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Les meilleurs contes fantastiques québécois du XIXe siècle, par Aurélien Boivin

juin 11, 2011

Parution : 2001
Éditions Fides
Anthologie
358 pages

J’ai lu ça pour un travail de bacc. Je connaissais pas tant les contes fantastiques du XIXe, à part genre Rose Latulippe, La bête à grand-queue pis La chasse-galerie. J’étais curieux, parce que le XIXe, c’est riche en crisse pour la littérature fantastique : Mérimée, Maupassant, Poe, Hoffmann pis toute. Malgré tout, j’avais un peu peur, parce que notre XIXe siècle, c’est La terre paternelle, Jean Rivard le défricheur pis le gros terroir sale.

« Loups-garous, feux follets, diablotins et fantômes ont longtemps nourri l’imaginaire québécois. Cet univers a été habité par une multitude d’autres êtres surnaturels, tant maléfiques que bénéfiques, parmi lesquels on retrouve des hères, des bêtes à grand-queue, des revenant et des lutins. »

La liste des auteurs : Philippe Aubert de Gaspé fils, Alphonse Poitras, Louis-Auguste Olivier, Guillaume Lévesque, Charles Laberge, Paul Stevens, Philippe Aubert de Gaspé papa, Joseph-Charles Taché, Narcisse-Henri-Édouard Faucher de Saint-Maurice, J.-Ferdinand Morissette, Honoré Beaugrand, Wenceslas-Eugène Dick, Charles-Marie Ducharme, Louis Fréchette, Pamphily Lemay pis Louvigny de Montigny.

Critique

À moins d’être un catholique convaincu ou un étudiant en lettres, je sais pas trop qui pourrait apprécier ces contes-là. Personnellement, j’ai lu le recueil par curiosité : je voulais savoir un peu c’était quoi nos légendes pis notre folklore. Par intérêt documentaire, on va dire. Facque j’ai découvert des affaires le fun, comme qu’un loup-garou c’est, la plupart du temps, un gros chien noir avec des yeux qui flambent. Ça ou ben que tout le monde qui a l’air pas comme les autres, ben c’est probablement des sorciers. Ou ben que si on sacre trop, si on boit trop, si on fourre trop, ben le yable va venir nous pogner. Je niaise, mais j’ai appris plein d’affaires à propos des vieilles superstitions. L’affaire, c’est que presque tous les contes sont crissement moralisateurs. En gros, c’est la même structure que les films de slashers : transgression-punition. Dans L’étranger d’Aubert de Gaspé fils, Rose Latulippe danse le jour du mercredi des cendres avec un inconnu, tout ça devant son chum. Ben l’inconnu, c’est le yable, pis Rose vire folle. Dans Le loup-garou, Joachim se met chaud pis rate la messe de minuit; y devient un loup-garou. Dans Le fantôme de l’avare de Beaugrand, l’avare refuse d’ouvrir la porte à un voyageur un jour de tempête; y est obligé de revenir tous les jours de l’an pour offrir l’hospitalité à quelqu’un avant de pouvoir obtenir le repos éternel. Quand c’est pas des punitions, c’est Anyway, tous les contes sont imbibés de morale catholique beaucoup trop évidente. Ça a beau être l’esprit de l’époque, ça finit par gosser pareil, de voir à quel point le monde était brainwashé dans le temps.
Mais l’affaire la plus cool, c’est la langue orale de certains personnages. On dirait que back in the days, on était moins mal à l’aise avec la langue québécoise. À peu près la moitié des contes utilise le parler populaire, ce qui rend la lecture crissement le fun. Le meilleur de tous, c’est Fréchette, avec son personnage conteur, Jos Violon :

« Le Coq, qu’avait jamais, lui, travelé autrement qu’en berlot ou en petite cabarouette dans les chemins de campagne, avait pas tout à fait la twist dans le poignet pour l’aviron ; mais on voyait qu’y faisait de son mieux pour se dégourdir.
Avec ça qu’y devait avoir de quoi pour se dégourdir le canayen en effette, parce que, de temps en temps, je le voyais qui se passait la main dans sa chemise, et qui se baissait la tête, sous vot’respec’, comme pour sucer quèque chose.
Je croyais d’abord qu’y prenait une chique ; mais y a des limites pour chiquer. On a beau venir de la Beauce, un homme peut toujours pas virer trois ou quatre torquettes en sirop dans son après-midi.
Enfin, je m’aperçus qu’au lieu de prendre une chique, c’était autre chose qu’y prenait.
– L’enfant de potence ! que je dis, il va être mort-ivre avant d’arriver à Batiscan. Mais, bougez pas ! c’est pas pour rien dire de trop, mais j’cré ben que si le vlimeux avait besoin de s’exercer le bras, c’était toujours pas pour apprendre à lever le coude. »

Moi, Jos Violon, je le trouve crissement excellent. Rien que pour l’oralité, ça vaut la peine de lire les contes de Fréchette.
Ce qui est cool aussi avec le recueil, c’est l’intro par Aurélien Boivin. C’est un spécialiste du conte fantastique, facque c’est crissement le fun pour ceux que ça intéresse.

Verdict

Recommandé, pour ceux qui veulent découvrir le folklore québécois. Ou pour ceux qui savent pas encore que Honoré Beaugrand, c’est pas juste une station de métro.

L’influence d’un livre, par Philippe Aubert de Gaspé fils

mai 18, 2011

Parution : 1837
Roman
135 pages

Officiellement, L’influence d’un livre, c’est le premier roman canadien-français. C’est aussi un roman gothique, selon plusieurs spécialistes.

« Profondément influencé par Le petit Albert, ouvrage d’alchimie qui décide du sort de sa vie, Charles Amand, cultivateur canadien rusé et avide, se fait fort de découvrir la pierre philosophale. De conjurations en sortilèges, d’apparitions diaboliques en meurtres, de naufrage en mariage, L’influence d’un livre foisonne en aventures inattendues. »

Résumé

Ça se passe dans les années 1820. Amand pis Dupont, son acolyte, vont à Port-Joli pour conjurer le yable dans le but de devenir riches. Sauf que Dupont est moins convaincu que son ami; au lieu de voler une poule noire comme Amand y avait dit, y l’a acheté, par peur d’aller en enfer. Facque Amand se résigne à invoquer le yable tout seul, en utilisant une main-de-gloire (la main désèchée d’un pendu) pis une chandelle magique (faite avec de la graisse de pendu pis du cierge pascal) qui s’éteint là où y a un trésor. Pendant ce temps-là, un peu plus loin, un meurtre est commis : Lepage, un homme cruel, tue Guillemette après y avoir offert de passer la nuit chez eux. Le lendemain, St-Céran (qui a croisé Guillemette quelques heures avant sa mort) trouve le corps sur la berge. Y soupçonne tout de suite Lepage pis y se rend chez eux avec une couple de personnes pour l’arrêter. Pendant la nuit de veille chez Lepage, le père Ducros raconte une légende, celle de Rose Latulipe, une jeune femme qui est devenue folle après avoir dansé avec le yable pendant le mercredi des cendres. On apprend ensuite que St-Céran est amoureux de la fille de Amand, Amélie, mais qu’y peut pas la marier avant de posséder une fortune. Facque St-Céran se pousse en ville pour étudier la médecine. Pour niaiser Amand, St-Céran y donne la main du cadavre de Guillemette pis une chandelle ben normale. En revenant chez eux, pis après avoir consulté une voyante, Amand arrive chez son oncle, là où y a plein de monde qui écoutent l’histoire du grand-père : dans son jeune temps, pendant qu’y était de garde sur une petite île déserte, y a vu le yable, pis depuis ce temps-là y a pu jamais sacré ni bu ni joué. Aidé par le marin Capistrau, Amand se rend à la caverne du cap au corbeau, où y aurait un trésor. Sauf qu’y se fait jouer un tour par deux étudiants qui cachent un trésor vide pis qu’y soufflent sa chandelle pas magique. Pendant une tempête sur le fleuve, Amand se fait pogner par un bateau pirate qui l’emmène sur l’île d’Anticosti, où y travaille pendant cinq ans. St-Céran finit par marier Amélie, pendant que Amand continue d’étudier l’alchimie pis le spiritisme.

Critique

Avant tout : on peut dire que c’est un roman gothique, mais c’est un peu tiré par les cheveux. Oui, ça parle de surnaturel, y a du morbide pis beaucoup d’aventures, mais on est loin du Moine de Lewis. Y a un meurtre, pis aucune manifestation vraiment fantastique. Amand se fait tout le temps niaiser par tout le monde, même le narrateur qui le décrit avec ironie, même si le meurtre est cool :

« il ressera involontairement le marteau, écarta la chemise du malheureux étendu devant lui et, d’un seul coup de l’instrument terrible qu’il portait à la main, il coupa l’artère jugulaire de sa victime. Le sang rejaillit sur lui et éteignit la lumière. Alors s’engagea dans les ténèbres une lutte horrible ! lutte de la mort avec la vie. Par un saut involontaire Guillemette se trouva corps à corps avec son assassin qui trembla pour la première fois en sentant l’étreinte désespérée d’un mourant et en entendant, près de son oreille, le dernier râle qui sortait de la bouche de celui qui l’embrassait avec tant de violence, comme un cruel adieu à la vie. »

Les seules traces de fantastique, c’est les deux contes incrustés dans le récit : L’Étranger pis L’homme de Labrador. Au fond, c’est ces deux histoires-là qui sont intéressantes, plus que le récit principal, qui s’étiole dans un trop plein de personnages pis d’aventures pas rapport. Dans les deux contes, c’est le deuxième qui est le plus cool : l’ambiance est vraiment creepy pis l’apparition du yable plus originale que dans la plupart des contes fantastiques de l’époque :

« Ce fut alors que je pus contempler cette figure satanique : un nez qui lui couvrait la lèvre supérieure, quoique son immense bouche s’étendît d’une oreille à l’autre, lesquelles oreilles lui tombaient sur les épaules comme celles d’un lévrirer. Deux rangées de dents noires comme du fer et sortant presque horizontalement de sa bouche se choquaient avec un fracas horrible. »

Ça, c’est pas tout : y a aussi des petits hommes hauts de deux pieds avec des têtes de singes pis des cornes – ce qui fait un peu penser aux marmousets de Malpertuis. J’ai vraiment l’impression que ça ferait un bon court métrage, à condition qu’on l’actualise un peu (le gars puni par le yable pour ses péchés, ça pognerait pas ben ben astheure). Facque, en gros, faut pas lire ça si on s’attend à du gothique anglais du XVIIIe siècle.

Mais le narrateur est excellent. Comme dans les contes, y dit que son histoire est réelle, pas comme les histoires d’amour qui finissent trop bien. Encore comme dans les contes, le narrateur dit qu’y connait les personnages. Par exemple, il écrit : « Cette nuit-là il eu un songe. » Y renvoit à une note de bas de page qui dit : « Il l’a raconté lui-même à l’auteur. » Ça donne un ton le fun au récit.

Analyse

Tout le long, on a l’impression que le narrateur croit pas à ce qu’y raconte. Amand est montré comme un naïf qui croit tout ce qu’on lui dit à propos du surnaturel. Sa main-de-gloide pis sa chandelle sont fausses, y se fait niaiser par deux étudiants pis y croit ce que la voyante y dit :

« – Vous cherchez fortune.
– Oui; mais pouvez-vous me dire par quels moyens je cherche à y parvenir ?
– Tous les moyens vous sont indifférents, dit la vieille, pourvu que vous réussissiez.
– Elle a raison, se dit-il tout bas : Y parviendrai-je ?
– Oui; si vous avez du cœur, de l’énergie et de la force. »

De façon super évidente, le narrateur montre l’imprécision des « pouvoirs » de la voyantes pis la crédulité imbécile de Amand, le rendant ainsi ridicule. Même l’apparence physique de Amant est poche : « tout son physique annonçait un homme affaibli par la misère et les veilles. » Amant se met à soliloquer en disant qu’y est un visionnaire, comme si le narrateur voulait nous faire comprendre que sa vision du réel est distordue. Facque le narrateur se distancie des phénomènes surnaturels. Les seuls moments où le surnaturel est raconté comme vrai (dans les deux contes), le narrateur laisse le récit à un narrateur intradiégétique, comme si y voulait pas, lui-même, évoquer la réalité des esprits ou du yable. Y a un décalage entre le narrateur, qui croit pas au surnaturel, pis ses personnages, qui y croient. On peut conclure que c’est pas un roman gothique, mais un roman qui ridiculise le gothique en montrant l’inexistance du surnaturel, sauf dans l’esprit des gens simples.

Verdict

Recommandé. C’est pas le roman le plus le fun à lire, mais c’est quand même considéré comme le premier roman québécois, ce qui justifie qu’on le lise. Les contes sont intéressants pis le narrateur sympathique. Les personnages font rire par leur ridicule, ce qui rend la lecture agréable. C’est pas du gothique à proprement parler; c’est plus un discours sur le gothique.

Brins d’éternité #28

février 12, 2011

Éditeurs : Ariane Gélinas, Carmélie Jacob pi Guillaume Voisine
Hiver 2011
108 pages

Comme le no.27, pi probablement tous les numéros déjà parus pi à paraître, la couverture est pas belle. Les illustrations à l’intérieur non plus, d’ailleurs. Mais bon. J’ai été triste de constater que y a beaucoup de SF dans ce numéro-là, pi pas beaucoup de fantastique. En fait, y a trois nouvelles fantastique. Le reste, les textes pi les articles, parlent tous de SF. Je vais me concentrer sur le fantastique.

L’âme sœur, par Martin Lessard

C’est l’histoire d’un humoriste pas connu de Québec qui apprend que son frère, avec qui y a pas parlé depuis quelques années, est mêlé à une affaire de meurtre dans un musée. La conservatrice du musée vient le voir pour y demander où y est, son frère, pi pour y parler d’une statuette qui « ensorcelle les hommes et décuple leur violence, leur sadisme. » Elle-même fait partie d’une fraternité qui veut protéger les hommes de cette statue-là. Le narrateur finit par trouver la statuette dans l’appart d’une fille avec qui son frère a couché, pi tuée aussi, d’ailleurs. Sauf que, quand y rentre chez eux, y trouve sa blonde pi la conservatrice du musée, qui sont pas si fines que ça.
Le début de la nouvelle m’a pas déplu. J’aimais le ton cynique du narrateur :

« C’était une petite scène d’humoristes pareille à des dizaines d’autres à travers la province […]. Je me contentais d’appliquer la « méthode ». […] Chaque semaine, vous lisez La Presse puis vous y apprenez par cœur quelques bons mots inspirés de Foglia et autres trucs bourgeois. […] Si le public est universitaire, vous avez même quelques boutades sur l’environnement. Le banal répertoire à tendance progressiste : juste ce qu’il faut d’engagé ! »

Sauf qu’après, ça se gâte. On se rend compte asser vite qu’on est dans un récit lovecraftien, avec une statuette puissante pi extraterrestre qui fait des affaires pas nices. L’auteur revoit toute l’histoire du XXe siècle en introduisant la statuette dans tous les conflits des 100 dernières années.
Le récit est entrecoupé de séquences en italiques qui racontent genre l’arrivée sur terre de la statuette, mais c’est crissement maladroit : « L’entité demeurait aux aguets. Certains petits mammifères démontraient une faculté à saisir des concepts simples, mais encore rien qui aurait suffit à supporter son pouvoir. Le temps n’avait aucune importance, elle ne désirait pas faire la même erreur. » Y faut jamais utiliser le mot Entité. Jamais.

Pi le dénouement est pas surprenant pi niaiseux : la grosse conspiration des méchantes féministes ou ché pas trop. Ça commence à me taper sur les nerfs, l’espèce de figure de l’homme tyranisé par sa blonde, comme si les gars avaient peur de l’émancipation de la femme des dernières décennies. C’est là dans L’âme sœur, c’est dans Les Invincibles, c’est dans Hangover. Pi là, c’est une confrérie de femmes qui veulent contrôler le monde. Come on.

Seidhr, par Marie-Claude Bourjon

C’est l’histoire d’une fille, Maya, qui se transforme en panthère, en loup-garou, ou dequoi demême. À la fin, elle découvre qu’elle a tué son amie.

C’est un récit fantastique classique : on a pas de preuves évidentes de la transformation, sauf à la fin, quand on apprend que la fille est morte d’une morsure au cou. Maya se rappelle pas d’avoir fait ça mais elle sait que c’est elle. Rien de ben nouveau.
C’est pas mal écrit : « Un parfum de lys l’enivre tandis qu’elle glisse une robe légère sur sa peau pâlie par la longue saison. Elle retient le rêve de la nuit avant qu’il s’échappe dans la fièvre du jour. » Mais c’est aussi un peu maladroit, surtout les bouts où Maya est transformée pi qu’elle chasse.
La chasse sauvage comme métaphore du lesbianisme ? Peut-être, compte tenu du fait que Maya a tué son amie pendant l’amour. Dans ce cas-là, sa transformation serait la manifestation physique de pulsions qu’elle refoule. D’où le feeling de liberté. Mais le désir refoulé est ressortit trop fort, causant le mort de son amie. On peut dire ça.
C’est pas mal toute.

Mécanique de ta disparition, par Thomas Geha

C’est l’histoire d’un gars qui nous raconte que sa blonde a disparue dans une rue bizarre pas loin de chez eux. Y la cherche pi s’ennuie d’elle. Y rencontre une fille qui a vu sa blonde disparaitre, aspirée dans un brouillard de démons pi d’animaux difformes. Des années plus tard, devenu un riche homme d’affaires, le gars achtète la rue au complet pour la rénover, en espérant retrouver sa blonde comme ça. En gros, c’est ça.

J’ai eu certains problèmes avec l’écriture. Juste les premières phrases : « Rennes est une belle ville. Une belle ville, oui, mais uniquement lorsqu’elle n’enlève pas les personnes que vous aimez. » Ou ben : « Tu es quelqu’un de toujours ponctuel. » Bref, de fois les phrases sont un peu maladroites.
Ensuite, la narration au Tu, ché pas pourquoi, mais j’ai pas aimé ça. Ça faisait trop romantique, genre complainte à une dame imaginaire, ou dequoi demême. Pi disparaitre dans un brouillard de bibittes bizarres, ça fait penser à La nuit des mutants. Y me semble que ça fitte pas avec le texte. Anyway.

La seule chose que je trouve là-dedans, c’est un gars qui vit une séparation amoureuse pi qui passe par-dessus. Au début y repasse toujours dans la ruelle, ensuite y passe à autre chose, pi enfin y revient dans la rue pi y la retape. Y a fait son deuil.

Verdict : Pas un grand numéro.

L’autre Arielle – 1re partie

février 6, 2011

J’ai écrit une nouvelle l’année passée pi je sais toujours pas quoi faire avec, elle est trop longue pour la plupart des revues pi d’un genre qui fitte pas tant avec les politiques éditoriales classiques. Facque j’ai décidé de la publier icitte, en 4 parties, une à chaque dimanche du mois de février. Si j’avais à décrire le ton en quelques mots, je dirais fantastico-trash-gore. Ou dequoi dans le genre.

L’autre Arielle

Je comprends pas. Depuis deux heures, je repasse l’après-midi dans ma tête, pour essayer de comprendre ce que je fais ici. J’ai beau essayer, j’arrive pas à agencer les évènements dans une trame logique. Je veux dire : je me rappelle très bien tout ce qui s’est passé – ça vient d’arriver – mais j’y crois toujours pas.

L’air stagnait lourdement, tellement humide qu’il flottait sur le lac. Aucun nuage, juste le ciel bleu qui rosissait à l’horizon. On voyait déjà la lune, toute pâle, au-dessus des arbres. Notre canot bougeait pas, immobile dans l’eau brune. Seul Johnny Cash donnait un peu de vie au décor silencieux. Sa voix grave imprimait des cercles concentriques sur la surface lisse du lac assoupi. Molle, tranquille fin d’après-midi.

– Hey ça veut dire quoi bâbord?
– …
– …
– C’est pas l’éléphant?
– Han?
– Ben oué, l’éléphant… tsé y’avait un suit vert. C’tait le roi des éléphants.
– Non, ostie, j’te parle pas de Babar l’éléphant… À bâbord.
– Heu… bâbord c’est à gauche pi tribord c’est à drette.
– T’es tu sûr?
– Ché pas.

Moi pi Tony, assis dans le canot. On finissait les dernières Bowes. Les autres gisaient dans leur carton mouillé, à côté des cannes à pêche qu’on avait pas touchées de l’après-midi; un prétexte, rien d’autre. On voulait juste relaxer, boire des bières, fumer des battes. Profiter du beau temps, pendant que ça durait. On avait passé l’après-midi à jaser pi écouter de la musique. À se faire du fun pi s’en foutre.

– Hey on s’fume l’autre batte pi on s’pousse?
– Han?
– Le batte?
– Ha! Ben sûr. J’étais dû, moi, là.
– On a pas pogné grand’chose han!
– Bah on s’en crisse, tsé. Fuck les poissons.
– Ouin… anyway j’aime crissement pas tant ça du poisson.
– Bah c‘est bon, tsé, d’temps en temps.
– …
– …
– Hey… tsé d’la poutine… y en a à plein de sorte astheure… y en a tu au poisson?
– Fuck man pourquoi on en ferait au poisson?
– Bah ché pas.
– Oublie ça. Ça goûterait l’calvaire.
– Ouin.
– T’imagines tu à quel point tu puerais d’la yeule après ça?

J’ai pris la dernière poffe, celle qui brûle les doigts, pi j’ai lancé le mégot dans le lac. Le signal du départ. On zigzagait laborieusement, à cause de la bière pi de notre incompétence dans le domaine du canotage. Je sais pas pour Tony, mais moi, j’étais pas mal buzzé. Ma rame s’enfonçait dans l’eau doucement; j’aurais pu pagayer encore longtemps, sans réfléchir. C’était agréable. Le lac avait l’air plus tranquille que jamais. De toute la journée, on avait vu personne. Même pas de vent. Juste l’humidité qui nous étouffait gentiment.

C’est ce moment-là que ça a dérapé. Une rupture dans notre journée parfaite, dans notre vie normale. Un petit moment, une seconde qui a tout changé. Comme l’instant où un oiseau s’écrase contre une fenêtre. C’est le vrai commencement de toute l’histoire.

– Yooo quessé ça?
– Han?
– Là-bas! Tchèque!
– Dequoi crisse!
– Ostie, sur le bord de l’eau, tu vois pas?
– Crisse pointe comme du monde!
– T’es-tu aveugle ostie! Non sérieux, juste là, dins quenouilles… tu vois-tu?
– J’pense. Mais pourquoi tu m’montres ça?
– Ben là câlisse c’est des jambes!
– Han? Dequoi tu parles?
– Des jambes ostie, tu l’sé c’est quoi.
– Man, t’as trop bu ou ché pas…

C’était vraiment des jambes. Toutes blanches. Des jambes qui dépassaient des herbes hautes. Comme si quelqu’un était tombé dans l’eau pi que ses pieds trainaient encore sur la rive. Un corps à moitié submergé. Elles bougeaient pas. On voyait l’eau brune pi des jambes blanches qui sortaient. On s’est rapproché; des jambes de femme. Des belles jambes, avec des petits mollets bien formés pi des pieds avec les ongles peints en rouge. Debouts dans le canot, on était silencieux, tendus.

– Man, c’est quoi câlisse?
– Ben… quèqu’un de mort. La tête dans l’eau pi toute.
– Mort?
– Ben là!
– Heu… on fait quoi? Appeler la police?
– Ben oui toé, appeler la police. Nonon, fuck off, on se pousse. Anyway j’ai pas envie de rester icitte plus longtemps, j’ai des affaires à faire à soir.
– Tu veux qu’on la laisse là?
– Ben oué. Au pire quelqu’un d’autre va tomber là-dessus.
– Pi si personne…
– Ha câlisse a rest’ra là, quessé tu veux ça m’fasse!
– Ben là… c’est pas un crime ou dequoi…
– Quoi?
– Ben… genre pas aider quelqu’un…
– Calvaire, on l’a pas vue, pi c’est toute. Tsé est ben cachée pareil.
– …
– Mais on peut ben aller voir pareil.
– Quoi?
– Aller voir pareil. Juste demême.
– Voir un cadavre?
– Ché pas… personne va nous voir.

On a tiré le canot sur le bord de l’eau. Les jambes immobiles juraient dans le soir qui tombait, tellement blanches qu’elles brillaient presque. On les regardait sans bouger, sans savoir quoi faire. La bière pi le pot ajoutaient à l’effet irréel, engluaient mes réflexions qui se limitaient à remarquer l’incongruité des jambes sur la rive. Dans le flou de l’ivresse, c’était des jambes, rien d’autre. Je constatais juste leur présence, sans comprendre leur signification. Ni un cadavre, ni une femme noyée, juste une paire de jambes sur le bord d’un lac. Comme un élément de décor au mauvais endroit. Pourtant, elles se fondaient dans le paysage. Tranquilles, immobiles, éternelles.
Le temps passait, l’horizon se rapprochait peu à peu.

– On la sort de d’là?
– …
– Pogne son pied.

Peut-être que c’était la bière, peut-être le silence qui planait sur le lac, peut-être l’étrangeté de la situation qui rendait le monde réel trop loin pour y penser; je sais pas pourquoi, mais je me suis dit qu’on allait la sortir de là. Lui prendre les jambes pi la tirer hors de l’eau.

La peau était gluante, couverte d’une couche de substance visqueuse. Glissante, comme la peau savonneuse dans la douche. Froide, aussi, pi toute molle : les doigts laissaient des marques aux endroits que j’avais touchés, sillons qui disparaissaient en quelques secondes. Quand j’y repense, je comprends pas comment j’ai pu faire ça sans être dégoûté. Je frissonne juste à y penser.
Une main sur la cheville, l’autre au-dessus du genou, notre prise était bonne. On a tiré trop fort; le corps est sorti d’un coup pi on est tombé sur le cul.
C’est là que les jambes se sont mises à bouger, que l’adrénaline a kické.

– Va chercher la rame! Enwèye ostie!

Une réaction d’auto-défense, rien d’autre. Les jambes battaient l’air comme si elles voulaient se libérer d’une étreinte menaçante. Blanches, laides. Vivantes. J’ai pris la rame pi je me suis approché. Plus rien existait, plus rien, juste l’affaire qu’on venait de tirer hors de l’eau.
Les jambes blanches continuaient à gigoter sur la rive, comme si elles pédalaient sur un vélo détraqué. Blanches, avec les ongles peints en rouge. Normales jusqu’aux hanches. Mais un peu au-dessus du pubis, la peau s’écaillait. Un peu au dessus du pubis, c’était plus une femme, ni même un humain. La peau luisante pi huileuse réfléchissait les derniers rayons de l’après-midi, je m’en rappelle, ça brillait. Sur les côtés, des fentes palpitantes s’ouvraient pi se refermaient en spasmes désespérés. Les nageoires faisaient un bruit mou en frappant les flancs mouillés. Le corps sautillait sur place, secoué de convulsions asphyxiées.
J’arrivais pas à comprendre ce que je voyais, à rationaliser ce que j’avais sous les yeux. J’ai levé la rame au-dessus de ma tête pi j’ai donné un grand coup de hache sur le corps écailleux. La rame a rebondi sur la peau luisante comme sur un ballon trop gonflé. Le deuxième coup a atteint l’œil, l’œil sans paupière, l’œil qui semblait me voir, qui m’observait. Le globe a éclaté sous le coup, répandant un liquide blanchâtre sur les écailles brunes. Je continuais à frapper dans la plaie, rougissant le bout de ma rame qui projetait du sang chaque fois que je la levais au-dessus de ma tête. Puis la rame a percé les écailles. Le sang a jailli de la peau crevassée. Un liquide d’un brun translucide a coulé de la gueule du poisson. Il continuait à bouger, moi je continuais à frapper.
Je m’acharnais sur le corps sans penser aux jambes qui se débattaient, ni à la chose que je frappais; je devais continuer. Trop bizarre, trop horrible. C’était incontrôlé, mes mouvements, ma réaction; instinct de survie. Mais la menace était pas physique, pas dangereuse pour ma vie. Elle l’était pour ma santé mentale, pour le monde dans lequel je vivais, pour ce que j’acceptais comme étant la réalité, la vérité.
Du sang noir pi épais s’écoulait des branchies; une matière jaunâtre sortait de l’œil crevé à chaque coup que je portais. De la compote de pommes, on aurait dit. La tête horrible avait arrêté de gigoter, les jambes aussi. Je tapais sur le corps mutilé, immobile pi crevé. Puis, le ventre s’est ouvert, j’ai senti la chaleur sur ma peau, comme un souffle : l’odeur était dégoûtante. Molle, piquante. Les tripes ont coulé sur la berge, jusqu’à mes pieds. Des dizaines de petits globes ont roulé dans tous les sens. En reculant, j’ai pilé sur je sais pas quoi pi je me suis retrouvé étendu dans la pâte visqueuse. Dans les entrailles d’un monstre, mes mains glissant dans un liquide gluant. Peau souillée. Peau collante.
Sur la berge, une femme-poisson en bouillie. Les jambes bougeaient plus, le haut du corps croupissait en silence sous la brunante. Pâte à modeler multicolore fondue au soleil. Silence pesant. Sur le sol, une multitude de petites boules grosses comme des balles de ping-pong. Tony en a pris une dans ses mains, il l’a crevée maladroitement entre ses doigts. Un réflexe, comme une brûlure. Le têtard s’est écrasé au sol, le pied de Tony par-dessus.

– Man… je…
– Tabarnac tabarnac… crisse… tabarnac!
– C’est… quoi ça ? C’est quoi? Jo, ostie, c’est quoi?!
– Man je l’sais tu moé, crisse! Mais y est mort…
– …
– Je… je l’ai tu tuée?
– Ça a l’air…
– T’as-tu vu toi itou? Man une… une tête de poisson… comment ça?
– Je l’sais pas dude… pourquoi je l’saurais?
– Mais… c’est quoi?
– C’est, genre… une sirène… backside.
– … Fuck.
– …
– …
– On fait quoi?
– On s’pousse. Live.

Le temps de retrouver les rames, de mettre le canot à l’eau, de calmer un peu notre cœur convulsant. Un bruit. Un moteur. Un bateau. De plus en plus près.

La suite : dimanche prochain, 13 février.

5150, rue des Ormes

novembre 3, 2010

Réalisation : Éric Tessier
Scénario : Patrick Sénécal (basé sur son propre roman du même titre)
Pays : Québec
Sortie : 2009

Ça c’est un film que j’ai regardé sans avoir d’attentes. Le trailer m’avait turné off mais je l’ai regardé pareil, juste au cas où. Dans le fond, Super Écran, c’est faite pour écouter des films que t’aurais jamais loué normalement.

Facque c’est un étudiant de cinéma qui se fait séquestrer par un père de famille fucked-up. Sa fille ainée itou est folle. La mère, elle, est complètement soumise à son mari pi leur petite fille souffre d’une déficience intellectuelle. Peu à peu, on se rend compte que c’est pas le premier à se faire enfermer par le papa fou, qui a l’air de s’être donné une mission Jésus-style pi qu’y tue les « non-justes ». Finalement, y dit au gars qu’y va pouvoir s’en aller quand y va le battre aux échecs.
L’idée est loin d’être originale. C’est pas le premier tueur pseudo moral qu’on voit : tchèquez Seven pi Saw (1 à 15). C’est pas non plus la première game d’échec qui détermine l’avenir d’un personnage. Y a aussi l’exposition qui est trop courte : en dix minutes, Marc-André Grondin est déjà enfermé. Mais malgré des petits défauts demême, le film m’a crissement surpris. Je pensais qu’ça serait pourri, pi c’était paspire pantoute.
Contrairement à ce qu’on voit dans bande-annonce, Marc-André Grondin joue fucking ben. J’ai trouvé qu’y était vraiment bon pour interpréter un gars début vingtaine qui est mis dans une situation demême. J’ai aimé le fait qu’y vire un peu psycho aik les échecs, comme le personnage dans Le joueur d’échecs de Zweig. La folie est ben représentée par la chambre qui devient toute tordue; quand a se rempli de sang, c’est vraiment creepy.
Le personnage du père, je l’aimais pas, au début. Mais vers la fin, y se complexifie de façon intéressante. Vu qu’y a jamais perdu une game d’échecs, pi qu’y prenait tout le temps les blancs, ben y est persuadé qu’y raison pi que le bien triomphe toujours du mal. L’enjeu de la game, c’est pas la libération de Grondin : c’est de montrer au fou que c’est un crisse de psychopathe pi y montrer qu’y pas raison pantoute. C’est pour ça que Grondin devient obsédé par la game.
Dans le fond, la faiblesse de l’idée de départ est crissement compensée par le développement psychologique des personnages pi des questions morales soulevées. Comme dans Les sept jours du talion, roman pi film.
J’ai été aussi agréablement surpris par le degré de badness du film : le jeu d’échecs grandeur nature formé de cadavres est sérieusement creepy pi le papa qui tire sur sa petite fille attardée mentale aik un shotgun, ça fait faire le saut en esti. La fin est loin d’être positive, pi même si c’est présenté d’une façon un peu maladroite, l’idée est bonne.

Verdict : c’est pas un grand film mais c’est quand même un visionnement agréable. Plus ça avance, plus c’est bon.

L’église

juillet 18, 2010

Entre les chevelures de tuiles rouges une mince silhouette dansait devant le ciel profond. Elle semblait voler sur place, peignant l’ombre de ses gargouilles sur la banalité des brunes façades. Le sol engloutit mes pieds et je restai là, cherchant le reflet de mes baisers dans ses hautes paupières.
Puis, le clocher éclata et coula jusqu’à mes pieds, se cristallisant en vitraux de couleurs ardentes. Mon regard glissa le long de cette langue tirée et je me retrouvai soudain tout petit devant l’énorme portail aux dents de stalactites, mis en garde par l’idole torturée qui s’érodait seule au creux de la gueule de pierre.
Le jour apeuré me laissait deviner des voûtes s’étirant sur l’horizon, des murs palpitants de chaleur souple, des colonnes qui soutenaient la nuit, délices existant seulement dans le ventre abyssal du chaste bâtiment.
J’attendis la nuit pour me vautrer dans les entrailles que j’entrevoyais, afin de me gaver du vin qui noyait les yeux illuminés de l’antre sacrée. Je m’avançais à tâtons dans la folle brume, guidé par l’odeur sucrée s’échappant de la lourde porte encore béante. Les épais battants de chênes luisaient dans la nuit et glissaient sous mes doigts pendant que je violais le mutisme de l’église pétrifiée. Rapidement, et un peu malgré moi, je trônai sur la peau froide et blanche de l’hôtel, tressaillant sous la douceur de ses caresses de givre.
J’ouvris les yeux. L’église me surplombait, plongeait, sombrait en moi, dénudant mes soupirs de ses chuchotements incertains, écho triste et lugubre qui volait entre les arches aux courbes démentes. Je pris conscience du dialogue qui saturait l’air que je respirais. À l’infini, les murs se rencontraient en des angles étranges, tanières propices à l’éclosion de la nuit. Piliers surplombant lentement les visages sculptés sur les murs, voûtes suspendues par des fils hésitants, vitraux ternissant sous la lueur de la lune; j’étais englué dans cette irrégularité immonde.
Brutalement, milles confessions résonnèrent sous l’échafaud du clocher, les voûtes pleurèrent leurs murmures sur mon visage, glaçant mon corps de leur lourdeur atroce. J’étais trempé de remords, mes mains tachées par le sang de paroles ancestrales, mes yeux devinrent deux plaies béantes, suintant la peur acide et exorbitée, ma langue goûtait les cris gutturaux des fous et les mornes plaintes des suicidées, mon souffle se débattait entre des voiles pestilentiels et âcres, brumes faisant de mes poumons de noires cheminées vomissantes. Mes tripes se serraient, grouillaient, voulaient s’extirper de mon corps, je stagnais en des flots d’ébène, souhaitant que ces souvenirs ne me suivent pas dans la mort.

Puis je me vis, cadavre gonflé et noirâtre, désarticulé sur l’hôtel de marbre, déjà putréfié et nauséabond, avec autour de moi l’or terni des statues et des coupes, baignant dans la plus totale obscurité, et me mis à délirer à voix basse.

Total fury

mai 15, 2010

Réalisation : Roadkill superstar (François Simard, Anouk Whissel pi Yoann-Karl Whissel)
Scénario : Roadkill Superstar
Production : Roadkill Superstar
Pays : Québec
Sortie : 2007

Depuis pas longtemps, une couple de films d’horreur sont sortis dans notre crissement pudique province : Sur le seuil, 5150 rue des Ormes, Les 7 jours du Talion, pi y en a un autre qui s’en vient, Le poil de la bête. Avec un peu de chance, ça va débloquer. Mais c’est pas ça mon point. Mon point c’est qu’en marge des productions avec Rémi Girard dedans, y a du monde qui font des films de genre depuis un boutte pi qui runnent dans tout plein de festivals sans que personne le sache. C’est le cas du collectif Roadkill Superstar (RKSS). Certains de leurs courts métrages se trouvent sur leur site : http://vimeo.com/rkss. C’est là que j’ai trouvé Total fury. Mais le monde est cruel : j’ai pas trouvé de trailer.

En 12 minutes, on a pas ben ben le temps de développer une intrigue. Dans ce cas-là, c’est assez simple : une fille se fait enfermer par un vendeur de téléphones cellulaires pi une gang de gars fucked-up avec des masques à gaz. Évidemment, elle se fait torturer pi toute. Mais elle se rappelle des films de Arnold Conan Schwarzenegger qu’elle écoutait quand elle était petite. Inspirée, elle se libère, duck-tape ses bobos pi décâlisse tout le monde.
Avant tout, je tiens à dire que je suis pas un fan de comédies d’horreur. Ni de films de torture, d’ailleurs.

Ça prend pas de temps avant qu’on comprenne que c’est pas des acteurs professionnels, même si le gars qui joue le douchebag m’a faite rire. Mais on s’en crisse; avec pas de cash, on s’arrange comme on peut. Anyway, c’est pas ça l’important dans ce film-là, les acteurs pi les dialogues. C’est juste une étape à franchir avant d’arriver dans le vif du sujet. Ce qui prend pas de temps : le coup de poing avec le sang qui gicle m’a surpris.
C’est là que ça commence : la fille est attachée, avec une caméra qui la filme pi des instruments de torture partout. Je m’attendais à du gore, mais j’ai quand même été surpris. Elle se fait ouvrir le bras avec une scie pi une grosse lame de je sais pas quoi, pi quand le sang gicle le gars le liche comme un malade. Oh crisse. Après, elle se fait poker l’œil pi un des gars le bouffe.
C’est là que ça commence à être une vraie comédie, en même temps qu’un rape and revenge. Comme j’ai dit plus haut, je suis pas un fan; mais quand même, j’ai pas pu m’empêcher de rire quand le gars met de la sauce piquante dans les plaies de la fille, ou quand son poing traverse la tête d’un méchant comme dans du beurre. Les corps ridiculement mous, j’ai vraiment trippé. RKSS, ils savent faire du bon pi du beau gore. C’est pas pour rien que Total fury a gagné le prix du film le plus gore à SPASM en 2007, avec le prix du jury pi celui du public.
Bon. Si le gore m’a fait rire, y a des affaires qui m’ont laissé ben frette : l’influence de Arnold, je sais pas, ça m’a pas faite rire, surtout pas le bout où il arrive avec elle pour niquer le dernier méchant. Autre chose : l’accent de doublage des vieux films d’actions que la fille prend quand elle se transforme en Hulk. Je comprends, c’est un genre d’hommage ironique, mais les one liners qu’elle lançait m’ont pas fait rire.
Du côté technique, c’était bon. Le montage, les plans, les effets spéciaux, toute ça était vraiment réussi. On a pas besoin d’un gros budget ni de l’aide de la SODEQ pour bien filmer.
Mais j’aimerais ça voir RKSS faire un film avec plus de moyens; c’est pour ça que j’avais voté pour leur pub Doritos. Avec plus de moyens, pi un propos plus sérieux. Je sais pas, j’ai juste l’impression que c’est facile de faire une comédie d’horreur. Y a tellement de clichés à exploiter, pi pas beaucoup d’efforts à mettre pour le scénario. Mais rendu là, c’est une question de goût. Ça empêche pas que c’était ben réalisé pi que le gore était parfait. Je vais en regarder d’autres, c’est clair.

Verdict : trois raisons pour écouter Total fury :
1. Le gore est extrême
2. Pour voir ce qui se passe au Québec du côté de l’horreur
3. C’est gratuit.
Regardez-le.

Réveil VII

mai 3, 2010

L’œil entrouvert, il flotte sur des brumes soupirantes. C’est ce panorama qui m’a été offert quand minuit est arrivé.
Son corps immobile frémissait en un souffle glacé; cadavre comateux pour échapper à la nuit. Mais son givre s’éternisait. Elle vomit sans bruit un voile laiteux; long, mince, opaque. Il glissa doucement dans les ombres de la pièce. Longuement. Ses ondulations déchirèrent la toile tendue de l’obscurité; rampant, et moi de marbre. J’observais le ver de fumée comme la mer qui se retire vers le large. L’inquiétude me gagna, et le froid. L’air du dehors sifflait à travers la fenêtre. La silhouette blanche répondit à cet appel et embrassa le clair de lune. La nuit l’avala, puis le silence.
Ses yeux explosèrent, son corps se détendit; la chambre sursauta.
– Comme tu veux. La fenêtre est ouverte.
– Ça va, c’est moi.
Elle n’avait pas quitté le sommeil, déjà ses lèvres s’envolaient ailleurs. Elle se rendormi en s’abrillant de ses paupières. Moi, oublié jusqu’au matin, tournant ses paroles entre mes doigts.
De la main, j’effaçai la chair de poule qui couvrait son corps. Je frissonnai; c’était la peau de l’hiver. Je rajustais les couvertures quand le rêve revint. Sous son sein, deux points, deux marques, deux gouffres carmin. Je passai mes bras sur sa taille et l’embrassai sur la nuque.
Le regard à la fenêtre.

Les sept jours du talion

avril 28, 2010

Réalisation : PodZ (Daniel Grou)
Scénario : Patrick Sénécal, adapté de son roman Les sept jours du talion
Production : Nicole Robert
Sortie : 2010
Pays : Québec, osti

Je regardais la programmation du Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) quand j’ai vu que Les sept jours du talion était projetté. Facque je suis allé. Y avait 5150 rue des Ormes, itou, mais ça avait l’air pourri. Overall, la programmation était pas le yable, même si y avait une couple de films que j’aurais aimé voir mais que pour tout plein de raisons plus ou moins bonnes j’ai pas vu : Life and death of a porno gang pi The human centipede. Mais ça va toute être présenté à Fantasia, facque c’est pas grave. Le problème, c’est que le monde qui vont au BIFFF, c’est des retards. C’est peut-être demême à toute les festivals, mais ça me fait chier : le monde crient des jokes, répondent aux acteurs pi gueulent à chaque fois que quelqu’un meurt. Ça peut être drôle pour certains films, genre Evil dead, mais pour un film sérieux qui joue sur l’atmosphère, c’est juste désagréable. Surtout qu’à la première réplique, quelqu’un a crié En français s’il-vous-plaît! Tout ça pour dire que je l’ai pas vu dans des conditions idéales.
Asteure, le film. J’avais hâte de le voir. J’avais entendu des bonnes critiques pi c’est assez rare qu’on voit une grosse production québécoise qui implique pas Charles Binamé. J’avais juste peur qu’on soit resté un peu trop téteux dans le gore pour pouvoir le présenter à un grand public, pi parce qu’au Québec, on est un peu téteux en général. J’aime ben la musique du trailer :

Pour ceux qui sont pas vite-vite, c’est l’histoire d’un docteur qui torture le gars qui a violé pi tué sa fille. Bon. J’ai pas lu le roman de Sénécal, parce que j’me disais que c’était juste une autre niaiserie qui fait juste montrer du dégueu pour montrer du dégueu. Chu pas un fan de torture-porn. Facque j’avais un peu peur de voir ce que le film allait donner.

Les premières scènes où ont voit une pseudo famille normale sont ben moyennes. Les interactions entre les personnages sont trop fakes, mettons. Mais ça a duré max 5 minutes, facque on s’en crisse.
Quand la police se pointe chez les Hamel, les acteurs commencent à jouer comme du monde. Quand Claude Legault demande à la police si c’est utile de refaire le chemin que sa fille fait pour aller à l’école, on sent vraiment la peur pi la tension. Pi quand il la trouve dans le bois, c’est quand même sick : toute grise, avec du sang entre les jambes pi un ruban blanc autour du poignet. C’est bad. Pi pas trop drama : pas de pleurage, pas de cri à genoux vers le ciel.
C’est ça qui est bon, c’est pas exagéré, pas trop facile. Le fait que Hamel parle pas une fois au pédo joue pour beaucoup. Ça aurait pu tomber rapidement dans la morale à deux cennes pi toute. Mais ça reste sobre, pi bon. Les longs plans sur la face de Claude Legault font monter la tension ben plus que du pleurage ou du criage. Pi quand on regarde sa face, on a crissement peur pour le gars. On voit qu’y est pas ben pantoute pi qu’y peut vraiment faire n’importe quoi. Le plan quand y est à veille de faire sa coloscopie est vraiment bon : il prend le scalpel, arrête de bouger pendant un boutte, part, revient avec de la bière, pi opère. Nice.
La réalisation est bonne. Sans musique, ou presque, c’est dure de créer une atmosphère. Mais là, c’est réussi. Y a du monde qui vont dire C’est platte, y a pas de dialogues pi gnangnan, mais c’est des épais.
Le torturé itou joue ben. Quand il se fait injecter le curare pi que sa face se détend tout d’un coup, il l’a vraiment ben. Ça a pas du être un rôle facile. Il est tout nu la moitié du film, pi attaché toute le long. En plus de jouer un pédophile qui se fait mutiler.
Le gore, asteure. Comme j’ai dit, j’avais peur qu’ils en montrent pas assez, pour pas faire chier les papas pi les mamans de la province. Mais ils se sont pas gênés. J’ai été surpris.
1. Le coup de masse : direct sur le genoux, sans montage, sans hésitation de Hamel. Pi c’est ça qui fait choker : le gars est décidé en esti. Là je me suis dit Oh crisse y va pas y aller avec le dos dla main morte, comme l’a si bien dit le plus grand des prophètes, Jean Perron.
2. Ensuite, y le met debout avec une corde autour du cou. Le gars est obligé de sauter sur une jambe pour pas s’étrangler. Bonne trouvaille.
3. Le golden shower dans face.
4. Les chaînes. J’ai comme eu des flashbacks de Lucio Fulci quand j’ai vu ça. Ça dure longtemps, en plus, cette scène-là. On nous laisse pas deviner les coup, on nous les montre. Le coup sur la tête m’a fait dire Ooouuuff…! Ce qui veut dire Câlisse que ça a du faire mal, mais que je suis content d’avoir vu ça.
5. Je pense qu’on est rendu à la coloscopie sans sac. Facque, du caca qui sort d’un trou dans le ventre. Toute ça pendant que le gars est paralysé mais toujours conscient. Ça rappelle un peu The audition. On voit le scalpel rentrer, le boyau sortir, le boyau couper, pi le caca sortir. Encore un Ooouuuff…!
6. Un zouiz coupé, qu’on voit pas mais qu’on devine. C’est juste 16+, quand même.
Ce qui est bon aussi, c’est que le rythme lent fait réfléchir. Au début, on veut qu’y lui fasse mal au crisse de pédo. Mais à un moment donné, on est moins convaincu. Pi là y dit qu’y en a violé trois autres pi toute. Après ça, je sais pas pour les autres, mais moi je voulais qu’y le décâlisse solide. Pi à la fin, on sait pu trop. Quand Hamel se fait arrêter, le journaliste y demande Ça valait tu la peine de faire ça?
– Non.
– Ça veut tu dire que tu regrettes?
– Non.
Ça fini crissement ben le film. J’ai adoré ces 4 lignes-là.

Verdict : je le recommande. C’est fucking ben réalisé, y a du bon gore, de la tension en masse pi des bons acteurs. C’est le genre de film qui peut donner un peu de légitimité au genre de l’horreur, qui est pas ben ben présent au Québec. C’est une bonne chose.

L’entrevue juste ici est cool :