La nuit des mutants, par Jean Sadyn

juillet 6, 2010

Parution : 1970

En 1970, on dirait que les auteurs se relançaient tout le temps pour trouver le titre le plus cheezy. Sadyn l’a trouvé. En plus, en-dessous du titre, c’est écrit L’être nouveau est-il pour demain? C’était la première fois que je voyais ça. Ça m’a mis de bonne humeur.
Sadyn, il vient d’une petite ville du nord de la France. À part écrire du fantastique, il a pas fait grand-chose. D’après Wkipedia.

« Alors le ventre de l’animal tressauta, véritable outre vivante secouée de convulsions. Comme une toile qui se déchire, le cuir du cheval s’ouvrit de la gorge à la queue et un long corps grisonnant, osseux, pelucheux, un corps de gargouille surmonté d’une tête à long bec recourbé se dressa sur la dépouille.
C’était un animal à peine plus petit que le cheval, qui l’enserrait de ses griffes robustes et plongeait par secousses son bec épais dans le ventre de la victime pour le relever aussi vite, un long boyaux encore fumant au bout. »

C’est l’histoire d’un gars (Jacques) qui se rend chez son vieil ami d’université (le docteur Morin). Mais tout le monde de la petite ville des Flandres où il habite ont l’air de pas trop vouloir s’approcher de sa maison. Finalement, Jacques trouve le journal de Morin pi il découvre que le docteur viré fou essaye de trouver une façon de fondre les corps en une nouvelle forme, comme la chenille qui devient un papillon. Au début il essaye avec des rats, des chats pi des petits animaux demême. Il pense que la conscience peut manipuler pi créer son propre corps. Il fait fondre les animaux dans un gros bac pi éventuellement ils se reforment pi deviennent les mutants promis dans le titre. Il finit par se faire subventionner par l’armée pi déménage son labo dans un ancien hôpital sur le bord de la mer du nord. Là, il transforme des humains qui se portent volontaires. Ça fait des affaires pas trop nice, comme hommes-dauphins, pingouins, des bibittes plantes qui se reproduisent par mytose ou de la gelée rouge qui dissout tout ce qui s’approche d’elle. Les mutants deviennent dangereux des fois pi le personnel du labo se réduit peu-à-peu. Finalement le docteur se transforme lui-même quand il se rend compte qu’il peut pas jouer à dieu pi que peu importe la forme, les humains sont toujours pareils.

Personnellement, je suis un fan de l’idée. Donner du LSD à des animaux, les faire s’accoupler pi voir si le résultat est influencé par l’état de conscience des géniteurs pendant la conception, moi je trippe. C’est sûr que c’est un peu maladroit, avec la petite morale à la fin quand le docteur dit que l’homme va toujours être tenté à faire le mal pi blabla. Mais Sadyn réussi à garder notre attention avec différentes petites intrigues qui donnent envie de lire la suite. Il exploite bien son concept.

Le tout début est imprégné d’une atmosphère bizarre pi intriguante que j’ai ben aimée. Tout a l’air fucked-up dans la maison du docteur, pi le climat des Flandres fait juste accroitre le sentiment de menace :

« Et, soudain, brisant sa phrase, un cri terrible éclate. De partout à la fois. Un cri de souffrance aigue, brutal, déchirant, entremêlé de tout un remuement, de tout un piétinement sourd. Mon cœur bas à grands coups dans ma poitrine. C’est à devenir fou… Morin se lève, je me précipite derrière lui. Il s’arrête devant la fenêtre, scrute les plaines emplies d’ombre, endormies… Mais non! Son regard reste absent. Il écoute avec cette même attention tendue, quelque chose qui ne vient pas de là-bas, mais j’en jurerais, d’en-dessous… Oui, d’en bas. »

Le premier souper après l’arrivée de Jacques chez Morin est assez creepy. Y a des cris qui sortent de partout sans que ça ait l’air de dérange le docteur pi sa femme. Le roman commence raide, mais c’est pas Jacques le protagoniste de la vraie intrigue. Le récit de Jacques, c’est un cadre qui permet à l’auteur d’insérer les mémoires de Morin. Cette partie-là forme la majorité du roman. Mais y a aussi quelques changement de ficalisation; des fois c’est le récit de Jacques, des fois j’ai eu l’impression qu’y avait un narrateur omniscient, pi y a aussi une témoignage d’un ex-employé de Morin. Facque, beaucoup de points de vue, mais j’ai trouvé que c’était fait de façon un peu maladroite. Comme si l’auteur avait juste ajouté des narrateurs pour pouvoir donner les infos qu’il voulait sans trop se casser la tête. Mais c’est pas ben grave.
C’est maladroit aussi dans le style. Par endroits, ses phrares s’accrochent dans des figures de style un peu bizarres, mais c’est rien de ben alarmant. Y fallait s’y attendre avec un titre comme La nuit des mutants. Là où Sadyn est bon, c’est pour décrire ses mutants. Y a une couple de descrptions qui valent la peine d’être lues :

« Les autres, c’étaient des bêtes sans pattes, sans ailes, sans becs, au regard éteint, qui riaient d’un long rire immobile et béat. De grands mollusques graisseux, des boules de chair malsaine et maladive. Tout un monde souterrain, avorté, de larves informes, tout un grouillement lent d’animaux indolents au dodelinement fatigué, toute une cohorte d’être visqueux émergeait des Limbes. »

Les hommes-pingouins : « Il vient de naître à l’instant des monstres à peau humaine, aux allures de mante religieuse avec leurs membres osseux et leur minuscule tête ronde aux yeux portés, comme les escargots, par des cornes molles. […] ces êtres aux membres secs et grêles, au corps mou, promènent en étrangers au monde leur ennui halluciné. Inadaptés, indifférents. […] La palme est une ventouse à cinq griffes acérées, évidemment destinées à aggriper la victime pendant que, du centre de cette monstrueuse patte visqueuse sort, comme la griffe rétractile d’un chat, une tige courbée coupante semblable à l’épée de l’espadon. […] Le responsable est, parait-il, l’autre homme-pingouin dont les ailes masquent de redoutables membres cornés semblables aux pinces des crabes tourteaux, mais à l’articulation beaucoup plus haute. »

J’les ai ben aimé, les hommes-pingouins. Mais c’est pas les seuls monstres, y en a plein d’autres.

Verdict : une lecture pas du tout désagréable, un bon divertissement pour ceux qui veulent pas trop réfléchir pi lire une histoire un peu dégueuse. C’est pas un must, mais ça se lit ben.

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