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The descent : part 2

avril 17, 2011

Réalisation : Jon Harris
Scénario : James McCarty, J. Blakeson pis James Watkins
Pays : Royaume-Uni
Sortie : 2010 en Amérique du Nord

The descent, c’est un des films les plus épeurants que j’ai jamais vu. J’ai un faible pour les petits humanoïdes vicieux qui vivent au fond des cavernes. Anyway, en apprenant l’existence d’une suite, je peux pas dire que j’ai été content. Le premier était tellement bon qu’on pouvait juste le gâcher en faisant une sequel. Mais c’est comme ça, pis hier j’avais envie d’écouter un film sans me forcer, pis The descent : part 2 m’a semblé un bon candidat.

Résumé

Ça commence là ou le premier se termine (dépendament de quelle fin vous avez vu : celle où Sarah se pousse pis retrouve la route, ou celle où elle se réveille encore dans la caverne) : Sarah se fait embarquer par un truck pis elle se ramasse à l’hôpital. Le sheriff de la place, qui organise les recherches pour retrouver les 5 filles disparues depuis deux jours, va la voir. Y la soupçonne, parce qu’elle est la seule survivante pis qu’elle est pleine de sang. Mais le problème, c’est que se souvient de rien. À ce moment-là, la sheriff adjointe juge que c’est pertinent de lui rappeller que sa fille est morte, juste demême, tsé. Sarah capote pis toute. Comme si c’était pas assez, le sheriff oblige Sarah à venir avec eux dans une grotte louche que l’équipe de recherche a trouvé. La grotte est sous une ancienne chapelle. D’après un vieux monsieur qui traîne là sans qu’on sache pourquoi, le trou mène en enfer. Mais y décident d’y aller pareil. En bas, des images pas nices reviennent à Sarah, qui pète une coche pis qui se pousse toute seule. Les autres savent pas ce qui se passe pis se font attaquer par des humanoïdes; en fait, c’est comme dans le premier. Le monde meurt un à un. Mais, revirement de situation : Juno est pas morte, pis elle en veut à Sarah, on comprend pourquoi, elle l’a pioché dans la cuisse pour pouvoir sauver sa peau. Anyway.

Critique

On va se mettre d’accord sur une chose : les scénario, c’est pas fort. Ça a pas dû être ben ben compliqué écrire ce film-là; les dialogues pis les personnages sont pas crédibles – surtout pas la relation Sarah/Juno – pis en gros, c’est la même histoire mais avec du nouveau monde à tuer. Pis ça se renouvelle pas : toujours les mêmes façons de faire peur pis de faire sursauter, toujours un monstre derrière nous ou un bruit qui révèle notre position. Un peu comme Paranormal activity 2 : ça fait peur, mais vu que c’est pareil au 1er, on s’en crisse un peu. Y manque aussi la surprise, parce que les petits monstres, on les a déjà vu pis on sait à quoi on a à faire. En plus, le film joue sur les même ressorts narratifs : y a un éboulement, le groupe se sépare, quelqu’un se blesse, l’issue est bouchée, etc. J’aurais aussi aimé en apprendre plus sur les petits bonshommes méchants, mais bon.
Mais y faut pas regarder ça en espérant que ça soit la même chose que le premier. C’est juste un autre traitement, pis j’ai apprécié le film malgré tout. Parce que c’est vraiment plus gore que l’original. On voit plein de liquides gicler : du sang, de la glue d’humanoïde, du vomit pis même du caca de petit monstre des cavernes – la scène de défécation est d’ailleurs crissement excellente pis comique. C’est là que je veux en venir : le premier était super sérieux, mais le deuxième m’a fait rire aux éclats. Dans les highlights gore, y a : une tête écrasée sous une grosse roche, un bras coupé à coup de pic d’escalade pis le bout où du sang de cadavre coule dans la bouche de quelqu’un. Ça rappelle un peu Drag me to hell de ce point de vue là (genre, fluide corporel qui entre là ou y faut pas).
J’ai vu plein de mauvaises critiques qui chialent sur la fin du film. Évidemment que c’est pas très bon, mais je pense pas que c’était le but. Personnellement, quand j’ai vu ça, j’ai éclaté de rire., parce que je m’attendais à quelque chose – ça peut pas finir aussi bien – mais pas à ça. Oui, ça a pas rapport, mais au moins c’est drôle.

Verdict

J’hésite. Pas recommancé pour ceux qui veulent dequoi d’aussi bon que le premier. Recommandé pour ceux qui veulent un film léger avec du bon gore. C’est très très loin d’être un bon film, mais j’ai été capable de passer un bon moment pareil.

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Color me blood red

mars 7, 2011

Réalisation : Herschell Gordon Lewis
Scénario : Herschell Gordon Lewis
Pays : États-Unis
Sortie : 1965

C’est le troisième volet de la Blood Trilogy, qui commence avec Blood Feast pi Two thousand maniacs! Mais Color me blood red est pas aussi connu que les deux premiers. Ce qui est sûr, c’est que le cover était alléchant.

Résumé

C’est l’histoire de Adam Sorg, un peintre fucked-up pi imbu de lui-même qui réussit pas à trouver les bonnes teintes de rouge pour ses tableaux. À un moment donné, sa blonde se coupe sur le clou d’un cadre pi essuie sa main sur une toile. Adam trouve le sang pi a une révélation : c’est la teinte qu’y cherchait. Facque y demande à sa blonde d’y donner un peu de sang. Mais elle trippe pas pi y dit d’utiliser le sien. Ce que Adam fait sans hésiter. Mais quand y réalise qu’y a besoin d’une grande quantité de sang, y hésite pas à tuer sa blonde pi à peindre directement avec son cadavre comme pinceau. La toile est un succès, mais le monde de la galerie y demandent de prouver qu’y peut en faire une autre aussi réussie. Facque Adam tue deux baigneurs (y habite à côté de la plage) qui avaient emprunté ses watercycles, des genres de pédalos/vélos. Anyway : y fait sa toile, que des marchants d’art veulent acheter. Mais y sont pas à vendre, pi Adam se fâche. Quand une gang de jeunes adultes viennent se baigner sur la plage, y demande à une des filles de venir poser pour lui. Pendant qu’elle va chez lui, ses amis trouvent un cadavres enterré dans le sable. Y se pointent chez Adam pi sauvent leur amie. Voilà.

Critique

Color me blood red m’a procuré beaucoup de plaisir, mais un plaisir qui s’apparente à Troll 2. Les acteurs pi les dialogues sont tellement mauvais que c’en est drôle. Pi y a des affaires qui ont juste aucun sens, genre la gang de jeunes adultes qui s’amusent à la plage comme des enfants, en s’arrosant pi en criant de plaisir. Ou ben en utilisant les watercycles qui vont à 10 km/h pi qui sont complètement ridicules. Y a aussi des personnages bizarres, comme l’autre peintre crissement stéréotypé pi le couple qui s’habillent pareil pi qui arrêtent pas de danser pi de se donner des petits becs secs. Le linge des acteurs, que ce soit les maillots de bain, les petites shorts ou les cheveux, est toujours tellement laite que ça fait décrocher. Sans parler des peintures qui sont supposées être super excellentes alors qu’elles sont juste ridicules.
Y a vraiment quelques scènes d’anthologie dans Color me blood red, qui sont comparables au « Oh my goooooood ! » pi « Nilbog ! It’s goblin spelled backwards » de Troll 2. Par exemple, la scène avec le bateau à moteur, quand le peintre charge les watercycles avec un harpon comme une chevalier charge avec une lance. Ou quand le couple weird sont autour d’un feu de camp pi qu’y mangent la guimauve au bout du baton de l’autre en criant « Aim ! ». Ou quand le gars trouve le cadavre enterré dans le sable pi que la première chose qu’y dit c’est « Holy Bananas ! ». J’oublierai jamais ça.
Malgré tout, certaines scènes sont quand même écoeurantes, même si y a juste trois meurtres (dont un qu’on voit pas) dans tout le film. Personnellement, quand je vois le gars de couper un doigt avec une lame de rasoire pi ensuite frotter son doigt contre la toile pour peindre, ça m’écoeure. Pi quand Adam remplit son pot de couleur en squeezant les intestins de la fille éventrée pi attachée en croix.

Un petit mot pour dire que les commentaires du réalisateur pi du producteur sont quand même intéressants parce qu’y sont très au courant que leur film est pas très bon. Y sont capables de porter un regard critique sur leur propre film pi d’en rire, ce qui les rend crissement sympathiques.

Analyse

Le spectateur attentif va remarquer que la couleur rouge est présente dans tous les plans, ou presque, que ce soit le chandail de la blonde de Adam, le tapis dans la salle d’exposition ou les flotteurs des watercycles. À part être récurrent, ça veut pas dire grand-chose, ça.
Ce qui est intéressant, c’est le parallèle avec le cinéma gore, qui était à l’époque encore à ses début, j’oserais même dire à ses balbutiements. Adam fait de l’art avec du sang. Le gore fait de l’art avec du sang, oui, mais avec du faux sang. C’est la différence entre le gore pi le snuff. Je comprend vraiment pas les gens qui pensent que vu que j’aime le cinéma gore, j’aime aussi regarder des journalistes américains se faire décapiter en Irak. Pas pantoute. Y me semble qu’y a une différence, non ? C’est cette différence-là que le film expose. C’est un plaidoyer pour le gore qui affirme sa propre fausseté pi son côté mimétique pour répondre aux détracteurs du genre, qui l’attaquent à grands coups de moralité aveugle.

Verdict

Recommandé, mais juste pour ceux qui aiment rire d’un film pas vraiment bon. C’est pas pour rien que Color me blood red est pas aussi connu que Bloodfeast. Un joint peut grandement augmenter le plaisir de visionner ce film-là.

L’autre Arielle – Dernière partie

février 27, 2011

Dans le dernier épisode : Après avoir tué une sirène backside à coups de rame, Jo a vu son ami Tony se faire shotgunner par un monsieur fou qui l’a ensuite obligé à garder un oeuf de sirène dans sa bouche. Jo est séquestré dans un trou dans le sol par le gars, Michel, qui lui promet qu’y va le laisser partir une fois qu’y va s’être racheté.

L’autre Arielle – Dernière partie

Il a plu toute la nuit. J’ai presque pas dormi. Les gouttes sur ma tente faisaient un bruit sec, fort. L’eau qui coulait le long de la toile ruisselait en motifs hypnotisants.
Ce matin, quand il a arrêté de pleuvoir, il y avait presque un pied de boue au fond du trou. Tony avait encore renfoncé; il était tombé sur le côté, la face vers le sol. Je l’ai regardé longtemps, pi je l’ai enterré. Je lui dois bien ça, à Tony. Je l’ai recouvert de boue pour qu’il arrête de pourrir, pour qu’il arrête de geler sous la pluie.
La boue que j’ai mise par-dessus a une couleur bizarre.

Au début je pleurais tous les jours parce que je voulais m’en aller. J’arrêtais pas de penser à m’en aller. Mais là, j’ai comme accepté d’attendre. C’est clair que j’ai hâte de m’en aller, mais maintenant que je sais que ça va arriver, on dirait que je suis moins pressé. J’essaye d’imaginer comment ça va se passer, mais j’abouti à rien. Je vais dire quoi à mes parents? Je peux pas leur dire la vérité, ils me croiraient pas. Ni à la police, d’ailleurs. Je me retrouverais dans un hôpital de fous ou quelque chose du genre. Donc il faudrait que j’invente un mensonge, mais un mensonge assez complexe pour être crédible. Si je mens pi que les policiers l’apprennent, ils vont sûrement penser que j’ai quelque chose à voir avec la disparition de Tony.
Tony. Il va falloir que je trouve une raison pour justifier l’absence de Tony.
J’ai encore le temps d’y penser.

La bière fait du bien, elle me rapproche de la réalité. Parler avec le gars aussi, ça fait oublier un peu ce qui s’est passé pour vrai. A force de le côtoyer, le gars, j’ai comme gagné un peu d’assurance. J’ai moins peur de lui, je pense. Sérieusement, je pense pas qu’il veut me faire du mal. Il a l’air sincère.
– Je… chu désolé… d’avoir faite c’qu’on a faite moé pi Tony.
– …
– …
– Je l’sé. J’te crois. Mais ça la ramènera pas.
– …
– J’m’ennuie d’elle.
– …
– Des fois je r’garde le lac… mais est pas là… j’ai pas été nagé depuis. C’est pas pareil sans elle, ça me tente pu.
– …

À matin, j’ai réussi à me crosser. J’avais déjà essayé une couple de fois, quand je me réveillais après un rêve cochon. Mais le décor me rattrapait, l’odeur, la situation. Je me sentais mal de faire ça devant Tony, même mort. Me crosser avec ma toilette à quelques mètres, pi des têtards mutants devant moi. Ça me turnait off, ça me dégoutait. Mais à matin, j’ai réussi. Je sais pas pourquoi. Je suis venu dans la boue.

J’ai jamais vraiment eu de blonde. Il y a eu des filles que j’ai aimées, je pense. Mais c’est impossible d’être sûr. L’amour, c’est peut-être juste une raison de se dire qu’on est heureux. Histoire de se calmer un peu, d’avoir une raison de vivre.
Les filles que j’ai aimé, ça a toujours été parce que je les trouvais belles. Rien d’autre. Presque un choix, une décision que j’ai prise pi que j’ai respectée. Jusqu’à ce que ça arrête. Une peine d’amour : une mauvaise décision. Jamais rien de plus. Aimer parce que c’est normal, que ça va de soi. Je sais pas trop si j’y crois.
La seule personne que j’aimais plus que les autres, c’était Tony. On s’entendait ben. Pas de malaise, rien. Je pense qu’on se comprenait. Mais là.

J’ai hâte que le gars viennent me parler, hâte qu’il m’amène une bière. Je me sens mal. Je comprends pas pourquoi, mais le gars, je le trouve sympathique. J’ai honte. Le gars a tué mon ami, le gars me tient prisonnier dans un trou derrière chez eux, mais j’ai hâte de lui parler. C’est trop long tout seul au fond de mon trou. J’aimerais ça l’haïr, le gars, même que des fois je réussi. Je pense à tout ça, toute cette histoire-là, de trou, de sirène, de Tony tué, pi je l’haïs. Mais il m’apporte mon déjeuner, mon café, mes clopes, il me jase ça en buvant une bière, pi je peux pas m’empêcher de le trouver sympathique. Pi là c’est moi que je me mets à haïr.

Je pense encore à ce que je ferais en retournant chez nous. C’est con, mais je suis rassuré parce qu’au moins j’aurai pas manqué d’école. Si le gars tient sa promesse, je vais être sorti d’ici avant la rentrée. Ça gâchera pas toute ma vie. Juste mon été. Comme si ma vie dépendait du nombre de sessions que je fais au CÉGEP. Je le sais même pas ce que je vais faire après mon DEC. Ils nous font faire des tests depuis secondaire trois, comme si il fallait le savoir tout de suite. J’vais pas me fier à un test corrigé par une machine pour choisir ma carrière. C’est cave. Je me dis que j’ai encore le temps d’y penser, mais que ça commence à presser. Mais j’ai pas envie d’y réfléchir. Je sais pas combien de temps mes parents vont continuer à payer mes études. Je pense que j’aimerais ça aller en voyage. Genre en Europe. J’aimerais ça mais j’ai personne avec qui y aller. Je sais pas si je serais capable tout seul. Ça prendrait de l’argent, aussi, pi j’en ai pas. Pi là c’est certain que j’ai perdu ma job. Bah. Il me reste un an avant d’arriver là.

Si j’ai bien calculé, ça fait un peu plus qu’un mois que je suis ici. Dans mon trou. C’est con, mais on s’habitue vite à rien faire. Tous les jours, je regarde passer le temps, le soleil monter dans le ciel, pi redescendre. Au début c’était intolérable. Mais là, ça va. Ça s’est fait tout seul, comme ça. Ça sert à rien d’avoir hâte; le temps se rallonge. Il faut juste accepter de rien faire. Je me sens bien. Aucune obligation, rien. Je jase avec Michel.
Je me sens vraiment mal pour lui. C’est moi qui l’ai tuée sa blonde. Je me rends compte qu’il l’aimait vraiment gros. Ça me rend triste. Des fois je me demande si je devrais lui dire que c’était moi pi pas Tony. Mais je le fais pas. Ça servirait à rien. À la limite, je peux comprendre qu’il ait été vraiment fâché pi qu’il ait sauté une coche pendant un instant. En plus, je pense qu’il le sait. Pi il s’est excusé. C’est pas facile de reconnaitre qu’on a tord. Mais lui il a accepté son erreur pi il sait que c’était pas bien. C’est pas tout le monde qui est capable de faire ça.

Il reste juste une couple de jours, pi après je suis libre. Si j’ai bien compté. C’est sûr que je pourrais demander à Michel, mais j’aime mieux pas. Je veux pas qu’il pense que je l’haïs pi que je veux juste retourner chez nous. Je l’aime bien, Michel, mais je m’ennuie pareil de mon lit. De toute façon, un jour de plus ou de moins, ça change pas grand-chose.

J’entends une porte claquer. Michel m’amène ma bière de 4 heures.
– Pi, fait pas trop chaud?
– Ça va, ça va. C’est mieux ça que d’la pluie.
– Drette ça. Faut voir le positif dans vie.
– …
– Tiens, j’t’ai am’né un p’tit queque chose.
Il s’accroupi sur le bord du trou pi me tend un genre de gros livre relié en cuir.
– C’que j’te montre-là, je l’ai jamais montré à personne.
– Je…
– Ouvre-le.
C’est un album photo. Presque trois pouces d‘épais. Sur la première photo, on voit un lac au lever du soleil. En regardant bien, j’ai aperçu une forme bizarre qui sortait de l’eau. On aurait dit des fesses. Je tourne les pages. Juste des photos de lac. Puis, sur une photo, on voit clairement une silhouette sous l’eau : un corps de poisson avec deux jambes. Je lève les yeux vers Michel, mais il fume en regardant au loin. Peu à peu, les photos se font plus claires pi se rapprochent de leur sujet. Des photos de la sirène, des photos de la blonde de Michel. Mais c’est pas juste des photos; c’est leur histoire. Je vois comment il l’a apprivoisée, comment ils se sont connus, comment ils se sont aimés. Ça m’émeut. C’est moi qui ai gâché tout ça.
– Était belle han?
La photo montre la sirène de dos. On voit ses petites fesses rondes sortir de l’eau en avant-plan, avec la tête tournée vers la caméra, mais sous la surface.
– Oué.
Elle avait vraiment des belles jambes. À chaque photo, mon regard cherche à s’introduire entre ses cuisses. La caméra capture dans la nage de la sirène des positions sensuelles, troublantes.
Les dernières pages montrent des photos du lac, vide.

Je stresse. J’ai toujours aucune idée de l’histoire que je vais raconter à ma mère pi à la police. À tout le monde. Il faut que j’invente dequoi, parce que personne va croire à la vérité. Au pire, je peux dire que je suis parti avec Tony dans un roadtrip pi qu’on s’est séparés à un moment donné. Mais le char de Tony est dans la cour du chalet. Ça marche pas. Au fond, la meilleure chose à dire, c’est ce qui s’est passé pour vrai, mais sans la sirène. J’avais les yeux bandés, j’ai rien pu voir. C’est ça.
C’est clair que j’ai hâte de me coucher dans mon lit, mais j’ai vraiment pas envie de parler à plein de monde qui vont être triste pour moi, pauvre gars qui s’est fait séquestré. Ça a pas été si pire. J’ai pas envie d’être le centre d‘attention.
Des fois je me demande pourquoi je veux rentrer chez nous. Les vraies raisons. C’est pas pour mes études; je sais même pas ce que je veux faire. Je m’ennuie pas vraiment de ma famille. Je m’entends bien avec mes parents, mais on a jamais été très proches. J’avais pas de blonde, pas d’engagement nulle part. La meilleure raison, c’est mes amis. Je voudrais les revoir. Mais au fond de moi, je me dis qu’ils ont trouvé quelqu’un d’autre pour me remplacer, pour faire des jokes à ma place. J’haïs ça.

– Grosse journée aujourd’hui!
– Han?
– C’est aujourd’hui que tu t’rachète!
– …
– Inquiète-toé pas, c’est rien de ben terrible.
Le gars déroule une échelle de corde. Rush d’adrénaline. C’est là. Je tremble mais je monte pareil. Il me fait rentrer dans son chalet, me fait m’asseoir devant la télé, pi il me donne une pilule à avaler. Je sais pas c’est quoi cette pilule-là. J’ai pas envie, mais j’ai pas le choix. Il allume la télé, me dit de patienter quelques minutes pi sort dehors. Je regarde autour. Je suis pas attaché, rien. Je pourrais sortir, prendre son pick-up pi partir. Je pourrais le faire. Juste y penser, ça me stresse. Je le ferai pas. J’ai patienté tout ce temps-là, je vais pas tout gâcher en essayant de m’enfuir maintenant. Je vais me racheter, pi je vais pouvoir partir. Après.
Je regarde la télé en attendant. C’est La petite sirène. Je souris. Ça fait longtemps que j’ai vu ce film-là. Longtemps que j’ai pas regardé la télé. Ça fait du bien. Ça fait longtemps que j’ai pas vu de fille, aussi. Je regarde la petite sirène rousse nager dans la mer, avec les hippocampes pi les méduses. Quelle âge elle a, la petite sirène? Mettons, 13 ans? Peut-être 15. Bah, quinze, c’est correct. Avec ses cheveux rouges, elle est cute, pareil… pi sa taille toute mince… les coquillages qui cachent ses seins… pourquoi elle les porte? Enlève-les… son sourire… sa façon de nager… Je bande, solide. J’ai pas été excité demême depuis longtemps. Je me sens tout gonflé.
Le gars revient. Il me dit de le suivre. Je me lève, mal à l’aise. J’essaye de cacher mon érection. Il m’amène dans une petite cabane, pas loin du chalet.
– Tadam!
Au milieu de la pièce, un gros bac transparent. Un aquarium. Dedans, une sirène. Des jambes de femme pi un devant de poisson. Comme celle que j’avais tuée. Mais plus petite. Tout d’un coup, je comprends. Je comprends, mais le pire, c’est que ça me dérange pas tant que ça. Je regarde le gars.
– C’est ta blonde, astheure. Vas-y, fourre-la.
Je suis encore bandé, encore excité. Je regarde les jambes dans l’eau, les jambes nues, les petites fesses toutes rondes… le poil qui pousse tranquillement entre les cuisses… les nageoires, tellement agiles… les écailles, qui changent toujours un peu de couleur…
Je bouge pas, je regarde la sirène, comme un pédophile regarde un petit garçon dans une cour d’école… j’ai tellement envie… mais je le sais que c’est dégueulasse, pas normal… je me déshabille pi j’entre dans le bac. J’ai de l’eau jusqu’au nombril. L’eau est tiède, c’est doux sur mes fesses, ma queue… ça m’excite encore plus. La sirène se met à nager autour de moi… à me frôler avec ses pieds, ses nageoires, ses fesses… J’étends la main pour la caresser moi aussi… elle est vraiment douce tellement douce… ses fesses sont blanches, fermes… à deux mains, je prends la sirène par les hanches pi je l’emmène vers moi. Je la touche un peu, entre les cuisses… mes doigts rentrent pas… elle est vierge… osti que j’ai envie de la baiser… elle est placée en levrette, les fesses remontées. Elle se maintient en place avec ses nageoires. Elle rapproche son cul. Je prends mon pénis pi je le rentre dans son vagin. Ça résiste, j’y vais plus fort… je la tiens solidement par les hanches… pi là mon pénis au complet rentre, jusqu’aux testicules. L’eau rougit autour de nous, ça m’excite encore plus… je commence à me faire aller le bas-ventre… fuck ça fait du bien… pi là à un moment donné… la sirène se fait aller toute seule, avec ses nageoires… elle avance pi recule doucement… j’ai pas besoin de la toucher… les branchies s’ouvrent plus rapidement… sa bouche aussi… elle se met à aller plus vite… je sens que je vais venir bientôt… c’est bon… pi là juste comme j’arrive pour jouir, la sirène baisse sa tête de poisson. Ses nageoires se mettent à flipper. Les orteils se courbent… Je vois son anus se contracter… pi sa vulve se serrer tout d’un coup… pi là je viens… un gros orgasme, direct dans son vagin de vierge. En venant, je lui sers les hanches pi je la presse contre mon ventre, le pénis bien enfoncé. Pi là je lâche tout… je me retourne. Le gars me tend une coupe de champagne avec un gros sourire dans sa face.
– Un toast pour mon gendre !

L’autre Arielle – 3e partie

février 20, 2011

Récapitulons : après avoir tué la sirène, les deux gars se font pogner par un malade qui tue Tony avec un shotgun pi qui ramasse tous les oeufs qui trainent dans le cadavre de la sirène pour les ramener chez lui, avec le survivant attaché dans la boite de son pick-up.

L’autre Arielle – 3e partie

Je me réveille en sursaut, le soleil dans la face. Devant moi, tout en haut du mur de terre, une silhouette. Découpée dans le ciel bleu. Je plisse les yeux dans l’éclat du matin. Puis je me rappelle. À quelques mètres, Tony-cadavre, encore mort. Toujours pas de miracle.
– J’imagine que t’aimerais ça partir d’icitte, han?
– …
– Nonon, j’comprends. Mais pas tu suite. Y faut qu’tu t’rachètes avant. Betôt mais pas tu suite.
– Je… j’m’excuse…
– J’espère ostie! T’aimerais tu ça, moé, que j’tue ta blonde han!? Han!?
– Non…
– Bon. Tiens, un peu d’pain. Du café?
– …
– Tu veux tu du café?
– Ok.
– …
– …
– C’est quoi l’idée, aussi? Han?! Deux mongols qui trouvent une sirène pi y décident d’la tuer? C’est-tu cave ou quoi!? Ostie qu’vous êtes épais! T’as pas l’droit d’faire ça! T’as pas l’droit!
– …
– …
– …
– Bon m’en va en ville, t’as-tu besoin de que’que chose?
– … heu… des clopes?
– Ok. À plus tard.

J’ai faim. Du pain blanc, mou, qui colle dans ma bouche. Un instant, le goût de l’œuf me revient; souvenir échappé, éphémère. Le café trop concentré me fait grimacer. Me racheter, encore. Je sais pas ce que ça veut dire. Ça me stresse. Me racheter.
Une sirène. C’est ça qu’il a dit. J’ai tué une sirène. Sa blonde. C’est quoi cette histoire-là. J’arrive pas à comprendre. Le problème, c’est que c’est vraiment arrivé, pour vrai. La sirène, les têtards morts, Tony-cadavre, tout ça c’est vrai.
J’entends son pick-up s’éloigner. Les chants des oiseaux l’avalent tranquillement. Il faut que je m’en aille. J’inspecte mon trou sous la lumière du jour : comme hier. Rien. Un trou dans la terre, plus ou moins carré, le sol légèrement incliné. Les murs doivent faire au moins trois mètres au point le plus bas pi presque quatre au point le plus haut. Dedans, juste moi, Tony-cadavre pi quelques œufs avortés. J’essaye de grimper, mais la terre est trop dure. Peut-être creuser les murs pour empiler la terre. Non plus. Utiliser Tony-cadavre pour marche-pied?
– Inquiète-toé pas mon Tony, j’te pilerai pas d’ssus.
– …
– Ben dormi?
– …
– Moé ‘tou. Mal au dos, crisse.
– …
– T’as-tu une idée?
– …
– Ostie d’histoire man… ostie…

Je confirme que j’ai aucune chance de m’évader. Officiellement. J’ai passé le matin à essayer de trouver une façon de grimper. Mais je suis encore là. Rien à faire, il faut que j’attende l’autre fou. Que j’attende de me racheter, peu importe ce que ça implique. Au moins il a pas l’air parti pour me torturer. Ni me laisser crever de faim. Trois repas par jour, pas vraiment bons, mais des repas quand même. Des clopes quand j’en ai besoin. Mais il me laisse dans le trou. Le pire dans tout ça, c’est pas savoir jusqu’à quand il faut que j’endure ça. Si je pouvais compter le temps qu’il me reste, ça me donnerait un objectif, quelque chose à quoi je pourrais m’accrocher. J’attends je sais pas quoi. Ma supposée rédemption. Si je reste tranquille pi je fais comme il dit, il va se mettre en confiance, il va relâcher sa surveillance pi je vais pouvoir en profiter. Me pousser. Mais il va falloir que je sois sûr de mon coup, j’ai pas envie qu’y m’attrape. Là il serait fâché. Il a quand même tiré sur Tony. Il l’a tué, Tony. À bout portant. Ostie. Je veux m’en aller.
Je veux m’en aller.

Je sais pas si la police me cherche. S’ils quelqu’un a trouvé le char des parents à Tony au chalet, ou remarqué que le canot est plus là. Le pire, c’est que ça se peut que mes parents aient même pas encore parlé à la police. Ils doivent penser que je suis chez un ami pi que j’ai oublié d’appeler. Mais je pense pas. Je pense qu’ils s’inquiètent.
Même là. On est bien trop loin du chalet pour qu’ils me retrouvent. Ça a prit au moins deux heures avant qu’on arrive ici. On doit être au milieu du bois, dans le trou du cul du monde. Pi quand le gars va en ville acheter des affaires, ça lui prend un bon bout de temps avant de revenir. Ils me trouveront pas. Mon trou, mon bout du monde, mon horizon.

Au moins je suis pas tout seul. Tony est avec moi. Tony-cadavre, Tony-muet, mais Tony quand même. J’ai commencé à lui parler dès le début, sans me poser de question. Comme ça, pour parler. Meubler le silence, éviter de penser. Je le sais très bien qu’il me répondra pas, qu’il est mort, Tony. Mais d’une certaine façon, en lui parlant, c’est une façon de m’excuser. C’est pas Tony qui l’a tué, la sirène, c’est moi. Pi c’est Tony que le gars a tué. Alors je m’excuse en parlant à Tony, en lui tenant compagnie dans le fond du trou, dans la mort. Pour pas le laisser tout seul. Pi je pense que c’est bon pour moi, pour pas que je vire fou. Lui parler, ça rend tout ça moins pire, peut-être. Comme si j’étais pas tout seul dans cette marde-là.

Ma toilette, c’est au milieu de la pente, à côté du mur. Je peux m’accoter, pi le stock va couler loin de moi. Tony-cadavre, lui, a roulé tout au fond. Moi je me suis installé au bout le plus élevé du plancher de terre.
Ça pue, dans mon trou. Pas de douche, un cadavre pi une salle de bain en plein air. Mais je me suis habitué. Je sens plus rien. Juste trois jours avec un cadavre pi c’est déjà rendu normal. Encore, pendant de courts instants de lucidité, je perçois l’odeur nauséabonde, comme un flash. Puis je l’oublie. Là, en ce moment, je le sais que ça pue, mais ça me dérange pas.

L’azur me déprime. Depuis que je suis là, aucun nuage. L’infini se déploie sur ma tête. Je pense à tout ce que je pourrais faire à la place, si j’étais chez nous. Fumer des joints en jouant au freesby, chiller avec San pi tout le monde à la plage, n’importe quoi. N’importe quoi sauf ça, mon trou de quatre mètres carrés. Je me demande ce qu’ils font, les autres. J’aime penser qu’ils boivent de la bière en notre honneur, à moi pi Tony. Ça me rend triste. Je me rends triste tout seul. Il faut pas penser à ça. Monde parallèle, lointain, irréel. Estompé.

Les nuages, noirs et lourds. Pour la première fois depuis que je suis dans mon trou, il va pleuvoir. Ça se sent. L’air est épais, la chaleur collante. Ça me rappelle que j’ai pas pris de douche depuis un bon bout. Je regarde les nuages glisser lentement les uns sur les autres, sans bruit. Enflés, gonflés. Mais toujours rien. Dans mon trou, rien pour me protéger, rien à ma disposition. De la terre, un cadavre, mon linge. Ça fait pas beaucoup. Je sais pas ce que je vais faire quand il va commencer à pleuvoir. J’ai pas vraiment envie de passer la nuit à trembler dans un lit de bouette.
Tout-à-coup, j’ai peur de mourir noyé. L’eau va s’accumuler pi je vais mourir. À moins que l’eau qui monte m’aide à sortir d’ici.
Je fais le saut; quelque chose tombe à côté de moi. Un gros paquet noir.
– Tiens. Pour à soir.
– …
– … Y’annoncent d’la pluie. C’t’une tente. Tu peux pas dire j’pense pas à toé!
– Merci.
– Pi inquiète-toé pas pour l’eau, a va couler vers le fond pi la terre est ben poreuse.
– …
– C’est quoi ton nom?
– Jo.
– Enchanté, Jo. Moé c’est Michel.
– …
– Écoute, tu dois m’haïr pi toute, pi je comprends ça. Mais va pas penser qu’chu un fou, là.
– Nonon…
– Arrête moé ça, t’es trop téteux. J’ai rien contre toé, moé, mais faut tu comprennes une affaire : toé pi ton chum, ben vous avez tué ma blonde, ok, pi je peux pas laisser faire ça. Tu comprends? Tu penses tu que j’me fais du fun à t’garder demême chez nous? Ben non! Mais j’veux te garder à l’œil. Je l’sais qu’tu veux t’en aller. Mais j’veux qu’tu t’rachètes. D’ici un mois et demi, ça devrait marcher.
– Un mois et demi?
– T’es ben capable de patienter encore un peu. J’essaye de pas trop être méchant aik toé, ché pas si t’as r’marqué.
– Ouin… heu… merci…
– …
– Je… j’peux-tu vous d’mander que’que chose?
– Quoi?
– Ben… faudrait j’parle à mes parents, ou ben j’leur envoye un mail, juste pour dire que chu correct tsé, que j’va revenir dans deux mois… tsé j’peux inventer une histoire, je sais pas, un roadtrip, n’importe quoi… j’veux juste leur dire que j’vas ben. Pour pas qu’y s’inquiètent.
– T’es tu malade! On s’en crisse d’eux-aut’! Tchèque moé, j’ai pas besoin de personne pi chu content pareil. Moé chu ben icitte, j’ai pas envie d’aller ailleurs. J’ai tout ce que j’veux. J’avais tout ce que j’veux, avant toé pi l’autre cave v’niez faire les cons par icitte.
– Mais…
– Haa, arrête ostie! Un point c’est toute.
– …
– …

Hier, le gars est venu me réveiller. Il criait d’en-haut du trou qu’il fallait que je sorte. Il pleuvait plus, même si le ciel était toujours couvert, l’air toujours lourd. Juste la terre humide pi les arbres couverts de gouttelettes. Le gars m’a demandé si j’avais bien dormi, je comprenais pas pourquoi il me demandait ça. Ensuite il m’a donné un cigare pi du champagne. Il avait l’air de bonne humeur. Je lui ai demandé ce qu’on fêtait pi il m’a répondu que je verrais plus tard. On a allumé notre cigare pi le gars a commencé à parler. Il m’a posé des questions, demandé ce que je faisais dans la vie, des trucs comme ça. Moi je savais pas quoi répondre, j’avais pas vraiment envie de lui parler, au fou qui avait tué Tony. Il m’a dit qu’il s’excusait d’avoir tué Tony, qu’il avait pété les plombs. Il m’a aussi dit qu’il s’excusait mais qu’il avait besoin de moi. Je lui ai dit que c’était pas grave. J’avais pas le choix. Hypocrisie; légitime défense.
Pi là aujourd’hui, dans l’après-midi, le gars est venu s’installer à côté de mon trou pi il m’a donné une bière. Il a fumé une clope avec moi en me racontant qu’il avait frappé un chevreuil à matin en allant en ville pi que son pare-choc était fini. Ensuite il m’a souhaité bonne fin de journée pi il est reparti. Ça fait du bien, une bonne bière.
Dans le coin, Tony, un œil entrouvert. Enfoncé dans la boue jusqu’à la taille mais toujours en position assise, comme je l’ai mis la première journée.
– Le gars fait dire qu’y s’excuse.
– …
– Ouin.

L’autre Arielle – 2e partie

février 13, 2011

Dans l’épisode précédent : Rappelons-nous que nos deux amis, après un après-midi de pêche occupé à boire de la bière et fumer des joints, ont trouvé sur la rive du lac une étrange créature aux jambes de femme et au torse de poisson, qu’ils décâlissèrent à coup de rame sans hésiter.

L’autre Arielle – 2e partie

Accroupis derrière le feuillage, on tremblait. À quelques mètres, le canot blanc trop visible dans la lumière mourante. Sur le lac, le bateau s’approchait. On bougeait pas, respirait pas, réfléchissait pas. Nos cerveaux embourbés s’enfonçaient. La bière pi le pot s’étaient évaporés quand on avait tiré la chose hors de l’eau.

– Y a tu quelqu’un ?
– …
– Allo?
– …
– Allo?
– On fait quoi?
– On a juste à sortir, pi dire qu’on s’en allait.
– Pi si y s’approche?
– Yaurait pas de raison de s’approcher.
– …
– Voyons ostie…
– Vas-y!
– …
– Allo?… Quessé qu’vous faites su’ mon terrain ?
– Bonjour… heu… désolé on savait pas que c’tait votre terrain… on voulait juste…
– Nonon, c’est pas grave… vous auriez pas vu personne, juste demême?
– Han? Heu… non… non.
– Vous êtes ben sûrs, paske… quessé ça?
– Quoi?
– Quessé vous avez faite?
– Rien… rien!
– Tabarnac!

Le gars a sauté à l’eau, laissant son bateau sur le bord de la rive. Il marchait vers nous, l’air crispé. On disait rien, on essayait juste de pas le regarder. Cerveau enseveli. Il avançait en direction du monstre écrasé sur le sol. En le voyant, il s’est mis à courir.
À genoux dans les entrailles colorées, ses bras pendaient le long de son corps, sa tête se promenait à gauche, à droite. Ses épaules sautillaient. On l’entendait sangloter. Là, je me suis dit qu’il y avait un vrai problème, parce que c’était impossible que quelqu’un pleure à cause de ça. Personne de normal.
Lentement, il s’est levé, s’est retourné vers nous, les yeux gonflés, rougis. Visage dévasté.

– Quessé… ostie quessé vous avez faite? Ostie! Ostie! Vous êtes qui câlisse! Han? Vous faites quoi icitte? Tabarnac!
– On…
– Ta yeule toé crisse! Vos yeules ostie! J’en reviens pas…. Calvaire! Comment ça?
– On l’a trouvée dans…
– Vous l’avez tuée! Ostie que vous êtes caves! À quoi vous avez pensé? Ostie… je suis supposé faire quoi moé, astheure? Han?

Ses cris étaient repris à travers le lac, écho improbable. Nous, toujours immobiles. Il est retourné à son bateau, derrière les roseaux. Pendant une seconde, je me suis dit qu’il partait pi qu’on allait retourner chez nous. Mais il est revenu, une carabine à la main. Moi pi Tony, silencieux, glacés, incrédules. Il pouvait pas s’en servir, de sa carabine, il pouvait pas. Mais la chose qui gisait à quelques mètres de là affirmait le contraire. Logique amputée. Il faudrait parler, s’en sortir en parlant. La seule façon de s’en sortir. Parler. Avec le gars à la carabine, le gars dément, le gars devant nous.

– Monsieur…
– Nonononon, ta yeule.
– Mais…
– Ta yeule ta yeule ta yeule! TA YEULE!
– …
– Pourquoi vous avez faite ça? Han!?
– On pensait que… un cadavre, dans l’eau… on a eu peur…
– Ben oué… on a eu peur… ostie! Qui c’est qui l’a tuée?
– …
– Toé? C’est-tu toé?
– N… non… je…désolé…
– Ben oué.

Le coup a touché Tony dans le ventre. Projeté en arrière, il est retombé sur les galets de la rive. Surpris par le son, je me suis laissé tomber en petite boule à terre. J’y croyais pas.
Le soir grisâtre a fini par avaler complètement la déflagration. Le silence est revenu. Tony, tout plein de sang, étendu sur le dos. Ses jambes bougeaient comme celles du monstre, plus tôt, mouvements incontrôlés, incongrus. Dans ses yeux, je voyais qu’il comprenait pas, Tony, qu’il comprenait pas pourquoi il était couché par terre avec du sang partout pi son ventre dans ses mains. Ses yeux étaient grand ouverts, sa tête tournait, à gauche, à droite, il cherchait une explication, une parcelle de réalité. Le gars s’est approché pi lui a donné deux coups de crosse dans la face. C’était plus Tony, c’était une autre affaire qui trainait sur le bord du lac. Tony mort. Tony-cadavre.

– Hey!
– …
– Toé! Vient icitte. Vient icitte!
– …
– Toé, tu peux t’racheter. Aide-moé. Prends-y les bras. On va l’emmener là-bas.
– …
– Enwèye!

Je me suis levé, pas sûr d’où j’étais pi de ce que je foutais là. J’ai fait comme le gars m’a dit, sans réfléchir, je pouvais pas réfléchir. Plus ou moins clairement, je me disais que j’allais pouvoir rembobiner tout ça quand ça serait fini.
En me penchant pour prendre les bras de Tony-cadavre, je pouvais pas détourner le regard de sa face éclatée. Son œil droit, crevé, se perdait dans le fond de son orbite fracassée. Son nez était écrasé vers le bas, pendait, masse cartilagineuse pi ruisselante, dans la bouche édentée. Tony masqué. Le gars lui a pris les pieds, pi on l’a emmené à côté du monstre. Le gars a sorti un couteau de je sais pas où pi il a agrandi la plaie. Méthodiquement. Une fois Tony-cadavre bien éventré, le gars a commencé à couper. À vider. Un organe à la fois. Sur la rive, l’intérieur de Tony-cadavre se mélangeait à celui de la femme-poisson. Dix, quinze minutes. Debout, j’attendais. Je regardais, les yeux vides. Quand j’y repense, je me trouve trop con. Le gars avait lâché sa carabine, j’aurais pu lui voler, ou juste partir en courant, je sais pas, au moins faire quelque chose. Mais j’ai rien fait. Puis le gars s’est levé, a baissé la tête en regardant à terre. Il s’est accroupi, il a pris un petit globe dans sa main, il l’a tourné dans tous les sens, puis il l’a lancé à l’eau. Il en a pris un autre, il l’a tourné en tous les sens, pi il est allé le déposer doucement dans le ventre de Tony-cadavre.

– Viens m’aider toé!
– …
– C’est pas compliqué. Tu prends ceux qui bougent encore pi t’es mets dans son ventre. Ceux qui bougent pas, t’es laisses là. Enwèye.
– …
– Faut les garder au chaud tsé.
– …
– Tiens, je t’en donne un. Ça va être le tien.
– …
– Prends-le !
– …
– Bon, mets-le dans ta yeule, pi aide moé à apporter ton ami su’l bateau.
– Dans…
– Pour qui reste au chaud calvaire! Vous avez tué sa mère câlisse, tu y dois ben ça!

L’œuf dans ma main, chaud, humide. Un genre de petit têtard déformé gigotant doucement derrière la paroi translucide. Vivant. Un petit animal qui pouvait pas exister mais qui bougeait pour vrai. L’œuf dans ma main venait comme confirmer tout ce qui s’était passé depuis qu’on avait vu les jambes, moi pi Tony. Pi il fallait que je le mette dans ma bouche.
Je me rappelais celui que Tony avait crevé entre ses doigts. Œuf fragile. J’avais peur du goût que ça allait avoir, de la texture, peur qu’il crève dans ma bouche, peur que le gars me tue si l’œuf crevait dans ma bouche. Je voulais surtout pas que le têtard me touche, qu’il agonise en se débattant sur mes joues.
J’ai placé mes mains comme pour boire de l’eau d’un robinet pi j’ai fait rouler l’œuf doucement jusque sur ma langue. Un haut le cœur. J’ai fermé les lèvres. Un autre, un gros. J’ai fermé les yeux, respiré par le nez. Longues respirations, comme au cours de yoga. Ça goûtait acide, dégueulasse. La paroi qui retenait le liquide me semblait molle, ondulait sur ma langue, mon palais, mes joues. Œuf fragile. Je me disais qu’en obéissant, le gars allait me laisser partir. C’était certain. Faire ce qu’il voulait, pi partir. Chez moi, à la maison. Le gars a dit que je pouvais me racheter. Me racheter, ensuite partir. Cette idée-là m’a aidé à supporter le goût de l’œuf, à le garder dans ma bouche.
Après ça, on a emmené Tony-cadavre jusqu’au bateau. Le gars m’a attaché les mains pi il a parti le moteur. Couché à terre, je voyais juste le ciel, les étoiles. La lune. Le bateau allait vite, je le sentais, mais les étoiles restaient au même endroit. Toile profonde. J’avais aucune idée de l’endroit où on allait, comment j’aurais pu le savoir? Je savais même pas où il était le chalet de Tony pi je le sais toujours pas. J’étais perdu. Avec un fou, Tony-cadavre pi un œuf de femme-poisson dans ma bouche. En me concentrant sur ma respiration, je réussissait momentanément à oublier ce que j’avais dans la bouche. Ça durait quelques secondes, pi je revenais à l’œuf.
Deux heures plus tôt, tout allait bien. Moi pi Tony on buvait, on fumait, on se faisait du fun. Mais le pot était loin, vraiment loin. Fracture douloureuse.
Après un long moment, le bateau s’est immobilisé. Le gars m’a détaché pi on a pris Tony-cadavre. On l’a descendu sur un petit quai pi on l’a mis dans la boîte d’un pick-up. Tout ça délicatement, pour pas briser les œufs. Dans ma bouche, l’œuf. Encore là, toujours là. Je le sentais gigoter par moments, déformer sa mince pellicule avec son petit corps hybride. Comme une femme enceinte sent son enfant bouger. C’est à ça que j’ai pensé, je m’en rappelle, parce que ça m’a complètement dégoûté, cette image-là. Moi qui porte un être vivant dans mon corps. Le gars m’a rattaché les mains, encore, pi les pieds. Dans la boîte, avec Tony-cadavre.
Le gars conduisait doucement, lentement, pour pas malmener les œufs. Mais sur le chemin de terre, ça servait à rien. Couché sur le ventre, je devais lever la tête un peu pour pas accoter ma mâchoire sur le plancher de la boîte. Garder la tête dans les airs pour pas heurter ma face pi briser l’œuf. Les muscles de mon cou forçaient, tout mon corps tremblait. Dans ma bouche, l’œuf, œuf fragile. J’endurais la douleur pour pas le briser. Le gars m’avait dit de le garder, que ça allait être le mien. Si je le brisais, le gars serait fâché. Pas le briser. Juste avant que je sois à bout de force, j’ai comme réalisé que l’œuf était moins fragile que je pensais. Avec ma langue, j’ai testé sa texture, sa résistance. C’était mou, mais solide. Je devais faire attention quand même, mais j’ai tenté de déposer la tête. J’avais trop mal, j’étais plus capable. En tremblant, j’ai accoté ma joue sur le plancher, en maintenant l’œuf avec ma langue dans mon autre joue, pour l’amortir un peu. Une onde de chaleur a envahi mon cou, vague douce pi englobante qui s’est propagée dans tout mon corps. Fin de la douleur, respiration plus facile. Amer réconfort.
Le pick-up s’est arrêté longtemps après. Une heure, peut-être. Ou deux, je sais pas. Mais quand on est arrivé, il faisait noir. Complètement noir, une nuit de campagne. D’encre. Le gars est monté dans la boîte.

– Bon, tabarnac. Bravo ostie! Sont tout’ morts!
– …
– Montre-moi voir lui dans ta yeule. Ouvre.
– …
– Haaa, c’est ben beau ça, lui au moins y est vivant. C’est un signe ça! Le destin. Tu vas voir, tu vas l’aimer.
– …
– Bon en attendant, prends ton ami pi emmène-le en arrière.

Les membres libérés, la bouche enfin vide, Tony-cadavre dans mes bras, j’avançais pas vite. Tony avait toujours été plus grand pi plus lourd que moi. Les œufs morts dans son ventre m’écœuraient. Il y en a qui avaient éclatés, d’autres qui bougeaient plus. Une vingtaine de globes translucides avec un petit mutant à l’intérieur, mort.
Je marchais dans la nuit sans voir où j’allais. Le gars m’avait dit d’aller là-bas, là où il pointait. J’ai marché quelques secondes avant de recevoir un violent coup au dans le bas du dos; mon corps s’est cassé en deux pi je suis tombé vers l’avant. Mais j’ai pas touché le sol tout de suite. Je suis tombé pendant une fraction de seconde de trop. Je me suis écrasé au fond d’un trou, sur Tony-cadavre. J’ai senti les œufs crever sous mon poids pi un liquide imbiber mon chandail.
Autour de moi, la nuit, le noir. À genoux sur le sol mou, humide, boueux. Derrière le sombre horizon, encore les étoiles, la lune, au même endroit, immobiles. Une odeur de terre mouillée emplit l’air. La nuit était chaude.

Là, je suis dans un trou, un trou dans le sol. J’ai essayé de sauter; le bord est trop haut. J’ai tâté les parois. Quatre murs, un trou carré. Rien à faire. Attendre.
– Une ‘tite clope mon Tony?
– …

Cannibal Holocaust

février 8, 2011

Réalisation : Ruggero Deodato
Scénario : Gianfranco Clerici
Pays : Italie
Sortie : 1980

Supposément bannit dans plus de 50 pays, Cannibal holocaust est un des films qui a le plus scandalisé à sa sortie. Deodato a été obligé de prouver en cour que l’empalement est pas réel pi que les acteurs sont pas vraiment morts pendant le tournage. Le film a aussi été dénoncé par les activistes pour les droits des animaux parce qu’y met en scène des morts réelles d’animaux, dont une tortue de trois pieds de long. Y parait aussi que certaines scènes de sexe sont vraies (mais y a pas vraiment moyen de prouver ça) pi que l’acteur principal avait sérieusement peur de se faire tuer pendant le tournage. C’est aussi un pionnier dans le genre du found-footage, avant Blair Witch Project pi C’est arrivé près de chez vous.

Résumé

C’est l’histoire de Harold Monroe, un anthropologue crissement réputé, qui part à la recherche d’une équipe de tournage disparue deux mois plus tôt quelque part dans la forêt sud-américaine alors qu’y filmaient un documentaire sur une tribue cannibale. Après une couple de jours de marche, Monroe pi son équipe réussissent à établir un contact avec les cannibales, les Yacumos. Pendant une cérémonie quelconque, Monroe trouve les bobines de film de l’équipe qu’y cherche. De retour à New York, des producteurs y demandent de faire un documentaire sur l’équipe disparue. Après avoir regardé les tapes trouvés sur le terrain, Monroe s’oppose à leur diffusion auprès du grand public, parce qu’y juge que c’est trop horrible. Pour convaincre les producteurs, qui sont ben contents parce que la violence, ça vend en crisse, y leur fait visionner le found footage, qui compose à peu près la moitié du film que nous, on regarde. Facque on voit le crew crissement expérimenté essayer de survivre pi de filmer les cannibales, mais plus ça va, plus y deviennent crinqués pi y se mettent à décâlisser les autochtones, qui se laissent pas faire, évidemment.

Critique

Des amis m’avaient « Oué, c’est un bon film, mais c’est pas si pire, tsé, ça a quand même 30 ans. » Facque je lisais les quotes sur la pochette genre « The most controversial movie ever made » ou « The most disturbing, shocking film I have ever seen » sans trop y croire, tout comme les avertissements au début du film qui disaient « No one under 18 should see this movie ». Moi, comme un con, je m’attendais à voir un film à la Fulci, genre dégueux mais drôle pi divertissant. À la place, je me suis fait violer. Viol agréable, mais viol quand même. Sérieux, pendant la scène de la tortue, j’ai pensé me cacher les yeux pour arrêter de voir ça, chose qui est jamais arrivée depuis que j’écoute des films d’horreur. Mais j’ai réussi à garder les yeux ouverts tout le long. C’est la pire chose que j’ai jamais vu, pire que 2 girls 1 cup, pire que tout. Y font pas juste la tuer, la tortue, oh non, y la décapitent, y coupent les pattes, arrachent sa carapace, jouent dins organes, la font cuire pi la mangent. Toutes les autres scènes de tuage d’animaux sont plus soft, mais quand même pas nice : un genre de rat musqué stabbé dans la gorge, un pauvre cochon tiré à bout portant pi un singe tout cute qui se fait scalper la face avec une machette. Pour le serpent décapité pi la grosse crisse d’araignée coupée en deux, on s’en câlisse, on les haït ces affaires-là. Bon. Quant à la violence faite aux humains : c’est pas si gore, mais crissement horrible psychologiquement. Les trois scènes de viol sont tellement crues, sauvages, pi ben jouées que ça met infiniment mal à l’aise. La fille empalée, c’est ben fait en tabarnaque, pi la toune genre Sigur Ros fait un contraste vraiment puissant qui donne de la profondeur à la scène. Sans oublier aussi la scène de l’avortement homemade.
Effectivement, ce film-là est choquant, mais choquant genre qui ébranle, pas juste superficiel comme A serbian film. Ça m’a crissement dérangé, pi quand j’y repense j’ai un genre de tiraillement dans les boyaux qui est un mélange de répulsion pi d’amour.
Parce que c’est un excellent film. Juste la construction de l’intrigue est intéressante : on voit Monroe qui réussit à interagir pacifiquement avec les cannibales; ensuite, on voit le found footage entrecoupé de scènes de délibération à propos de la diffusion de ces images-là. Le montage est fait pour donner des pauses au spectateurs, qui en a crissement besoin. Le jeu des acteurs est super bon pi le genre du found footage est crissement ben maitrisée. J’ai ben aimé aussi le revirement de situation, genre que ça soit les humains qui décrissent les cannibales, pi pas l’inverse – quoique, à la fin…

Analyse

Deodato a dit à plusieurs reprises qu’y a pas de message dans son film, pi qu’y voulait juste faire un film de cannibales, point. Y me semble que c’est un peu niaiseux de dire ça, mais bon. Je comprend pas le monde qui disent que la violence est gratuite : explicitement, dans le film, y a une réflexion sur la violence à la télé pi aussi un questionnement sur les idées de « sauvages » pi « civilisés »; d’ailleurs, la dernière phrases du film, c’est « I wonder who the real cannibals are. » On a même pas besoin de se forcer pour trouver un message.
Ça sert à rien de se demander si on a le droit de montrer de la violence à l’écran, parce que c’est pas une question morale, mais esthétique. Faut se demander à quoi elle sert, cette violence-là, qu’est-ce qu’elle veut dire. Dans Cannibal Holocaust, y a deux types de violence : la violence – simulée – faite aux humains pi la violence – réelle – faite aux animaux. Personnellement, c’est la deuxième qui m’a le plus dérangé, parce que c’était pas des trucages. Y ont vraiment tué un animal, tandis que quand les humains meurent, on peut être dégouté, mais au fond, on sait que c’est pas vrai. C’est pour ça qu’on aime le gore. Dans le film, Monroe refuse de diffuser The green inferno à la télé. Parce que y a une différence entre montrer un film gore dégueulasse pi montrer du monde mourir pour vrai. Chu un fan de films d’horreur mais jamais je regarderais un vidéo de quelqu’un qui se suicide, ou dequoi demême. Je pense que c’est cette différence-là qui est montrée par les meurtres réels d’animaux.
Dans la même idée, le film dénonce, y me semble, l’avidité des médias pour les affaires les plus horribles. On a juste à penser à tous les photographes qui gagnent des prix pour avoir pris une belle photo d’une petite fille morte au Darfour ou n’importe quoi dans le genre. Comme dans le film, les médias se cachent derrière la « Vérité » pour montrer des images choquantes. Cette hypocrisie-là est montrée pendant la scène de l’empalement, quand Allan regarde le corps en souriant. Y se fait dire « Watch it, we’re shooting. »; là, y fait sa face sérieuse de reporter engagé pi y dit « Good lord ! It’s unbelievable, it’s horrible ! » Au lieu de trouver ça dégueu pour vrai, y fait semblant alors que dans le fond, y est content parce qu’y pense à son futur succès. Plus loin dans le film, pendant qu’y tire sur des indigènes, Jack crie « We’re gonna get an Oscar for this ! » Facque les images-choc sont pas filmées pour la Vérité, mais juste pour la gloire.
Ça dénonce un genre de sensationalisme morbide qui trouve ses images dans des vraies situations limites. En disant ça, le film, qui prétend être réel, continue son argumentation au niveau formel : si c’est pas nice de montrer du vrai monde mourir, c’est autre chose quand on fait un film. C’est un art, une représentation; une façon de montrer le réel. Dans ce cadre-là, la violence peut pas être dénoncée parce que 1. Elle est pas réelle; pi 2. Elle participe à un projet plus vaste que sa simple représentation : l’œuvre d’art signifie toujours quelque chose.
Si Cannibal holocaust a autant choqué à sa sortie en 1980, c’est que le found footage était pas un genre connu. Vu que Deodato a vraiment réussit à donner une impression de réalité en s’approchant le plus possible de l’illusion référentielle, grâce au jeu des acteurs, aux plans séquences pi à la caméra POV, la ligne entre violence réelle pi violence représentée s’est estompée dans l’esprit des spectateurs de l’époque. Facque la réflexion sur la violence est en même temps un questionnement sur la représentation au cinéma.
Y aussi la question de la relativité du mot « civilisé ». C’est peut-être un peu trop postmoderne comme question, mais bon. J’aime mieux voir ça comme une critique du colonialisme. Le monde vivant la décolonisation depuis la fin de la IIe Guerre mondiale, c’est normal qu’en 1980, pendant que le phénomène continuait, que quelqu’un ait voulu en parler. Le film nous donne deux possibilités face au monde « sauvage » : soit dialoguer avec eux pi partager les connaissances pi les cultures, comme Monroe, soit décâlisser tout le monde pi ensuite être fâché quand ça se revire contre nous, comme l’équipe de tournage de Allan.
C’est pas finit : d’une perspective psychanalytique, c’est aussi intéressant. C’est l’homme civilisé, raisonnable pi rationnel, qui débarque dans un endroit complètement sauvage pi régit par des lois étranges, mais quand même peuplé par des hommes, qualifiés de « primitifs ». Y vivent presque nus, ont des coutumes sexuelles bizarres pi pratiquent le cannibalisme : on peut les associer à l’inconscient, aux pulsions animales refoulées qui se trouvent au fond de chaque être humain. Quand ces pulsions ressurgissent, on peut : 1. Apprendre à dealer avec (Monroe); 2. Essayer de les repousser encore plus, mais causant ainsi notre autodestruction (Allan). Parce que l’homme civilisé a peur de son côté animal. L’idée, c’est pas d’ignorer nos pulsions, mais de les contrôler.
Facque le monde qui ont été – pi qui le sont encore – choqués par la violence de Cannibal Holocaust pi qui la dénoncent comme étant gratuite, ben ce monde-là se butent sur des considérations morales qui les empêchent de voir plus loin que le premier degré, parce que ce film-là est crissement riche de significations.

Verdict

Recommandé, crissement. Un des meilleurs films d’horreur de l’histoire, sans aucun doute. Le pire, c’est qu’y accotte sa réputation de film choquant même après 30 ans, ce qui est un crisse d’exploit. Un chef-d’œuvre, mais un chef-d’œuvre qui fait mal. Des fois, les films d’horreur extrêmes nous font des coupures qui finissent par guérir; Cannibal Holocaust, ça laisse une cicatrice.

L’autre Arielle – 1re partie

février 6, 2011

J’ai écrit une nouvelle l’année passée pi je sais toujours pas quoi faire avec, elle est trop longue pour la plupart des revues pi d’un genre qui fitte pas tant avec les politiques éditoriales classiques. Facque j’ai décidé de la publier icitte, en 4 parties, une à chaque dimanche du mois de février. Si j’avais à décrire le ton en quelques mots, je dirais fantastico-trash-gore. Ou dequoi dans le genre.

L’autre Arielle

Je comprends pas. Depuis deux heures, je repasse l’après-midi dans ma tête, pour essayer de comprendre ce que je fais ici. J’ai beau essayer, j’arrive pas à agencer les évènements dans une trame logique. Je veux dire : je me rappelle très bien tout ce qui s’est passé – ça vient d’arriver – mais j’y crois toujours pas.

L’air stagnait lourdement, tellement humide qu’il flottait sur le lac. Aucun nuage, juste le ciel bleu qui rosissait à l’horizon. On voyait déjà la lune, toute pâle, au-dessus des arbres. Notre canot bougeait pas, immobile dans l’eau brune. Seul Johnny Cash donnait un peu de vie au décor silencieux. Sa voix grave imprimait des cercles concentriques sur la surface lisse du lac assoupi. Molle, tranquille fin d’après-midi.

– Hey ça veut dire quoi bâbord?
– …
– …
– C’est pas l’éléphant?
– Han?
– Ben oué, l’éléphant… tsé y’avait un suit vert. C’tait le roi des éléphants.
– Non, ostie, j’te parle pas de Babar l’éléphant… À bâbord.
– Heu… bâbord c’est à gauche pi tribord c’est à drette.
– T’es tu sûr?
– Ché pas.

Moi pi Tony, assis dans le canot. On finissait les dernières Bowes. Les autres gisaient dans leur carton mouillé, à côté des cannes à pêche qu’on avait pas touchées de l’après-midi; un prétexte, rien d’autre. On voulait juste relaxer, boire des bières, fumer des battes. Profiter du beau temps, pendant que ça durait. On avait passé l’après-midi à jaser pi écouter de la musique. À se faire du fun pi s’en foutre.

– Hey on s’fume l’autre batte pi on s’pousse?
– Han?
– Le batte?
– Ha! Ben sûr. J’étais dû, moi, là.
– On a pas pogné grand’chose han!
– Bah on s’en crisse, tsé. Fuck les poissons.
– Ouin… anyway j’aime crissement pas tant ça du poisson.
– Bah c‘est bon, tsé, d’temps en temps.
– …
– …
– Hey… tsé d’la poutine… y en a à plein de sorte astheure… y en a tu au poisson?
– Fuck man pourquoi on en ferait au poisson?
– Bah ché pas.
– Oublie ça. Ça goûterait l’calvaire.
– Ouin.
– T’imagines tu à quel point tu puerais d’la yeule après ça?

J’ai pris la dernière poffe, celle qui brûle les doigts, pi j’ai lancé le mégot dans le lac. Le signal du départ. On zigzagait laborieusement, à cause de la bière pi de notre incompétence dans le domaine du canotage. Je sais pas pour Tony, mais moi, j’étais pas mal buzzé. Ma rame s’enfonçait dans l’eau doucement; j’aurais pu pagayer encore longtemps, sans réfléchir. C’était agréable. Le lac avait l’air plus tranquille que jamais. De toute la journée, on avait vu personne. Même pas de vent. Juste l’humidité qui nous étouffait gentiment.

C’est ce moment-là que ça a dérapé. Une rupture dans notre journée parfaite, dans notre vie normale. Un petit moment, une seconde qui a tout changé. Comme l’instant où un oiseau s’écrase contre une fenêtre. C’est le vrai commencement de toute l’histoire.

– Yooo quessé ça?
– Han?
– Là-bas! Tchèque!
– Dequoi crisse!
– Ostie, sur le bord de l’eau, tu vois pas?
– Crisse pointe comme du monde!
– T’es-tu aveugle ostie! Non sérieux, juste là, dins quenouilles… tu vois-tu?
– J’pense. Mais pourquoi tu m’montres ça?
– Ben là câlisse c’est des jambes!
– Han? Dequoi tu parles?
– Des jambes ostie, tu l’sé c’est quoi.
– Man, t’as trop bu ou ché pas…

C’était vraiment des jambes. Toutes blanches. Des jambes qui dépassaient des herbes hautes. Comme si quelqu’un était tombé dans l’eau pi que ses pieds trainaient encore sur la rive. Un corps à moitié submergé. Elles bougeaient pas. On voyait l’eau brune pi des jambes blanches qui sortaient. On s’est rapproché; des jambes de femme. Des belles jambes, avec des petits mollets bien formés pi des pieds avec les ongles peints en rouge. Debouts dans le canot, on était silencieux, tendus.

– Man, c’est quoi câlisse?
– Ben… quèqu’un de mort. La tête dans l’eau pi toute.
– Mort?
– Ben là!
– Heu… on fait quoi? Appeler la police?
– Ben oui toé, appeler la police. Nonon, fuck off, on se pousse. Anyway j’ai pas envie de rester icitte plus longtemps, j’ai des affaires à faire à soir.
– Tu veux qu’on la laisse là?
– Ben oué. Au pire quelqu’un d’autre va tomber là-dessus.
– Pi si personne…
– Ha câlisse a rest’ra là, quessé tu veux ça m’fasse!
– Ben là… c’est pas un crime ou dequoi…
– Quoi?
– Ben… genre pas aider quelqu’un…
– Calvaire, on l’a pas vue, pi c’est toute. Tsé est ben cachée pareil.
– …
– Mais on peut ben aller voir pareil.
– Quoi?
– Aller voir pareil. Juste demême.
– Voir un cadavre?
– Ché pas… personne va nous voir.

On a tiré le canot sur le bord de l’eau. Les jambes immobiles juraient dans le soir qui tombait, tellement blanches qu’elles brillaient presque. On les regardait sans bouger, sans savoir quoi faire. La bière pi le pot ajoutaient à l’effet irréel, engluaient mes réflexions qui se limitaient à remarquer l’incongruité des jambes sur la rive. Dans le flou de l’ivresse, c’était des jambes, rien d’autre. Je constatais juste leur présence, sans comprendre leur signification. Ni un cadavre, ni une femme noyée, juste une paire de jambes sur le bord d’un lac. Comme un élément de décor au mauvais endroit. Pourtant, elles se fondaient dans le paysage. Tranquilles, immobiles, éternelles.
Le temps passait, l’horizon se rapprochait peu à peu.

– On la sort de d’là?
– …
– Pogne son pied.

Peut-être que c’était la bière, peut-être le silence qui planait sur le lac, peut-être l’étrangeté de la situation qui rendait le monde réel trop loin pour y penser; je sais pas pourquoi, mais je me suis dit qu’on allait la sortir de là. Lui prendre les jambes pi la tirer hors de l’eau.

La peau était gluante, couverte d’une couche de substance visqueuse. Glissante, comme la peau savonneuse dans la douche. Froide, aussi, pi toute molle : les doigts laissaient des marques aux endroits que j’avais touchés, sillons qui disparaissaient en quelques secondes. Quand j’y repense, je comprends pas comment j’ai pu faire ça sans être dégoûté. Je frissonne juste à y penser.
Une main sur la cheville, l’autre au-dessus du genou, notre prise était bonne. On a tiré trop fort; le corps est sorti d’un coup pi on est tombé sur le cul.
C’est là que les jambes se sont mises à bouger, que l’adrénaline a kické.

– Va chercher la rame! Enwèye ostie!

Une réaction d’auto-défense, rien d’autre. Les jambes battaient l’air comme si elles voulaient se libérer d’une étreinte menaçante. Blanches, laides. Vivantes. J’ai pris la rame pi je me suis approché. Plus rien existait, plus rien, juste l’affaire qu’on venait de tirer hors de l’eau.
Les jambes blanches continuaient à gigoter sur la rive, comme si elles pédalaient sur un vélo détraqué. Blanches, avec les ongles peints en rouge. Normales jusqu’aux hanches. Mais un peu au-dessus du pubis, la peau s’écaillait. Un peu au dessus du pubis, c’était plus une femme, ni même un humain. La peau luisante pi huileuse réfléchissait les derniers rayons de l’après-midi, je m’en rappelle, ça brillait. Sur les côtés, des fentes palpitantes s’ouvraient pi se refermaient en spasmes désespérés. Les nageoires faisaient un bruit mou en frappant les flancs mouillés. Le corps sautillait sur place, secoué de convulsions asphyxiées.
J’arrivais pas à comprendre ce que je voyais, à rationaliser ce que j’avais sous les yeux. J’ai levé la rame au-dessus de ma tête pi j’ai donné un grand coup de hache sur le corps écailleux. La rame a rebondi sur la peau luisante comme sur un ballon trop gonflé. Le deuxième coup a atteint l’œil, l’œil sans paupière, l’œil qui semblait me voir, qui m’observait. Le globe a éclaté sous le coup, répandant un liquide blanchâtre sur les écailles brunes. Je continuais à frapper dans la plaie, rougissant le bout de ma rame qui projetait du sang chaque fois que je la levais au-dessus de ma tête. Puis la rame a percé les écailles. Le sang a jailli de la peau crevassée. Un liquide d’un brun translucide a coulé de la gueule du poisson. Il continuait à bouger, moi je continuais à frapper.
Je m’acharnais sur le corps sans penser aux jambes qui se débattaient, ni à la chose que je frappais; je devais continuer. Trop bizarre, trop horrible. C’était incontrôlé, mes mouvements, ma réaction; instinct de survie. Mais la menace était pas physique, pas dangereuse pour ma vie. Elle l’était pour ma santé mentale, pour le monde dans lequel je vivais, pour ce que j’acceptais comme étant la réalité, la vérité.
Du sang noir pi épais s’écoulait des branchies; une matière jaunâtre sortait de l’œil crevé à chaque coup que je portais. De la compote de pommes, on aurait dit. La tête horrible avait arrêté de gigoter, les jambes aussi. Je tapais sur le corps mutilé, immobile pi crevé. Puis, le ventre s’est ouvert, j’ai senti la chaleur sur ma peau, comme un souffle : l’odeur était dégoûtante. Molle, piquante. Les tripes ont coulé sur la berge, jusqu’à mes pieds. Des dizaines de petits globes ont roulé dans tous les sens. En reculant, j’ai pilé sur je sais pas quoi pi je me suis retrouvé étendu dans la pâte visqueuse. Dans les entrailles d’un monstre, mes mains glissant dans un liquide gluant. Peau souillée. Peau collante.
Sur la berge, une femme-poisson en bouillie. Les jambes bougeaient plus, le haut du corps croupissait en silence sous la brunante. Pâte à modeler multicolore fondue au soleil. Silence pesant. Sur le sol, une multitude de petites boules grosses comme des balles de ping-pong. Tony en a pris une dans ses mains, il l’a crevée maladroitement entre ses doigts. Un réflexe, comme une brûlure. Le têtard s’est écrasé au sol, le pied de Tony par-dessus.

– Man… je…
– Tabarnac tabarnac… crisse… tabarnac!
– C’est… quoi ça ? C’est quoi? Jo, ostie, c’est quoi?!
– Man je l’sais tu moé, crisse! Mais y est mort…
– …
– Je… je l’ai tu tuée?
– Ça a l’air…
– T’as-tu vu toi itou? Man une… une tête de poisson… comment ça?
– Je l’sais pas dude… pourquoi je l’saurais?
– Mais… c’est quoi?
– C’est, genre… une sirène… backside.
– … Fuck.
– …
– …
– On fait quoi?
– On s’pousse. Live.

Le temps de retrouver les rames, de mettre le canot à l’eau, de calmer un peu notre cœur convulsant. Un bruit. Un moteur. Un bateau. De plus en plus près.

La suite : dimanche prochain, 13 février.

Le Bagman – Profession : Meurtrier

janvier 19, 2011

Réalisation : Jonathan Prévost, François Simard pi Anouk Whissell
Scénario : François Simard pi Anouk Whissell
Pays : Québec
Sortie : 2004

Le fameux court-métrage que RKSS veut tranformer en long-métrage mais qui se bute aux refus de financement de la SODEQ. Une genre de procrastination bizarre faisait que je l’avais toujours pas vu, mais j’ai pris les choses en main.

Facque l’histoire du short, en gros, c’est une fille qui se fait courir après par le Bagman, un slasher avec un sac de papier sur la tête qui vient te tuer si tu prononces son nom trois fois. La fille se fait frapper par un char rempli de gangsters/rappers/douchebags. Le Bagman se pointe pi tue tout le monde.

On va oublier le scénario, parce que y en a pas. Pi les seuls dialogues, c’est insultes. On oublier aussi le jeu des acteurs, parce que c’est du niveau d’un film de Cégep. C’est pas qu’y sont poches, c’est juste que c’est pas des acteurs. Évidemment, le film se prend pas au sérieux, surtout pas avec un nom comme Bagman. Les personnages sont des grosses caricatures qui font rire de façon inégale.

Mais le gore est malade. Pendant 20 minutes, le tueur tue plein de monde, de tout plein de façon pas possibles. Les effets spéciaux sont fucking ben faites pour une production pas de budget demême. C’est incroyablement inventif, tant au niveau de la conception matérielle des entrailles, organes pi autres humeurs, qu’au niveau de l’action, qui nous présente des façons inédites de faire du gore. C’est tellement mongol que ça fait rire, pi le plaisir des réalisateurs se sent à travers le film.

Verdict : Recommandé pour tous les fans de gore qui sont pas trop exigeants. C’est comique. Vous pouvez trouver le film au complet sur Youtube pi sur le site de RKSS.

Je vous laisse ici le trailer pour l’éventuel pi hypothétique long-métrage, qui a l’air beaucoup plus intéressant que le short :

Cabin Fever 2 : Spring Fever

janvier 16, 2011

Réalisation : Ti West
Scénario : Joshua Malkin, Randy Pearlstein pi Ti west
Pays : États-Unis
Sortie : 2010

J’ai vu Cabin Fever sans trop savoir c’était quoi, pi j’ai trouvé ça divertissant pi correct. Facque c’est avec surprise que j’ai vu que le 2 était dans le top 10 2010 de quelques personnes. Je pensais que ça serait une suite pas vraiment bonne à un premier pas vraiment bon non plus.

John décide de pas aller à son bal de finissant parce qu’y a personne qui l’accompagne pi parce que ça y tente pas. C’est un genre de nerd cool mais renfermé. Son ami Alex, c’est le comic relief du film, pi y finit par convaincre John d’y aller. Malgré les menaces du chum de Cassie, John l’invite pareil à la dernière minute. Pendant ce temps-là, l’eau embouteillée par la compagnie Down Home Water est infectée par la maladie de peau du premier film, pi c’est avec cette eau-là que le punch de la Prom night est fait. On devine aisément le reste.

J’ai été crissement surpris par Cabin Fever 2. Chu un fan de House of the devil, mais je pensais pas que Ti West allait réussir à faire dequoi de bon avec ça. Mais j’avais tort. Cabin Fever 2, c’est une comédie d’horreur plus appuyée que l’original de Eli Roth. On rit plus pi les jokes sont plus claires. L’humour est un peu hipster par bouts mais overall, c’est fucking drôle tout le long. Si on ajoute à ça du gore incroyablement dégoûtant, ça donne un crisse de bon résultat. Le gore est pas vraiment réaliste, mais c’est pas grave. Ti West joue sur nos cordes sensibles : les ongles arrachés, les organes génitaux infectés pi des affaires dégueuses ingurgitées. On a droit à tous les fluides corporels : sang, pus, sperme, pisse, etc. La maladie infectieuse se manifeste d’abord par l’apparition de pustules blanches, la vomissure de sang pi finalement, la mort. Tout ça fait sérieusement grincer des dents. Pi l’orgie de sang dans la salle de bal est quand même intéressante, aussi.

C’est sûr que l’histoire d’une maladie hyper contagieuse qui se répand est pas vraiment originale, mais c’était pas ça le but. Le scénario d’une comédie est réussit quand y fait rire. Facque y a pas de problème de ce côté-là. Même que si on creuse un peu – vraiment un tout petit peu, on voit que la maladie peut être envisagée comme une métaphore des MTS pi de l’hypersexualisation de « notre belle jeunesse », ennemi post-hyper-méta-moderne par exellence. Oui oui : 1. La maladie se répand par échange de fluide; 2. Tous les personnages qui touchent de près ou de loin à l’activité sexuelle finissent par mourir; 3. Les deux personnages principaux, John pi Cassie, sont différents des autres jeunes. Ils s’aiment pour vrai, par opposition aux autres qui pensent juste au sexe, comme l’ami Alex. Bon, John finit par mourir, mais y se sacrifie par amour. Donc, ce qu’on peut voir dans Cabin Fever 2, à travers le gore exagéré, c’est la dénonciation d’un rapport à l’amour qui est devenu purement corporel pi sexuel. C’est pour ça qu’on voit autant de corps mutilés; le corps, c’est l’aspect charnel de l’amour, le sexe, qui occulte le côté, heu, spirituel – à défaut d’un meilleur mot – de l’amour.

Trève d’universarité, le côté esthétique que j’avais aimé dans House of the devil est présent dans Cabin Fever 2. Je sais pas comment, mais Ti West réussit à faire de sa comédie d’horreur un objet beau pi artistique. Le traitement, les plans, la photo, sont vraiment loins d’être comme ce qu’on voit d’habitude dans le cinéma d’horreur. En général, la réalisation se borne à montrer l’action sans aucune volonté de rendre ça beau. C’est ça que Ti West réussit à faire, pi c’est ça qui fait de lui un excellent réalisateur.

Verdict : Recommandé. Meilleur que le premier, en plus drôle pi plus gore. Cabin Fever 2 me force à modifier mon Best of 2010.

A serbian film

décembre 22, 2010

Réalisation : Srdjan Spasojevic
Scénario : Srdjan Spasojevic, Aleksandar Radivojevic
Pays : Serbie
Sortie : 2010

Même si la bande-annonce me plaisait pas tant, je l’ai écouté parce qu’y avait la réputation d’être un des films les plus dégueu au monde, peut-être même de l’univers. Chu pas un fan de torture porn pi toute, pi le gore, même si y est bon, y peut pas faire le film tout seul. Ça prend un bon scénario. Mais j’aime ben tester mes limites, facque je l’ai downloadé.

C’est l’histoire d’un ancien pornstar qui se fait offrir un contrat qui y donnerait crissement gros du cash. L’affaire, c’est qu’y connait pas le scénario. Tout ça au nom d’un cinéma plus réaliste. Le réalisateur veut faire du artistic porn. Rapidement, le gars se rend compte que c’est pas clean, le film qu’y tourne. Facque y veut quitter mais c’est pas si facile que ça.
C’était supposé être horrible, pi ça l’est. Doggy-style décapitation, newborn porn, pédophilie, nécrophilie, mutilation génitale, eye socket fuck, y en a pour tous les goûts. Sauf que j’ai trouvé qu’y manquait dequoi. Quand je regardais ces scènes-là, c’est sûr que ça m’écœurait pi toute, mais ça m’a pas marqué. Dans Antichrist, y a moins de dégueu mais y est ben pire, parce que y est ben amené pi y a du build-up autour. Là, j’avais l’impression que c’était juste une série d’actes pornos pi violents. Y a quelques chose de trop facile là-dedans; c’est clair que lier porno pi violence, ça va écœurer tout le monde. Mais c’est rien de ben nouveau, Sade l’a déjà fait. Ça me mettait juste mal à l’aise, pi je me demandais un peu ce que je dirais à, mettons, mon beau père, si j’avais à y expliquer pourquoi j’écoute ça. C’est peut-être ben une critique du brainwashage des soldats pendant la guerre en Serbie, mais d’après moi c’est plus un essai de faire le film le plus dégueu de l’histoire. C’est aussi peut-être une critique de l’omniprésence du sexe dans notre société. Ou une réflexion sur l’Art pi ce qu’on peut faire en son nom. Ça peut être ben des affaires.
Cela dit, y a du bon stock dans ce film-là, comme les plans du film qu’y tournent, quand le gars est sur un plancher en damier pi que tout autour est noir, pi le plan à la fin où y fourre à côté d’un gars aik une cagoule blanche. C’est beau pi horrible en même temps. L’acteur principal joue ben son rôle en général, sauf dans la scène où y découvre ce qu’y a fait pi aussi qu’y s’est faite violé. Y est en char pi y crie, mais c’est pas convainquant.
Tout le film est marqué par un espèce d’humour qui se prend pas au sérieux. Les répliques sont volontairement crues, les personnages sont un peu stéréotypés pi surtout, le petit gars écoute les films de porn de son père. D’ailleurs, les séquences des films de porn du gars principal sont crissement drôles. Le film se prend plus ou moins au sérieux : la preuve c’est quand, à la fin, le gars tue le méchant en y plantant sa graine dans le trou de l’œil qui y manque. Ça peut pas être sérieux. Pi la dernière scène aussi : tout de suite après le tragique du dénouement – pas très surprenant – à la Sophocle, ils remettent tout le film à distance en montrant des personnages qui entrent aik des caméras dans la chambre aik les trois cadavres :

– Start with the boy.

Pendant que le gars détache ses culottes. Fin. Ça m’a crissement fait rire. Je pense qu’y faut regarder ce film-là sans le prendre au sérieux. C’est la meilleure façon de l’apprécier. Sinon, c’est pas le yable.

Verdict : recommandé pour les curieux, sinon pas vraiment. Je l’ai regardé, c’était dégueu, mais ça m’a rien laissé après. Y manque dequoi.