L’église – Modifications

septembre 24, 2010

J’ai posté ce texte-là y a quèques semaines déjà. Je l’ai relu pi modifié un peu, facque jle repost, vu que je trouve qu’y est paspire. Amusez-vous.

Entre les chevelures de tuiles rouges une mince silhouette dansait devant le ciel profond. Elle semblait voler sur place, peignant l’ombre de ses gargouilles sur la banalité des brunes façades. Le sol engloutit mes pieds et je restai là, cherchant le reflet de mes baisers dans ses hautes paupières.
Puis, le clocher éclata et coula jusqu’à mes pieds, se cristallisant en vitraux de couleurs ardentes. Mon regard glissa le long de cette langue tirée et je me retrouvai soudain tout petit devant l’énorme portail aux dents de stalactites, mis en garde par l’idole torturée qui s’érodait seule au creux de la gueule de pierre.
Le jour apeuré me laissait deviner des voûtes s’étirant sur l’horizon, des murs palpitants de chaleur souple, des colonnes qui soutenaient la nuit, délices existant seulement dans le ventre abyssal du chaste bâtiment.
J’attendis la nuit pour me vautrer dans les entrailles que j’entrevoyais, afin de me gaver du vin qui noyait les yeux illuminés de l’antre sacrée. Je m’avançais à tâtons dans la folle brume, guidé par l’odeur sucrée s’échappant de la lourde porte encore béante. Les épais battants de chênes luisaient dans la nuit et glissaient sous mes doigts pendant que je violais le mutisme de l’église pétrifiée. Rapidement, et un peu malgré moi, je trônai sur la peau froide et blanche de l’hôtel, tressaillant sous la douceur de ses caresses de givre.
J’ouvris les yeux. L’église me surplombait, plongeait, sombrait en moi, dénudant mes soupirs de ses chuchotements incertains, écho triste et lugubre qui volait entre les arches aux courbes démentes. Je pris conscience du dialogue qui saturait l’air que je respirais. À l’infini, les murs se rencontraient en des angles étranges, tanières propices à l’éclosion de la nuit. Piliers surplombant lentement les visages sculptés sur les murs, voûtes suspendues par des fils hésitants, vitraux ternissant sous la lueur de la lune; j’étais englué dans cette irrégularité immonde.
Brutalement, milles confessions résonnèrent sous l’échafaud du clocher, les voûtes pleurèrent leurs murmures sur mon visage, glaçant mon corps de leur lourdeur atroce. J’étais trempé de remords, mes mains tachées par le sang de paroles ancestrales, mes yeux devinrent deux plaies béantes, suintant la peur acide et exorbitée, ma langue goûtait les cris gutturaux des fous et les mornes plaintes des suicidées, mon souffle se débattait entre des voiles pestilentiels et âcres, brumes faisant de mes poumons de noires cheminées vomissantes. Mes tripes se serraient, grouillaient, voulaient s’extirper de mon corps, je stagnais en des flots d’ébène, souhaitant que ces souvenirs ne me suivent pas dans la mort.

Puis je me vis, cadavre gonflé et noirâtre, désarticulé sur l’hôtel de marbre, déjà putréfié et nauséabond, avec autour de moi l’or terni des statues et des coupes, baignant dans la plus totale obscurité, et me mis à délirer à voix basse.

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