Taxidermia

mars 22, 2011

Réalisation : György Pálfi
Scénario : György Pálfi, Zsófia Ruttkay d’après les nouvelles de Lajos Party Nagy
Pays : Hongrie, Autriche pis France
Sortie : 2006 en Europe, 2010 en Amérique du Nord

J’ai trouvé ce film-là en cherchant une liste des meilleurs films d’horreur européens. Y était classé dans le top 3, ce qui est paspire pantoute. Ça avait l’air agréablement bizarre, facque je me suis dit Pourquoi pas ?

Résumé

Le film est composé de trois shorts qui mettent chacun en scène un personnage masculin qui est le fils du personnage du film précédent. La première partie se déroule pendant l’occupation nazie de la Hongrie. Morosgoványi est un soldat un peu attardé pi crissement obéissant affecté à la campagne à une tâche qui est pas trop claire. Son supérieur hiérarchique arrête pas d’y parler de pussy pi de dire que le vagin fait fonctionner le monde. On se rend compte assez vite que le gars est complètement fucké; en une demi-heure, on le voit s’adonner à la pyromanie, la pédophilie pi la nécro-zoophilie. En le pognant en train de fourrer les pièces découpées d’un cochon, son supérieur le tue d’une balle dans la tête.
On enchaîne ensuite sur l’histoire de Balatony, un sport-eater obèse né avec une queue de cochon pendant la période communiste. C’est un vrai champion du monde de gloutonnerie : on voit des concours pendant lesquels les participants doivent manger le plus possible en un laps de temps donné. Entre chaque épreuve, les concurrents vont vomir copieusement dans un gros bac, histoire de faire de la place pour l’étape suivante. À travers la quest de Balatony pour la reconnaissance mondiale, y a une histoire d’amour avec une femme obèse elle aussi.
Dans la troisième partie, on suit Lajos, un taxidermiste maigrichon qui s’occupe de son père, devenu un genre de Jabba the Hutt qui est pus capable de se lever. Après une chicane entre le père pi le fils, les chats s’échappent pi tuent le papa obèse morbide en y bouffant les organes. En rentrant, Lajos décide d’empailler son papa, pi ensuite de s’empailler lui-même. Le résultat de son œuvre est exposé dans un musée d’art contemporain.
En gros, c’est l’histoire de trois générations d’hommes qui meurent à cause de leurs obsessions pathologiques.

Critique

Je dois dire ici que ce film-là correspond pas pantoute à l’idée qu’on se fait généralement d’un film d’horreur. Aucun rapport avec le slasher, la maison hantée ou le torture porn. Ça veut pas dire pour autant que c’est pas horrible; définitivement, certaines scènes sont dégueuses, dont celle de l’auto-empaillement. C’est gore aussi, vu qu’y a beaucoup d’écoulements de fluides corporels. Sauf qu’y a pas le suspence pis la tension qui vont d’emblée avec le genre de l’horreur. Y a vraiment rien de surnaturel non plus, même si on est pas tout à fait dans notre réalité. Pis y a quand même beaucoup d’humour, comme quand le gars se fait croquer le zouiz par un coq, où quand les deux obèses amoureux embarquent dans un manège. En général, le film est grotesque, ce qui le fait entrer dans la catégorie horreur, mais on on verra ça plus tard. Pas un film d’horreur traditionnel, donc; c’est pour ça que ça vaut crissement la peine de le voir.
En terme d’affaires dégueuses pis de facteur beurk, ce film-là est excellent : tout plein de déviances sexuelles fucked up, des plans assez explicites d’organes génitaux en pleine action, des obèses qui dégueulent pendant crissement longtemps, une scène de découpage d’un porc qui rappelle un peu la tortue dans Cannibal Holocaust pi une scène d’empaillement de genre 5 minutes qui lésine pas sur les gros plans. Ça veut écoeurer, pi ça réussit à écoeurer.
Mais c’est pas juste dégueu; c’est crissement ben réalisé. Les plans sont vraiment superbes tout le long pi les effets visuels sont sicks, comme le travelling autour du bain pis la scène quand Morosgoványi entre dans son livre illustré de La petite fille aux allumettes. Les acteurs font une job de malade pour rendre crédibles des scènes pas faciles à jouer.
Je donne un big up aussi à Amon Tobin, qui a composé la musique du film, musique qui réussit à rendre l’atmosphère encore plus bizarre qu’elle l’est déjà avec son ton électro-agressant-weird.

Analyse

Revenons au grotesque. Dans son ouvrage Écriture de l’excès, poétique de la terreur et fiction fantastique, Denis Mellier oppose au courant fantastique littéraire de la litote une poétique de l’exagération propre aux récits fantastiques populaires, à la Stephen King. Mellier affirme que l’horreur se retrouve autant dans la suggestion que dans la monstration exagérée, tant au cinéma qu’en littérature. Sauf que c’est facile de tomber dans le ridicule : on a juste à penser au démon à la fin de Season of the witch pour s’en rendre compte. C’est là que le grotesque arrive : le grotesque, selon Mellier, combine humour pis terreur en une même image, comme, mettons, la tête décapitée qui viole la fille dans Re-animator, ou la scène du souper de famille au début de Braindead. On hésite entre éclater de rire pis dégueuler partout. C’est drette ça qu’on voit dans Taxidermia : on rit tout le long mais en même temps on est mal à l’aise : on rit en voyant les obèses dégueuler pendant crissement longtemps comme si c’était normal, mais en même temps, nous aussi on a envie de dégueuler. C’est pour ça que le film est côté horror pi comedy sur Imdb. Sauf que c’est ni un ni l’autre, facque y ont ajouté drama, à défaut de pouvoir décrire exactement c’est quoi ce film-là.

Le film commence avec une voix off qui, on s’en rend compte à la fin, est celle du directeur du musée où est exposé le corps empaillé de Lajos. Au début, la voix dit quelque chose comme « La fin d’une chose est le point de départ d’une autre », pi à la fin, le directeur ajoute : « Different things are important for different people. Space, for some. Or time, for others. ». Pendant qu’y dit ça, y a un zoom in sur le corps. C’est pas ben ben dur à interpréter : Morosgovany (1re partie) meurt en laissant un fils, Balatony (2e partie), qui meurt juste avant que son fils, Lajos (3e partie) fasse une œuvre d’art géniale. J’ai lu des analyses politiques de Taxidermia sur Imdb, mais d’après moi, le sujet principal du film, c’est l’immortalité. De génération en génération, on voit la Bêtise humaine se propager : le taré sexuel pédo-zoo-nécrophile engendre un obèse morbide obsédé par la bouffe, qui lui-même engendre un taxidermiste sociopathe – qui est, en fait, le personnage le plus sain du film. La compulsion transcende les époques pi la Bêtise meurt jamais. En plus, pris indépendaments, les trois parties mettent en scène des personnages en quête d’immortalité. Morosgovany le fait en répandant sa semence à tout vents (pensons à la scène où son sperme jaillit jusqu’au ciel étoilé, faisant apparaitre de nouveaux points blancs dans l’immensité de la nuit), Balatony en voulant atteindre la gloire du sport-eating pi Lajos en empaillant des animaux – donc en leur donnant l’apparence d’être en vie. Mais le seul à déjouer la mort, au final, c’est Lajos, qui fait de son corps une œuvre d’art. Étrangement, Lajos doit se suicider pour vivre éternellement.
On voit aussi l’obsession de l’immortalité dans l’image récurrente de la grosse femme, qui symbolise, dès la préhistoire, la fécondité. On peut penser au long monologue – d’ailleurs fucking drôle – du supérieur de Morosgovany qui dit : « It’s not the world that makes cunt go around, but it’s cunt that makes the world go around. » Ce qui, d’une certaine façon, est très vrai. La seule façon pour l’Homme de pas disparaitre complètement pis d’atteindre un semblant d’immortalité, c’est par la reproduction, qui passe, effectivement, par le « pussy ». Mais on peut aussi l’atteindre en laissant derrière soi une œuvre marquante, comme Duchamp ou, à un autre niveau, Hitler.

Verdict

Recommandé, à tous ceux qui ont les reins solides pis qui veulent être déstabilisés. Ceux qui veulent un film d’horreur classique seront pas satisfaits. Mais si on veut vivre une expérience cinématographique hors de l’ordinaire, y faut absolument voir Taxidermia.

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