Horror-geek goggles

juillet 14, 2011

Dans l’émission How I met your mother, Robin explique le concept de « Graduation goggles » : c’est quand tu lookes back sur ton secondaire en étant nostalgique même si ça a été des années vraiment à chier, passées à être fâché contre le monde entier pis à se faire écœurer par les plus cool que toi. C’est des lunettes déformantes, en gros, qui rendent la réalité mieux qu’a l’est vraiment. Les horror-geek goggles, c’est des lunettes qui font que les fans de films d’horreur perdent leur sens critique pis baissent leurs standards en se mettant à apprécier des films pas bons. C’est à cause des horror-geek goggles que tout le monde dit que Hobo with a shotgun c’est un bon commentaire social, que Stephen King c’est un bon écrivain pis que le Don’t be afraid of the dark de 1973 c’est un classique.
C’est à cause de ça que j’arrête mon blogue. Après deux ans passés à écouter presque exclusivement des films d’horreur pis à lire des livres de fantastique, je me suis rendu compte que la grande majorité de ce que j’ai consommé, c’était de la marde. J’ai entendu du monde dire que A serbian film c’est le film le plus choquant jamais produit. C’est complètement faux, même si c’est sûrement un des plus dégueu – mais y a une différence : être dégueu, c’est facile. Choquer, c’est dur. J’ai entendu du monde dire que tel ou tel film est bon parce que c’est de l’horreur old school comme dins années 80 – du monde heureux de se faire répéter les mêmes histoires de la même façon. J’ai entendu du monde dire que Clive Barker c’est un classique de l’horreur littéraire, alors que ce gars-là sait pas écrire comme du monde. Chu écœuré de ça.
Surtout qu’au Québec, notre milieu de l’horreur est crissement consanguin pis composé de pseudo-écrivains jovialistes qui se rencontrent chaque année au congrès boréal pour se licher les fesses pis se dire qu’y sont bons pis toute. Le marché est envahi d’auteurs qui ont rien de nouveau à dire pis qu’y s’en rendent même pas compte, pis comme Jonathan Reynolds qualifie tous les livres qu’y lit de « petits bijoux » pis de « chefs-d’œuvre », ben tout le monde va continuer à penser qu’y sont bons. En ce moment, au Québec, les écrivains d’horreur donnent raison aux spécialistes de considérer le fantastique comme un genre paralittéraire – on a juste à lire Brins d’éternité pour s’en rendre compte.
Trop souvent, les films d’horreur oublient que le cinéma, c’est un art. L’horreur se suffit pas elle-même. Ça prend une réflexion, un questionnement, ou quelque chose de significatif, ce qui est fucking rare dans les productions horrifiques contemporaines. L’horreur, ces temps-ci, se complaît dans une autoréférentialité qui donne rien d’autre que sa propre représentation. On fait des références pour faire des références, sans que ça amène rien de nouveau.
Malgré tout, je vais continuer à aimer l’horreur pis le fantastique, mais je vais arrêter d’écouter ce que les horror-geeks suggèrent. J’arrête d’écouter pis de lire n’importe quoi, pis j’arrête de mettre du temps dans des critiques que personne lit anyway.
J’arrête.


Bedevilled (Kim Bok-nam salinsageonui jeonmal)

juin 21, 2011

Réalisation : Chul-soo Jang
Scénario : Kwang-young Choi
Pays : Corée du Sud
Sortie : 2011

À entendre les critiques super élogieuses, j’avais hâte de le voir. Surtout que tout le monde parlait d’un bain de sang pendant le dernier tiers du film. Je m’attendais à un autre Mother ou I saw the devil, deux films coréens fucking bons sortis récemment. J’ai pas trouvé de trailer sous-titré :

Résumé

Après avoir assisté sans rien faire à un meurtre en pleine rue, pis que son boss y ait demandé de prendre des vacances (parce qu’elle a été une total bitch), Hae-won retourne sur l’île où elle a passé sa petite enfance, les Moodo Islands. Là, elle reprend contact avec son amie d’enfance, Bok-nam, une des 9 personnes à encore habiter là. Hae-won se rend compte assez vite que des affaires pas cleans se passent sur cette île-là, pis qu’elle est pas tant la bienvenue. Effectivement, les habitants sont un peu bizarres, pis probablement consanguins. On découvre que Bok-nam est crissement exploitée par tout le monde sur l’île, que ce soit pour le travail ou pour le sexe. A pète une coche quand a découvre que son mari violent fourre sa fille, Yeon-hee. Hae-won refuse d’emmener Bok-nam pis sa fille à Séoul. Facque Bok-nam essaye de s’échapper, mais a se fait pogner, pis c’est le gros bordel sale.

Critique

Le film est fucking rough. Pas tant pour la violence de la fin, que pour le traitement réservé aux femmes. Bok-nam se fait battre tout le long pis les grand-mères arrêtent pas de répéter que les femmes sont moins bonnes que les hommes, pis qu’elles sont faites pour avoir une bite dans yeule, pis toute. J’ai écouté Bedevilled avec ma blonde, pis je pense pas que c’était une ben bonne idée. La façon dont c’est filmé rend la violence encore pire : ça ressemble pas mal à I saw the devil par le traitement dépouillé pis distancié des scènes les plus tough. C’est vraiment cru. Le bain de sang de la fin est aussi horrible que les meurtres de I saw the devil, même si celui avec l’hélice de bateau est raté en crisse. Pour le reste, c’est réussi. Ce qui est le fun aussi, c’est qu’on prend une joie malsaine (mais justifiée) à voir Bok-nam décâlisser tout le monde. Parce que le film réussit vraiment à choquer pis à nous mettre en tabarnaque contre l’indifférence de Hae-won pis la violence faite à Bok-nam. Faut être fait solide. Même si c’est pas mal filmé ou réalisé, la qualité esthétique du film est de loin inférieure à ce à quoi le cinéma coréen nous avait habitué.
Tous les acteurs sont bons, surtout celle qui fait Bok-nam. A réussit crissement ben à jouer la fille folle à cause de sa vie passée à être traitée comme un chien. Les frères réussissent à être vraiment creepy pis les madames à être désagréables à un point qui est dur à imaginer. J’ai rien à redire du jeu des acteurs. Mais les personnages sont unidimensionels pis pas profonds pantoutes. On sait pas pourquoi Hae-won est bitch demême, ni pourquoi tout le monde de l’île est retardé demême. Y a aucune subtilité dans le scénario non plus : au début, on nous montre que Hae-won est une bitch pour qu’on l’haïsse (pis ça marche); après, on nous montre que Bok-nam se fait maltraiter pour qu’on soit frustré (ça marche), mais ça reste vraiment superficiel. En plus, c’est trop moralisateur : à la fin, Bok-nam se venge pis a dit à Hae-won qu’elle manque d’empathie. La dernière chose qu’on voit, c’est Hae-won, de retour à la ville, qui se prend en main pis dénonce les méchants du début. La belle morale : faut pas être indifférents à la misère des autres. C’est pas un mauvais message, mais crisse, c’est tellement appuyé (tout le film est fait pour démontrer ça) que c’en est gossant. Au lieu de faire réfléchir, le film nous donne une morale toute faite. Ça, j’ai vraiment pas aimé. Vers la fin, ça devient un peu trop long, aussi.

Verdict

Pas recommandé. Même si le film a des qualités, son côté moralisateur pis didactique m’a tapé sur les nerfs au plus haut point. C’est un peu comme A serbian film : crissement choquant, mais complètement vide.


The shrine

juin 16, 2011

Réalisation : Jon Knautz
Scénario : Jon Knautz, Trevor Matthews pis Brandon Moore
Pays : Canada
Sortie : Imdb dit 2010, mais chu pas sûr qu’y ait eu une distribution officielle au cinéma ou en dvd

Les reviews parlaient d’ambiance intrigante pis inquiétante, pis de paspire film qui fait peur. J’ai toujours pas vu Jack Brooks : Monster slayer, l’autre film de Knautz malgré les critiques positives, parce que je le truste pas, ce film-là. J’espérais sans m’attendre à grand-chose.

Résumé

C’est l’histoire d’une journaliste ambitieuse – Carmen – qui décide d’enquêter sur des disparitions mystérieuses de touristes en Pologne. Elle amène avec elle son chum – Marcus – pis une stagiaire du bureau – Sara. Après avoir lu le journal du dernier disparu, y se rendent au village suspect, où y sont accueillis avec par des locals pas trop invitants. D’ailleurs, le monde de la place vivent en genre d’autarcie, un peu comme des Amish, pis ont l’air de pratiquer une genre de religion bizarre. Y se font dire de crisser leur camp, mais, évidemment, y le font pas, pis y décident d’aller inspecter un brouillard bizarre qui flotte sans bouger dans la forêt. Là-bas, y trouvent une statue crissement épeurante, des cadavres dans une cave creepy, pis les locals commencent à les attaquer. Y finissent par pogner Carmen pis Sara. Marcus prend les choses en main.

Critique

La première chose que j’ai à dire, c’est qu’on voit venir le twist final à partir du tiers du film. Ça surpend pas vraiment, donc. Comme tout le film, d’ailleurs.
Les personnages sont vraiment plats. Y ont aucune profondeur – malgré la chicane de couple ploguée au début pour donner un peu de texture aux personnages. Pis la stagiaire Sara, elle est juste là pour pouvoir mettre un meurtre de plus dans le film. Les acteurs sont pas vraiment bons, mais je les blame pas, avec un script demême. On y croit pas, pis on se fout pas mal de ce qui peut ben leur arriver.
Malgré tout, on est quand même un peu intrigué par le brouillard weird. La meilleure scène, c’est quand Carmen explore le brouillard pis tombe sur la statue; mais c’est gaché quand elle se met à suinter du sang. Hé oui.
Pis l’espère de culte bizarre, ça non plus on y croit pas. C’est trop cliché, pis les acteurs ont pas l’air à l’aise dans les costumes d’évèques du Moyen-âge. L’arrivée dans le village aussi est clichée : la classique population qui dit rien pis qui a l’air de pas aimer les étrangers, tout ça filmé avec les plans classiques du genre.
Les réactions des personnages ont aucun sens. Quel journaliste paye de sa poche un voyage en Pologne pour enquêter sur une affaire qui revient à la police ? Dans le film, y disent que la police s’en crisse, comme si ça avait plus de sens demême. On va passer outre la détermination stupide de Carmen malgré le fait que les locals veulent crissement pas qu’y restent – c’est normal dans un film d’horreur. Ce qui est weird, c’est la scène où y trouvent le cadavre du gars disparu avec un masque en métal pogné dans face : personne choque de trouver une pile de cercueil pleins, pis même que Carmen essaye d’enlever le masque en tirant dessus. Ça a aucun sens : 1. Des cadavres, c’est dégueux, pis personne voudrait toucher à ça; 2. Une pile de cadavre, dans un trou de la campagne polonaise, alors qu’on enquête sur des disparitions bizarres, c’est supposé faire chocker. Mais pas eux. C’est à peine si y disent « Fuck, on est dans marde. »
Les masques cloutés sont un hommage à Black Sabbath de Mario Bava, mais ça fait un hommage un peu insultant.
Les hallucinations de monstres sont pas trop mal, quoique vraiment pas justifiés : pourquoi Carmen, qui est possédée par un démon, voit des monstres, qui sont en fait des gentils religieux qui protègent le monde contre les démons ? Je le sais pas. Pis les sauts du début, quand le disparu apparait dans la chambre, ont aucun rapport avec le reste du film.
Une affaire gossante : comme le film se passe en Pologne, les locals parlent polonais. Sauf qu’y parlent polonais avec un accent américain. Ça commence à me taper solidement sur les nerfs que les producteurs américains prennent jamais du monde qui parlent pour vrai les langues étrangères; juste dans X-men : first class, y a du faux allemand, du faux espagnol pis du faux français. Come on.

Analyse

En gros, c’est une variante du mythe du paradis perdu : Ève qui brave un interdit pour satisfaire sa curiosité, Adam qui est contre l’idée mais qui le fait pareil, tout ça suivi par une punition terrible. Dans le film, Carmen insiste pour continuer son enquête, Marcus répète que c’est épais pis tout le monde finit par être puni. Comme dans Splice. Mais ça, c’est platte.
J’aime mieux voir tout le film comme la symbolisation d’une rupture amoureuse. Au tout début du film, Marcus reproche à Carmen de consacrer trop de temps à sa job, pis de jamais penser à lui. Elle répond « That is enough. » pis lui « Yeah, it’s enough. I’m out of here. », pis y sort en claquant la porte. Tout le reste du film, c’est Marcus qui sacre son camp. Carmen y dit qu’elle veut aller en Pologne avec lui pour régler leurs problèmes. Lui y suit Carmen – qui a acheté les billets avant d’en parler à son chum – en Pologne, où la marde pogne solide. Évidemment, Marcus y reproche de les avoir mis dans marde, pis y a raison. À un moment donné, Carmen avoue qu’elle a fait une erreur pis que c’est de sa faute. Sauf que Marcus a l’air de s’en crisser. Aussi : le polonais qui leur court après ressemble à Marcus : blond pis costaux. Y a comme un lien entre les deux personnages : le polonais se bat contre Marcus pis plus loin, les deux sont face à face à travers une porte fermée : le plan montre tour à tour leurs faces. Le parallélisme est clair. Les deux personnages représentent le discours intérieur de Marcus : d’un côté, le gars qui veut rester avec sa blonde (donc la sauver); de l’autre, le gars qui est écoeuré pis qui veut crisser son camp (la tuer). C’est encore plus clair à la fin, quand Carmen devient un démon – ça peut pas être plus explicite, surtout que Marcus aide les polonais à y donner le coup fatal. Y se retrouve tout seul, pis son break-up est fini.

Verdict

Pas recommandé. Les acteurs sont pas le yable, la réalisation sloppy, la fin prévisible pis les personnages pas développés. Y a pas grand-chose de bon dans The shrine.


Le labyrinthe de Pan (El laberinto del fauno)

juin 14, 2011

Réalisation : Guillermo del Toro
Scénario : Guillermo del Toro
Pays : Espagne
Sortie : 2007

Comme tout le monde, j’ai applaudi le film après l’avoir vu au cinéma – pis avoir chié dans mes culottes pendant la scène avec le crisse de bonhomme aik des yeux dins mains. Bref, j’ai gardé un excellent souvenir du film, pis j’étais content de pouvoir updater mon opinion en le re-regardant.

Résumé

C’est l’histoire de Ofelia, une jeune fille dont le père est mort, qui suit sa mère pour vivre chez le nouveau chum, un fasciste frigide pis douchebag. Ça se passe pendant la guerre d’Espagne – en fait, ça se passe après que les fascistes de Franco aient pris le pouvoir. Malgré tout, y a encore des républicains improvisés guérilleros qui se cachent dans les bois pour foutre la marde. On se rend compte assez vite que la maman – Carmen – est enceinte du facho – Vidal – pis qu’y est plus intéressé par son futur enfant que par Carmen. Une nuit, Ofelia suit une grosse bibitte laide qui l’emmène dans un labyrinthe en ruines. Là, un faune explique à Ofelia qu’elle est une princesse, pis que son père la cherche. Pour pouvoir revoir son papa, le faune demande à Ofelia d’accomplir trois tâches. Pendant qu’elle fait de son mieux pour réussir les quests du faune, Carmen tombe malade. On apprend que le docteur – doctor – pis la servante – Mercedes – font partie de la « résistance », pis qu’y communiquent avec des soldats républicains cachés dans les bois pas loin de la petite enclave fasciste. Blablabla.

Critique

Le film laisse une super bonne impression malgré la mort de Ofelia, parce que le fasciste se fait tuer froidement par les républicains, qui y refusent son dernier vœu : donner sa montre à son fils. Le personnage de Vidal est peut-être pas très complexe ni ben développé, mais del Toro fait une crisse de bonne job pour nous faire l’haïr. C’est rare que j’ai autant souhaité la mort d’un personnage, tous films confondus (dans cette catégorie-là, on peut ajouter la religieuse folle dans The mist). Y est tellement badass qu’y se fait des points de suture lui-même. D’ailleurs, j’ai ben aimé la majorité des personnages, surtout le docteur, qui casse complètement Vidal vers la fin du film. Les acteurs jouent assez bien tout le long.
La réalisation est correcte pis assez standard; par contre, le monde du faune est débile. Visuellement, c’est irréprochable. Super sombre, l’univers parallèle nous fait sentir pas trop ben pour Ofelia, parce qu’on a comme l’impression que dequoi de pas clean se prépare. Les costumes sont superdes pis pas du tout ridicules, ce qui est dur à faire quand on utilise des vrais costumes pis pas du CGI. Mais ça marche. Le monde de del Toro m’a fait beaucoup penser aux films de Hayao Miyazaki, surtout la scène avec le crapaud dans la grotte.
Le commentaire politique est intéressant, quoique crissement cliché : le fascisme, c’est pas bon. Mais c’est vraiment ben emmené : personnellement, quand le docteur, après avoir euthanasié son ami républicain, répond à Vidal : « J’ai pas suivi vos ordres, capitaine, parce que c’est juste le monde comme vous qui peuvent exécuter un ordre sans le questionner. », pis qu’y se fait tirer dans le dos par le méchant fasciste, ben j’ai été ému.
On qualifie souvent ce film-là de conte de fées pour adultes, ou de conte d’horreur. C’est très vrai. Y a quand même des affaires dégueuses : les coups de bouteille de vin dans face du paysan au début, ou ben l’auto-suturisation de la blessure à la bouche, qui est déjà assez écoeurante sans qu’on ait besoin de voir une aiguille passer à travers tout ça. Pas mal de violence faite de sang-froid, aussi. Le monde inquiétant du faune installe une atmosphète de magie malsaine, qu’on sait pas trop si on doit truster. Mais ce qui fait horreur pour vrai, c’est la classique scène avec le bohnomme épeurant communément appellé le « monstre blanc aik des yeux dins mains ». Sérieux, des yeux dins mains, what the fuck ? Mais c’est ça qui fait peur, je pense, le fait que ça soit crissement bizarre comme monstre. Anyway, la scène est réussie, parce que je connais personne qui a pas eu peur. Good job.

Analyse

Au début, on entend une voix raconte un conte pour enfants : c’est une princesse qui est sortie en dehors du royaume souterrain où elle vivait, mais elle est devenu amnésique, pis elle est morte. Son papa le roi la cherche partout, pis y pense que son esprit va revenir un jour. Une prophécie (ou dequoi demême) dit que la princesse va revenir sous une autre forme, dans un autre corps. C’est assez important, parce que ça nous permet de comprendre le film. Ofelia aime les contes, ce que sa maman y reproche. Elle y dit que c’est pour les enfants. Facque dès le début, le monde des adultes s’oppose au monde des enfants. Plus tard, son beau-père fasciste y dit que ses livres, c’est de la marde, donc qu’y a pas de place dans la nouvelle Espagne fasciste pour les contes pis la Magie. D’ailleurs, le fascisme, avec son obession de l’ordre pis des lois, c’est le contraire de l’imagination; c’est un monde où l’enfance a pas sa place. Dans le film, c’est sous-entendu que le père d’Ofelia est mort à la guerre, pis qu’y était du côté des républicains, qu’on peut voir comme les gardiens de la Magie. Facque Ofelia vit le conte de fées pour échapper au monde de marde dans lequel elle est plongée. Sauf que son conte est crissement épeurant, comme si le fascisme avait réussit à entacher même l’imagination pis le monde du rêve. Y a des parallélismes entre les deux mondes : le faune qui manipule Ofelia renvoit à Vidal, pis Ofelia dans le monde imaginé qui finit par sacrifier sa vie pour celle de son frère, acte héroïque qui est reflété dans la réalité par le sacrifice du docteur quand y envoie chier Vidal. Dans les deux cas, les personnages meurent au nom de la justice. Par contre, dans la réalité, les républicains finissent par niquer Vidal, tandis que Ofelia, elle, est morte pour vrai. J’ai lu sun Imdb du monde qui disait que la fin peut être interprétée de deux façons : 1. Ofelia est morte; 2. Ofelia est vraiment une princesse. Sérieux, envisager la deuxième option, c’est rien comprendre pantoute. Si c’est une princesse pour vrai, le film veut pu rien dire. Le refus d’Ofelia est à mettre en relation avec le régime fasciste. Exemple : si le nazisme a pu prendre autant d’ampleur en Europe, c’est à cause des individus qui, sans être des nazis convaincus, ont pas pu dire non. Ça renvoit à l’expérience de Milgram, pis son update en jeu télévisé. Facque, comme le docteur, même si elle meurt, Ofelia gagne pareil, parce qu’elle conserve son intégrité.

Verdict

Recommandé. C’est bon, ça fait peur pis c’est intelligent. Visuellement, c’est pas loin d’être parfait.


Les meilleurs contes fantastiques québécois du XIXe siècle, par Aurélien Boivin

juin 11, 2011

Parution : 2001
Éditions Fides
Anthologie
358 pages

J’ai lu ça pour un travail de bacc. Je connaissais pas tant les contes fantastiques du XIXe, à part genre Rose Latulippe, La bête à grand-queue pis La chasse-galerie. J’étais curieux, parce que le XIXe, c’est riche en crisse pour la littérature fantastique : Mérimée, Maupassant, Poe, Hoffmann pis toute. Malgré tout, j’avais un peu peur, parce que notre XIXe siècle, c’est La terre paternelle, Jean Rivard le défricheur pis le gros terroir sale.

« Loups-garous, feux follets, diablotins et fantômes ont longtemps nourri l’imaginaire québécois. Cet univers a été habité par une multitude d’autres êtres surnaturels, tant maléfiques que bénéfiques, parmi lesquels on retrouve des hères, des bêtes à grand-queue, des revenant et des lutins. »

La liste des auteurs : Philippe Aubert de Gaspé fils, Alphonse Poitras, Louis-Auguste Olivier, Guillaume Lévesque, Charles Laberge, Paul Stevens, Philippe Aubert de Gaspé papa, Joseph-Charles Taché, Narcisse-Henri-Édouard Faucher de Saint-Maurice, J.-Ferdinand Morissette, Honoré Beaugrand, Wenceslas-Eugène Dick, Charles-Marie Ducharme, Louis Fréchette, Pamphily Lemay pis Louvigny de Montigny.

Critique

À moins d’être un catholique convaincu ou un étudiant en lettres, je sais pas trop qui pourrait apprécier ces contes-là. Personnellement, j’ai lu le recueil par curiosité : je voulais savoir un peu c’était quoi nos légendes pis notre folklore. Par intérêt documentaire, on va dire. Facque j’ai découvert des affaires le fun, comme qu’un loup-garou c’est, la plupart du temps, un gros chien noir avec des yeux qui flambent. Ça ou ben que tout le monde qui a l’air pas comme les autres, ben c’est probablement des sorciers. Ou ben que si on sacre trop, si on boit trop, si on fourre trop, ben le yable va venir nous pogner. Je niaise, mais j’ai appris plein d’affaires à propos des vieilles superstitions. L’affaire, c’est que presque tous les contes sont crissement moralisateurs. En gros, c’est la même structure que les films de slashers : transgression-punition. Dans L’étranger d’Aubert de Gaspé fils, Rose Latulippe danse le jour du mercredi des cendres avec un inconnu, tout ça devant son chum. Ben l’inconnu, c’est le yable, pis Rose vire folle. Dans Le loup-garou, Joachim se met chaud pis rate la messe de minuit; y devient un loup-garou. Dans Le fantôme de l’avare de Beaugrand, l’avare refuse d’ouvrir la porte à un voyageur un jour de tempête; y est obligé de revenir tous les jours de l’an pour offrir l’hospitalité à quelqu’un avant de pouvoir obtenir le repos éternel. Quand c’est pas des punitions, c’est Anyway, tous les contes sont imbibés de morale catholique beaucoup trop évidente. Ça a beau être l’esprit de l’époque, ça finit par gosser pareil, de voir à quel point le monde était brainwashé dans le temps.
Mais l’affaire la plus cool, c’est la langue orale de certains personnages. On dirait que back in the days, on était moins mal à l’aise avec la langue québécoise. À peu près la moitié des contes utilise le parler populaire, ce qui rend la lecture crissement le fun. Le meilleur de tous, c’est Fréchette, avec son personnage conteur, Jos Violon :

« Le Coq, qu’avait jamais, lui, travelé autrement qu’en berlot ou en petite cabarouette dans les chemins de campagne, avait pas tout à fait la twist dans le poignet pour l’aviron ; mais on voyait qu’y faisait de son mieux pour se dégourdir.
Avec ça qu’y devait avoir de quoi pour se dégourdir le canayen en effette, parce que, de temps en temps, je le voyais qui se passait la main dans sa chemise, et qui se baissait la tête, sous vot’respec’, comme pour sucer quèque chose.
Je croyais d’abord qu’y prenait une chique ; mais y a des limites pour chiquer. On a beau venir de la Beauce, un homme peut toujours pas virer trois ou quatre torquettes en sirop dans son après-midi.
Enfin, je m’aperçus qu’au lieu de prendre une chique, c’était autre chose qu’y prenait.
– L’enfant de potence ! que je dis, il va être mort-ivre avant d’arriver à Batiscan. Mais, bougez pas ! c’est pas pour rien dire de trop, mais j’cré ben que si le vlimeux avait besoin de s’exercer le bras, c’était toujours pas pour apprendre à lever le coude. »

Moi, Jos Violon, je le trouve crissement excellent. Rien que pour l’oralité, ça vaut la peine de lire les contes de Fréchette.
Ce qui est cool aussi avec le recueil, c’est l’intro par Aurélien Boivin. C’est un spécialiste du conte fantastique, facque c’est crissement le fun pour ceux que ça intéresse.

Verdict

Recommandé, pour ceux qui veulent découvrir le folklore québécois. Ou pour ceux qui savent pas encore que Honoré Beaugrand, c’est pas juste une station de métro.


Tucker & Dale vs Evil

juin 9, 2011

Réalisation : Eli Craig
Scénario : Eli Craig pis Morgan Jurgenson
Pays : Canada
Sortie : 2010

Depuis sa présentation à Fantasia en 2010, j’ai juste entendu des bons commentaires à propos de Tucker & Dale. Sur Imdb, même affaire. Je trustais pas trop le film, surtout avec son scénario basé sur un malentendu, mais je l’ai regardé pareil, au cas où.

Résumé

C’est l’histoire de Tucker pis Dale, deux gentils rednecks canadiens qui partent en voyage de pêche dans leur shack ché pas où. Mais une gang de college kids se retrouvent dans le shack d’à côté, pis pour tout plein de raisons, y sont sûrs que Tucker pis Dale sont des rednecks dangereux à la Texas Chainsaw Massacre ou Two thousand maniacs. Mais vingt an plus tôt, une gang de jeunes a été tuée par des hillbillies sans pitié. Pendant la nuit, les jeunes vont skinny dipper. Une des filles glisse sur une roche pis se pète la tête. Tucker pis Dale vont la sauver de la noyade pis y veulent la ramener à ses amis en criant « We got your friend ! » Facque les college kids commencent à sérieusement choker. C’est là que le preppy de la gang décide d’aller récupérer son amie pis que le preppy devienyt psycho.

Critique

Étonnement, l’idée du quiproquo fonctionne ben. Eli Craig essaye pas de nous faire croire au scénario, y veut juste nous faire rire en mettant les personnages dans des situations crissement invraisemblables, comme le nid de guêpe pis la chainsaw. Facque ça nous dérange pas que les jeunes meurent tout le long du film de façon pas rapport. Certaines situations sont crissement drôle, comme quand Dale explique au policier que les jeunes se sont suicidés sur leur propriété. Mais le côté comédie du film est pas constant : y a des fucking bonnes jokes, mais y en a aussi des trop faciles qui marchent pas vraiment. Mais overall, les bonnes jokes valent la peine de se taper les moins bonnes.
Du côté du gore, c’est quand même réussit. Pas des gros plans à la Fulci, mais plutôt des grosses effusions de sang qui splashent à la Kill Bill. Mais, surtout, des morts crissement drôles pis inventives. La scène où Tucker essaye de retenir le « college kid » pour pas qu’y passe dans le woodchipper.
Les deux acteurs incarnent ben les personnages pis réussissent à les rendre sympatiques pis toute. On finit même par les trouver cutes. Les autres acteurs font leur job correctement.
Mais là où ça se gâte, c’est vers la fin, quand l’étudiante en psycho tombe en amour avec Dale en surpassant les stéréotypes pis toute. À ce moment-là, ça devient un peu niaiseux pis presque moralisateur. C’est sûr que le message est positif, mais c’est trop appuyé.

Verdict

Recommandé. C’est pas la meilleure comédie d’horreur, mais c’est plein de bonne volonté pis y a des crisses de bonnes jokes. Les personnages sont attachants pis les quiproquos sont comiques. Le gore est cool, mais la fin est un peu décevante pis certaines jokes tombent à plat. Mais ça vaut la peine de le voir.


Rubber

mai 26, 2011

Réalisation : Quentin Dupieux
Scénario : Quentin Dupieux
Pays : France
Sortie : 2010 en Europe, 2011 en Amérique du nord

Rubber m’intriguait. C’est quand même l’histoire d’un pneu tueur qui a des pouvoirs télékinésiques. Surtout que ça avait l’air un film d’auteur crissement léché.

Résumé

C’est l’histoire d’une gang de spectateurs qui regardent avec des longues-vues les aventures d’un pneu animé à travers le désert. Le pneu découvre des pouvoirs télékinésiques pis y fait exploser la tête des gens sans raison apparente. La police enquête pis essaye de le pogner, pendant que les spectateurs commentent ce qui se passe. Après avoir vu une pile de pneus en feu, le pneu décide de se venger, ou quelque chose comme ça. Pendant ce temps-là, les spectateurs se font empoisonner; y reste juste un monsieur dans une chaise roulante.

Critique

Rubber, c’est un film d’auteur, dans le sens qui suit pas les conventions habituelles du cinéma hollywoodien ou populaire, avec une trame narrative assez claire, un rythme enlevant pis des personnages archétypaux. C’est lent, c’est n’importe quoi pis c’est beau.
Surtout au début, y a des longs plans qui montrent le pneu rouler dans le désert, sans que rien se passe vraiment. La photo tout en lumière est vraiment belle pis les plans sont magnifiques, super clairs pis définis. La réalisation est vraiment excellente, pis visuellement c’est parfait.
Dès le début, le personnage du policier nous averti que le film est hommage au n’importe quoi – au « No reason ». Faut pas s’attendre à une explication, donc. Pis le pneu est pas le seul élément pas rapport : les chaises du début, les spectateurs empoisonnés pis le tricycle à la fin. Même que les spectateurs comprennent rien. Y parlent du film pour essayer de l’expliquer mais réussissent jamais. Même qu’un spectateur fait remarquer au policier que ce qu’y fait ça a aucun sens. Y a une dissension au sein des spectateurs : ce qui veulent juste regarder le film calmement pis ceux qui veulent le commenter pour le comprendre.
Y a aussi des éléments qui le rattachent à l’horreur : on voit un lapin pis plein de têtes exploser avec des bouts de chair partout. La scène où le gars meurent après avoir bouffé de la bouffe empoisonnée est quand même troublante. Mais le film est drôle en crisse, surtout la scène où le policier pensent que tous les spectateurs sont morts pis qu’y dit à tout le monde d’arrêter de jouer. Mais y se rend compte qu’y en reste un pis qu’y faut continuer de jouer le film pis chercher le pneu. D’ailleurs, l’acteur qui fait le policier est vraiment bon pis comique. Facque l’écoute est le fun même si c’est vraiment lent.

Analyse

Vu que le film se présente lui-même comme vide de toute signification, l’analyser a l’air un peu bizarre. Surtout qu’y a comme trois niveaux dans le film : 1. Le discours pastiché des films d’horreurs où un tueur fait des victimes dans raison apparente 2. L’histoire du pneu pis des policiers 3. Les spectateurs qui commentent l’histoire du pneu. Facque c’est une genre de méta-comédie avec une mise en abyme incorporée. Je vais quand même essayer.
Ça se passe dans le désert, au milieu de nulle part. Y a rien sauf un môtel pis une mini ville. On sait pas où exactement, ça pourrait être aux États-Unis comme en Australie. On est dans le flou par rapport au lieu de l’histoire. On devine l’époque, à peu près contemporaine. Facque c’est nulle part pis partout en même temps. On sait pas non plus pourquoi y a des spectateurs, ni pourquoi y se font empoisonner. Mais on finit par comprendre que la présence des spectateurs oblige les personnages à jouer leurs rôles, un peu comme l’offre et la demande : on joue tant qu’y a du monde pour regarder. À un moment donné, les spectateurs se font donner une dinde pour manger; y se pitchent dessus comme des malades – y ont pas mangé depuis le début du film – pis la scène est filmée comme si c’étaient des zombies qui bouffaient quelqu’un. Affamés de violence, de mort ? Peut-être, si on pense aux fans de films d’horreur qui cherchent à voir les films les plus dégueux pis les meurtres les plus violents. C’est la faute du public si la série Saw s’est rendue à 7 films, pis que Platinum Dunes continue à faire des remakes à chier : le monde va voir ces fims-là. Tant qu’y vont faire du cash, y vont continuer à faire des films comme ça. C’est la faute du seul spectateur vivant si les acteurs doivent continuer à jouer. On est dans la même position que les spectateurs du film : au début, on regarde sans comprendre. Ensuite, on y prend goût même si c’est n’importe quoi parce qu’on est intrigués. C’est parce qu’y nous intrigue que le film réussit son but : faire un hommage au n’importe quoi en rendant ça intéressant.

Verdict

Recommandé, pour les gens qui cherchent autre chose dans le cinéma qu’une série de cascades pis de meurtres en série. C’est un super bon film d’auteur qui porte un regard critique sur le cinéma en général en rendant ça comique pis bizarre.


Haute tension

mai 24, 2011

Réalisation : Alexandre Aja
Scénario : Alexandre Aja pis Grégory Levasseur, basé sur une nouvelle de Dean R. Koontz
Pays : France
Sortie : 2003

Alex Aja est reconnu comme un réalisateur d’horreur qui promet. J’ai entendu (pis lu) tout plein de critiques super élogieuses de son premier film, Haute tension. Son remake du film de Wes Craven, The hills have eyes, m’avait agréablement surpris (c’était avant que je m’intéresse sérieusement au cinéma d’horreur). Mirrors était moins bon, malgré la scène dans le bain. Ensuite, Piranha 3D a eu un huge succès, à mon sens, vraiment mérité. Mais, le meilleur, d’après plein de monde, c’est Haute Tension, que j’avais toujours pas vu.

Résumé

C’est l’histoire de Marie pis Alexa, deux amies de longue date, qui s’en vont visiter la famille de Alexa à la campagne pour étudier. Pendant la nuit, un gros monsieur pas clean entre dans la maison pis décâlisse tout le monde. Marie réussit à se cacher pis elle retrouve son amie Alexa attachée sur son lit. Mais le tueur les pogne pis les crisse dans son vieux truck à la Jeepers Creepers, pour les emmener on sait pas où.

Critique

Les films d’Aja sont pas les plus originaux au niveau de la forme : la réalisation est assez convenue pis classique. Une de mes scènes préférées dans Haute tension, c’est au début, quand les deux filles se mettent à chanter dans le char. Ça montre l’amitié entre Marie pis Alex d’une façon convainquante pis crédible. (D’ailleurs, je veux souligner la qualité de la trame sonore.) À part ça, la réalisation est surtout axée vers les personnages : des gros plans du visage de Marie, de Alex attachée pis de la mort horrible de la mère d’Alex. Heureusement, les acteurs sont excellents. Maïwenn joue comme une championne un rôle pas facile vu qu’elle est baîllonnée tout le long. Cécile de France fait une sale job dans un rôle pas facile non plus, surtout dans les moments où elle se cache du tueur en capotant. On peut vraiment lire la peur dans sa face. Sa réaction quand elle trouve Alex est super réaliste. Sans oublier le bout où elle se fait étouffer avec un sac de plastique. À elles seules, elles font le film.
L’autre affaire le fun, c’est qu’on sent vraiment la tension quand le tueur est dans la maison. Le montage, souvent en parallèle, m’a stressé tout le long. Du côté du suspense, c’est réussit.
Pour le gore, j’ai des petites réserves. Oui, la scène d’égorgement pis le meurtre à la scie ronde sont sauvages pis troublants. Mais certaines scènes m’ont semblées un peu ratées : la décapitation à travers les barreaux de l’escalier pis le tapage dans la face du tueur à coup de bâton pimpé avec du fil barbelé. Faut dire que j’avais vu I saw the devil la veille, pis qu’on peut pas trouver un meilleur exemple de destruction de visages avec des objets contondants. Le montage joue pour beaucoup : dans le film de Jee-Woon Kim, les meurtres sont filmés en un seul plan – ou presque, tandis que dans le bout du bâton barbelé, le montage est trop rapide. À part ça, le sang gicle en masse dans Haute tension, pis on aime ça.
J’ai vu des gens qui disaient que le film est bon jusqu’au twist final, qui est pas nécessaire, selon eux. J’avoue qu’à première vue, ça peut avoir l’air un peu gratuit pis d’être juste un twist pour être un twist. Ces gens-là disaient que le film est de l’horreur classique, avec du suspense pis du gore. C’est vrai, mais c’était bizarrement vide, avant le twist, qui vient donner beaucoup de profondeur au film.

Analyse

La finale est trop sick : en menaçant Alex avec une scie ronde, Marie y dit « Tu m’aimes pas, hein ? » Alex se met à crier « Si, je t’aime ! Je t’aime » en pleurant. Marie dépose son arme pis embrasse Alex, qui entre un pied de biche dans le torse de son amie. Tout ce qu’elle voulait, Marie, c’était l’amour de son amie. Si on reprend depuis le début : ça commence par quelqu’un, apparemment blessé pis sous le choc, qui répète : « Je laisserai plus personne se mettre entre nous. » Ensuite ça embarque sur les deux filles dans le char. Alex est une belle fille avec les cheveux noirs pis longs. Marie aussi est belle, mais elle a les cheveux super courts avec deux boucles sur l’oreille gauche. D’entrée de jeu, Marie a le physique du stéréotype de la lesbienne. Elle raconte son rêre à Alex : elle courait dans le bois, blessée pis pourchassée par quelqu’un, pis elle pense que c’est elle-même qui se courait après. C’est crissement significatif, parce qu’elle se sauvait d’êlle-même, de son double qui la menaçait. Alex y dit : « tu pourrais pas faire des rêves normaux, comme tout le monde ? » pis Marie répond : « Je veux pas être comme tout le monde. » Un peu plus tard, les deux filles ont une discussion : « – Alex : Tu peux pas agir toujours comme ça avec les mecs. – Marie : J’agis pas toujours comme ça. » On comprend que Marie est un peu étrange pis qu’elle se comporte de façon bizarre avec les gars. Encore plus tard, dans la cuisine, Alex dit :

« – Tu vas finir vieille fille.
– J’ai pas le feu au cul.
– T’as la trouille. »

À ce moment-là, elle sort pour fumer une tope, pis elle voit son amie Alex prendre une douche. Tout de suite après, Marie rentre dans sa chambre pis commence à se masturber. Y a un montage parallèle : on voit Marie qui se touche, le camion du tueur se rapprocher pis le reste de la famille qui dort. Déjà, on associe Marie avec le tueur, qui sont les seuls à être réveillés. En plus, l’apparition du tueur coincide avec l’orgasme de Marie, qui entend le chien japper. Comme si son désir pour son amie était tellement fort qu’y s’est matérialisé. De la fenêtre de sa chambre (au grenier), Marie assiste au meurtre du père pis à l’entrée du tueur dans la maison. Sa chambre au grenier, ça veut dire quelque chose : si, dans les films d’horreur, le sous-sol représente ce qui est irrationel, ou inconscient, le grenier représente la rationalité, la conscience. Facque Marie, dans le grenier, c’est le Surmoi (qui a toujours réprimé ses pulsions homosexuelles) qui s’étonne de voir surgir le Ça, ses pulsions inconscientes qui explosent tout à coup. Elle est confronté à son homosexualité pour la première fois de façon consciente. Elle s’étonne de ses propres actions, comme quand elle voit la mère se faire égorger en la fixant du regard. D’ailleurs, en mourant, la dernière chose que la mère dit, c’est : « Pourquoi ? » Les actions du Ça sont pas rationelles, c’est l’inconscient qui obéit à aucune logique. Le Surmoi a pas réussit à contenir les pulsions du Ça. Elle a peur pis elle est surprise d’elle-même, pis comme dans son rêve, elle se court après. Plus loin, ça devient clair pendant cette magnifique scène-là : les deux filles sont pognées dans le truck du tueur. La toune qui joue c’est : À toutes les filles, de Didier Barbelivien pis Félix Gray. « À toutes les filles que j’ai aimé, avant. » La caméra nous montre, sur le dash, des photos de filles découpées. La thèse de l’homosexualité devient dure à réfuter. À la fin, quand le tueur essaye d’étouffer Marie, y lui dit : « Qu’est-ce que tu lui veux, à Alex ? Elle t’excite ? Moi aussi, elle m’excite ! » on finit par arriver au bout de la scie ronde pis du baiser sur la bouche. À ce moment-là, Alex poignarde Marie avec une arme blanche, symbole phallique par excellente. C’est la défaite de l’homosexualité. Voilà.

Verdict

Recommandé. C’est fucking bon, surtout le jeu des actrices, la trame sonore pis le suspense. C’est vraiment un excellent film, pis je me range aux côtés de tous les autres : Haute Tension, c’est le meilleur de Alex Aja, pis un des meilleurs films d’horreur français.


I saw the devil (Akmareul boatda)

mai 20, 2011

Réalisation : Jee-Woon Kim
Scénario : Hoon-Jung Park
Pays : Corée du Sud
Sortie : 2010 en Corée du Sud, 2011 en Amérique du Nord

La Corée du Sud a produit des fucking bons films pendant les dernières années : Old boy pis le reste de la trilogie, A tale of two sisters, The host, Thirst, pis, dernièrement Mother. Ces films-là ont en commun une recherche esthétique qu’on voit rarement dans des grosses productions; les plans, les cadrages pis la direction photo sont toujours impeccables. Facque j’avais des grosses attentes quand j’ai écouté I saw the devil, surtout que les critiques étaient toutes super enthousiastes.

Résumé

C’est pas compliqué : Soo-hyeon, un agent secret, décide de pogner le meurtrier de sa femme après avoir juré de le faire souffrir 10000 fois plus qu’elle a souffert. Facque y le pogne avant la police, y le décâlisse pis y le relâche, pour recommencer le lendemain. Y joue au chat pis à la souris avec jusqu’à ce que ça se revire contre lui.

Critique

Je sais pas par où commencer. Vite demême, je me suis dis « Fuck man, c’était fucking bon. » Ce qui nous reste dans la tête après le visionnement, c’est, évidemment, les scènes de meurtres terriblement sauvages, brutales pis réalistes, mais tournées avec une qualité hallucinante. La scène dans le taxi, entre autres, est mémorable : Kyung-chul qui poignarde un nombre incalculable de fois les deux passagers avec un couteau de trois pouces de long, le tout filmé en travelling circulaire, de l’intérieur du char. C’est sick parce que c’est beau mais troublant en même temps. On peut aussi penser aux quelques meurtres avec des objets contondants, filmés pour qu’on voit le crâne se fendre pis pisser le sang – particulièrement les coups de petites altères de 15 livres dans la face, ou aux coups de clé à mollette dins gosses, ou au talon d’achille sectionné. C’est vraiment terrible, pis super bien filmé, souvent en plans-séquence, ce qui rend tout ça super réaliste. Parmi les meilleurs scènes de meurtres que j’ai vues. Le reste du film est super ben filmé aussi, surtout le plan panoramique sur la ville qui descent tranquillement pour se fixer sur la fille qui attend le bus. C’est du génie.
Le film réussit aussi à faire peur; certaines scènes sont super tendues, un peu comme dans un slasher.
Évidemment, le scénario rappelle beaucoup Les 7 jours du talion. La réflexion morale est présente aussi dans I saw the devil, mais elle est plus maladroite parce que trop évidente. Les dialogues sont un peu ratés par bouttes. L’autre affaire, c’est qu’à aucun moment j’ai eu pitié du tueur. Y est tellement terrible que je voulais crissement que Soo-Hyeon le pogne ben comme y faut. À aucun moment on sympathise (contrairement à Lars von Trier avec Hitler) avec Kyung-chul. C’est une faiblesse, pour moi.
Si le scénario est un peu vide, c’est compensé par la réalisation impeccable pis l’excellent jeu des acteurs. L’acteur principal reste neutre presque tout le film mais y joue super bien quand c’est le temps, pis c’est pas des scènes faciles à voir : celle de la toute fin, entre autres, est particulièrement réussie. Quant au tueur (Min-Sik Choi, Old boy), y fait sa job comme un champion pis y fait peur en crisse. Son personnage de psychopathe est crédible pis vraiment fucké. Par définition, un psychopathe, c’est quelqu’un qui est incapable de ressentir de l’empathie. On le voit bien dans cette réplique là :

« – Could you please not kill me ?
– Why ? »

Petite affaire gossante : j’ai pas trop aimé l’ami psychopathe de Kyung-Chul. Le tueur qui se met à rire en parlant de meurtres, c’est un peu cliché. Mais bon.
Autre problème : l’esthétique se veut super réaliste, mais le scénario contient tout plein d’invraisemblances, comme la faculté de récupération incroyable de Kyung-Chul, qui est capable de marcher avec un talon d’achille sectionné pis de se réveiller avec un petit mal de tête après s’être fait fesser sur la tête au moins une vingtaine de fois avec un tuyau de métal. Y a aussi Soo-Hyeon qui est trop malade, pis qu’y peut tout faire parce que c’est un agent secret. À la fin, quand y dérape en char, qu’y pogne Kyung-Chul à travers la porte arrachée pis qu’y décrisse à 80 km /h, c’est un peu trop. Mais ça fait que c’est un film crissement le fun à écouter.

Analyse

J’aime le fait que Kyung-Chul soit montré comme un vrai psycho, pis pas juste comme un gars qui a été maltraité quand y était jeune ou n’importe quelle raison pas bonne. Non : y tue parce qu’y comprend pas que ça a pas d’allure. À un moment donné, quand y est à veille de violer une fille, y se demande pourquoi tout le monde le fait autant chier, lui, pis pas les autres. Pour lui, tuer du monde, c’est l’équivalent de jouer au soccer ou faire de la peinture à numéros. Facque ça peut pas être lui, le yable, parce que ses actions ont aucun rapport avec la morale. C’est juste un crisse de fucké : la preuve, c’est que dès qu’y le peut, y tue tout le monde sans réfléchir. Y est au-delà (ou en dessous) de la morale. Ce qui fait que le yable, c’est Soo-Hyeon. Contrairement au tueur, y a la capacité de réfléchir. Si Kyung-Chul est pas responsable de ses actes Soo-Hyeon, lui, fait le choix de se venger. Y succombe à son désir le plus animal. Tout le long du film, y est impassible pis juste focusé sur sa vengeance (comme Claude Legault). C’est cette absence d’émotion qui fait de lui le yable. À la fin, après avoir tué Kyung-Chul, mais après avoir tout perdu (sa blonde, sa belle-famille, son humanité pis probablement sa liberté) y comprend que ça a servi à rien. Y a pas réussi à contenir le diable en lui. Facque, I saw the devil, c’est Soo-Hyeon qui a vu le diable en lui-même.

Verdict

Recommandé. C’est un film super divertissant même si ça manque un peu de contenu pis de profondeur. C’est le fun à regarder pis c’est crissement ben joué pis réalisé. Malgré la violence horrible, le film est beau.


L’influence d’un livre, par Philippe Aubert de Gaspé fils

mai 18, 2011

Parution : 1837
Roman
135 pages

Officiellement, L’influence d’un livre, c’est le premier roman canadien-français. C’est aussi un roman gothique, selon plusieurs spécialistes.

« Profondément influencé par Le petit Albert, ouvrage d’alchimie qui décide du sort de sa vie, Charles Amand, cultivateur canadien rusé et avide, se fait fort de découvrir la pierre philosophale. De conjurations en sortilèges, d’apparitions diaboliques en meurtres, de naufrage en mariage, L’influence d’un livre foisonne en aventures inattendues. »

Résumé

Ça se passe dans les années 1820. Amand pis Dupont, son acolyte, vont à Port-Joli pour conjurer le yable dans le but de devenir riches. Sauf que Dupont est moins convaincu que son ami; au lieu de voler une poule noire comme Amand y avait dit, y l’a acheté, par peur d’aller en enfer. Facque Amand se résigne à invoquer le yable tout seul, en utilisant une main-de-gloire (la main désèchée d’un pendu) pis une chandelle magique (faite avec de la graisse de pendu pis du cierge pascal) qui s’éteint là où y a un trésor. Pendant ce temps-là, un peu plus loin, un meurtre est commis : Lepage, un homme cruel, tue Guillemette après y avoir offert de passer la nuit chez eux. Le lendemain, St-Céran (qui a croisé Guillemette quelques heures avant sa mort) trouve le corps sur la berge. Y soupçonne tout de suite Lepage pis y se rend chez eux avec une couple de personnes pour l’arrêter. Pendant la nuit de veille chez Lepage, le père Ducros raconte une légende, celle de Rose Latulipe, une jeune femme qui est devenue folle après avoir dansé avec le yable pendant le mercredi des cendres. On apprend ensuite que St-Céran est amoureux de la fille de Amand, Amélie, mais qu’y peut pas la marier avant de posséder une fortune. Facque St-Céran se pousse en ville pour étudier la médecine. Pour niaiser Amand, St-Céran y donne la main du cadavre de Guillemette pis une chandelle ben normale. En revenant chez eux, pis après avoir consulté une voyante, Amand arrive chez son oncle, là où y a plein de monde qui écoutent l’histoire du grand-père : dans son jeune temps, pendant qu’y était de garde sur une petite île déserte, y a vu le yable, pis depuis ce temps-là y a pu jamais sacré ni bu ni joué. Aidé par le marin Capistrau, Amand se rend à la caverne du cap au corbeau, où y aurait un trésor. Sauf qu’y se fait jouer un tour par deux étudiants qui cachent un trésor vide pis qu’y soufflent sa chandelle pas magique. Pendant une tempête sur le fleuve, Amand se fait pogner par un bateau pirate qui l’emmène sur l’île d’Anticosti, où y travaille pendant cinq ans. St-Céran finit par marier Amélie, pendant que Amand continue d’étudier l’alchimie pis le spiritisme.

Critique

Avant tout : on peut dire que c’est un roman gothique, mais c’est un peu tiré par les cheveux. Oui, ça parle de surnaturel, y a du morbide pis beaucoup d’aventures, mais on est loin du Moine de Lewis. Y a un meurtre, pis aucune manifestation vraiment fantastique. Amand se fait tout le temps niaiser par tout le monde, même le narrateur qui le décrit avec ironie, même si le meurtre est cool :

« il ressera involontairement le marteau, écarta la chemise du malheureux étendu devant lui et, d’un seul coup de l’instrument terrible qu’il portait à la main, il coupa l’artère jugulaire de sa victime. Le sang rejaillit sur lui et éteignit la lumière. Alors s’engagea dans les ténèbres une lutte horrible ! lutte de la mort avec la vie. Par un saut involontaire Guillemette se trouva corps à corps avec son assassin qui trembla pour la première fois en sentant l’étreinte désespérée d’un mourant et en entendant, près de son oreille, le dernier râle qui sortait de la bouche de celui qui l’embrassait avec tant de violence, comme un cruel adieu à la vie. »

Les seules traces de fantastique, c’est les deux contes incrustés dans le récit : L’Étranger pis L’homme de Labrador. Au fond, c’est ces deux histoires-là qui sont intéressantes, plus que le récit principal, qui s’étiole dans un trop plein de personnages pis d’aventures pas rapport. Dans les deux contes, c’est le deuxième qui est le plus cool : l’ambiance est vraiment creepy pis l’apparition du yable plus originale que dans la plupart des contes fantastiques de l’époque :

« Ce fut alors que je pus contempler cette figure satanique : un nez qui lui couvrait la lèvre supérieure, quoique son immense bouche s’étendît d’une oreille à l’autre, lesquelles oreilles lui tombaient sur les épaules comme celles d’un lévrirer. Deux rangées de dents noires comme du fer et sortant presque horizontalement de sa bouche se choquaient avec un fracas horrible. »

Ça, c’est pas tout : y a aussi des petits hommes hauts de deux pieds avec des têtes de singes pis des cornes – ce qui fait un peu penser aux marmousets de Malpertuis. J’ai vraiment l’impression que ça ferait un bon court métrage, à condition qu’on l’actualise un peu (le gars puni par le yable pour ses péchés, ça pognerait pas ben ben astheure). Facque, en gros, faut pas lire ça si on s’attend à du gothique anglais du XVIIIe siècle.

Mais le narrateur est excellent. Comme dans les contes, y dit que son histoire est réelle, pas comme les histoires d’amour qui finissent trop bien. Encore comme dans les contes, le narrateur dit qu’y connait les personnages. Par exemple, il écrit : « Cette nuit-là il eu un songe. » Y renvoit à une note de bas de page qui dit : « Il l’a raconté lui-même à l’auteur. » Ça donne un ton le fun au récit.

Analyse

Tout le long, on a l’impression que le narrateur croit pas à ce qu’y raconte. Amand est montré comme un naïf qui croit tout ce qu’on lui dit à propos du surnaturel. Sa main-de-gloide pis sa chandelle sont fausses, y se fait niaiser par deux étudiants pis y croit ce que la voyante y dit :

« – Vous cherchez fortune.
– Oui; mais pouvez-vous me dire par quels moyens je cherche à y parvenir ?
– Tous les moyens vous sont indifférents, dit la vieille, pourvu que vous réussissiez.
– Elle a raison, se dit-il tout bas : Y parviendrai-je ?
– Oui; si vous avez du cœur, de l’énergie et de la force. »

De façon super évidente, le narrateur montre l’imprécision des « pouvoirs » de la voyantes pis la crédulité imbécile de Amand, le rendant ainsi ridicule. Même l’apparence physique de Amant est poche : « tout son physique annonçait un homme affaibli par la misère et les veilles. » Amant se met à soliloquer en disant qu’y est un visionnaire, comme si le narrateur voulait nous faire comprendre que sa vision du réel est distordue. Facque le narrateur se distancie des phénomènes surnaturels. Les seuls moments où le surnaturel est raconté comme vrai (dans les deux contes), le narrateur laisse le récit à un narrateur intradiégétique, comme si y voulait pas, lui-même, évoquer la réalité des esprits ou du yable. Y a un décalage entre le narrateur, qui croit pas au surnaturel, pis ses personnages, qui y croient. On peut conclure que c’est pas un roman gothique, mais un roman qui ridiculise le gothique en montrant l’inexistance du surnaturel, sauf dans l’esprit des gens simples.

Verdict

Recommandé. C’est pas le roman le plus le fun à lire, mais c’est quand même considéré comme le premier roman québécois, ce qui justifie qu’on le lise. Les contes sont intéressants pis le narrateur sympathique. Les personnages font rire par leur ridicule, ce qui rend la lecture agréable. C’est pas du gothique à proprement parler; c’est plus un discours sur le gothique.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.