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Marebito

mars 2, 2011

Réalisation : Takashi Shimizu
Scénario : Chiaki Konaka, d’après son propre roman
Pays : Japon
Sortie : 2004

De Shimizu, j’avais déjà vu le paspire Ju-On pi le très poche Reincarnation. J’ai acheté Marebito parce que ça avait l’air fucké, tout en espérant que ce serait pas un autre film de fantôme de petite fille.

Résumé

C’est l’histoire de Masuoka, un caméraman amateur qui vit par l’entremise de sa caméra, qui, après avoir filmé le suicide d’un homme bizarre dans le métro, se donne pour but de filmer l’origine de la peur ultime, qu’y avait entrevue dans les yeux du suicidé, Kuroki. Pour trouver la vraie peur, y retourne dans le métro pour essayer de retrouver ce que Kuroki avait vu juste avant de se tuer. Y fint par se retrouver dans un réseau de tunnels qui s’étend sous Tokyo. Là, y rencontre le fantôme de Kuroki, qui l’informe à propos de la terre creuse, des tunnels qui relient toute la planète pi des Devos, des créatures robotiques aveugles, vestiges d’une civilisation plus avancée mais disparue. Pis, comme ça, au milieu des tunnels, Masuoka trouve une jeune fille enchaînée. Y décide de l’emmener chez lui pour s’occuper d’elle. Mais elle refuse de manger pi y réalise qu’elle se nourrit de sang. Facque Masuoka se met à tuer du monde pour la nourrir, pour finir par y donner son propre sang.

Critique

Étonnement, pi agréablement, Marebito ressemble pas pantoute à Ju-On ou Reincarnation. En fait, ça tient autant du film d’horreur que du film expérimental. L’intrigue est linéaire mais tellement weird qu’on a vraiment l’impression qu’un sens nous échappe. Presque toute l’action est à prendre au deuxième degré. Même si y a pas vraiment de suspense, on sait jamais ce qui va arriver, facque ça revient au même. Y a pas beaucoup de dialogues, pi presque juste de la narration. Masuoki exprime ses pensées tout le long, ce qui donne un ton étrange au film.
Y a pas beaucoup d’action pi le rythme est assez lent. Mais on apprécie crissement l’atmosphère toujours bizarre pi malaisante. On est vraiment loin de l’esthétique léchée qu’on trouve en général dans les films asiatiques genre Audition ou Thirst. Dans Marebito, c’est souvent une caméra à l’épaule qui shake, ou ben la caméra de Masuoki qui filme en numérique. Ça donne des images sombres pi pas claires pantoute.
Les personnages ont presque pas d’interractions, pi leur jeu est assez secondaire, mettons. Mais le gars principal joue assez ben pour pas que ça nous dérange. La fille est vraiment bonne pour se déplacer comme un animal.
Même si certains vont y reprocher son scénario assez maigre pi pas clair, je dois avouer que Marebito offre une grande richesse herméneutique, caractéristique d’un bon film.

Analyse

Pour être franc, j’avais peur de me rendre au boutte où y faut que je trouve un sens à ce film-là. Mais la deuxième écoute est plus gentille que la première : la première fois que je l’ai vu, je voyais des symboles pi des métaphores, mais j’arrivais pas à les faire fitter dans un tout cohérent. Je pense qu’on peut faire plein d’interprétations de Marebito, mais je me lance : je pense qu’y a juste un personnage, pi c’est Masuoki. Tout le film, c’est une genre de plongée dans la tête de Masuoki, qui dérape après avoir vu que Kuroki l’avait regardé juste avant de se suicider. Pour trouver l’origine de la peur, y arrête de prendre ses anti-dépresseurs pi y se lance dans une genre d’introspection représentée à l’écran par la descente dans les tunnels. Dans les tréfonds de son inconscient, y trouve la fille sauvage qu’y nomme F, pi qu’on peut envisager comme la partie pulsionnelle de son être : elle parle pas pi boit juste du sang, ça ressemble peut-être aux pulsions de mort, mais je veux pas m’avancer trop dans le freudisme. Faut pas oublier non plus que le vampirisme, c’est le désir de l’autre, de se l’approprier. Anyway : pour la nourrir, Masuoka doit retrouver le sauvage en lui pi commettre des meurtres. Si y veut que F survive, y doit y donner son sang, donc, éventuellement, mourir. C’est le côté dyonisiaque qui se nourrit de l’apolinien, la pulsion qui bouffe la raison, la nature qui l’emporte sur la civilisation. Mais F finit par détruire le matériel vidéo de Masuoki, la seule chose qui le liait au monde réel. C’est juste à travers sa caméra qu’y gardait contact avec la réalité. Y a essayé d’apprivoiser quelque chose qui peut pas être apprivoisé. À la fin, quand y rencontre Kuroki une deuxième fois, y se fait dire qu’on vient tous « des profondeurs de l’océan ». À la base, on est tous des animaux. Y dit aussi que la sagesse ancienne est à l’origine de la peur, pi que c’est enfoui dans notre inconscient. La sagesse ancienne : l’instinct, l’animalité, représentée par les Deros pi par F. À la toute fin, Masuoki se coupe la bouche pi embrasse F, qui le draine de son sang. Ensuite, elle l’amène dans les souterrains, où Masuoki meurt en voyant enfin l’origine de la peur : F qui le filme avec sa propre caméra.
Le film prend la forme d’une longue descente dans l’inconscient de Masuoki, qui termine sur la conclusion que la source de la plus grande peur se situe au fond de nous : c’est la peur de nos pulsions, la peur du potentiel négatif pi destructeur qui peut ressortir n’importe quand.

Verdict

Recommandé à tous ceux qui veulent vivre une expérience étrange pi weird. C’est pas un film accessible à tout le monde, pi ceux qui cherchent un film d’horreur qui fait des sauts pi toute vont être déçus. C’est original, creepy pi excellent.

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Imprint

septembre 2, 2010

Réalisation : Takashi Miike
Scénario : Mick Garris pi Daisuke Tengan, basé sur le roman de Shimako Iwai
Pays : Japon
Sortie : 2006

C’est toujours le fun de voir un film de Takashi Miike. C’est un bon remède contre le ramolissement horrifique. Quand ça fait longtemps que j’ai pas été choqué par un film, je sais que c’est le temps de voir un Miike. Là, c’est pas vraiment un film, mais plus une longue émission de télé. Imprint a été fait pour la série Masters of horror, sauf qu’il a pas été diffusé aux États-Unis pour protéger la sainte pudeur américaine :

Vu qu’on comprend pas grand’chose dans le trailer (ce qui est bien), je reprends du début : c’est un américain qui voyage au Japon pour retrouver la femme qu’y aime, Komomo, pi à qui il avait promis de la ramener en amérique avec lui. Mais y apprend, de la bouche d’une pute défigurée, que Komomo est morte. A y raconte comment elle a connue Komomo pi comment elle est morte. Mais le gars la croit pas pi y l’oblige à dire la vérité. Sauf que la vérité, elle est pas vraiment nice. Le gars l’apprend à ses dépends. J’en dis pas plus.
On va aller directement au but : oui, c’est dégueu. La scène de torture est horrible. Comme dans Audition, y a presque pas de sang pi c’est super minutieux : la fille se fait rentrer des grosses aiguilles en d’sous des ongles pi dans les gencives. Je sais pas pourquoi, mais les ongles, c’est un tragic flaw généralisé. Quand quelqu’un décâlisse les ongles de quelqu’un d’autre, tout le monde sur la planète trouve ça dégueu. C’est comme ça. Facque c’est dur à regarder. Mais c’est rough aussi parce que l’actrice (pi le personnage) est tellement mal en point que ça met mal à l’aise de la voir demême. Ça c’est pour la torture.
Ensuite, y a les fœtus jettés dans la rivière. C’est choquant, voir un fœtus couler le long d’une rivière, surtout quand c’est sa mère qui l’a mis là pi que c’est loin d’être le premier.
En plus, y a la pute défigurée qui a une troisième main collée sur la tête (pi cette main-là a des yeux pi une bouche pi elle parle, comme la langue dans Kung Pow). À ce point-là, je savais pu trop quoi penser. Je me suis dit que c’était normal, que c’était le réalisateur de Gozu, après tout. Je suis pas un fan de l’idée en tant que telle, mais j’aime ben l’étrangeté de l’idée. En tout cas.
La réalisation est cool. La trame narrative est intéressante : trois fois la même histoire, mais avec toujours plus de vérité (pi de dégueu). Y a le récit pi le métarécit qui se recoupent à la fin. Les plans pi la photo sont super beaux en général, pi complètement horribles dans le cas contraire.
La seule affaire qui m’a dérangé, c’est que les japonais se parlent entre eux en anglais. Je sais ben que le film a été fait pour les États-Unis, mais ça enlève un peu de crédibilité. C’est normal qu’ils parlent en anglais à l’américain du film, mais pas entre eux.

Verdict : c’est pas un très grand film, mais c’est ben faite pi ça vaut la peine de le voir si on veut dequoi d’assez dégueulasse.

Uzumaki pi Gyo, par Junji Ito

mars 14, 2010

Junji Ito est un auteur japonais de mangas d’horreur. Il en a publié une couple mais les seuls que j’ai trouvé sur Internet c’est Uzumaki et Gyo. Ils sont disponibles sur http://www.onemanga.com.

Uzumaki

Publication : 1998

En gros, c’est un gars pi sa blonde qui se rendent compte que leur ville est envahie par la spirale, qui est ici présentée comme une forme maléfique. Le monde commence à être obsédé par la spirale, mais ça empire. Facque on suit Kirie pi Shuichi essayent de pas se faire contaminer eux-autres aussi. Les 19 chapitres forment 19 tableaux qui s’inscrivent dans le même univers : celui des spirales. On voit du monde se transformer en gros escargots laites, des pustules en spirales qui poussent sur le corps, la fumée du crématoire qui s’envole en spirale, des femmes enceintes qui utilise des vilbrequins pour sucer le sang du monde, pi d’autres affaires demême.

Gyo

Publication : 2001-2002

Des poissons avec des pattes sortent de la mer pi envahissent le Japon. Avec eux arrive une odeur horrible de pourriture. Tadashi pi sa blonde Kaori au requin qui leur coure après dans leur maison pi se poussent à Tokyo, où c’est encore safe. L’oncle de Tadashi est un scientifique; il met la main sur un spécimen de poisson marchant pi il découvre que les pattes sont en métal pi que le poisson est en train de se décomposer. Toute ça lui rappelle que son père, qui était scientifique pendant la guerre, avait travaillé sur un projet d’arme pseudo-bactériologique : un germe qui tue les être vivant pi qui fait sortir un gaz puant par la bouche pi le péteux. Mais là les poissons envahissent tout le Japon, pi des humains se font contaminer par le germe. C’est pas mal ça. Le manga compte 19 chapitres qui forment un tout, une seule intrigue.

Dans ces deux mangas-là, on retrouve l’esprit fucked-up pi tordu des japonais. Les intrigues sont vraiment bizarres (des fucking poissons qui marchent ou ben des cheveux en spirale qui se battent pour l’attention des gens) pi les images mettent sérieusement mal à l’aise. Quand je le lisais, parfois je pouvais pas m’empêcher de grimacer comme je le fais quand je vois du bon gore dans un film. Le noir en blanc empêche vraiment pas de montrer du dégueux. Ito réussi à nous faire croire à ce qu’il raconte : son requin sur des pattes de métal fait peur, alors qu’il aurait facilement pu être juste ridicule. Il réussi à trouver des moyens pour écoeurer le lecteur qui sont très efficaces. Facque, big up.

Le problème, c’est le scénario pi les dialogues. Des fois, ça niaise pi c’est un peu trop long. Dans Uzumaki, on est intrigué au début mais assez vite le mystère laisse place à des péripéties plus ou moins enlevantes. Mais c’est dans Gyo que les lacunes sont les plus évidentes : l’auteur c’est pas cassé la tête. Il a besoin de quelqu’un qui examine les poissons : l’oncle de Tadashi est un scientifique. Il a besoin d’expliquer l’origine des poissons : le père de l’oncle de Tadashi a élaboré le projet pendant la guerre. C’est facile, un peu.

Mais le point fort de Junji Ito, c’est sa capacité à déstabiliser le lecteur. Il réussi tout le temps à nous surprendre, soit avec des images horribles ou ben des idées dégueuses. Quand Tadashi se retrouve dans le cirque dans Gyo, on se dit vraiment What the fuck? C’est pas du déjà-vu pi ça fait du bien de voir dequoi de nouveau, parce que c’est plutôt rare dans le monde de l’horreur.

Verdict : malgré les problèmes de scénarios, ça vaut la peine de tchèquer ça, parce que c’est vraiment fucked-up.

Ça, c’est une image du film Uzumaki, sorti en 2000. À part ça, le film est pourri. Faut lire le manga.

Piercing, par Murakami Ryu

mars 13, 2010

Parution: 1994 au japon, pi 2007 au Royaume-uni.

C’est toujours un peu bizarre de lire Ryu Murakami. Y a vraiment rien à voir avec l’autre Murakami. Non, y est fucked up en esti. Agréablement fucked up.
Dans Piercing, pas de zombie, de monstre, de vampire, pas de petite fille morte avec les cheveux dans’ face, pas de Godzilla, ni d’esprit maléfique, pas de curse sur un village, ni de virus mortel. Juste le récit de deux êtres humains troublés pi une plongée dans leur univers de démence quotidienne. C’est là qu’il est, le fantastique, dans les plus petits recoins de l’âme, ceux qu’on balaye jamais parce qu’y faudrait se pencher un peu trop à notre goût.
Ça va faire les métaphores poches.

He pushed the door wide and stepped into the bathroom. As the steam began to dissipate, the girl materialized on the edge of the tub. She was sitting there completely nude, stabbing herself in the right thight with the scissors of a Swiss army knife. When she noticed Kawashima, she gave him a little smile and spread her legs as if to show him the bits of bloody flesh caught in her pubic hair.

Facque, du sexe pi de la violence. Ben oui. Allez je résume :
C’est le récit d’une soirée dans la vie pi dans la tête de deux personnages : Kawashima est marié pi a un flo, un tout petit bébé. Tous les soirs, il le regarde dormir en s’empêchant de le stabber avec un pic à glace. Pour éviter ça, y décide de stabber quelqu’un d’autre, tsé, pour passer son envie. Chiaki, elle, est une pute sado-maso qui écoute du classique pi est complètement fuckée par les abus que son papa lui faisait subir quand elle était jeune. Les deux personnages finissent par se rencontrer, pi la soirée qu’ils passent ensemble, ben c’est le roman.
Murakami nous fait entrer dans le cerveau de chacun d’eux, pi ça ça nous fait peur pour l’autre personnage. Ses descriptions d’un esrit fucké est crissement précise pi convainquante. D’ailleurs, sur mon édition du roman, un journaliste du Times compare l’auteur à Poe, pi je comprends ce qu’il veut dire. C’est l’exposition lucide d’un comportement déviant par le fou lui-même, un peu comme dans Bérénice ou The tell-tale heart. Le personnage sait qu’il est pas fou, pi il nous explique pourquoi. Quand on lit le roman, on comprend le personnage, pi on le prend en pitié.
L’horreur, dans Piercing, est dans la tête des personnages. Ils sont tous les deux victimes d’abus dans leur jeunesse, abus qui les ont forcé à se retirer de la réalité pour être capable de les surmonter. Leur démence est pas le résultat de la violence, mais la solution. Mais elle les force à vivre en marge du mode réel. Ils peuvent agir normalement mais la peur de la perte de contrôle plane toujours au-dessus d’eux. Tous les actes horribles commis dans le roman sont perpétrés non pas contre la volonté des personnages, mais sans leur volonté, comme si ils quittaient leur corps un moment. Aussi, Piercing aborde la question de la complexité et la difficulté des relation humaines. Tout le long, ils interagissent en interprétant tout croche les agissements de l’autre. Si on veut, c’est comme un gigantesque quiproquo violent pi fucké. Le lecteur est impuissant devant ce qu’il lit parce qu’il sait ce que chacun a en tête pi que les deux personnages se trompent sur le compte de l’autre. Murakami Ryu montre à quel point il est impossible de comprendre complètement quelqu’un et de savoir les vraies motivations de ses actes. Même si on le sait pas, on a tous des comportements qui trouve leur source dans dequoi de pas clean.
Ryu fait monter la tension par ce jeu d’incompréhension et en nous faisant découvrir peu à peu à quel point les personnages sont fuckés. Son écriture est tellement précise; il décrit des concepts pi exprime des états d’âme qui sont tellement complexes mais qu’on comprend sans problème.
Verdict : à lire pour ceux qui veulent entrer dans le cerveau de deux personnes fuckées solide. C’est l’équivalent littéraire d’un cours sur les psychopathologies. En plus, c’est fucking bon.