d’à peu près 10 ans, Dalton. Ben Dalton, y tombe dans un genre de coma que les médecins peuvent pas identifier, ni expliquer. Facque ses parents le ramènent chez eux pis l’installent dans une chambre, plogué sur un respirateur artificiel. Pendant que Josh est à la job (y est prof dans une école secondaire), Renai travaille sur sa musique – elle est pianiste. On comprend que Josh travaille beaucoup pour y permettre de se concentrer sur son art. Anyway, pendant que Josh est pas là, des affaires bizarres commencent à arriver, genre des voix dans les walkie-talkies de bébé, des boîtes qui changent de place, des portent qui ouvrent toutes seules pis des ombres pas cleans pantoute. Renai finit par contacter une médium, qui envoit ses deux employés en mission de reconnaissance, pis elle finit par les rejoindre, vu les preuves d’une vraie de vraie hantise. Après une scéance de spiritisme à la Rencontre paranormales (mais en moins bullshitteux), la médium livre son verdict : l’âme de Dalton est pognée dans le Très-Loin, endroit qui a pas besoin d’être définit plus que ça. Comme Josh est supposément lui aussi super doué pour le voyage astral, y doit sortir de son corps pour aller récupérer son fils avant que d’autres esprits s’incarnent dans son corps.

Critique

Pour être franc, en sortant du cinéma, j’arrivais pas à mettre en mots ce que j’avais pensé du film. Avec du recul, ça va mieux. Disons que le film a été reçu de deux façons par les fans d’horreur : y en a qui ont crié au génie, dans le sens de retour à l’horreur old-school pis aux sauts surprenants, alors que d’autres ont juste dit que c’était une grosse pile de clichés sales. Je me situe entre les deux.
Insidious, c’est loin d’être une grand film, très loin, même. Tous les dialogues sont poches, surtout le boutte où la médium explique ses affaires de Très Loin (quelle mauvaise traduction, sérieux) pis toute. Les scènes intimes qui sont supposées dépeindre la vie familiale sont ratées, Wan a aucun talent pour ça. Les personnages sont pas très développés, ni très attachants. Je m’en crissait un peu, à la fin, qu’y le ramène, son fils. Pis le 20 minutes que Josh passe dans le Très Loin, franchement, c’est pas fort : une maison sombre avec un peu de boucane, that’s it, on est dans les limbes. Donc, chef-d’œuvre, non.
Mais c’est efficace. Ça fait du bien de voir un film d’horreur qui fait peur pour vrai – ces temps-ci, y sont juyste dégueulasses, les films d’horreur. À un moment donné, ma blonde s’est revirée vers moi pour me dire « Crisse qu’y fait peur c’te monstre-là ! », pis elle avait raison. L’espèce de goblin rouge est quand même épeurant, quoiqu’à la limite du ridicule. Faut voir ça comme un cauchemar d’enfant, sinon on y croit pas ben ben. Si Wan était poche pour faire les scènes de famille, y excelle dans les scènes d’horreur. Même si c’est des clichés, ces clichés-là sont ben utilisés, pas comme dans d’autres films. Y a pas juste des clichés : trouvez-moi un autre film où une médium fait une scéance de spiritisme avec un masque à gaz sur la tête ? Sérieux, c’est la meilleure scène du film. Wan, y sait comment faire peur.
Mais y sait aussi doser : les deux acolytes de la médium sont des genres de geeks comiques, mais leurs jokes détonnent jamais vraiment avec l’ambiance. Ça prend un comic relief, quand même, sinon y aurait des crises cardiaques dans la salle.
Mais ce que j’ai aimé le plus, c’est la scène avec l’alarme. C’est crissement déstabilisant pis épeurant. Pendant ce temps-là, on sait que Josh entend rien, pis qu’y a probablement quelqu’un dans la maison. En plus, ça décrisse les tympans. Ça nous met sur les nerfs en tabarnaque, pis ça marche.

Verdict

Recommandé. Insidious a beaucoup de défauts, mais aussi des qualités. Ça fait peur, même si c’est basé sur des clichés, pis on voit que c’est fait sans prétention, uniquement pour faire un film épeurant, ce qui est louable, en soi. Chu content de l’avoir vu, mettons.

La Meute

mars 28, 2011

Réalisation : Franck Richard
Scénario : Franck Richard
Pays : France pis Belgique
Sortie : 2010 en France, 2011 en Amérique du Nord

J’avais hâte de le voir depuis que je l’ai raté à Fantasia l’année passée. Maintenant qu’y est sorti en DVD, j’ai réussi à le downloader. Les critiques avaient été bonnes, en général, pis un film à moitié belge, ça permet d’espérer des trucs bizarres, comme dans Calvaire ou C’est arrivé près de chez vous.

Résumé

C’est l’histoire de Charlotte, une jeune femme qui fait un road-trip toute seule sans vraiment de destination. Elle pogne un gars sur le pouce, Max. Ensemble, y arrêtent dans un genre de bar crasseux nommé La Spack, tenu par une grosse madame du même nom. Dans le bar, Charlotte pi Max se font menacer pis presque violer par trois motards débiles. La Spack sort un shotgun, ben décidée à maintenir le calme dans son bar. Sauf que, quand Max revient pas des toilettes, Charlotte se met à le chercher. Elle sent que quelque chose de bizarre se trame. Après avoir parlé à un vieux policier, elle entre par effraction dans le bar louche. Mauvaise idée : elle se retrouve enfermée dans une cage par La Spack pis Max, qui s’avère être son fils. Charlotte essaye de s’enfuir pis le policier essaye de la retrouver. Finalement, par un soir de tempête, La Spack accroche Charlotte sur un genre de potence pour la saigner en disant « La terre a besoin de sang ». C’est là que les zombies arrivent.

Critique

Le film commence un peu comme un cool movie à la Tarantino, avec des dialogues ben écrits pis des répliques cinglantes. Charlotte est un peu stéréotypée, genre fille forte qui écoute du métal pis qui a le sens de la répartie, mais le personnage réussit à être pas trop cliché, notamment grâce à son humour noir (la joke du zoophile, du sadique, de l’assassin, du nécrophile, du pyromane pi du masochiste). Pis elle est vraiment badass, comme quand elle boit son café après que le motard ait craché dedans pour l’intimider. Émilie Dequenne réussit à bien rendre la panique de Charlotte quand elle est enfermée.
En général, j’ai ben aimé les dialogues, surtout les répliques des motards, qui me faisaient rire à chaque fois. Exemple : « Chérie j’dois pisser, tu peux m’la tenir ? Mon médecin m’interdit d’porter des objets lourds. » C’est du génie. Ou ben Charlotte qui dit à Max : « J’te préviens, si tu sors ta bite ou quelque chose dans le genre, tu mange un bouquet de phalanges. » Max répond : « T’inquiète, fait trop froid. » Même si c’est pas réaliste, au moins, c’est drôle. Pis le ton est maintenu tout le long du film. Pis aussi « Va falloir éclater des mecs. Ça vous dirait, les tapettes ? »
Le personnage de La Spack est quand même cool, genre vieille campagnarde qui en a vu d’autres. Pi le policier trop wise est cool aussi, un peu à la Colombo, surtout avec son chandail Fuck on first date pis sa joke de faire des bruits de cheval quand y prend son vélo.
L’atmosphère vraiment crasse est réussie pis elle nous fait sentir sale pis toute – ça rappelle beaucoup Calvaire. On se sent encore plus mal vu qu’on sait pas trop où (on a aucune indication de lieu), ni quand ça se passe (aucune indication de temps). En fait, j’ai trouvé que ça avait des allures d’uchronie, surtout avec les personnages des motards qui font pas mal renégats-d’un-monde-post-apocalyptique, pis avec le décor style campagne retardée qui permet pas vraiment de se situer dans le temps. Anyway, tout ça, ça ajoute à notre malaise pis notre incompréhension.
J’ai entendu pas mal de critiques négatives à propos du scénario, mais j’ai pas trouvé particulièrement mauvais. Bon, on peut se demander pourquoi Charlotte essaye autant de retrouver Max, qu’elle vient tout juste de rencontrer, mais tsé. Contrairement à tout le monde, j’ai adoré le changement de ton drastique aux 2/3 du film, quand les zombies arrivent. Je m’attendais crissement pas à ça, pis j’ai été agréablement surpris.
La réalisation est paspire pantoute pis rend ben l’ambiance crade du décor. Les plans sont ben cadrés pis les mouvements de caméras sont intéressants. Par exemple, j’ai aimé l’ellipse quand on voit le policier rentrer chez La Spack : le plan coupe pis enchaîne sur La Spack qui ressort avec le policier dans une brouette. C’est nice comme montage, mais ensuite on nous sert un flashback qui explique comment ça c’est passé. Fucking maladroit.
Le film a des défauts : j’ai trouvé complètement inutile toute l’histoire des mineurs morts sous la terre qui sert à justifier l’existence des zombies. Surtout le bout où Charlotte tombe sur des vieux journaux, c’était crissement pas nécessaire. Ça aurait été mieux sans aucune explication. Aussi, dans la scène de l’attaque sur la petite cabane, les quatres zombies restent constamment au même endroit, comme si c’était fait pour qu’on puisse les voir à travers la fenêtre. Pas bon du tout. Pis on aurait vraiment pu se passer du sang qui dégouline dans l’objectif à la toute fin.
Le gore est quand même paspire, même si y en a pas tant. Les zombies sont assez forts pour démembrer un homme sans forcer. La scène de la torture sur la chaise est pas nice pantoute, même si elle est pas gore. Pis la fin est vraiment bad, dans le sens qu’elle nous fait pas sentir ben. J’avoue que j’ai été surpris que ça finisse aussi mal, pi j’étais triste pour Charlotte. Je l’aimais ben, finalement.

Analyse

« La victime fantastique est donc un être déterritorialisé. » C’est ce qu’écrit André Carpentier dans son article L’espace fantastique comme variété de l’espace vécu. Y me semble que ce mot-là – déterritorialisé – qualifie ben Charlotte. Elle évolue, comme le spectateur, dans un monde qui propose aucun point de repère temporel ou spacial. En plus, elle a pas vraiment de but : au début, elle dit à Max qu’elle roule jusqu’à la fin de ses CDs. Le film s’ouvre sur des longs plans de routes perdues dans le brouillard. D’emblée, on sait qu’on se trouve dans le trou-du-cul-du-monde, un lieu isolé, éloigné de la civilisation pis de ses règles. Cette idée d’égarement est présente chez Charlotte elle-même, qui a pas de passé, pis encore moins de futur. Tout ce qu’on sait d’elle, c’est ce qu’elle aime écouter les problèmes de gens, que ça la dope. On peut peut-être en déduire qu’elle aussi a des problèmes, pis qu’écouter ceux des autres, ça l’aide à relativiser, ou au moins à se sentir moins seule dans sa marde. On découvre que plus ça va, plus Charlotte s’enfonce dans un univers crade pis dirt, qui la menace constamment pis qui ses déshumanise à mesure que le récit avance. Dès le début, y a les motards qui essayent de la violer, ensuite le policier qui l’avertit que c’est dangereux, pour une belle fille comme elle, de prendre des pouceux – ce qui s’avère vrai, ensuite la cage, La Spack a l’air invincible, pis ensuite les zombies. Charlotte passe de fille-forte à fille-captive-bétail à fille-captive-bouffe-pour-les-zombies. Elle aussi se déshumanise, comme si l’univers dans lequel est évolue l’avait contaminée. Tout le long de sa captivité, ses efforts pour communiquer sa détresse son vains; l’humanité est pas rejoignable. Tout le long du film, Charlotte se débat « sous la menace de l’étrange, soumise à la coupure ou au renoncement à tout principe de liberté. C’est pourquoi sa mésaventure, sa détresse paraissent irréversibles. Le maléfice n’est pas qu’au bout de son trajet; il l’accompagne tout au long de sa déambulation. » Le monde se referme peu à peu sur Charlotte pis y devient tellement hostile qu’y finit par la bouffer, au sens propre.
Pour résumé, Charlotte, c’est une espèce de Dante, mais sans personne pour la guider, qui réussit pas à se sortir de l’enfer.

Verdict

Recommandé. Même si c’est pas parfait, c’est un film surprenant pis ben réalisé (la plupart du temps). Les dialogues sont comiques pis malaisants en même temps, les personnages sont le fun pis les zombies sont vraiments laids, dans le bon sens du terme.

Black death

mars 9, 2011

Réalisation : Christopher Smith
Scénario : Dario Poloni
Pays : Royaume-Uni, Allemagne
Sortie : 2010 au Royaume-Uni, 2011 en Amérique du Nord

J’ai remarqué quelque chose : dans le monde du cinéma d’horreur, on considère comme des films d’horreur des films pas d’horreur mais de réalisateurs qui sont renommés dans le milieu. Par exemple : Adam Green avec ses Hatchet. Y réalise Frozen, que toute la communauté de l’horreur a vu pi aimé. Si ça c’est de l’horreur, pourquoi pas 127 hours ? Danny Boyle a réalisé 28 days later, quand même. Même chose avec Christopher Smith : la succès de Triangle fait qu’on va regarder Black death comme si c’était un film d’horreur. Mais bon, je chiale pour chialer. J’avais quand même envie de le regarder Black death, pour voir si c’était aussi bon que tout le monde le disait.

Résumé

En 1348, pendant la peste en Angleterre, un soldat à la solde de l’Église, Ulric (nom médiéval par excellence, pi joué par Boromir lui-même), est envoyé investiguer à propos d’un village qui est pas touché par la peste pi qui est réputé avoir fait un pacte avec les forces du mal pour éviter la maladie. Y engage un jeune prêtre, Osmund (le même gars pi le même rôle que dans The pillars of the earth). Osmund, malgré sa foi, a quand même une blonde, qu’y a envoyé se réfugier dans la forêt pour éviter la peste. Anyway : y les guide jusqu’au village, où y sont chaleureusement accueillis par les habitants, qui sont quand même un peu louches, vu que les derniers soldats qui ont été envoyés sont pas revenus. On remarque assez rapidement que le village a délaissé le dieu des chrétiens pour se livrer à des rituels païens, ce qui les sauverait de la peste, supposément envoyée par Dieu pour punir les hommes. Ulric veut tuer les hérétiques, les hérétiques veulent tuer Ulric; Osmund, lui, veut juste retrouver sa blonde, même si y doit renier Dieu pour ça.

Critique

On a pas un film fantastique ici. L’horreur flotte dans l’air pi dans la tête des gens superstitieux, mais y a rien de vraiment surnaturel, à part la bêtise humaine. Mais on se lancera pas là-dedans.
Ça saute aux yeux dès le début : toute l’horreur pi la crasse du Moyen-âge pi de la peste sont vraiment ben rendues. On se sent sale pi inconfortable juste à le regarder. Tout le contraire d’un film similaire mais pourri, Season of the witch.
Visuellement, c’est assez beau; l’atmosphère est vraiment inquiétante du début à la fin, avec de la brume en masse pi de la pluie battante. Ça rappelle un peu Valhalla Rising, mais en moins beau, évidemment.
Sean Bean est parfait dans le rôle d’un chevalier brainwashé par l’Église. Le personnage est pas nuancé du tout, ce qui facilite un peu la tâche à Bean qui se concentre sur son look badass, réussit à merveille. Eddie Redmayne, lui, fait aussi une bonne job pour incarner Osmund, malgré sa voix de Batman qui me tappait un peu sur les nerfs. La scène, au tout début, dans laquelle y retrouve sa blonde qui le pensait mort est assez réussie pi émouvante. Bien jouée, bien dialoguée. J’ai moins aimé le personnage de Langiva, l’espèce de prêtresse trop blonde pi trop Galadriel-esque.
La caméra nerveuse fitte vraiment ben avec l’ambiance de danger pi de menace qui plane sur tout le film. On sait jamais quand y va se passer dequoi pi on est tout le temps sur le qui-vive. Pi les scènes d’actions sont quand même cools pi très violentes : la décapitation à l’épée pi la morsure à la jugulaire sont malades. Sans oublier l’écartèlement – même si y faisait un peu trop Mel Gibson pi « Freedooooooom! ».
L’espèce de twist à la fin était pas nécessaire, à mon sens. Ça fait trop punch plogué. Mais la séquence qui suit est sick, quoiqu’un peu maladroite. Cette fin-là est excellente mais un peu boiteuse sur le plan formel. Crissement pessimiste, elle remet en question l’interprétation qu’on fait du film tout en rachetant les quelques moments longuets de la deuxième moitiée.

Analyse

Black death m’a fait l’impression d’un Season of the witch réussit. En plus de se passer au Moyen-âge pi pendant la peste pi de partager les thèmes de sorcellerie pi de superstition, les deux films présentent une réflexion – très maigre dans le cas de Season of the witch – sur la foi. Dans ce film-là, la réflexion passe par le personnage principal (Nicholas Cage) qui réalise que l’Église y demande de tuer aveuglément en son nom. Dans Black death, la réflexion se fait pas dans les personnages, mais plutôt sur le spectateur. Le scénario nous présente les excès du discours religieux dogmatique, mais aussi ceux de l’hérésie qui hésite pas de tuer pour sa « liberté ». Le film prend pas position, il montre : sous la torture, ni les chrétiens ni les hérétiques renient leur dieu. Leur foi est aussi forte même si chacun considère celle de l’autre comme sacrilège. C’est à nous de conclure.
On peut quand même voir que les personnages chrétiens vivent dans une constante culpabilité, étant donné qu’y pensent que la peste est une punition de Dieu. On peut penser à la scène où sa blonde de Osmund y demande d’une voix vraiment angoissée si c’est de sa faute, la peste. L’Église est présentée assez négativement, son pouvoir étant basé sur la peur pi la culpabilité des croyants. L’Église est aussi porteuse de mort, quand on se rend compte à la fin que Ulric est touché par la peste pi qu’y l’a emmenée au village. D’une certaine façon, c’est un genre d’anti-prophète.
La blonde de Osmund est une figure virginale, avec son cheval blanc pi toute. Quand y la perd, y perd sa vraie foi pour tomber dans la barbarie pi la vengeance pseudo-motivée par l’Église.

Verdict

Recommandé, même si c’est pas aussi bon qu’on le dit. Sur l’échelle des films récents qui proposent une réflexion sur la foi dans un contexte médiéval, Season of the witch comptant pour zéro pi Valhalla Rising pour 10, je donne un beau 7 à Black Death, pour sa violence, son atmophère pi son pessimisme.

The troll hunter (Trolljegeren)

février 23, 2011

Réalisation : André Øvredal
Scénario : André Øvredal
Pays : Norvège
Sortie : 2010 en Norvège, pas encore en Amérique du Nord

Comme tout le monde, quand j’ai vu la bande-annonce, j’étais tout excité. Pas par la bande-annonce – je l’ai pas regardé au complet pour pas voir tout le film – mais pas le concept : un film de trolls qui est pas Troll 2. Nice. En plus, c’est norvégien, ça ajoute une ptite touche exotique. Pour finir, c’est du found footage, genre que j’apprécie de plus en plus, merci à Marble Hornets.

Résumé

Facque c’est l’histoire d’une gang d’étudiants qui font un documentaire sur la chasse aux ours pour un cours à l’université. Après que quelques ours aient été retrouvés morts, pi qu’aucun chasseur affirme l’avoir tué, les documentaristes apprennent que les chasseurs sont suivis par un gars bizarre. Facque y vont le voir, mais y veut pas trop leur parler. Mais y persistent; une nuit, y le suivent jusque dans une forêt enneigée. Y se mettent à entendre des bruits bizarres pi le gars se pointe en courant pi en criant « Troll ! » Après ça, le gars, Finn, leur donne la permission de le suivre pi de le filmer, parce qu’y trouve ça poche que le gouvernement cache l’existence des trolls au grand public. Facque y leur raconte que c’est le seul chasseur de trolls en Norvège, qu’y a deux sortes de trolls (des montagnes, des cavernes) pi qu’y peuvent reconnaitre l’odeur des chrétiens pratiquants (ça doit faire partie du folklore norvégien ou je sais pas). Bref, le gars y connait sa patente. Facque sa job, c’est de tuer les trolls qui sortent de leur territoire. Mais là, y en a beaucoup pi c’est pas normal. Anyway : l’équipe le suit pi assiste à quelques meurtres de trolls. Parallèlement à ça, y a un gars du gouvernement qui est chargé de maintenir l’existence des trolls secrète en faisant passer ça pour des causes naturelles quelconques. Le gars en pissed pi veut pas que les étudiants filment, évidemment.

Critique

Faut dire ici que c’est pas un film d’horreur. C’est sûr que si on envisage les trolls comme des monstres, pi qu’on associe le found footage au genre de l’horreur, ça marche, mais pas tant : ça tombe plus dans le merveilleux, pour moi, parce que les trolls existent pour vrai pi qu’y a pas d’hésitation. Pi même si y a un peu de suspence, y a pas vraiment de moments terrifiants ou dégueux – tsé, y a juste un mort, dans tout le film. L’accent est pas mis sur la peur, mettons. Ce qui fait que j’ai été un peu déçu.
J’ai vu des critiques qui disaient que les trolls étaient mal faits. C’est pas faux, mais c’est pas la faute des réalisateurs. Le problème, c’est comment montrer des trolls au cinéma sans que ça tombe dans le ridicule ? Y ont fait leur possible, mais ça reste des gros bonhommes avec des gros nez. J’ai pas eu de misère avec l’animation, même qu’y auraient pas pu faire mieux; c’est plutôt le projet qui était voué à l’échec.
Cela dit, le found footage est ben faite, même si c’est rien pour renouveller le genre ou tomber sur le cul. Comme d’habitude, la lentille casse à un moment donné, la caméra tombe quand le caméraman meurt, on voit des plans tout croches quand les personnages courent, etc. Les interactions entre les personnages sont assez réussies, pi les dialogues réussissent à donner l’illusion que les étudiants se connaissent ben pi toute. Le personnage de Finn, le chasseur, quoiqu’un peu stéréotypé, est crissement attachant. Y est fucking badass sans l’être trop. Y a genre la posture du gars qui fait sa job même si ça y tente pu vraiment pi qui accepte de faire du over parce qu’y faut ben que quelqu’un le fasse.
Au final, on s’intéresse plus à ce qui entoure les trolls pi aux technique de chasse de Finn qu’à l’intrigue elle-même.

Analyse

À part une critique du gouvernement, qui est pas toujours honnête, j’avais l’impression que ce film-là était vide de second niveau. Après une journée de réflexion, j’ai trouvé dequoi : le ressurgissement de la Magie dans un monde désenchanté. L’économie prend de plus en plus de place, la mondialisation américanise la planète pi les conservateurs sont au pouvoir. Tout l’effort est mis dans la productivité, l’efficacité, le rendement. Y a pu de place pour la magie. Cette magie-là renvoit à l’enfance, quand on croit tout ce qu’on entend pi que, dans notre tête, les trolls existent pour vrai. Dans le film, les étudiants son confrontés à leurs vieilles croyances enfantines qui, soudainement, deviennent réelles, pi y l’ont toujours été. Y trippent pi y veulent en savoir plus. Sauf que le gouvernement est là pour garder tout ça caché, parce qu’y a intérêt à maintenir le peuple dans la bataille capitalisme de la performance à tout prix. Pi la magie, c’est l’imagination, la fiction, les arts. Ça fait penser aux coupures dans les arts du gouvernement Harper, ça, non ? Harper pour qui l’économie est plus importante que la culture. Bullshit, chu sûr qu’y a des trolls en Arctique, sinon, pourquoi y voudrait remilitariser la région ?

Verdict

Pas recommandé. Même si le réalisateur a rien fait de mal, ça laisse un peu froid pi indifférent. Les fans d’horreur vont être déçus, pi les fans de cinéma tout court aussi. C’est l’intention qui compte, peut-être. Mais quand même.

Dream Home

février 9, 2011

Réalisation : Ho Cheung Pang
Scénario : Ho Cheung Pang , Kwok Cheung Tsang pi Chi-Man Wan
Pays : Hong-Kong
Sortie : 2010 à Hong Kong, pas encore en Amérique

Le dernier film hongkongnais que j’ai vu, c’est Ebola Syndrome : l’histoire d’un gars qui répand le virus ebola dans toute la ville, entre autres via des hamburgers infectés. C’est donc avec joie que j’ai accueilli Dream home. J’ai pas vu ben ben de films d’horreur asiatiques dans la dernière année, le film a eu des paspires reviews pi le poster est magnifique, facque :

Résumé

C’est l’histoire de Cheng Lai-sheung, une jeune femme travaillante qui économise depuis crissement longtemps pour s’achetr un appartement avec une belle vue sur le port. Sauf que, en 2007, à Hong-Kong, se trouver un appart, c’est presque impossible à cause de l’état pitoyable du marché. Mais son père tombe malade pi Cheng découvre que l’assurance couvre pas les dépenses de l’opération. Entre temps, elle réussit à négocier l’achat de l’appartement de ses rêves; sauf que, finalement, les proprios chokent parce qu’y pensent pouvoir vendre pour plus cher. Cheng pète un plomb pi elle décide de prendre les grands moyens pour l’avoir, son appart.

Critique

Dès le premier plan, on voit que la photo est bonne pi que le cadrage est super léché pi symétrique. On sait que ça va être ben filmé. Le générique est crissement beau : des plans immenses de facades d’immeubles à logement qui débordent de tous les bords pi qui montrent la démesure. Y a aussi beaucoup de jeux avec l’objetif, comme par exemple des reflets ou en filmant à travers une fenêtre ou un grillage.
Dès la première scène, on voit que le gore sera pas doux : le gars se fait serrer un tie-rap autour de la gorge pi y essaye de la couper avec un exacto, ce qui marche pas tant, finalement. C’est comme ça tout le long : du gore vraiment inventif pi ben faite, dans le genre qui fait grimacer pi gigoter sur son siège. Rien de choquant, quand même, mais du dégueux en masse. J’ai particulièrement aimé les coups de couteau dans le dos qui ressortent dans le torse : je comprend pas trop comme c’est faite, mais c’est cool.
Ce qui est intéressant, dans ce slasher-là, c’est la structure : au lieu d’être linéaire comme tous les autres, les meurtres ont tous lieu dans la même soirée. Cette soirée-là est entrecoupée de flashbacks qui « expliquent » le massacre. C’est cool parce qu’on sait dès le début du film que la fille va tuer du monde, sauf qu’on comprend pas pourquoi elle va le faire. C’est un autre type de suspense.
Les dialogues sont la plupart du temps assez bons pi le jeu des acteurs est juste parfait pour un film de ce genre-là, qui demande pas vraiment des performances hors de l’ordinaire. Josie Ho, l’actrice principale, fait une ben bonne job, en plus d’être la plus jolie slasheuse depuis la mère de Jason.
Une petite affaire qui m’a dérangé : l’humour. Le premier tiers du film est complètement dénué d’humour. Après ça, de temps en temps, on a droit à une blague genre à la Hatchet. C’est pas que les jokes sont mauvaises (le gars avec les intestins à terre qui veut pogner une dernière poffe de son joint qui est malheureusement éteint, pi quand finalement à la fin y se fait tirer dans la tête, de la fumée sort de sa bouche), mais juste que c’est pas assez appuyé. Au lieu d’être une comédie d’horreur, c’est un film d’horreur sérieux avec des jokes de temps en temps. Ça brise un peu le ton, j’ai trouvé.

Analyse

Vite demême, on voit une critique de la situation de la spéculation immobilière à Hong-Kong (pi aux États-Unis, aussi). Mais ça va un peu plus loin que ça dans la dénonciation du capitalisme. Vous me reprendrez si je me trompe : quand Cheng était jeune, sa famille s’est fait sacrer dehors de chez eux pour construire des grosses tours à habitations. Quand elle est devenu grande, ces habitations-là sont devenues inabordables, ou presque. Malgré tous ses efforts pour récupérer ce qui lui avait été volé, Cheng réussit quand même pas à réaliser son rêve : avoir son appart. Le capitalisme cause nos problèmes pi nous permet même pas de les régler. Facque elle décide de tuer plein de monde dans l’immeuble pour que le prix baisse. C’est un retour à la loi de la jungle, au chacun-pour-soi prôné par le néo-libéralisme; le meurtre apparait donc comme la manifestation la plus pure du capitalisme. Malgré tout, à la fin, quand on constate avec étonnement que son plan a fonctionné, on apprend que la crise aux États-Unis vient d’éclater, ce qui vient fucker les plans de Cheng, qui s’était fait dire que c’était un bon moment pour investir. Ainsi, malgré tous ses efforts, l’homme moderne est constamment menacé par l’épée de Damoclès qu’est la loi du marché, comme si on pouvait pas échapper à sa « main invisible ».
Mais c’est pas tout : y a aussi une critique du patriarcat. Dès le début, on constate que Cheng est opprimée par son chum, qui pense juste à la baiser, pi par son père, qui a des idées très précises sur ce que devrait être une femme. Tout le film apparait alors comme une émancipation du joug masculin qui mène l’héroïne au meurtre pi au parricide. Le motif du phallus revient tout le long du film, la plupart du temps sous la forme de huges building qui pointent vers le ciel, mais aussi, plus explicitement, dans une scène d’émasculation plutôt évocatrice. On remarque aussi que ce qui drive Cheng, c’est l’idée d’avoir une « chambre à elle », ce qui renvoit à l’essai de Virginia Woolf sur la condition féminine. Elle dit que la femme va être libre le jour où elle va avoir un espace privé pi personnel. Facque Cheng se bat pas pour un appart, mais pour sa liberté. Sauf que pour atteindre sa liberté, elle s’approprie certains attribus masculins; dans cette optique-là, le fait qu’elle ait utilisé les outils de son père pour commettre les meurtres est très significatif. D’ailleurs, après avoir fait son massacre, symbole de son émancipation, elle devient spure d’elle pi dominante, comme on peut le voir dans sa conversation au téléphone avec son agent immobilier. En s’appropriant une certaine masculinité, elle renverse le schéma dominant/dominé dont elle était victime depuis le début. Elle devient un mâle alpha. Donc, la seule façon de se libérer de la domination masculine, c’est en devenant soi-même un homme.

Verdict

Recommandé. C’est ben filmé, ben joué, y a du bon gore pi les meurtres sont inventifs. Un bon divertissement sur fond de commentaire social.