Horror-geek goggles

juillet 14, 2011

Dans l’émission How I met your mother, Robin explique le concept de « Graduation goggles » : c’est quand tu lookes back sur ton secondaire en étant nostalgique même si ça a été des années vraiment à chier, passées à être fâché contre le monde entier pis à se faire écœurer par les plus cool que toi. C’est des lunettes déformantes, en gros, qui rendent la réalité mieux qu’a l’est vraiment. Les horror-geek goggles, c’est des lunettes qui font que les fans de films d’horreur perdent leur sens critique pis baissent leurs standards en se mettant à apprécier des films pas bons. C’est à cause des horror-geek goggles que tout le monde dit que Hobo with a shotgun c’est un bon commentaire social, que Stephen King c’est un bon écrivain pis que le Don’t be afraid of the dark de 1973 c’est un classique.
C’est à cause de ça que j’arrête mon blogue. Après deux ans passés à écouter presque exclusivement des films d’horreur pis à lire des livres de fantastique, je me suis rendu compte que la grande majorité de ce que j’ai consommé, c’était de la marde. J’ai entendu du monde dire que A serbian film c’est le film le plus choquant jamais produit. C’est complètement faux, même si c’est sûrement un des plus dégueu – mais y a une différence : être dégueu, c’est facile. Choquer, c’est dur. J’ai entendu du monde dire que tel ou tel film est bon parce que c’est de l’horreur old school comme dins années 80 – du monde heureux de se faire répéter les mêmes histoires de la même façon. J’ai entendu du monde dire que Clive Barker c’est un classique de l’horreur littéraire, alors que ce gars-là sait pas écrire comme du monde. Chu écœuré de ça.
Surtout qu’au Québec, notre milieu de l’horreur est crissement consanguin pis composé de pseudo-écrivains jovialistes qui se rencontrent chaque année au congrès boréal pour se licher les fesses pis se dire qu’y sont bons pis toute. Le marché est envahi d’auteurs qui ont rien de nouveau à dire pis qu’y s’en rendent même pas compte, pis comme Jonathan Reynolds qualifie tous les livres qu’y lit de « petits bijoux » pis de « chefs-d’œuvre », ben tout le monde va continuer à penser qu’y sont bons. En ce moment, au Québec, les écrivains d’horreur donnent raison aux spécialistes de considérer le fantastique comme un genre paralittéraire – on a juste à lire Brins d’éternité pour s’en rendre compte.
Trop souvent, les films d’horreur oublient que le cinéma, c’est un art. L’horreur se suffit pas elle-même. Ça prend une réflexion, un questionnement, ou quelque chose de significatif, ce qui est fucking rare dans les productions horrifiques contemporaines. L’horreur, ces temps-ci, se complaît dans une autoréférentialité qui donne rien d’autre que sa propre représentation. On fait des références pour faire des références, sans que ça amène rien de nouveau.
Malgré tout, je vais continuer à aimer l’horreur pis le fantastique, mais je vais arrêter d’écouter ce que les horror-geeks suggèrent. J’arrête d’écouter pis de lire n’importe quoi, pis j’arrête de mettre du temps dans des critiques que personne lit anyway.
J’arrête.

8 Réponses to “Horror-geek goggles”


  1. C’est dommage que tu laisse tomber. J’aimais lire tes critiques. Elles donnent un point de vue différent sur le genre, et c’est une bonne chose. Faut pas s’inquiéter des commentaires limités, ça ne veut rien dire. Ce serait bien aussi que tu laisses ton blog en ligne… Tsé, si tu change d’idée…

    J’avoue que le milieu québécois de l’horreur est petit, et qu’à certains moments c’est un peu emmerdant. Comme la production est petite, on veut encourager les auteurs qui font quelque chose d’intéressant (du moins dans l’intention si ce n’est dans le produit fini), mais parfois ça peut ressembler à du flattage de bédaine. Comme tout le monde se connait, c’est difficile d’être objectif et sans pitié dans ses critiques. Et puis, au bout du compte, tout reste une question de goût.

    Pour ce qui est de l’horreur en général, je suis d’accord avec ton commentaire. Choquant veut pas dire bon. Et dérangeant ne veut pas nécessairement dire gore et de mauvais goût. Personnellement, je trouve qu’il y a deux types d’horreur: l’horreur qui amuse (les trucs autoréférentiels, pulps, légers et de mauvais goût) et l’horreur qui fait mal (Ketchum ou Braunbeck par exemple). Quand je m’intéresse trop longtemps à l’horreur légère, je perds un peu le fil et mon intérêt s’émousse. C’est quand je retrouve les choses plus sérieuses que je comprends à nouveau ce qui fait que j’aime ce genre.

    Mais chu pas d’accord pour dire que Barker sais pas écrire!

  2. Nicky Bromow Says:

    C’est vraiment dommage parce que moi, je te lisais, avec beaucoup d’intérêt pis un oeil critique à la fois. Tu vas me manquer.


  3. C’est plat ça, j’te lisais régulièrement.. Tu m’as donné le goût de voir et revoir beaucoup de films, de lire et relire certains ouvrages. Merci, pour le temps que ça a duré.

  4. Marc-Antoine Says:

    En effet, c’était toujours une vision pas mal intéressante!

    Mais tes arguments se tiennent, alors…

    C’est un adieu!

  5. Marc-Antoine Says:

    Sincèrement, il est clair que l’effet de masse de l’Internet fait que nos perceptions face à de nombreuses oeuvres sont influencées.

    Mais en même temps, on est qui pour avoir une vision plus claire des faits? Je veux dire… Oui Don’t be Afraid of the Dark c’est de la scrap de mon point de vue, mais je ne suis pas dans la tête des autres.

    J’aimais ce que Stephen King fasse bien avant qu’on me martèle qu’il s’agissait d’un grand écrivain. Je l’ai trouvé par pur hasard à 12 ans en chercher des romans horrifiques, et j’ai embarqué. J’ai aimé ça, j’ai eu peur, je l’ai trouvé bon. Je n’avais aucune idée de sa carrière, de ses succès, de son background pis j’ai aimé ça.

  6. Mamadou LOve Says:

    Je suis un banlieusard du 93
    je voulais te dire mon p’tit gars que t’a interet à rester comme tu es.
    Bon.Je trouve que ton blog est bueno.Voilà en fait je voulais te remercier et te féliciter.
    Pour tes critiques, tes choix etc.

  7. Mamadou LOve Says:

    Réveille toi ! merdre !
    Queste ce que t’en a foutre des connards qui sont à l’ouest ?
    T’écris des choses interressantes merde.Fuck le reste.
    Secoue ta caboche bordel !!!.

  8. Merthe Says:

    Salut Camille Espresso,

    tu vas me manquer, moi qui te lisais depuis la France « profonde » du Nord avec beaucoup d’intérêt car ça me changeait des critiques nombrilistes parisiennes typiquement françaises. Et puis j’adore le fantastique, d’abord par la littérature alors que j’étais ado (ah « la grande anthologie du fantastique » qui n’est malheureusement plus éditée mais qui m’fichait tellement la trouille) puis par le cinéma quand j’ai pu y consacrer un peu d’argent.
    Alleï manneke, comme on dit chez nos cousins belges à quelques kilomètres d’ici, un ‘ptit effort godverdomme !

    Sheila Merthe


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