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La Vénus d’Ille, par Prosper Mérimée

novembre 29, 2010

Parution : 1837
30 pages

C’est, d’après l’auteur, son chef-d’œuvre. C’est aussi considéré par plusieurs comme une des meilleures nouvelles fantastiques jamais écrite. Pi avec Rhinocéros de Ionesco, c’est probablement le texte le plus lu au Cégep.

« Ici, au contraire, j’observais avec surprise l’intention marquée de l’artiste de rendre la malice arrivant jusqu’à la méchanceté. Tous les traits étaient contractés légèrement : les yeux un peu obliques, la bouche relevée des coins, les narines quelque peu gonflées. Dédain, ironie, cruauté, se lisaient sur ce visage d’une incroyable beauté cependant. En vérité, plus on regardait cette admirable statue, et plus on éprouvait le sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté pût s’allier à l’absence de toute sensibilité.
– Si le modèle a jamais existé, dis-ja à M. de Peyrehorade, et je doute que le ciel ait jamais produit une telle femme, que je plains ses amants ! Elle a dû se complaire à les faire mourir de désespoir. Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n’ai jamais vu rien de si beau. »

C’est l’histoire d’un archéologue – le narrateur – qui arrive à Ille, une petite ville à la frontière entre la France pi l’Espagne, pour aller explorer les ruines romaines des environs. Son hôte, M. Peyrehorade, est un amateur d’antiquités. Son fils Alphonse va se marier le lendemain de l’arrivée du narrateur. M. Peyrehorade est tout énervé parce qu’y a trouvé une statue fucking belle d’une Vénus. Sauf que sa femme pi les domestiques sont persuadés que la statue porte malheur. Le jour de son mariage, Alphonse, avant de jouer une game de jeu de paume, passe la bague de mariée au doigt de la statue. Sauf qu’y l’oublie là. Le soir, y trouve le doigt recourbé pi y peut pas retirer la bague. Le lendemain, on retrouve Alphonse mort dans son lit avec la poitrine écrasée.

Ça ressemble beaucoup à Lokis, une autre nouvelle de Mérimée : dans les deux cas, le narrateur participe pas à l’évènement mais en est témoin; l’action se déroule dans une région exotique pi se termine par un mariage; le fantastique apparait juste à la toute fin, ce qui nous fait reconsidérer la nouvelle au complet.
La structure est parfaite. Les indices que l’auteur glisse dans le texte sont fucking clairs quand on fait une deuxième lecture, mais presque impossibles à remarquer à la première. On remarque plein de petits commentaires qui préfigurent la fin pi qui nous donne une piste d’interprétation. En plus de ça, y a plein de parallélismes pi d’oppositions qui viennent donner une cohérence interne vraiment malade à la nouvelle.
Y a du monde qui ont reproché à Mérimée son style froid pi classique. Personnellement, j’ai pas trouvé ça mauvais. C’est sûr que c’est pas mal ironique, pi presque cynique, mais c’est justement ça qui est bon. Tout le long, jme reconnaissais dans le narrateur. Lui pi l’antiquaire sont pas d’accord sur la signification d’une gravue latine sur le statue :

« Je ne pus m’empêcher de sourire, tant l’explication me parut tirée par les cheveux.
– C’est une terrible langue que la latin avec sa concision, observai-je pour éviter de contredire formellement mon antiquaire, et je reculai de quelques pas afin de mieux contempler à statue. »

Ou ben, à table chez son hôte, le narrateur prend la parole devant tout le monde :

« – Prenez garde ! on dit que le vin…
Je ne sais quelle sottise je lui dis pour me mettre à l’unisson des convives. »

« Je ne sais pourquoi, un mariage m’attriste toujours. Celui-là, en outre, me dégoûtait un peu. »

« En revenant à Ille, et ne sachant pas trop que dire à Mme de Peyrehorade, à qui je croyais convenable d’adresser quelquefois la parole : …! »

Facque le narrateur est pas sympathique, à moins qu’soit d’accord ou qu’on s’identifie à lui, ce qui est mon cas. Y parait que Mérimée était difficile d’approche à cause de son humour ironique. On se serait ben entendus. Pour le monde trop nice, ben eux, y le trouvent pas sympathique, le narrateur, pi c’est leur problème.

D’après certaines théoriciens, Mérimée, dans La Vénus d’Ille, nous entraine tranquillement dans le fantastique, tellement qu’à la fin, y nous semble logique que c’est la statue qui a fait le crime. C’est crissement vrai. Mais y en a d’autres qui pensent que l’explication surnaturelle vaut aussi bien qu’une explication rationnelle, selon laquelle ce serait l’adversaire humilié au jau de paume plus tôt qui aurait fait le coup. Personnellement, je trouve que c’est évidemment la première explication, mais.

Overall, cette nouvelle-là se lit bien. Le style est fluide pi pas compliqué, l’action est ben emmenée pi y a aucune détail superflux.

Verdict : je recommande La Vénus d’Ille à tout le monde. Ça a plus de 150 ans mais ça a pas vieilli pantoute. J’en profite pour passer mon Big up à Prosper.

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Lokis, par Prosper Mérimée

septembre 24, 2010

Éditeur : plein d’éditions, cherchez vous-mêmes
Parution : 1869
Longue nouvelle
72 pages

Comme jva faire un travail sur Mérimée, jme suis dit que j’allais lire d’autre chose que Carmen pour me familiariser avec l’auteur, supposément une grande figure du fantastique français (que j’ai trop tendance à dénigrer. Jmescuse.)
Lokis est considéré par certains comme étant une version réussie de Dracula (les français aiment pas Dracula, on dirait). C’est quand même un beau compliment, même si faut pas le prendre au pied de la lettre.

Résumé : Quelque part au XIXe siècle, le docteur Wittembach se pointe en Lithuanie pour traduire la Bible en langue jmoude, plus parlée par le peuple que le lithuanien officiel. Facque y se rend chez le comte Szémioth, dont le père possédait un rare manuscrit d’un livre quelconque mais important. Bon. Y arrive sur place pi se rend compte que la mère de Szémioth est folle. Pas jyste folle : démente. Genre qui crit pi toute. Son docteur y dit que quand elle était enceinte du compte, a s’était fait attaquée par un ours, chose qui est pas très courante, même en Lithuanie. Bref : ça l’a rendu folle, pi on peut pas vraiment la blâmer. Tellement qu’à la naissance de son fils, a crie : « Tuez le! Tuez la bête! » Wittenbach devient ami avec Szémioth, y se passe plein d’affaires jusqu’à ce qui arrive dequoi de pas nice pendant la nuit de noce du comte.

Lokis, c’est une longue nouvelle rédigée dans un style classique mais vraiment pas pompeux. L’écriture de Mérimée est crissement agréable. Facile à lire, pas compliquée, précise pi parfois comique, surtout dans les dialogues :

« – Par bonheur, le porte-arquebuse du comte, un assez mauvais drôle, ivre ce jour-là à ne pas distinguer un lapin d’un chevreuil, fait feu de sa carabine à plus de cent pas, sans se soucier de savoir si la balle toucherait la bête ou la femme…
– Et il tua l’ours?
– Tout raide. Il n’y a que les ivrognes pour ces coups-là. »

Y a aussi le boutte où le médecin dit que le meilleur remède à la folie c’est de battre le malade à coup de bâtons. Un grand progrès depuis la saignée, quand même.
J’ai ben aimé certaines idées emmenées par le comte (pi probablement par l’auteur, sans vouloir envoyer chier Roland Barthes) :

« – […] Je crois, messieurs, que, si toutes les pensées qui nous viennent en tête en l’espace d’une heure…, je crois que toutes vos pensées, monsieur le professeur, que je tiens pour un sage, étaient écrite, elles formeraient un volume in-folio peut-être, d’après lequel il n’y a pas un avocat qui ne plaidât avec succès votre interdiction, pas un juge qui ne vous mît en prison ou bien dans une maison de fous. »

Chu pas mal d’accord avec ça. C’est pessimiste, peut-être, mais j’ai l’impression que c’est vrai. Savoir exactement le fond des pensées de quelqu’un, c’est un bon plan pour l’haïr pour le reste de sa vie. On connait pas vraiment les gens, pi c’est une bonne affaire.

L’intrigue est ben ficelée. On reçoit les infos tranquillement, le temps qu’on réfléchisse un peu pi qu’on se pose des questions. Le fantastique s’installe demême peu à peu, même si y arrive officiellement juste à la fin. Pi encore là, c’est pas explicite. Un peu comme dans La Vénus d’Ille. Les dernières phrases nous font regarder ce qu’on vient de lire d’une autre façon. Même qu’à la toute fin, Mérimée explique le titre, Lokis, qui explique assez clairement la fin de la nouvelle, mais d’une façon pas niaiseuse pantoute. La fin est vraiment nice.

Verdict : recommandé. Lecture crissement agréable d’un champion du fantastique.